‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 536 sur 881 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

pays idolâtre , suit une fausse religion ; l'hypo- j crite n'a qu'une religion feinte. En disant faux j zèle , fausse humilité , fausse modestie , fausse j vertu , vous annoncez le défaut de réalité de ces qualités: en disant zèle feint, humilité feinte, modestie feinte, vertu feinte, vous exprimez les efforts d'un sujet pour paraître ce qu'il n'est pas, son affectation. Un homme naturellement timide , qui n'ose pas laisser percer la bonne opinion qu'il a de lui-même , n'a qu'une fausse modestie ; un homme qui se déprécie sans cesse, afin qu'on l'élève, n'a qu'une feinte modestie.

D'autre part, ce qui est feint est l'effet de l'action de feindre, c'est-à-dire de faire des choses fabuleuses. Ce qui est fabuleux a tel caractère : les tyrans fabuleux de l'antiquité (Volt.); ce qui est feint est l'œuvre d'un auteur, d'un poète (de no«&v , faire) : « Le héros du poëme de Butler ( Hudibras ) n'était pas un personnage feint , comme le don Quichotte; c'était un chevalier baronnet très-réel. » Volt. On se remplit l'esprit de lectures fabuleuses (Mass.); la tragédie excite la compassion par des malheurs feints (J. J. , d'Ag.). FAVEUR , CRÉDIT. Faculté d'user de la puissance d'un autre : un homme bien en cour est en faveur ou en crédit; les ambitieux aiment, recherchent , craignent de perdre la faveur ou le crédit; faire agir, pour avancer, pour parvenir à un but quelconque , la faveur ou le crédit.

1° Duclos a proposé une première différence, qui n'est ni la seule véritable, ni même la principale. Suivant lui , on obtient par la faveur pour soi-même, et par le crédit pour les autres. «Persuadé que ses services devaient lui donner la plus grande part à la faveur, Condé ne se trouvait jamais assez récompensé.... Ses valets faisaient un crime au cardinal Mazarin de tout ce qu'ils n'obtenaient pas par le crédit de leur maître. » Cond.

2° La faveur est une faculté ou disposition plus générale et moins prochaine. Avec de la faveur on est bien voulu , bien venu , favorablement regardé ; avec du crédit on peut : une personne en faveur a le crédit de se faire donner telle chose. g De là plus que jamais occupée de faveur et d'ambition , Mme de Soubise entretenait son commerce de lettres avec le roi... Je ne sais par quelle fatalité son crédit, qui emporta tant de choses si étranges, ne put obtenir celle-là (un duché-pairie). 5) S. S. «■ Ces sortes de retours (à un ministre renvoyé) sont toujours si accompagnés de faveur , que ce nouveau crédit pourrait remettre son fils en place.» Id. — En conséquence, le crédit est quelquefois l'effet de la faveur. « L'honneur peut être pris pour le crédit et l'autorité que donnent les emplois , les charges , la faveur des grands.» Boss. Lorsque les deux mots sont mis ensemble , crédit doit venir à la suite de faveur. « Dans un État despotique , on craint et respecte plus la faveur et le crédit que les lois. » Cond. « Ladislas déteste un rival dans le duc, qui déjà lui était assez odieux par sa faveur et son crédit auprès du roi. » Lah.

3° Saint-Simon dit du duc de La Trémoille : «Il était sans crédit de faveur.» Il y a donc un crédit qui n'a pas la faveur pour cause , c'est celui qui

dépend, non du goût du prince, mais de l'estime qu'on lui inspire, de l'ascendant qu'on exerce sur lui. Si vous avez de la faveur, vous êtes favori, on vous aime, et par suite on est bien disposé pour vous ; si vous avez du crédit , on vous considère , vous imposez , on ne saurait vous refuser ce que vous demanderez. — La faveur se gagne, le crédit s'acquiert. Les complaisances , les flatteries., les adulations, le dévouement à la personne gagnent la faveur par le retour; les lumières, le talent, les services, les vertus acquièrent le crédit par la bonne opinion et la confiance qu'ils inspirent. On gagne la faveur du peuple, qui s'engoue capricieusement; on acquiert du crédit dans une assemblée , où le mérite a la plus grande influence. On peut avoir la faveur de la fortune, mais non du crédit sur la fortune ; ses prédilections sont aveugles, elle n'a aucun égard aux qualités. La maîtresse ou le favori d'un roi est en faveur et par conséquent en crédit. Un ministre nécessaire, comme Richelieu, un général recommandable, comme Catinat, ont du crédit, sans avoir besoin de faveur. — Faveur fait penser à celui qui a la puissance en main; aussi dit-on la faveur, et non le crédit, du prince ou du peuple. Crédit , au contraire, appelle l'attention sur celui qui a besoin de la puissance pour lui-même ou pour un autre. Quand vous êtes en faveur, les bienfaits du prince dépendent de son bon vouloir , de l'affection, du faible qu'il a pour vous: quand vous êtes en crédit, ils dépendent de l'empire que vous exercez sur lui et qui l'oblige envers vous à des égards.

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