FAVORABLE, PROPICE, PROSPÈRE, BÉNIN
Qui est pour quelqu'un, qui lui procure en partie ou entièrement l'accomplissement de ses desseins et de ses désirs.
Favorable vient du latin favor, intérêt, inclination à aider , à bien faire. Propice , latin propitius , a été formé de propè, auprès, et signifie qui est auprès de quelqu'un pour l'assister ou le protéger comme un dieu ou un génie tutélaire.
Favorable dit moins que propice; il exprime quelquefois une simple disposition, de la bienveillance , plutôt qu'un secours effectif : des sentiments favorables (Acad. , Boukd.). « Je ne suis pas sûr qu'ils aient pour moi de favorables dispositions. » Bourd. Et quand favorable marque également bienfaisance, service actuel et réel, auquel cas seulement il est synonyme de propice, il annonce quelque chose de moins puissant et de moins décisif. Ce qui nous est favorable concourt au succès de nos desseins ; ce qui nous est propice nous fait réussir tout à fait par soi-même, d'une manière souveraine et entière. L'occasion nous est favorable , le destin ou le ciel propice. Un client prie un patron de lui être favorable; le pécheur prie Dieu de lui être propice, Favorable se dit proprement des choses , des circonstances, de ce qui est simplement auxiliaire; et propice, de ce qui par soi seul détermine l'événement, de Dieu, de la Fortune, d'un génie, d'un roi.
Que si par extension on emploie aussi favorable en parlant de la divinité ou de quelque autre grande puissance, et propice en parlant des cho-
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
ses, des causes secondaires , de ce qui exerce une influence peu considérable, il n'en reste pas moins entre les deux mots une différence analogue à la première.
Les personnes ou les choses , quelles qu'elles soient , nous sont favorables dans les situations ordinaires; elles nous sont propices dans les cas majeurs , dans les dangers , quand il s'agit de notre salut ou de quelque grave intérêt. Favorable est opposé à contraire; propice, à funeste. Nous nous rendons la divinité ou une personne favorable d'indifférente qu'elle était; nous nous la rendons propice d'ennemie ou de courroucée qu'elle était, a De douter que..., c'est douter que le corps et le sang de J. C. ne soient un objet agréable à Dieu , qui nous le rende favorable; c'est douter que le même J. C. , qui intercède pour nous, par cette action ne l'apaise, et ne nous le rende propice. » Boss. Il suffit, pour m'être favorable , que vous vous intéressiez à ce qui me touche , à Tune quelconque de mes affaires ; il faut , pour nous être propice, qu'on nous tire d'un péril ou qu'on nous fasse avoir un grand bien. Voltaire, ayant parlé des persécutions essuyées par les Juifs au moyen âge , ajoute : « Les derniers temps leur ont été plus favorables. » C'est-à-dire qu'on a été moins mal disposé à leur égard, rien de plus. Mais dans Tancrède, le héros de ce nom vient offrir , pour défendre Aménaïde , « un bras provice à l'innocence , » c'est-àdire un secours positif, qui doit mettre hors de danger la vie et l'honneur d'une infortunée. Vous recevez quelqu'un ou quelque chose d'une manière favorable et obligeante (Fén.); vous donnez à une personne des conseils propices (Mol.), c'est-à-dire salutaires. Une saison favorable est propre pour la chose ; la saison propice est le temps propre de ia chose. Il convient d'agir dans le temps favorable , et si on ne le fait , on manque une bonne occasion; il faut agir dans le temps propice , sans quoi on est perdu ou on fait une folie.
Prospère, latin prosperus, qui signifie aussi heureux, n'est guère usité qu'en poésie et dans le style soutenu. En outre , à la différence de favorable et de propice, il ne se rapporte jamais à un mal à éviter ou qu'on évite ; mais il indique toujours un événement heureux. Qui a toutes choses favorables ou propices échappe auxincon vénients, aux écueils , aux dangers, aux malheurs de toutes sortes ; qui a toutes choses prospères réussit en tout , n'éprouve que du bonheur. Du reste, prospère est rarement synonyme des autres mots de cet article , parce que d'ordinaire il est relatif à l'effet et non pas à la cause. On dit proprement une occasion favorable ou propice (Acad.), et un succès prospère (Corn., Mol.). Ce qui nous est favorable ou propice nous aide , nous seconde ; il faut en profiter :
Le moment est propice, il faut en profiter. Volt. Ce qui nous est prospère est quelque chose pour nous de bon et d'avantageux; nous le goûtons :
Goûtons en nous aimant un sort toujours prospère.
Volt.
Le destin, considéré comme agissant, comme
concourant au succès de nos projets, de nos désirs, nous est favorable ou propice :
Oui, monsieur, d'autant mieux que le destin propice
M'offre à me bien venger en vous rendant- service.
Mais le destin, ou plutôt la destinée, qui nous est prospère, est une suite d'événements heureux pour nous :
Ces Juifs....
Pendant qu'ils n'adoraient que le Dieu de leurs pères ,
Ont vu bénir le cours de leurs destins prospères.
Rac.
«Le remords s'endort durant un destin prospère. •» J. J.
Bénin se dit peu. Il semble rappeler l'astrologie judiciaire , et sert à désigner les influences du soleil , des astres , des éléments.
Conti, dont le mérite , avant-courrier des ans,
A des astres bénins épuisé les présents. Laf. a Aimable plante , arbre chéri de celui qui le rend fécond par ses regards favorables , comme un soleil bienfaisant ; croissez à l'ombre de sa bonté , et ouvrez-vous à ses bénignes influences. » Boss. « Dès que cette ardeur (de la terre) se fut attiédie, une chaleur bénigne et féconde succéda par degrés au feu dévorant qui s'opposait à toute production. » Buff.
FÉCOND , FERTILE. Termes relatifs à la propriété de produire certaines choses en abondance.
Fécond, fœcundus , a pour racine foeo, qui vient du grec çuw, j'engendre, ainsi que foetus, fruit, portée, et foemina, femme ou femelle. Il ne se dit proprement que des femelles des animaux; au lieu que fertile est une qualification applicable seulement aux terres. « Lorsque Moïse propose aux. Juifs cette loi charnelle, il leur promet, s'ils l'observent, que leur terre sera fertile* que leurs troupeaux seront féconds. a Mal. « Les mariages des Gaulois étaient très -féconds. De là des émigrations , parce que le trop grand nombre des habitants surchargeait une terre qui était pourtant l'une des plus fertiles du monde entier.» Roll. — Puis, par extension, fécond s'applique métaphoriquement à certaines choses qui , comme par voie de génération , en produisent hors d'elles-mêmes d'autres qui leur ressemblent et dont elles contiennent le germe ou la matière. Source féconde , mine féconde; science ou vérité féconde. « Dieu est infiniment fécond. » Fén. « On dit : Cette méthode, ce principe, ce sujet est d'une grande fécondité , et non pas d'une grande fertij iité;la, raison en est qu'un principe, un sujet, | une méthode , produisent des idées qui naissent j les unes des autres , comme des êtres successive- I ment enfantés; ce qui a rapport à la génération.» Volt.
Mais fécond s'emploie aussi en parlant des terres. C'est alors qu'il devient synonyme de fertile, tout en conservant néanmoins quelque chose de sa signification primitive. « Fécond est le synonyme de fertile, quand il s'agit de la culture des terres : on peut dire également un terrain fécond et fertile, fertiliser et féconder un champ. » Volt.
Une terre féconde a en soi le germe et la vertu