DEUXIEME PARTIE
précoce est pour l'actif, et ■prématuré pour le passif. Activité précoce (J. J.); mort prématurée (Acad.). a Dans la société du Temple se trouve porté, presque au sortir de l'enfance, un jeune élève de Porée (Voltaire), qu'une réputation aussi prématurée que son esprit était précoce faisait déjà rechercher de la bonne compagnie. » Lah. On dira un enfant ou un esprit précoce (Acad.); un instinct, un tempérament, une fermentation précoce (J. J.). Mais il faudra dire une sagesse ou une vieillesse prématurée (Acad.) , une modestie prématurée (Sév.), un repos prématuré (Mass.); et, en général, prématuré est l'épithète qui convient à l'égard de tout ce qui est, non pas une disposition de l'esprit humain , mais un effet de son activité , comme affaires , arrangements , entreprises , démarches , etc.
Vous, infidèle, avec votre air sucré, Qui m'avez fait ce tour prématuré , De votre cœur l'inconstance est précoce. Volt.
Du reste, prématuré marquant une qualité factice , forcée pour ainsi dire , se prend plutôt que précoce en mauvaise part, pour exprimer quelque chose qui est contre nature , inopportun ou intempestif. L'accouchement prématuré est une fausse couche ou un avortement; mais Buffon dit fort bien des accouchements qui arrivent spontanément au huitième ou au septième mois : a. Ces accouchements précoces ne sont pas regardés comme de fausses couches, parce que l'enfant , quoique moins formé , ne laisse pas de l'être assez pour pouvoir vivre. »
HAUTEUR , ÉLÉVATION. Grandeur d'une chose, de son pied à son sommet.
Hauteur est absolu, et élévation relatif : ce qui peut et doit s'entendre de deux manières.
D'abord hauteur est absolu en ce sens que Fobjet haut est considéré en lui-même, par rapport à la distance qu'il y a entre sa partie supérieure et sa partie inférieure ; et élévation est relatif, en ce que l'objet élevé est comparé à la terre d'où il part pour s'élever et à d'autres objets du milieu desquels il s'élève. La préposition e signifie , en effet, hors de, à partir de, du milieu de. Des blés sont hauts en eux-mêmes , comme blés , et quoique leur sommet, toujours peu distant de la terre , soit peut-être, de plus , dominé par tout ce qui est autour. Un chêne élevé porte sa tête bien au-dessus du sol et de toutes les autres plantes qui croissent près de là. Une chaise, une table, une forme de chapeau sont qualifiées de hautes eu égard à l'idée qu'on se fait pour l'ordinaire de ces sortes d'objets : mais elles ne sont pas élevées , et , en général , aucune chose ne peut être dite élevée, à moins qu'elle ne soit réellement faite ou située de façon, qu'on voie son sommet assez éloigné du sol et des choses prochaines. A la place de , porter des talons hauts , des cols hauts, porter des talons ou des cols élevés, serait d'une impropriété choquante. Une maison de quarante pieds de hauteur n'est pas haute, car il y en a beaucoup qui le sont davantage ; cependant elle serait élevée, si elle se trouvait sur une éminence ou au milieu des cabanes d'un village.
Hauteur est encore absolu, et élévation relatif,
! sous un autre rapport et pour une autre raison. \ Hauteur n'est pas, comme élévation, un sub- : stantif verbal : il sert à former hausser , mais il n'en vient pas, comme élévation d'élever. De là | une très-grande différence. Hauteur ne désigne | et ne rappelle jamais une action , ainsi que le I fait élévation dans les phrases suivantes. kL'# j vation de ce mur nous coûtera beaucoup. » Cond. j « Le fait de l'élévation de la terre sur l'équateur et de son abaissement sous les pôles. » Buff. « Ces profondeurs, qui se trouvent à la surface de la terre, sont une suite naturelle de l'élévation des montagnes. » Id. « Tout ce qui est mortel est par son fond incapable d'élévation. » Boss. — Hauteur indique une qualité pure , et élévation un fait ou une qualité résultant d'un fait. Ce qui est haut est tel , ce qui est élevé a été fait ou est devenu tel. Hauteur se dira plutôt des choses naturelles, et sans qu'on ait* égard à leur formation , à la manière , au temps , aux moyens; élévation conviendra mieux, au contraire , par rapport à celles qui sont construites de main d'homme , comme les tours et les murailles , ou bien à toutes celles qu'on considère relativement au fait de s'élever , de se former , de naître, a Si le débordement du Nil est moins considérable aujourd'hui qu'autrefois, on ne peut guère en attribuer la cause qu'à la diminution de la hauteur des montagnes de l'intérieur de l'Afrique d'où il tire sa source, et à l'élévation du terrain que le limon des eaux a haussé peu à peu. » Buff. a L'Etna a douze mille pieds de hauteur; et l'éruption de ce volcan produit quelquefois une montagne considérable de neuf cents ou mille pieds d'élévation. » Id. «Les meilleures places des anciens étaient sur des hauteurs.... Nabuchodonosor fortifia Babylone d'une triple enceinte de murs de brique d'une force et d'une élévation surprenantes. » Roll. — On donne de Yélévation à un mur qui n'a pas assez de hauteur.
Hauteur est un terme abstrait, tout de mathématiques, qui exprime l'une des dimensions des corps : on mesure la hauteur , il y a des géants de dix pieds de hauteur (Buff.); les rivières sont gelées de la hauteur d'une pique (Regn.). Élévation est un mot concret, narratif, particulièrement usité en histoire naturelle où on raconte l'origine de la terre et les changements qu'elle a subis. Ainsi on remarque les différentes élévations d'une chose à diverses époques. « Le Vésuve n'avait en 1753 que mille six cent soixantedix-sept pieds d'élévation au-dessus de la surface de la mer ; et cette élévation a encore diminué depuis ce temps. » Buff.
Admirer la hauteur des murailles , c'est admirer combien elles sont hautes. a Ulysse regardait avec étonnement le port, les places, la longueur et la hauteur des murailles. » Fén. Admirer l'élévation d'un édifice ou d'une partie d'un édifice , c'est admirer celui qui l'a élevé et son action hardie. « La grande église est un vaisseau admirable par l'élévation de la voûte. » Regn.
Enfin , la hauteur se considère plutôt de haut en bas : descendre de sa hauteur (Marm.). L'élévation conduit plutôt l'esprit de bas eu haut, car
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
cette dernière direction est le plus souvent marquée par la préposition e , et , d'ailleurs , c'est toujours en commençant par le bas qu'on élève. j « Les enfants d'Adam se préparèrent un refuge contre un nouveau déluge dans la solidité et la hauteur de ce superbe édifice, la tour de Babel. Mais Dieu ne leur permit pas de menacer pour ainsi dire le ciel par l'élévation de ce hardi bâtiment. » Bcss.
Cette dernière différence est la principale qui sépare hauteur d'élévation , quand ces deux mots signifient des monticules ou des éminences.
Hauteur fait penser au sommet, et à ce qu'on fait ou à ce qu'on voit de dessus le sommet. C'est un lieu d'où on observe, en latin spécula. Élévation , au contraire , fait aller l'esprit de bas en haut, et lui montre le terrain s'élevant peu à peu et formant sur la terre une saillie , ou bien lui fait porter les regards sur ce qui se passe au sommet. C'est un exhaussement en pente douce qu'on suit jusqu'au faîte, comme une élevure sur la terre , et un lieu où les yeux se portent, plutôt qu'un lieu d'où ils se portent. « Une élévation bornait la vue de ce côté. » Acad. a Considérez ces grandes puissances que nous regardons de si bas. Pendant que nous tremblons sous leur main, Dieu les frappe pour nous avertir. Leur élévation en est la cause. » Boss. D'ailleurs, l'élévation a cela de particulier qu'elle se considère souvent par rapport à sa formation et à sa composition, a Peu à peu, par succession de temps , il se formera une élévation dans le fond de la mer qui sera semblable aux éminences que nous connaissons sur la terre. » Buff. a Dans les collines et dans les autres petites élévations , on reconnaît facilement la base sur laquelle portent les rochers. » Id.
Au figuré, on dit également la hauteur et l'élévation de l'âme ou du caractère. Mais la hauteur est une qualité naturelle , et ordinairement mauvaise , qui tend à nous faire dominer sur les êtres de la même espèce que nous; au lieu que l'élévation est une qualité acquise à force d'empire sur nous-mêmes , d'efforts , une qualité morale par laquelle nous nous mettons au-dessus de toutes les choses basses ou petites.
HÉRÉTIQUE, HÉTÉRODOXE. Contraire à la foi.
Hérétique, latin hsereticus, est pour la réalité; hétérodoxe , grec éT£p6So£o; , est pour la théorie.
On dit une ville , une terre , une nation hérétique, c'est-à-dire où règne, où se pratique l'hérésie, une autre religion que la catholique, a La bonne compagnie de Genève veut bien venir chez moi , mais je ne vais jamais dans cette ville hérétique. » Volt, a Votre ami ne trouvera pas mauvais que je fasse la guerre aux jésuites , quand je suis en terre hérétique. » Id. a Milord Maréchal prenait indifféremment ses domestiques dans toutes les nations, catholiques ou hérétiques, chrétiennes ou infidèles. » D'Al. — Mais on dit un ouvrage hétérodoxe , c'est-à-dire qui contient des erreurs sous le rapport du dogme, a Les méchants m'attribuent tant d'ouvrages hétérodoxes, que j'ai voulu leur faire voir que je ne faisais que de mauvaises tragédies. J'ai prouvé par là mon
alibi. » Volt. « Par quelle injuste partialité punit-on l'éditeur genevois d'un ouvrage prétendu hétérodoxe , imprimé en pays étranger , sans rien dire aux éditeurs genevois d'ouvrages incontestablement hétérodoxes, imprimés dans Genève même?» J. J.
Un prince hérétique appartient à une communion différente de celle de l'Église. « Ces campagnes se couvrent des plus belles moissons pour un prince hérétique. » Volt. Un théologien hétérodoxe avance ou soutient des paradoxes religieux, des idées qui ne sont pas orthodoxes. « Un auteur, théologien hétérodoxe , la tête échauffée de visions poétiques , croit avoir vu créer l'univers.» Buff.
Toutefois , hérétique est aussi relatif à la doctrine, s'applique aussi à des choses abstraites, idéales, à des opinions, des sentiments, des propositions. Alors il dit plus que son synonyme.
Hérétique a été formé primitivement du grec cupe<n;, choix , opinion séparée , secte ; en sorte que ce qui est hérétique vous rend schismatique , vous sépare du reste des fidèles, rompt les liens qui vous y unissaient. Mais ce qui est hétérodoxe (etepo;, autre, et S6;a, opinion) vous fait seulement errer, sans vous détacher du catholicisme, sans vous ranger dans un parti distinct , parmi les hérétiques. On lance l'anathème contre des sentiments hérétiques; on cherche à réfuter des sentiments hétérodoxes. Hérétique implique toujours un écart de la faculté pratique, de la volonté, qui choisit ou se détermine mal, à tort, qui même se révolte et s'opiniâtre. Hétérodoxe marque seulement une erreur de la faculté spéculative , de l'intelligence , qui croit à tort , qui donne dans le faux.
HÉROS , GRAND HOMME. L'un et l'autre ont des qualités "brillantes qui excitent l'admiration des autres hommes et qui peuvent avoir une grande influence sur le bien public.
Grand homme est le genre , et héros l'espèce. Le héros est un grand homme de guerre (Mass.). « Le prince Eugène était né avec les qualités qui font un grand homme dans la paix et un héros dans la guerre.» Volt. «J'appelle grands hommes tous ceux qui ont excellé dans l'utile ou dans l'agréable : les saccageurs de provinces ne sont que héros. » Id. a II semble que le héros est d'un seul métier, qui est celui de la guerre, et que le grand homme est de tous les métiers, ou de la robe , ou de l'épée , ou du cabinet , ou de la cour.» Labr. Alexandre , César, Charles XII , Condé , Turenne, Napoléon ont été des héros. Le titre de grand homme peut se donner à de tout autres personnages, à Cicéron (Fén.), à Orphée (Id.), à Socrate (Roll.), à Locke (Volt.), ou à des hommes éminents en sainteté , comme saint Bernard (Bourd.).
Héros signifie une espèce de grands hommes, mais l'espèce la plus rare et la plus glorieuse. Les héros ne sont pas chose commune; on les compte ; c'est une sorte de phénomène : c'est pourquoi on dit bien que tel grand guerrier a été le héros de son siècle (Bourd.) ou de son âge (Acad.). D'autre part , le héros est au comble de la gloire : « Ce qui fait les héros , ce qui porte la