DEUXIÈME PARTIE
représentant , en donnant une image , image qui peut-être ne répond à rien de réel.
2° Lorsque la figure est également relative aux réalités, elles n'en indique que la partie la moins corporelle ou matérielle, pour ainsi dire, savoir la partie mathématique ou graphique , les traits , le contour, le périmètre, le tracé, le dessin. Une figure peut être dite seulement ronde ou carrée, régulière ou de travers, ou quelque chose de semblable ; mais une forme est unie ou raboteuse , noble ou triviale , etc. Buffon écrit au sujet du jeune aveugle opéré par Cheselden : « Les objets qui lui étaient le plus agréables étaient ceux dont la forme était unie et la figure régulière. » Dieu a départi à l'homme une belle figure : il a la taille droite, la tête arrondie et les regards tournés vers le ciel; on admirera toujours les formes si pleines d'expression , si élégantes , si bien proportionnées des statues grecques et des peintures italiennes. Tel artiste néglige les figures ; tel autre s'applique à leur donner des formes délicates ou gracieuses.
3° La forme est plus particulièrement palpable, et la figure visible ; ce qui tient encore à ce que l'une est plus matérielle, et l'autre moins. Ainsi à l'égard du corps de l'homme , figure, dans une acception spéciale, désigne seulement ce qui frappe d'abord et surtout la vue, et ce que pour céladon appelle le visage. On ne fait que changer l'aspect, la manière d'être vu, de l'objet qu'on défigure ; mais on altère la constitution , la manière d'être de la chose qu'on déforme. Au figuré, figure exprime la manière de paraître d'un homme, son air; et forme, sa manière d'être avec les gens, de les traiter, ou la manière dont il procède, dont il se conduit. « On devrait appeler exclusivement forme d'un corps la manière d'être étendu que nous lui connaissons par le tact en nous mouvant autour de lui, et réserver le mot figure pour l'impression que cette forme fait sur notre œil. La même forme présente plusieurs figures, suivant qu'elle est vue d'un côté ou d'un autre. » Destutt de Tràcy. Ce qui confirme encore cette distinction, c'est que figure, mais non pas forme, marque toujours quelque chose d'extérieur, d'apparent. « Ce n'est que depuis peu qu'on a déterminé la figure de la terre; ce n'est que de nos jours qu'on s'est élevé à la théorie de sa forme intérieure et qu'on a démontré l'ordre et la disposition des matières dont elle est composée. » Buff.
4° Enfin , le mot forme convient davantage relativement aux êtres les plus remarquables par la forme , c'est-à-dire quand il est question des animaux en général , et de l'homme en particulier. — 11 y a des animaux de toutes sortes de formes ; Épicure attribue aux atomes des figures de toutes sortes. — « Cela rend l'âme souple et comme liquide pour prendre toutes les formes qu'il plaît à Dieu.... C'est à force de changer de forme qu'on n'en a plus aucune à soi. L'eau pure et claire n'est d'aucune couleur ni d'aucune figure; elle est toujours de la couleur et de la figure que lui donne le vase qui la contient. Soyez de même en Dieu. » Fén.
Conformation et configuration sont tous deux
des termes didactiques , des termes d'histoire naturelle, usités seulement au propre, et ils ont précisément entre eux la dernière différence qui vient d'être signalée entre forme et figure. On se sert du premier à l'égard des animaux , et du second par rapport aux êtres inorganiques. — Rechercher curieusement la vertu des plantes et la conformation des animaux (Fén.); la matière est capable d'une infinité de différentes configurations (Mal.). — Les grands singes ressemblent beaucoup à l'homme par la conformation du corps (Buff.); les couleurs dépendent de la configuration des parties (Volt.). — Les Chinois ont paru d'abord une espèce entièrement distincte par la conformation de leur nez, de leurs yeux et de leurs oreilles (Volt.); les végétaux fossiles, changés en charbon de terre, ont perdu leur contexture et leur configuration (Buff.).
Façon vient de facere, faire. La façon est la forme donnée à un ouvrage par celui qui fait , qui manie une matière pour en composer quelque chose. Elle rappelle naturellement l'ouvrier ou son travail. Chacun fait, chacun parle à sa façon. a Chacun se représente Dieu à sa façon particulière. » Boss. « Tout montre (dans la création) combien la façon de l'ouvrier surpasse la vile matière qu'il a mise en œuvre. » Fén.
LE CHEVALIER
Quelle est cette valise?
VÀLENTIN.
Eh ! parbleu , c'est la vôtre.
LE CHEVALIER
De la mienne elle n'a ni l'air ni la façon*
(Les Mènechmes). Regîv.
FORT, VIGOUREUX, ROBUSTE. Ces mots appliqués au corps lui attribuent une certaine aptitude à porter ou à mouvoir , à vaincre ou à résister.
Fort a rapport à la capacité, vigoureux à la manière d'agir, et robuste, à la manière d'être. Fort exprime une qualité qui se mesure à l'importance des effets dont on est capable; vigoureux, une qualité qui s'estime par le degré d'effort développé dans l'action; et robuste, une qualité dont on juge en voyant l'état ferme du corps.
Ce qui est fort peut beaucoup , peut produire des effets considérables , et soutenir une grande charge ou de grands assauts. Le fort Samson (Volt.). L'homme est plus fort que la femme (Fén. , Volt.) , c'est-à-dire peut davantage, peut ce qu'elle ne peut pas. « Loin de rougir de leur faiblesse , les femmes en font gloire : elles affectent de ne pouvoir soulever les plus légers fardeaux ; elles auraient honte d'être fortes. J. J.
Mes gens vous aideront , et je les ai pris forts
Pour vous faire service à tout mettre dehors. Mol. « Cette contraction si serrée (du tatou) se fait au moyen de deux grands muscles, et l'homme le plus fort a bien de la peine à le desserrer. » Buff. « Avant l'âge de quatre ans, le cheval n'est pas encore assez fort pour n'être pas, en marchant , surchargé du poids du cavalier. » Id. « Us se présentèrent plus de trente à se charger de deux ou trois petits paquets, que le moins
SYNONYMES A RADICAUX DIVERS
fort d'entre eux eût pu porter sous le bras. » Scarr. « Je prierai le maître de la vigne qu'il envoie des ouvriers plus forts et plus diligents que moi pour y travailler. » Mal. Et souvent le fort tient sa qualité , non pas , comme le vigoureux et le robuste , de la nature de sa constitution, mais de sa taille. « Je suis, dit l'éléphant, le plus grand , le plus fort et le plus brave de tous les animaux. » Fén. « Les Éthiopiens mettaient sur le trône le plus grand et le plus fort.» Boss. « Les barbares du nord étaient plus grands et plus forts que les Romains. » J. J. « Hippias avait presque la taille et la force d'Hercule. » Fén. « Les habitants des montagnes sont plus grands et plus forts que ceux des vallées ou des plaines. » Buff.
A ces mots sort de l'antre un lion grand et fort.
Laf.
Le vigoureux se distingue par le mouvement ou la vivacité de l'action. Sa qualité tient au courage, à l'ardeur du sang, à une nature toute nerveuse. « Il y a des corps vigoureux où il semble que tout soit nerf, et où tout est plein d'esprits. » Boss. «Le marquis est vigoureux ; il soutint avec bien du courage cette première épreuve. » Sév. «Alexandre est semblable, dans ses sauts hardis et dans sa légère démarche , à. ces animaux vigoureux et bondissants.» Boss. « Ces insulaires sont tous très-vigoureux et fort agiles. » Buff. « Les haras établis dans des terrains secs et légers produisent des chevaux sobres, légers et vigoureux, avec la jambe nerveuse et la corne dure. » Id.
Le robuste est solidement constitué. Il se distingue par la grosseur des membres et par le tempérament. « Un corps robuste et bien constitué. » Fléch. « C'était un jeune homme d'une complexion très-délicate. Tu me parais plus roluste que lui. » Les. « Le mouflon est d'une nature assez robuste pour subsister dans les climats froids, tempérés et chauds. » Buff. « Ce qui a paru être gigantesque dans la stature des Patagons , c'est leur énorme carrure , la grosseur de leur tête et l'épaisseur de leurs membres; ils sont robustes et bien nourris. » Id. « Un homme haut et robuste , qui a une poitrine large et de larges épaules. » Labr. « Des membres gros et robustes ne font ni le courage ni le génie. » J. J. «. Par son corps robuste et admirablement conformé , Louis XIV était merveilleusement propre aux fatigues. » S. S.
On ne peut aisément vaincre ou faire céder ce qui est fort, ni arrêter ou ralentir l'impétuosité de ce qui est vigoureux; un corps robuste ne craint pas la fatigue et les longs travaux.
L'homme fort est puissant ; le vigoureux, plein de sève et d'énergie ; le robuste a un corps d'une bonne trempe , solide , à toute épreuve.
FORTUNÉ, HEUREUX. Qui a le bonheur en partage , qui est dans une situation favorable.
1° « Fortuné est plus noble que le mot àrheureux, et n'est pas tant du langage familier. » Vaug. La raison et la preuve en sont que fortuné reproduit exactement le latin fortunatus , au lieu que heureux vient du français heur
2° Comme nous ne faisons intervenir la for-
tune, la déesse qui distribue les biens et les maux , que pour les grandes situations , fortuné suppose un bonheur extraordinaire , une faveur signalée de la fortune. Pour être heureux , il suffit d'échapper au mal; pour être fortuné, il faut obtenir un bien, un avantage positif, qui même ait de l'importance. Un air de triomphe distingue l'homme fortuné, et une douce sérénité l'homme heureux. Il suit de là que le mot fortuné est propre à enchérir en un certain sens sur celui à' heureux. « Si le don de penser rend heureux, je vous tiens pour le plus fortuné des hommes. » Volt. « Sire, vivez heureux, fortuné , victorieux de vos ennemis, père de vos peuples. » Boss.
3° Le bonheur de l'homme fortuné n'est pas du même genre que celui de l'homme heureux : l'un est extérieur, l'autre intérieur; l'un consiste dans les dons de la fortune , les richesses et l'état florissant des affaires, l'autre dans le contentement de lame. La prospérité rend fortuné, la félicité heureux. Celui à qui tout rit et succède , qui vit dans l'abondance ou les grandeurs est fortuné ; celui qui est satisfait de son sort et de lui-même, celui qui possède son cœur en paix est heureux. Deux amants sont fortunés quand tout favorise leur union; s'ils se suffisent l'un à l'autre , ils sont heureux. « C'est moi qui suis heureux, répondit le prêtre. — Heureux, vous! si peu fortuné, si pauvre, exilé, persécuté, vous êtes heureux/» J. J. « 0 pauvreté et impuissance des rois, qui peuvent faire leurs serviteurs riches, puissants, fortunés ; mais qui ne peuvent les faire heureux! et certes il n'appartient qu'à celui qui est luimême le souverain bien de donner la félicité. » Boss. « Quand on voit les fortunés de ce monde au milieu de la troupe qui leur applaudit, tous les sens disent : Voilà les heureux, Jésus-Christ nous dit, au contraire, ce ne sont pas là les heureux; heureux ceux dont le Seigneur est le Dieu. » Id. — Le roi Crésus , le plus fortuné des hommes, est surpris d'apprendre de Solon qu'il n'est pas le plus heureux , qu'il est moins heureux qu'un simple citoyen d'Athènes qui a vécu content dans une condition médiocre et obscure.