DEUXIÈME PARTIE
et il ne convient plus aujourd'hui que dans celui de la plaisanterie. Molière le met dans la bouche de Sosie, Regnard dans celle de Crispin; Scarron l'emploie dans le Roman comique , et Voltaire, dans le conte intitulé Jeannot et Colin.
Les bons écrivains du xvne siècle et du xvme qui l'emploient encore en matières graves sont Labruyère, Bossuet etRollin.«Millegensàlacour, y traînent leur vie à embrasser , serrer et congratuler ceux qui reçoivent , jusqu'à ce qu'ils y meurent sans rien avoir. » Labr.« Quand on congratulait Tite d'une conquête si glorieuse : Non, non , disait-il , ce n'est pas moi qui ai dompté les Juifs ; je n'ai fait que prêter mon bras à Dieu.» Boss. « Un jour de fête solennelle, où la prêtresse , mère de Cléobis et Biton , devait aller au temple de Junon , ses bœufs tardant trop à venir, ils se mirent eux-mêmes au joug, et traînèrent le char de leur mère jusqu'au temple. Toutes les mères, ravies en admiration, congratulèrent celle-ci d'avoir mis au monde de tels enfants, n Roll. — Mais Labruyère , Bossuet et Rollin ne sont pas exempts d'archaïsme , parlent quelquefois, latin en français ; et ce n'est point à eux qu'il faut s'en rapporter pour savoir si tel mot était encore ou n'était plus en usage de leur temps.
FERMENTATION, EFFERVESCENCE, ÉBULLI- TION. Mouvement qui agite les particules d'un corps ou d'un mélange , sinon toujours liquide , au moins humide.
Fermentation est le latin fermentum, abréviation de fervimentum, du verbe fervere, être fervent ou chaud. Effervescence a été formé de la préposition e, hors de, et du même verbe. C'est pourquoi l'effervescence , mais non pas la fermentation , fait que le corps dégage du gaz en s'agitant à la surface.
La fermentation est un travail intérieur, latent, caché, qui s'opère de lui-même au sein des choses. Il se produit une fermentation dans un tas d'herbes humectées par la pluie (Buff.), et dans les matières propres à alimenter les volcans (Id.). « 11 y avait dans les murailles de Rome une guerre cachée ; c'était des feux comme ceux de ces volcans qui sortent sitôt que quelque matière vient en augmenter la fermentation. » Montesq. Mais un chimiste, dans son laboratoire et mélangeant des substances , vous fera voir des effervescences et s'en servira pour vous faire distinguer les corps. « Le schorl ne fait point effervescence avec les acides. » Buff. « Nous emploierons, dans l'histoire naturelle des minéraux , le caractère de Y effervescence avec les acides. » Id. a Je voulus faire de l'encre de sympathie. Je remplis une bouteille de chaux vive , d'orpiment et d'eau, je la bouchai bien. L'effervescence commença presque à l'instant très-violemment; la bouteille me sauta au visage comme une bombe.» J. J. Une substance se met en fermentation, et non pas en effervescence. Et quand Y effervescence naît de la fermentation, ce qui arrive quelquefois, c'en est la manifestation par un mouvement extérieur perceptible ou même par un bruit. — De plus, la fermentation n'est pas seulement insensible, mais lente; Y effervescence, au contraire,
est non - seulement frappante , mais prompte. « Lorsque les végétaux tombent au fond des eaux, leur substance ne subit qu'une fermentation lente et dont l'effet se borne à la conversion de son huile en bitume , au lieu de perdre ses principes combustibles par une prompte et forte effervescence. » Buff. — Une autre distinction très-importante consiste en ce que fermentation convient à l'égard des substances organiques , tandis que effervescence se dit plutôt des matières inorganiques ou minérales. « Toutes les substances végétales ou animales en fermentation et toutes les matières minérales en effervescence peuvent produire également de l'acide méphitique. » Buff.
Au figuré, les deux mots se disent d'une certaine agitation des esprits. Mais la fermentation est sourde (Acad.), muette (S. S.); elle se borne au murmure ou à la menace (J. J.) ; c'est une simple inquiétude qui va croissant , mais peu ou point sensible d'abord, ce Les désordres inévitables de la manière de lever les tailles occupaient d'autant plus le régent , que la fermentation devenait palpable dans le parlement et dans quelques provinces. » S. S. ce A la première représentation du Devin , j'entendis s'élever dans les loges un murmure de surprise et d'applaudissement. La fermentation croissante alla bientôt au point d'être sensible dans toute l'assemblée. » J. J. L'effervescence, au contraire, est forte, subite, manifeste d'abord, mais peu durable. C'est un feu de paille. Effervescence passagère (J. J. , Cond.). Dans un, moment d' effervescence (Acad.)! ce Les hommes qui se laissent facilement émouvoir se calment avec la même facilité ; mais un raisonnement froid et sec ne fait point (Y effervescence. y> J. J. ce Dans le temps de la plus grande effervescence des querelles de la magistrature et du clergé. » Volt, ce On le poursuit par des libelles, on le déchire; dans cette prodigieuse effervescence.... » Id.
Ébullition , composé de la préposition e , hors de , et de bullire , bouillir , de bulla , bulle , signifie, comme effervescence, un fait apparent, par lequel le liquide agité envoie quelque chose hors de lui-même. Mais, bien que Y effervescence ait lieu avec accompagnement de chaleur, elle n'a pas lieu comme Y ébullition , par l'application de la chaleur. L'eau qui bout sur le feu est en ébullition. a Ces acides ne dissolvent pas le bismuth, même avec le secours de la chaleur, à moins qu'elle ne soit poussée jusqu'à produire Yébullition. » Buff. — D'ailleurs, les bulles ne se formant que quand le liquide est fortement agité , ébullition a fini par signifier une grande effervescence. «Là dissolution du cuivre par l'eauforte se fait avec grand mouvement et forts effervescence , au lieu que les dissolutions du cuivre par l'acide vitriolique ou par l'acide marin se font lentement et sans ébullition. » Buff. — Enfin, ce que dégage Y effervescence n'es*t pas, comme dans Yébullition, une partie du liquide lui-même, réduite à l'état de vapeur, mais un gaz^ d'une nature particulière.
Ébullition ne s'emploie pas en parlant de l'esprit , comme les deux autres mots , apparemment parce qu'il exprime une circonstance toute maté-
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
rielle. Mais il se dit en médecine d'une éruption j quelconque qui survient' par maladie à la peau et ; la couvre de pustules ou de boutons, « La petite j vérole n'était d'abord qu'une faible éruption, j une ébullition passagère et sans danger. » Volt, j « Il lui est sorti une ébullition; c'est peut-être la \ rougeole. » Dudeff. La médecine se sert aussi du j mot fermentation , mais pour indiquer un phéno- j mène qui se passe au dedans du corps, et non ; plus à la surface : la fermentation des humeurs : (Acad.), du sang (Boss.), àe la bile (FÉN.). C'est j une question si effervescence d'humeurs se dit; ce n'en est pas une s'il doit se dire, son impropriété le condamne.
~ FERMER, CLORE. Faire en sorte que l'entrée d'une chose soit empêchée ou rendue impossible.
1° On ferme proprement une porte ou ce qui a une porte, et par conséquent un objet^ de peu d'étendue, comme une maison, une boîte, une armoire, un secrétaire, une malle, une bourse, un tiroir, un encrier. Clore, comme clôture, qu'il sert à former et qu'il rappelle , suppose quelque chose de plus vaste , un terrain , un jardin , un parc , une ville ; un clos est un grand espace de terre fermé dans son circuit. Même différence entre les composés : on enferme des personnes et des objets encore plus petits, des habits, de l'argent, des épingles ; mais enclore ne s'emploie guère qu'en parlant d'un champ, d'un terrain ou d'une étendue qu'on enceint.— « Chaque Germain, dit Tacite, laisse autour de sa maison un petit terrain ou espace qui est clos et fermé. Tacite parlait exactement. Car plusieurs lois des codes barbares ont des dispositions différentes contre ceux qui renversaient cette enceinte, et ceux qui pénétraient dans la maison même. » Montesq. « Marcellus disait avoir trouvé un bon moyen de ne pas être arrêté par le vol sinistre des oiseaux : c'était de tenir sa litière bien close et bien fermée. » Roll. Dans ces deux exemples , clore est relatif à tout le contour de la chose , et fermer l'est seulement à la porte.
2° Ce qui est fermé l'est dans le moment , car il est destiné à se fermer et à s'ouvrir alternativement; mais ce qui est clos est fermé à jamais ou pour longtemps, d'une manière fixe et constante. On ferme en poussant la porte ou en mettant à l'entrée quelque chose de mobile; on clôt par une clôture , par quelque chose d'établi à demeure. Un instinct nous porte à fermer et à ouvrir à chaque instant les yeux ; la mort nous clôt les yeux. Vous fermez votre lettre qui doit être ouverte par celui qui la lira; mais ce qui ne doit pas être lu, c'est lettre close. Vous fermez la porte à une personne qui va entrer , vous lui fermez la porte au nez ; votre porte est close à certaines personnes pour qui vous voulez qu'elle demeure absolument fermée ou interdite. La bourse d'une personne économe est souvent fermée; le trésor de l'avare est clos. On ferme un livre et la main, on ne les clôt pas : ce sont choses faites pour être, non pas toujours fermées, mai3 tantôt fermées, tantôt ouvertes. On dira mieux , dans un cas particulier , qu'une porte est mal fermée , et en parlant en général de ce qui lui est habituel ou ordinaire, qu'elle -clôt mal.
3° Fermer est moins rigoureux que clore. Pour qu'une chambre soit fermée, il suffit que les portes et les fenêtres aient cessé d'être ouvertespour qu'elle soit close , il faut de plus qu'il n'y ait aux portes et aux fenêtres aucun passage donné à l'air et au froid. Le propriétaire de la maison est obligé de tenir le locataire clos et couvert , c'est-à-dire bien fermé de toutes parts. La nuit close est tout à fait fermée. On ferme un port avec une chaîne ; et par là l'eau n'est pas empêchée d'aller et de venir comme elle le serait si le port était clos. Quand on ferme la bouche à quelqu'un , il ne dit plus rien ; quand on la lui clôt , il ne peut plus rien dire , il n'a plus rien à dire. Au figuré, fermer exprime un fait, et clore un acte d'autorité. Mon nom ferme la liste ; le préfet a clos la liste. Tel discours a fermé la discussion; le président d'une assemblée clôt la discussion ou déclare la discussion close.
FEU , FLAMME. Figurément et poétiquement , ces deux mots expriment la passion de l'amour.
« Le feu, surtout en poésie, signifie souvent l'amour, et on l'emploie plus élégamment au pluriel qu'au singulier. » Volt. Flamme , au contraire, se met plus volontiers au singulier.
Et s'il faut qu'à mes feux yolïeflaiiime réponde ,
Que vous doit importer tout le reste du monde ?
Mol.
Mais j'impute bien moins ce bonheur de m&flamme
A l'ardeur de vos feux qu'aux bontés de votre âme.
Id.
Votre flamme devient une flamme ordinaire;
Thésée en expirant vient de rompre les nœuds
Qui faisaient tout le crime et l'horreur de vos feux.
Rac.
Ensuite , le feu est simplement chaud , il peut couver sous la cendre ; au lieu que la flamme se montre , brille , et se meut ou s'agite. On dit des feux ardents (Fléch.), et une vive flamme (Mol. , J. J.); un feu nous consume (Volt.), nous donnons un témoignage de notre flamme (Mol.).
J'ai repoussé les traits de ma fîmes te /Z«/«/«e,-
Oui, ce feu si longtemps dans mon sein renfermé
S'est avec violence aujourd'hui rallumé.
Mais
Malgré l'amour enfin dont je ressens les coups,
Massinisse jamais ne sera mon époux.
(Sophonisbe). Volt.
Je nourris en secret le feu qui me dévore. Id.
Je n'ai point, Sophonisbe, exigé de votre âme
Les dehors affectés d'une inutile flamme. Id.
De vos feux devant moi vous étouffiez la flamme.
Volt.
C'est-à-dire vous reteniez l'élan ou la manifestation du sentiment qui vous embrasait à l'intérieur.
Par conséquent, flamme renchérit sur feu. La. flamme est un feu qui éclate. Jeter feu et flamme (Acad.). « Huit jours durant ce ne furent que feux et flammes entre les jeunes amants. » Scarr. On refroidit des feux (SÉv.), on éteint une flamme (Acad.). Dans l'adolescence , le cœur s'ouvre aux premiers feux de l'amour (J. J.) ; un amant passionné parle de sa flamme à l'objet qui l'a excitée (Mol., Volt.). Mécontent des feux d'Alcmène, qu'il trouve froide, Amphitryon lui vante sa propre flamme, son extrême tendresse (Mol.)»
Enfin , à feu s'attache plutôt l'idée d'un amour , modéré, pur, innocent, légitime; et à flamme, celle d'une passion violente et criminelle. — i a Corneille dit souvent un beau feu pour un amour vertueux et noble. » Volt.
De ses/eux innocents j'ai trahi le mystère. Rac. Il faut d'un premier feu la pureté fidèle . Pour aspirer à cet honneur Où votre bonté nous appelle. Mol.
a Déjà Rallumaient dans son âme ces feux ardents et purs, que la sagesse, la beauté , l'esprit et un mérite universel ont coutume de faire naître. » Fléch. — « Pourquoi ce reste de commerce? Pourquoi cette dangereuse complaisance, restes malheureux d'une flamme mal éteinte ? » Boss.
Le ciel mit dans mon sein une flamme funeste.
Rac.
Toi que brûle en secret une flamme infidèle. Volt.
Cette fatale flamme Dans les bras de Cassandre a dévoré mon âme. Id. Je ne m'attendais pas qu'une flamme coupable Dût ajouter ce comble à l'horreur qui m'accable.
Id.
a Les mariages clandestins exposent des cœurs innocents à brûler d'une flamme adultère. » J. J.—
Ah ! quel étrange amour ! et que les belles âmes Sont bien loin de brûler de ces terrestres flammes/ Les sens n'ont point de part à toutes leurs ardeurs, Et ce bea.u feu ne veut marier que les coeurs; Comme une chose indigne , il laisse là le reste : C'est un feu pur et net comme le feu céleste. (Armande dans les Femmes savantes). Mol.
FINIR , CESSER , — DISCONTINUER. Faire en sorte qu'une action s'arrête, ne se poursuive pas ou ne se prolonge pas davantage ; ou bien , dans le sens neutre, en parlant d'une action, s'arrêter , ne pas se poursuivre ou se prolonger davantage.
On finit ce qu'on a commencé. Finir suppose un travail, une opération, en un mot une action qui forme un tout, dans laquelle on distingue un commencement, une suite et une dernière partie ou une fin. Cesser, latin cessare, fréquentatif de cedere, céder, se dit de toute action ordinairement forte ou vive dont on se désiste , dont on se relâche. On dit proprement à une personne, finissez vos discours (Regn.), et cessez vos cris (Acad.). 11 faut attendre que la digestion soit finie pour manger de nouveau; il faut attendre que la pluie ou la grande chaleur ait cessé ou soit cessée pour se mettre en route. Le jour finit de bonne heure en hiver; la fièvre cesse quand on prend du quinquina. On dira d'une armée, qu'elle finit un siège , une campagne de telle manière , et que , dans un combat , elle cessa le feu à telle heure du jour. Vous finissez un couplet que vous chantez ou que vous composez, une page d'écriture, un livre que vous avez entrepris de lire ; vous cessez des poursuites, des hostilités, des persécutions , d'ardentes recherches. On finit de faire ce qu'on achève; on cesse de faire ce qu'on laisse là , après s'y être livré avec feu , avec passion.
<x Les conjurés avaient presque tous fini malheureusement leur vie. » Montesq. « C'est le 22 avril qu'un vieux fou commença une tragédie
finie hier. » Volt, a M. Racine est présentement tout occupé à finir sa pièce. » Boil. « Après avoir achevé mon récit , que je finis par la chambre que j'avais louée, on vint avertir qu'on avait servi. » Les. a Apelle trouvait à Protogène ce défaut , de ne pouvoir quitter le pinceau et finir ses ouvrages. » Roll. — a Le soufre s'évapore peu à peu-, et l'on ne cesse le feu que quand il ne s'élève plus de vapeurs sulfureuses. » Buff. a La mort a cessé ses ravages. » Vauv. « Démétrius cessa les hostilités. » Cond. « Le sénat ordonna à Antiochus de cesser la guerre qu'il faisait. » Id. a Le peuple et le pape devenaient ennemis, et les dissensions ne cessaient plus. » In.
Ne cesseras-tu point cette rigueur mortelle? Mol.
L'aigle et le chat-huant leurs querelles cessèrent.
Laf.
Quant à discontinuer, on ne peut guère le confondre avec les deux mots . précédents ; car il signifie finir ou cesser momentanément , pour reprendre ensuite, interrompre, a On leva le siège (de Véïes) à la fin de la première campagne. On le leva encore après la seconde. Mais , à la troisième , on le reprit pour ne plus le discontinuer. » Cond. a La pluie a discontinué seulement quelques jours , puis elle a recommencé. » Acad.
FLATTEUR, ADULATEUR. Qui loue excessivement , dans des vues intéressées , afin de plaire , de gagner la faveur ou la bienveillance.
Flatteur appartient au langage commun. Adulateur est le latin adulator. Tous les hommes peuvent être flatteurs, et on peut être flatteur envers tous les hommes ; les adulateurs sont les flatteurs des grands, et particulièrement des rois, les flatteurs de cour, « M. d'Alet est un courtisan adulateur. » Sév. Le verbe aduler ne s'emploie qu'en parlant des princes, a Le prince de Conti était digne de n'être pas adulé. » J. J. « Quoi ! vous adulez bassement le souverain pendant sa vie, et vous l'insultez cruellement après sa mort ! » Diderot.
Par suite , le nom d'adulateur se donne à tout ce qu'il y a de plus odieux parmi les flatteurs, au flatteur bas, vil, lâche, servile., impudent, très-fin, ou, au contraire, grossier. C'est le mot qui exprime le défaut de la manière la plus défavorable et au plus haut degré sous quelque rapport que ce soit. « Il semble que les basses flatteries ont été plus prodiguées aux méchants princes : la haine publique se cache d'ordinaire sous Y adulation. » Mass. a Rien ne caractérise un mauvais règne comme la flatterie portée à l'excès , et je suis étonné que Louis XIV ait été loué comme un tyran. Son successeur avait un caractère supérieur à Y adulation. » Vauv. « Les inscriptions latines de la statue de la place Vendôme sont des flatteries grossières. On y lit que Louis XIV ne prit jamais les armes que malgré lui. Il démentit bien solennellement cette adulation au lit de la mort. » Volt. « Comme nulle contagion n'est si prompte que celle de la flatterie, bientôt toutes les provinces suivirent l'exemple que leur avaient montré les Asiatiques et les Bithyniens. Par tout l'empire ce ne furent que temples (en l'honneur d'Auguste).... L'adula-
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
tim fut portée encore à de plus grands excès à i l'égard de ses successeurs. » Roll. « Si le flatteur est un homme ordinaire , il ne louera en ; vous que des qualités communes. Un adulateur I plus fin louera principalement en vous les quali- | tés dans lesquelles vous croyez exceller. Un adu- 1 lateur impudent et sans honte louera vos défauts [ et parviendra à vous étourdir sur le témoignage intérieur de votre conscience. » D'Al.
Flatteur est le mot simple. Adulateur est une expression de choix destinée à peindre un flatteur tel que ceux des cours, un insigne flatteur; sans compter qu'adulateur , à cause de son origine , convient surtout au style noble de la poésie et de l'éloquence.
Soit qu'il fasse au conseil courir les sénateurs , D'un tyran soupçonneux (Tibère) pâles adulateurs.
Boil.
FLEXIBLE, SOUPLE, DOCILE. Qui cède, qui oppose peu ou qui n'oppose point de résistance.
Flexible se dit proprement des plantes, souple des animaux, et docile de l'homme. L'osier est flexible ; le corps de l'animal, ou ce qui envient, comme le cuir, est souple; un élève est docile. Branche longue et flexible, animal souple et agile, enfant docile et obéissant : c'est ainsi qu'on parle et qu'on doit parler , à la rigueur. Si on qualifie quelquefois de souple une plante, c'est quand et en tant qu'on la considère comme un animal , comme un serpent qui court et s'étend de côté et d'autre. La grotte de Calypso « était tapissée d'une jeune vigne qui étendait ses branches souples également de tous côtés. » Fén. Et, d'autre part , il est évident qu'on n'attribue de la docilité à un animal, que parce qu'on l'assimile à l'homme.
Mais la difficulté devient plus grande lorsque flexible et souple, prenant l'acception figurée, s'emploient comme docile pour signifier une disposition des personnes à se prêter aux impulsions d'autres personnes ; et c'est alors surtout que ces trois mots demandent à être nettement distingués.
D'abord, flexible et souple, outre que ce sont dans ce sens des expressions métaphoriques, se rapportent à la volonté, et non pas, comme docile , à l'intelligence. L'esprit flexible ou souple cède aux volontés , aux vœux , aux désirs des autres, est complaisant ou point opiniâlre; au lieu que l'esprit docile cède à la voix d'un maître qui l'instruit , écoute les leçons ou les conseils. Voltaire dit de Corneille, travaillant à la Comédie des Tuileries, de Richelieu : « Corneille . plus docile à son génie que souple aux volontés d'un premier ministre, crut devoir changer quelque chose dans le troisième acte qui lui fut confié. » Un enfant flexible est d'un caractère à se laisser aisément influencer, incliner d'un côté et d'un autre , ainsi qu'une plante ; un enfant docile a un esprit tel qu'il écoute ou apprend sans peine ce qu'on lui dit. Horace accorde' au jeune homme de la flexibilité pour le vice , en même temps qu'il lui refuse de la docilité : Cereus in vitium flecti , monitoribus asper.
A un ministre absolu comme Richelieu, il fallait
des serviteurs flexibles ou souples; nous devons tous être dociles à la parole divine et à la voix de la conscience.
Flexible et souple diffèrent l'un de l'autre en conséquence de leur application au propre. Flexible est passif : une personne flexible cède comme le peut faire une plante , en fléchissant . en pliant, en se laissant faire. Mais souple est actif; une personne souple agit en se pliant, à la manière d'un animal, en se mouvant, en se tournant en tous sens. La flexibilité est une capacité ; la souplesse , un talent. Trop de flexibilité est faiblesse ; trop de souplesse , manège ou ruse. L'homme flexible est doux, accommodant, facile, il ne veut pas choquer; l'homme souple est prévenant , insinuant , flatteur , il se fait tout à tous pour gagner les gens dont il a besoin. L'esprit flexible est propre à divers genres d'étude ; l'esprit souple l'est à la négociation et à l'intrigue.
FOI , CRÉANCE , CROYANCE , OPINION. Assentiment ou acquiescement de l'esprit à quelque chose qu'il tient pour vrai.
Foi, du mot latin fldes , confiance , signifie une persuasion fondée uniquement sur le témoignage , une soumission de l'esprit inspirée par la confiance. On a foi, ou on ajoute foi à ce qui émane d'une autorité qu'on regarde comme incapable de se tromper et de tromper. « Si c'est l'autorité qui fait que l'esprit embrasse ce qui lui est proposé, c'est ce qu'on appelle foi. » P. R. « La foi est une habitude de croire une chose par l'autorité de quelqu'un qui nous la dit. » Boss. a C'est une erreur de s'imaginer qu'il faille toujours examiner avant que de croire.... On croit d'abord ce que l'Église propose , et la foi précède ou plutôt exclut l'examen. » In.
La créance, la croyance et l'opinion, au contraire , sont une persuasion déterminée par l'examen de la chose à croire et le plus ou moins de vérité ou de vraisemblance qu'on lui trouve; elles supposent l'exercice de la raison individuelle qu'exclut la foi. La foi est soumise, aveugle, inébranlable ou chancelante; la créance, la croyance et Yopi7iion sont raisonnées, et plus ou moins raisonnables ou déraisonnables. On emploie surtout le mot foi en parlant des mystères de notre religion et des vérités révélées , qui doivent être crues sur parole et non discutées; on s'en sert aussi quand il s'agit de ce que croit le peuple sans examen et par une molle déférence, et de ce que croient les enfants encore incapables de voir et de juger par eux-mêmes. — Outre cela , foi, uniquement relatif à l'adhésion plus ou moins ferme de l'esprit : ne se prend pas, comme ses synonymes, pour la chose même qui en est le sujet; on ne dira point, à propos de ce que certains hommes croient : c'est une./bi, mais une créance, une croyance ou une opinion ancienne, nouvelle, plus ou moins répandue.
Créance et croyance sont formés tous deux du verbe croire. Du temps de Vaugelas et de Corneille, on prononçait toujours créance, quoiqu'on ! écrivît aussi croyance. Ces grammairiens ont prétendu que croyance ne se prononçant déjà plus, devait finir bientôt par ne plus s'écrire. Ils se sont