HISTOIRE ; — 2° ANNALES , FASTES ( AR
CHIVES), CHRONIQUES; — 3° MEMOIRES, COM- MENTAIRES, RELATIONS, ANECDOTES, VIES.
Écrits contenant le récit d'événements passés.
1° Histoire, grec ïerropia, de la même famille que les mots iGTiop, témoin, qui sait, et ïoropeïv, s'enquérir, rapporter* est l'expression ordinaire et littéraire. On s'en sert continuellement , et elle représente une œuvre d'art, une sorte d'écrit dont la composition exige l'observation de certaines règles. Lucien, dans son petit traité : Comment il faut écrire l'histoire, et Fénelon, dans sa Lettre sur les occupations de l'Académie, ont écrit sur les règles de l'histoire. « L'objet de celle-ci n'est pas de tout recueillir, mais de choisir les faits propres à faire connaître l'origine des lois, des gouvernements, des arts, des sciences, les usages, le caractère, les mœurs des peuples, les causes de la grandeur et de la décadence des empires. Tout y doit être lié , tout y doit présenter , autant qu'il est possible , la chaîne des événements; ainsi elle demande beaucoup de méthode; elle veut de plus des réflexions courtes, des vues étendues , des narrations claires , précises, rapides, et des tableaux bien dessinés et bien coloriés. » Cond.
Les annexes, les fastes et les chroniques sont simples , sans ornement, sans unité, sans couleur locale ; espèces de registres où les faits sont rangés scrupuleusement suivant leurs dates , et déduits d'une manière sèche , nue , décousue et monotone. Le goût n'a rien à y voir; la forme y importe très-peu, et tout autre ordre que celui de la chronologie y est interdit.
Que si les annales , les fastes et les chroniques manquent d'art et sont plus ou mpins informes, les mémoires, les commentaires, les relations, les anecdotes et les vies manquent de généralité, sont d'un intérêt plus restreint. « Je ne puis souffrir l'histoire où l'on s'attache à démêler les causes morales des événements et les réflexions philosophiques ; c'est pour cela que je préfère les anecdotes aux mémoires, et les mémoires aux histoires. » Dudeff. Les mémoires et les commentaires ne vont pas au delà de ce que l'auteur a vu , de son observation personnelle ; les relations , au delà de certains faits particuliers ; les anecdotes , au delà de certains petits faits secrets , qui en soi ont d'ordinaire peu d'importance ; et les vies, au delà des faits qui concernent l'existence d'un homme. Avant qu'on sût écrire, les peuples ont eu des annales , des fastes et des chroniques , qui sont comme des squelettes d'histoire. Un historien qui se borne à quelque chose de partiel pour les faits, le temps , les personnages , fait des mémoires, des commentaires, des relations, des anecdotes, des vies, qui sont, par rapport à l'histoire proprement dite , des pièces ou des témoignages à consulter, des matériaux, et comme des éléments.
2° Annales, fastes (archives), chroniques. Catalogues de faits écrits les uns à la suite des autres selon l'ordre des temps.
Les annales rapportent les faits année -par année , comme les journaux les rapportent jour par jour. « Qui prêtera aux femmes les annales galantes et le journal amoureux? » Labr. Elles se
lisent indistinctement de tous les peuples anciens du modernes , et contiennent des faits de toutes sortes. « H ne reste pas une ligne des anciennes annales égyptiennes, chaldéennes , persanes.... Les seules annales un peu antiques sont les indiennes , les chinoises , les hébraïques. » Volt. « Que de peuples ont subsisté longtemps et subsistent encore sans annales! » Id. a On sait par les annales d'Italie que le premier buffle y fut amené vers la fin duvr siècle, l'an 595. » Buff. Les fastes étaient chez les anciens Romains les tables ou les livres du calendrier : les jours s'y trouvaient distingués en fastes et néfastes, ceux pendant lesquels il était permis, fas, de vaquer aux affaires civiles , et ceux pendant lesquels cela était défendu, nefas; on y lisait également l'indication des jours de fêtes. En outre, il existait à Rome , sous le nom de fastes , un registre de tous les faits importants avec leurs dates, tenu par les pontifes, et pouvant servir à expliquer à quelles occasions les fêtes avaient été fondées ; c'était donc une espèce de commentaire historique du calendrier. Dans notre langue commune, ce mot désigne quelque chose de fastueux, de grand, de mémorable. A la différence des annales , les fastes ne recueillent et ne présentent que des faits illustres. Les fastes de la gloire (Acad.), de la vertu (d'Ag.). « Rien n'était plus capable de faire faire tant d'efforts et de dépenses (pour être vainqueur aux jeux olympiques) que l'assurance où l'on était d'immortaliser son nom, qui, dans la suite des siècles, devait se trouver dans tous les fastes et à la tête de tous les actes passés pendant l'année de la victoire. » Roll. « On ne dira pas en prose coursiers pour chevaux, fastes pour registres. » Volt, « Les combats , après tout , ne sont que des choses fort communes dans les fastes d'un siècle mémorable par tant d'autres endroits singuliers.-» Id. « La Grèce vous offre ses fastes. C'est là que vous pouvez faire une ample moisson de vérités politiques. » Cond. — Les fastes de l'Eglise n'en signalent que les hauts faits , les exemples de ses martyrs et de ses saints; les annales de l'Eglise par Baronius ■ racontent année par année tout ce qui est arrivé à l'Eglise. «Le vainqueur de Friedlingue et de Denain (le maréchal de Villars) appartient aux fastes -de la France, et non aux annales modestes d'une société littéraire. » D'Al. Annales, latin annales', se dit bien aussi dans le style soutenu , comme fastes , mais il n'y annonce rien de distingué ou d'éclatant. « Si on feuillette les annales du monde , on ne trouvera pas aux connaissances humaines une origine qui réponde à ridée qu'on aime à s'en former1. » J. J.
if« Le mot archives, pris dans un sens étendu, paraît exprimer précisément le contraire de fastes, c'est-à-dire un recueil de faits bas, odieux, criminels. a On trouve encore ces histoires absurdes dans nos dictionnaires, qui ont été longtemps, pour la plupart, des archives alphabétiques du mensonge. » Volt. « Je me souviens d'avoir lu autrefois l'histoire du grand schisme d'Occident.... Puisque les archives de ces horreurs n'ont corrigé personne , je conclus que l'histoire n'est bonne à rien. » Id. « 0 muse de l'histoire! tu n'as vu qu'horreur et délire. Les annales
Chroniques, grec xpovixà , de xçôvoç, temps, exprime une histoire rédigée suivant l'ordre des temps. C'est un terme érudit 'qui ne s'applique guère qu'aux vieilles annales européennes, écrites presque toutes par des prêtres ou des moines, en grec , en latin ou en ancienne langue vulgaire , depuis la chute de l'empire romain jusqu'à la fin du moyen âge. « Dans nos chroniques, les moines ne peuvent se lasser d'admirer la dévotion et la libéralité des Pépins. » Montesq. « Voilà la fable qui rendit le prêtre Jean si fameux dans nos anciennes chroniques des croisades. » Volt. «Notre savant et sage Middleton a découvert une chronique d'Alexandrie , écrite par deux patriarches d'Egypte, dans laquelle il est dit que....» Id. «Il y a un Geoffroy de La Bruyère que toutes les chroniques rangent au nombre des grands seigneurs qui suivirent Godefroy de Bouillon à la conquête de la terre sainte. » Labr. « Les plus anciennes chroniques des Vénitiens sont du xie siècle. C'étaient des annales écrites en mauvais latin, ou en langue vulgaire et barbare , sans discernement , sans choix et sans critique. » Cond. — Chroniques signifie par extension les premières traditions écrites d'un peuple quel qu'il soit, celles de ses annales qui se rapportent à son origine, à ses commencements. «. C'est ici (à propos des Chinois) qu'il faut surtout appliquer notre grand principe, qu'une nation dont les premières chroniques attestent l'existence d'un vaste empire, puissant et sage, doit avoir été rassemblée en corps de peuple pendant des siècles antérieurs. » Volt. « Toutes les nations ont eu des historiens qui ont parlé de l'antiquité de leur origine avec tant d'exagération, que l'on ne peut guère s'assurer sur ce qu'en disent les auteurs des anciennes chroniques.» Vert.
3° Mémoires, commentaires , relations , anecdotes, vies. Ouvrages contenant des particularités ou des détails historiques sur un point , un événement, une époque, un homme.
Les mémoires sont des dépositions écrites , propres à rappeler la mémoire ou le souvenir défaits auxquels l'auteur des mémoires a pris part ou assisté. On écrit les mémoires de sa vie (Bourd.), les mémoires de son temps (Volt.). En eux-mêmes, les mémoires sont plus détaillés et plus simples que Yhistoire; mais leur grande utilité consiste à instruire l'historien : aussi dit-on mémoires pour servir à Yhistoire de France, pour servir à Yhistoire des lettres (d'Al.). « Les mémoires qu'on donne pour une histoire en sont uniquement les matériaux. » Id. « Les Grecs voulant divertir par les histoires anciennes la Grèce toujours curieuse, ils les ont composées sur des mémoires confus , qu'ils se sont contentés de mettre dans un ordre agréable, sans se trop soucier delà vérité. »Boss. « Il ne nous reste de César que deux ouvrages.
de chaque empire sont les archives des forfaits, s Id. On dira donc bien que le nom de Cicéron se trouve inscrit dans les fastes de la gloire, et celui de CatiliDa dans les archives du crime. Cette acception d'archives ne vient- elle pas de ce que anciennement
j la fraude a rempli les archives de pièces fausses, afin de justifier des usurpations ou des prétentions
I injustes ?