DEUXIÈME PARTIE
M'as-tu de tes gros yeux assez considéré? Comme il les écarquille et paraît effaré .'
(Mercure à Amphitryon. ) Moi.,
« Qu'est-ce donc que vous me regardez tout effarée ? » (La comtesse d'Escarbagnas à sa domestique). Id. — Effarouché, au contraire, annonce un trouble qui peut ne pas se manifester au dehors. « Une imagination effarouchée. » Fén. , J. J. a Quand on a affaire à des esprits effarouchés et inquiets , on s'expose à voir les démarches les plus simples et les plus honnêtes produire les soupçons les plus injustes. » Volt. a Ceux qui ne jugent d'un ouvrage que par le nom de l'auteur seront un peu effarouchés des libertés que j'ai prises. » Id. « Si vous cherchez un autre examinateur , je vous supplie d'éviter les personnes trop effarouchées. » Fén. « Je fus si effarouché que je n'eus pas le mot à dire pour détourner ces beaux propos. » S. S.
Ensuite, comme le verbe effarer, à la différence d' effaroucher , ne s'emploie guère qu'au participe , effaré marque parfois un état de trouble absolu sans rapport à une cause qui l'ait produit. On peut avoir l'air effaré naturellement, par habitude ou par distraction. On n'est pas effarouché sans l'être par quelque chose. C'est toujours le résultat d'une impression reçue. On est effare simplement , et effarouché par telle ou telle chose. Buffon dit d'une huppe que , quand elle était effarée , elle se réfugiait sur un ciel de lit , et qu'un jour, ayant été effarouchée par l'apparition de quelque objet nouveau, elle s'envola.
Enfin , quoique les deux mots aient au fond la même racine , le latin férus , farouche , effarouché, qui rappelle si évidemment farouche, reproduit seul exactement l'idée du radical commun. Effaré est tout passif. Il désigne purement un état, état dans lequel on est presque stupide, on a perdu la tramontane , comme dît Mme de Sévigné en employant ce mot. Effarouché exprime qu'on est irrité par la cause qui effarouche, excité à la repousser ou à la fuir, et qu'on garde assez de présence d'esprit pour en chercher les moyens. « Prévenir les objections des docteurs effarouchés. » Fén. « Un pays mécontent et effarouché de la domination de Ferdinand. » Volt.
Il est vrai qu'en Espagne, où vous régnez en maître,
Le soin de contenir un peuple effarouché,
La gloire, l'intérêt, seigneur, vous ont touché. Id. — L'air effaré est le contraire de l'air calme , tranquille. L'air effarouché est le contraire de l'air familier , confiant, soumis, le contraire de celui qu'ont les animaux privés, apprivoisés ou domestiques.
EFFORCER (S'), TÂCHER. Travailler à faire quelque chose qui est peu en proportion avec nos moyens.
S'efforcer se dit bien d'une manière absolue, sans indication de la chose à faire , au lieu que tâcher s'emploie toujours avec relation au but I qu'il s'agit d'atteindre. S'efforcer arrête l'esprit ! sur la peine que se donne le sujet; tâcher est in- j séparable de l'idée de la tâche, de l'objet qu'on se propose et qu'on poursuit, ce Le principal exercice de la perfection consiste à s'avancer , à ! s'efforcer, à se surmonter et à se vaincre.... Saint
Paul disait aux Philippiens : Je suis encore bien loin du terme; mais je marche toujours pour tâcher d'atteindre où le Seigneur Jésus m'a prédestiné. » Bourd.
De plus, on s'efforce de faire ce qui peut être fait par force. Des troupes s'efforcent de rompre un pont, d'emporter une place, de débusquer l'ennemi ; vous vous efforcez de soulever un fardeau , de bander un arc ; dans la fable de Lafontaine, la Grenouille et le Rat , la grenouille
S'efforce de tirer son hôte au fond de l'eau. Mais on tâche par d'autres moyens que la force , par des soins, de l'attention, de la persévérance, de la douceur ou de l'habileté, a La loi commune veut que nous tâchions de conserver notre vie le plus longtemps qu'il nous est possible. » Laf. « Que ne tâchons-nous à les ramener à leur bon sens par la patience et par la douceur ? » Boss. « Tâchez surtout de dormir et d'éloigner dès le soir toutes les pensées qui vous réveillent. » SÉv. — Ainsi , un lutteur s'efforce de renverser son adversaire, et tâche de le surprendre. Efforcezvous d'être vertueux , il faut pour cela être fort, avoir beaucoup d'empire sur soi-même ; tâchez d'échapper aux tentations , cela demande une vigilance continuelle et beaucoup d'adresse. On s'efforce de découvrir quelque chose à force de regarder, en regardant de tout son pouvoir; on tâche d'entendre un discours en se mettant à portée. « Pendant que tous les alliés ennemis de Salente se jetaient en foule les uns sur les autres pour les voir de plus près, et pour tâcher d'entendre leurs sages discours, Idoménée et tous les siens s'efforçaient de découvrir, par leurs regards avides et empressés , ce que signifiaient leurs gestes et l'air de leurs visages. » Fén.
Enfin, s'efforcer marque une action plus énergique ou plus positive. On s'efforce de faire, on tâche d'éviter ; on s'efforce de vaincre , on tâche de parer le coup ; on s'efforce de surmonter ses passions, on tâche de n'y pas céder ou de leut donner le change; on s'efforce deparvenir , on tâche d'empêcher,, ou de retarder sa ruine. — Par conséquent, s'efforcer est propre à enchérir sur tâcher, ce Saint Augustin voulait dire seulement que dans l'occasion on doit toujours tâcher, toujours s'efforcer, toujours s'exciter soi-même, conari. » Boss. « La Mère Sophie tâche de supporter avec dignité le coup imprévu qui la frappe. Elle s'efforce d'y paraître insensible. » J. J. « Les ambassadeurs de Masinissa remercièrent le sénat de ce qu'il avait fait à leur maître des présents magnifiques, dont ce prince avait déjà tâché de se rendre digne , et qu'il s'efforcerait de mérite encore davantage. » Roll.
ÉGAL, PLAIN, PLAT, UNI, RAS. Tous ces mots se disent d'une chose qui s'étend exactement en ligne droite suivant deux dimensions seulement , longueur et largeur.
Égal et plain s'appliquent à une étendue placée horizontalement et dont les parties ne sont ni plus hautes ni plus basses les unes que les autres. Mais égal suppose une plus petite étendue, étendue travaillée ou disposée par la main des hommes , comme une aire , une allée , un chemin , et il est plus rigoureux que plain, plus mathématique,
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
pour ainsi dire : un chemin bien égal est de niveau, ne s'élève ou n'incline point du tout ici ou là. Plain s'emploie en parlant d'une étendue plus vaste , étendue non modifiée par l'homme , et il ne nie que les grandes inégalités , les éminences ou les dépressions considérables, ce La Beauce est un pays plain. » Acad.
Plat convient à une étendue placée en quelque sens que ce soit, et, par exemple, à la toile d'un tableau , au visage ou au dos d'une personne , à une planche dans quelque position qu'elle soit , ou dressée ou couchée. C'est, non plus un terme de géométrie comme égal, ou de géographie comme plain , mais un terme de physique ou un mot du langage commun. Un objet plat n'est ni convexe ni concave, n'a ni saillie ni enfoncement. a Sur une superficie toute plate les peintres nous représentent des corps diversement relevés et enfoncés. » Desg.
Uni veut dire non raboteux , sans aspérité , et par conséquent, en 'parlant d'un chemin, doux, facile. Uni comme une glace (Les., Roll.). a Vous voyez un miroir uni ; il est démontré que c'est une surface très-raboteuse. » Volt. « Au lieu de griller et de rendre la peau rude , cette eau la rend douce et unie. » Sév. ce On fait rouler une boule dans un lieu uni. » Fén.
Ras , qui a le poil coupé ou fort court , signifie ici sur quoi il n'y a rien, ni choses données par la nature, comme des arbres et des plantes, ni choses faites par les hommes , comme des places fortes a Le traître Ariamne mena Crassus au travers de la plaine par un chemin d'abord uni et facile , mais qui devint ensuite très-difficile par les sables profonds où l'armée se trouva engagée au milieu d'une vaste campagne toute rase et d'une affreuse aridité. » Roll. ce Annibal voyait que le poste qu'il occupait dans une plaine rase et découverte était tout ce qu'il pouvait choisir de plus avantageux pour faire agir sa nombreuse cavalerie et ses éléphants. » Id.
ÉGARDS, MÉNAGEMENTS, ATTENTIONS. Manières d'agir réfléchies et mesurées, tendant à témoigner des sentiments favorables. Avoir pour quelqu'un des égards, des ménagements et des attentions, c'est se conduire envers lui de façon, non-seulement à ne pas lui déplaire, mais encore à contribuer à sa satisfaction. « L'esprit du monde n'est qu'un commerce de souplesse , d'egards , de complaisance, d'attentions , de ménagements. » Mass.
Égards est de la même famille que regard , regarder, garde, garder, prendre garde. Les égards consistent à voir, à envisager les personnes sous certains aspects , et à prendre garde à ce qui leur est dû sous ces rapports , à y avoir égard, à ne pas y manquer : ils consistent dans l'observation des convenances sociales ; ils sont inspirés par le sentiment du devoir et par le respect des bienséances, ce La soumission constante du dauphin pour Louis XIV n'était pas seulement une vertu de raison : il ne donnait rien aux égards et à la bienséance ; il ne suivait que le mouvement de son cœur. » Mass. ce La politesse est naturalisée à la cour. Un homme excessivement grand rend tous les autres petits.
De là les égards que l'on doit à tout le monde ; de là naît la politesse. » Montesq. ce Les bienséances ne sont que des égards. » Marm. ce U gardait toujours en apparence les mêmes égards et les mêmes mesures d'honnêteté. » Vert. «Notre commerce se refroidit à vue d'œil, et nous n'eûmes plus l'un pour l'autre que des égards de bienséance et d'honnêteté. » Les. a L'honnêteté , les égards et la politesse des personnes avancées en âge de l'un et de l'autre sexe, me donnent bonne opinion de ce qu'on appelle le vieux temps. » Labr. — On a des égards pour ceux qu'on considère , et c'est pourquoi égards et considération sont synonymes entre eux , et avec déférence et respect (voy. l'article suivant). « Cet orgueil nous fait croire qu'on ne nous rend pas ce qui nous est dû, qu'on n'a pas pour nous assez d'égards , qu'on ne nous considère pas autant que nous le méritons. » Bourd. ce Christiern était sans considération pour la dignité des personnes , et sans égards pour les lois ni pour les privilèges du pays. » Vert.
« L'idée propre de ménagements est de faire moins (minus agere) qu'on ne pourrait, d'épargner , d'en user avec modération. Nous traitons les personnes avec ménagement, comme nous manions avec ménagement des objets fragiles ou dangereux pour ne pas leur nuire ou pour ne pas nous nuire. Ils consistent à diminuer la rigueur, à traiter avec quelque bonté, à éviter de choquer, de faire de la peine. On doit avoir des ménagements pour les faibles , pour les puissants , pour les personnes susceptibles , ombrageuses , d'une humeur difficile, ce On pourrait bien nous reprocher trop de ménagement , trop de douceur , trop de condescendance. » Boss. « Il laisse cela sans réplique , quoique ce fût le lieu de marquer la douceur , les ménagements , la longue attente , la charité du concile et de saint Cyrille envers Nestorius. » Id. « On nomme précautions oratoires certains ménagements que l'orateur doit prendre pour ne point blesser la délicatesse de ceux devant qui ou de qui il parle. » Roll. ce Coriolan manquait de douceur et de condescendance.... Il ne connaissait point ces ménagements et cette sage flexibilité qui se plie au besoin des affaires et à la diversité des caractères de ceux avec qui l'on a à traiter. » Id. ce L'affaire est délicate, et demande à être traitée avec tous les ménagements possibles. » Volt, a La Hollande ne pouvait concevoir la modération de Louis XV. On regardait toutes ses démarches pacifiques et tous ses ménagements , tantôt comme des preuves de faiblesse, tantôt comme des pièges. » Id. « Tib. Gracchus ne proposa la loi Licinia qu'avec tous les ménagements qui pouvaient adoucir les usurpateurs des terres publiques. » Vert. « Le père Tellier ne connaissait ni monde , ni mesures , ni degrés , ni ménagements. » S. S. « Cette disposition des enfants à l'emportement, au dépit, à la colère , demande des ménagements excessifs. » J. J.
La différence des égards et des ménagements est parfaitement exprimée dans ce passage de Saint-Simon : « Après la bataille d'Hochstedt , le duc de Marlborough traita les officiers les plus