FOURVOYER (SE), S'ÉGARER, SE PERDRE
Manquer le chemin , au propre et au figuré.
5e fourvoyer ne se dit que dans le style familier; cela seul suffit pour en faire un mot à part. Il se trouve dans Mme de Sévigné , dans Molière , dans Regnard, dans Destouches, dans Beaumarchais et dans la Pucelle de Voltaire. C'est, en parlant des animaux, le terme qui convient le mieux. « Les piqueurs doivent se séparer aussi et rompre les chiens qui se sont fourvoyés , pour les ramener et les rallier à ceux qui chassent le cerf de meute. » Buff.
Ce loup rencontre un dogue aussi puissant que
beau, Gras, poli, qui s'était fourvoyé par mégarde. Laf, Au figuré , se fourvoyer signifie commettre une bévue, une erreur groisière ou plaisante, ou grossière et plaisante, ce Mais prenez garde, avo cat! vous vous fourvoyez. » Beau m.
Viens, ma chère Sophie, embrasse-moi. Ta mère Est une extravagante; et je veux, en bon frère, Redresser aujourd'hui son esprit/o«n>o/é. Dest. a On ne fut pas obligé , chez les Juifs , de croire les chroniques comme on fut obligé de croire le Décalogue. C'est là que se sont fourvoyés tant de braves commentateurs; ils n'ont pas distingué Dieu qui parle, et l'homme qui raconte. » Volt. ce Je soupçonne notre ami Tronchin de «'être fourvoyé en lui appliquant un cautère pour le fortifier. » Id.
Hélas! Colette! hélas 1 Qu'un seul faux pas entraîne de faux pas I De faute en faute on se fourvoie, on glisse; On se raccroche, ou tombe au précipice.
(La Prude). Id.
S'égarer et se perdre, usités dans tous les genres du style , diffèrent du moins au plus. S'égarer, c'est donner à côté , se détourner ou s'écarter du bon chemin; mais peut-être s'y reconnaît-on encore et sait- on comment rentrer dans la bonne voie , ou peut-être arrivera-t-on néanmoins , quoique d'une manière détournée et plus lente. Se perdre , c'est s'égarer sans retour et sans espérance, au point de perdre la tramontane , d'être désorienté , de ne savoir plus où on est ni que faire pour sortir d'embarras, ce Je m'égarai si bien que je perdis réellement plusieurs fois ma route.... Je me plus si fort en ce lieu et j'y fis tant de tours , que je me perdis enfin tout à fait.» J. J. « Dans le monde, si l'on ne se perd, au moins on s'égare souvent. » Fléch. ce Si vous aviez gagé pour l'affirmative , vous tiendriez votre sinon pour perdu , au moins pour bien Malh. « H s'efforce d'ouvrir les yeux à cet ami qui se dérange , qui s'égare , qui se perd.» Bourd. « N'envisagez point l'avenir, car on s'y égare et on s'y perd quand on le regarde. » Fén. On s'égare par distraction dans les rues d'une | ville qu'on connaît assez bien; on se perd dans ! un labyrinthe. L'homme le plus sage s'égare j quelquefois; s'il se perd, il n'a plus de titre à la
SYNONYMES A RADICAUX DIVERS
sagesse. — C'est le même rapport qui existe évidemment entre les verbes actifs égarer et perdre. Dans Y Ingrat de Destouches, Dorante dit à Pasquin en parlant de Géronte :
Mais il faut que cet homme ail perdu la raison. A quoi Pasquin répond :
Elle est bien égarée.
FRACAS, TUMULTE, VACARME. L'idée de bruit fait par quelqu'un est commune à ces trois mots.
Mais fracas , du latin franger e, fractum, briser , rompre, ou de la préposition italienne fra et du latin quassare , secouer, agiter fortement, marque un grand bruit. Tumulte , en latin tumullus, qui veut dire aussi trouble , accumulation , affluence de monde , exprime le bruit confus d'une foule, d'un certain nombre de personnes. Vacarme, d'une origine incertaine, mais très-probablement vulgaire, appartient au langage commun et signifie un bruit de gens du peuple qui tempêtent ou font tapage.
« Si Alcibiade fait aux enfers autant de fracas qu'il en a fait toute sa vie sur la terre , ce ne sera plus ici le royaume du silence. » Mercure à Charon. Fén. a M. le comte des Guérets fait tant de fracas, qu'on n'entendrait pas tonner dans la salle. » Dest. « Ces aventures (les suicides) font un fracas terrible le premier jour , et quand les biens du mort sont partagés , on n'en parle plus.» Volt.
Et voilà qu'on la chasse avec un grand fracas ,
A cause qu'elle manque à parler Vaugelas. Mol.
Il (le coq) se battait, dit-il, les flancs avec ses bras, Faisant tel briïit et tel fracas
Que moi, qui grâce aux dieux de courage me pique, En ai pris la fuite de peur. Laf.
a Le maréchal de Villeroy (quand parut la Polysynodie) fit tant de manèges , de déclamations , de tintamarre , entraîna par ses violences tant de gens à n'oser ne pas crier en écho , que M. le duc d'Orléans ne voulut pas pour les Saint-Pierre résister à ce tumulte. » S. S. ce Cependant tout le palais (de Pygmalion) est plein d'un tumulte affreux ; on entend partout les cris de ceux qui disent : Le roi est mort. » Fén. ce La nuit de la Saint-Barthélémy, toutes les maisons des protestants furent forcées et ouvertes en même temps. L'amiral de Coligny , alarmé du tumulte , sauta de son lit. 55 Volt, ce C'est ici (à Fontainebleau, où on célébrait les noces de Louis XV) un bruit, un fracas, une presse, un tumulte épouvantable.» Id. « Au milieu de tout ce tumulte, prenez garde de n'être pas troublés. » Boss.
Quel bruit confus ! quels cris ! Je crois qu'en cette ville
Le diable a pour jamais élu son domicile.
Oh! Paris est un lieu de tumulte et d'éclat. Regn.
« Le diable vient faire un vacarme de lutin dans la maison, et casse toutes les vitres.» Volt. ce C'est la plus sotte chose du monde que de se défier d'une femme et de la tourmenter.... Cela vous fait songer à mal; et ce sont souvent les maris qui , avec leurs vacarmes , se font eux-mêmes ce qu'ils sont. » Mol.
En quoi blesse le ciel une visite honnête
Pour en faire un vacarme à nous rompre la tête?
Id.
La douceur d'une femme est tout ce qui me charme ; Et ta vertu fait un vacarme Qui ne cesse de m'assommer.
(Mercure à Çléanthis dans Amphitryon). Id. Tirez donc (les petits chiens). Quels vacarmes!
Ils ont pissé partout.
(Dandin dans les Plaideurs). Rac.
Ici mal à propos votre esprit se gendarme ;
Le mal est donc bien grand pour faire un tel vacarme ? Regn.
Le fracas est remarquable par sa force, sa violence , son éclat ; le tumulte par le désordre , par le mélange d'une multitude de cris; vacarme ne se dit que dans le discours familier ou en parlant de gens du commun.
Les personnes emportées font souvent un fracas terrible, un fracas à épouvanter ou au moins à étourdir tout le monde; le repos des villes mal policées est souvent troublé par des tumultes ; il y a souvent du vacarme dans les maisons de débauche et dans les petits ménages mal unis.
FRÉQUENTER, HANTER. (PRATIQUER, COU- RIR). On fréquente , on hante les lieux ou les personnes , dans lesquels ou chez lesquelles on va souvent.
Fréquenter est le latin frequentare, qui a le même sens. Hanter paraît venir de l'allemand handeln , traiter avec quelqu'un , avoir avec quelqu'un commerce , liaison, habitude.
Fréquenter se dit proprement des lieux, des lieux qu'on visite de temps en temps, et dans tous les cas il est plus noble. Fréquenter les sacrements (Acad.) ou les autels (Bourd.). ce Les Hollandais fréquentent les mers du nord pour la pêche de la baleine. » Buff. ce Un auteur dramatique doit consulter ceux qui fréquentent assidûment les spectacles. » Volt. Au contraire, on hante plutôt les personnes, les personnes avec lesquelles on vit, et ce mot est toujours, sinon pris en mauvaise part, au moins familier, ou exprimant une manière d'être avec les gens familière. Suivant l'Académie, hanter, c'est visiter souvent et familièrement , et hantise ne se prend guère qu'en mauvaise part. Hanter mauvaise compagnie (Regn., Ham.), les sots (Volt-.), les vauriens (Id.). ce Moi , qne j'aille chercher un pareil homme! que je le voie! que je le hante! Rousseau vous a-t-il donc paru facile en liaison au point d'aller chercher la fréquentation des méchants?» J. J. — « Les oiseaux appelés chevaliers fréquentent les bords des étangs et des rivières. » Buff. « Bélon dit que les deux espèces, le héron blanc et le héron gris , se hantent et sont amies jusqu'à partager quelquefois la même aire pour y élever en commun leurs petits. » In.
Outre cela , fréquenter marque simplement la fréquence des visites d'une seule personne ou le grand nombre de personnes qui visitent un lieu; il n'emporte pas comme hanter l'idée de ce qu'on devient, des qualités qu'on contracte dans les lieux ou auprès des personnes. Dis-moi qui tu hantes, et je te dirai qui tu es. On a hanté les foires , quand , à force de vivre dans le monde , on en connaît et on en emploie toutes les supercheries et toutes les ruses, ce Se frotter au pilier, c'est prendre les mauvaises habitudes de ceux qu'on hante. » Acad.