‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 540 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

trompés. Créance et croyance ont été maintenus | l'un et l'autre, mais chacun avec des nuances qui lui sont propres.

Créance est plus éloigné du verbe croire , dont il ne rappelle pas l'action; il est tout objectif. Il s'emploie bien dans des locutions générales et absolues sans indication de personne , de temps ou de degré. Donner, ôter ou refuser créance; un bruit trouve créance. Croyance, au contraire, est subjectif, relatif, et propre à marquer des actions de croire particulières : on donne créance à quelque chose (Boss.); on donne sa croyance (Boss. , Fén.), trop ou pas assez de croyance (Boss.). On dira bien , dans l'ordre des idées et en général : La créance de l'Église est invariable ; et dans l'ordre des faits ou sur un certain article : L'Église n'a point changé de croyance (Boss.). Un homme d'une créance légère ou facile habituellement et par caractère, se montre dans l'occasion d'une croyance légère ou facile. — La créance se qualifie en raison de la nature des choses crues : elle est vraie (Boss.), orthodoxe (Bourd.), fausse (Boss.) ou erronée (Id.). La croyance donne plutôt l'idée de la manifestation d'un fait : libertinage de mœurs et de croyance (Bourd.); articles à la croyance et à l'observation desquels on est obligé (Boss.)- — Rigoureusement il faut dire, en matière de créance (Bourd.), et en fait de croyance; être digne de créance , et mériter croyance.

Créance , étant objectif, se prend bien passivement pour le crédit ou la qualité d'être cru , au lieu que croyance s'entend toujours dans le sens actif. Conserver de la créance dans tous les partis (Boss.) ; des faussaires cherchent à donner créance à leur imposture (Id.); ôter toute créance aux calomnies de quelqu'un (Mass.).

Créance signifie une croyance constante , qui n'est pas bornée à tel temps et à tel lieu; et croyance, une créance accidentelle, d'un moment, dans un cas particulier. La créance fait qu'on croit en quelqu'un, et la croyance qu'on croit à quelqu'un ou à quelque chose. Digne de créance ou d'être cru, marque une qualité essentielle, permanente; digne de croyance, ou qu'on le croie , une qualité de fait , qui ne s'étend pas au delà du présent. — a Quelle créance dois-je donner aux mystères? Une créance si absolue que pour cela je dois démentir tous mes sens. » Bourd. Puis-je à de tels discours donner quelque croyance?

Corn.

Créance exprime la croyance de tout un peuple : un historien mérite la créance publique (Volt.). Croyance désigne la créance de quelqu'un en particulier; c'est pourquoi ce mot touche de plus près à opinion , et s'emploie d'ordinaire avec les adjectifs possessifs : Je doute d'une chose, à moins que je ne voie qu'elle mérite ma croyance (Fén.). — Il en est de même quand ces deux mots se prennent matériellement pour les choses mêmes auxquelles on croit. Créance se dit de ce qui est cru par tout un peuple ou toute une religion , et se rapporte plutôt à un ensemble de doctrines : la créance chrétienne (Bourd.); la créance commune de tous les fidèles (Boss., Bourd.); une religion qui soutient sa créance par des bourreaux (Volt.) ; la créance du polythéisme (Id.).

Vous ne connaissez pas la loi que nous suivons;

Elle peut être horrible aux autres nations;

La créance, les mœurs, le devoir, tout diffère.

Mais croyance signifie seulement ce qui est cru par un homme ou quelques hommes, a Personne (sous Elisabeth d'Angleterre) ne fut persécuté, ni même recherché pour sa croyance. » Volt. « Chaque société chrétienne qui s'éleva après Jésus eut une croyance particulière. » Id. C'était la croyance de presque tout l'empire de Charlemagne , que le Saint-Esprit procédait du Père et du Fils (Id.). Et ce mot convient plutôt quand il est question d'une seule doctrine : la croyance de la métempsycose (Volt.) , la croyance d'un paradis et d'un enfer (Id.).

V opinion est une croyance toute personnelle , provisoire , conjecturale , qu'on admet faute de mieux. Aussi ce terme, banni du domaine religieux, où on ne trouve rien que de dogmatique et d'arrêté , ne se dit-il qu'en matière de science et de politique. Il marque moins l'acquiescement de l'esprit qu'un certain rapport à la vérité ; c'e&t ce qui fait qu'on ne peut pas dire , digne à'opinion , comme on dit , digne de foi , de créance et de croyance, « L'acquiescement de l'esprit accompagné de doute est ce qu'on nomme opinion. » P. R. « La lumière qui luit dans V opinion est une lumière douteuse qui n'apporte jamais un parfait discernement. » Boss. Dans sa tragédie d'Hélène, Euripide choque ouvertement la créance commune de toute la Grèce. Il suppose qu'Hélène n'a jamais mis le pied dans Troie, et qu'après l'embrasement de cette ville Ménélas trouva sa femme en Egypte , d'où elle n'était point sortie : tout cela fondé sur une opinion qui n'était reçue que parmi les Égyptiens. » Rag.

FOIS (A LA) , ENSEMBLE. L'un avec l'autre ou les uns avec les autres.

A la fois marque proprement simultanéité , et est opposé à successivement. « Rome s'était agrandie parce qu'elle n'avait eu que des guerres successives, chaque nation ne l'attaquant que quand l'autre avait été ruinée. Rome fut détruite parce que toutes les nations l'attaquèrent à la fois. » Montesq. — Ensemble indique union ou réunion , et est opposé à séparément. « Ces deux états, qu'il fallait connaître ensemble pour voir toute la vérité , étant connus séparément conduisent nécessairement à l'un de ces deux vices : à l'orgueil ou à la paresse. » Pasc. Ne vaut-il pas mieux, dit quelque part Lafontaine ,

Qu'on ne puisse saisir tous les plaisirs ensemble, Et que pour en goûter les douceurs purement Il faille les avoir chacun séparément?

Des personnes qui agissent, des choses qui se font à la fois agissent , se font en même temps , et non pas l'une après l'autre ou les unes après les autres ; des personnes qui agissent, des choses qui se font ensemble agissent , se font de compagnie, et non pas une à une , l'une à part de l'autre. Un père marie à la fois deux de ses filles, à la fois c'est-à-dire le même jour ; il ne les marie pas ensemble; il marie ensemble sa fille et un jeune homme dont il la sait éprise.

A la fois est toujours relatif au temps; ensemble

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

l'est primitivement à l'espace. Deux livres d'une bibliothèque tombent à la fois, c'est-à-dire au même moment, quoique peut-être à une grande distance l'un de l'autre ; deux livres d'une bibliothèque se trouvent placés ensemble, c'est-à-dire l'un auprès de l'autre, quoique peut-être ils n'y aient pas été mis à la même époque. De divers points du globe, plusieurs astronomes, une même nuit, observent à la fois une planète : plusieurs personnes logent ensemble sous le même toit. Tel homme, à ses repas, a coutume de manger et de lire à la fois; on mange ensemble la viande et le légume mêlés dans un même ragoût. Vous apercevez à la fois , au même instant , une foule d'objets rangés ensemble dans un même endroit. On ne saurait contenter tout le monde à la fois; plusieurs personnes ne peuvent s'asseoir ensemble sur une même chaise.

1° FONDEMENT» BASE ; — 2° APPUI, SOUTIEN , SUPPORT ; — 3° ARC-BOUTANT, PIVOT; — 4° ÉTAî, ÉTANÇON. Ce sur quoi un objet pose ou repose.

Mais fondement et base méritent une place à part; car ils expriment une partie de l'objet, celle qui est en bas , sous les autres , au lieu que les mots suivants désignent quelque chose d'étranger à l'objet, quelque chose qui y est seulement joint. « La grandeur de Garthage, qui ne se soutenait que par ces appuis extérieurs, se voyait ébranlée jusque, dans ses fondements aussitôt qu'ils lui étaient ôtés. » Roll.

C'est une différence considérable. Tout homme étant distinct d'un autre , vous ne direz pas d'une personne qu'elle est votre fondement ou votre base , mais vous direz bien qu'elle est votre appui, votre soutien, votre support.

Dans une acception très-abstraite, fondement et base signifient , comme l'observe du reste l'Académie , principal appui ou principal soutien.

1° Fondement, base.

On dit plutôt fondement au pluriel , et en parlant d'un édifice ; ses fondements sont comme ses racines. Base s'emploie le plus souvent au singulier et en parlant d'un objet peu étendu, comme un rocher ou une colonne ; sa base est son piédestal ou comme son piédestal, a Le mage m'enferma dans une statue colossale dont la base touche aux fondements du temple. » Volt.

Le fondement est caché dans la terre ; la base est au-dessus de la terre et se voit : on creuse , on jette des fondements ; on pose une base, la machine de guerre des anciens appelée tortue , et qui était mobile, avait une base (Roll.), mais non pas un fondement ou des fondements. Une montagne est ébranlée jusque dans ses fondements, et sa base a tant de circonférence , est couverte d'habitations ou de verdure. Le fondement est ce sur quoi est assise la base. « Ce n'est pas assez que la vertu soit la base de votre conduite , si vous n'établissez cette base, même sur des fondements inébranlables. » J. J. « Ces observations sont trop incertaines pour qu'on puisse établir sur de pareils fondements la base d'un raisonnement solide. » Id. Un des plus solides fondements de notre foi et de notre espérance , c'est la résurrection de Jésus-Christ; c'est sur cette ré-

surrectron qu'est établie la vérité qui est la base de toute la religion , savoir que Jésus-Christ est Dieu (Boss.).

Mais ce qui doit décider dans le choix de ces deux mots d'un usage très-fréquent au figuré c'est que fondement emporte toujours l'idée de solidité, laquelle n'est pas essentielle ou aussi essentielle à base : ce que vous dites a du fondement ou n'a pas de fondement ; il n'y a point de fondement à faire sur son amitié. « Si le fondement est solide, bâtissez dessus sans crainte mettez-y votre appui. » Boss.. « Les bases du gouvernement libre en France sont posées, l'édifice s'élève ; déjà trop affermi pour être renversé, il ne sera pas même ébranlé dans ses fondements.» Marm. Le fondement affermit; la base fixe seulement, donne place, est comme la substance sur laquelle se trouvent ou autour de laquelle se réunissent les qualités. « Dieu tient les parties de la matière étendues et insécables , pour servir de base à toutes les productions de l'univers. » Volt. « La contradiction est attachée à l'espèce humaine, et semble faire la base de notre nature. » Id. a On condamne la mode qui fait de la tête des femmes la base d'un édifice à plusieurs étages. » Labr. Dans ces exemples il n'y a rien qui fasse penser au pouvoir qu'a la chose de résister aux efforts qui tendraient à la renverser.

D'où il suit que fondement est propre à enchérir sur base. « La grammaire est la base et le fondement des autres sciences. » Labr. « Telle est la loi appelée Valeria, qu'on a toujours regardée comme la base et le fondement de 3a liberté publique. » Vert. « Les anciens étaient persuadés que le chœur était la base et le fondement de la tragédie. » Volt.

2° Appui , soutien , support. Ce qui est joint à une chose pour l'affermir.

L'appui se met auprès pour tenir la chose droite, pour la faire résister à l'impulsion des corps étrangers, k Si on ne donne un appui à cet arbre, le vent l'abattra.» Acad. Le soutien se met dessous pour empêcher la chose de tomber sur elle-même, de s'écrouler, a. Les Lapons, pour dresser leurs tentes, élèvent quatre perches qui font le soutien de leur bâtiment. » Regn. a Les mineurs détruisent peu à peu les soutiens souterrains des remparts , jusqu'au moment où tout à coup le terrain s'affaisse. » Fén. Le support est un appui ou un soutien , qui aide à porter, qui suppose quelque chose de pesant, une forte charge, un fardeau, a Proportionner les hauteurs aux' bases, les supports aux fardeaux. » Marm. Faute d'appui une chose tombe d'un côté ou de l'autre ; faute de soutien , elle s'affaisse; faute de support, elle est accablée ou écrasée.

Au figuré , mêmes différences. V appui empêche d'être renversé, assure la position; le soutien empêche de faiblir ou de défaillir , assure I la persévérance et le succès ; le support empêche | de succomber, assure la constance. V appui j donne la force de rester en place , rend inébranlable; le soutien donne la force de continuera ; être ou à agir , fait qu'on va toujours , jusqu'au

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