‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 575 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Dévot, qui a de la dévotion, qui est dévoué au service de Dieu , qui fait profession de piété , ne s'emploie dans l'acception à'hypocrite que quand on parle d'une manière équivoque et détournée. A la différence de tous ses synonymes , qui par eux-mêmes expriment de faux dévots , dévot ne se prend pastoujourset essentiellement en mauvaise part. « On se persuade dans le monde que toutes les personnes dévotes tendent à leurs fins..:; jusquelà que ce qui devrait être un éïoge est devenu, par la plus triste décadence , un reproche ; et que le terme d'homme dévot, de femme dévote, qui dans sa propre signification exprime ce qu'il y a dans le christianisme de plus respectable , porte présentement avec soi comme une tache qui en obscurcit tout l'éclat et le ternit. » Bourd. « Ceux que saint Paul appelle les parfaits sont les mêmes que saint Clément a appelés les gnostiques , et que nous appelions naturellement les dévots , avant que ce mot eût été tourné en ridicule. 53 Boss. « La cabale des dévots a fait supprimer l'Encyclopédie. » Volt, a Je me suis trouvé à Paris un objet de persécution pour les dévots. » Ld.

Moi dévote/ qui moi? m'écriai-je à mon tour, L'esprit blessé d'un terme employé d'ordinaire Lorsque d'un hypocrite on parle ayee détour....

DÉSH.

Le béai est un hypocrite qui a un air de béatitude ou l'air d'un saint , d'un homme tout confit en dévotion, qui semble jouir d'une sorte de vision béaliflque et de félicité céleste. Béat est le seul de ces mots qui soit relatif au degré du sentiment dont tous expriment l'affectation, et le seul qui peigne surtout l'air. Bossuet appelle la mystique Mme Guy on une fausse béate, a Visions dont tant de saints personnages ont été favorisés ou tourmentés, que tant d'imbéciles ont cru avoir , et avec lesquelles tant de fripons et de friponnes ont attrapé le monde , pour se faire une réputation de béats ou de béates. » Volt. « Parlez un peu à M. d'Argental des saintes calomnies du béat Rousseau. » Id. a Tu as un air de béat, tu feras fort bien l'inquisiteur. » Les. « L'abbé de Saint-Aignan parut un parfait séminariste. Jamais rien de si gauche , de si plat , de si béat. Je proposai de lui donner un maître à danser, pour lui apprendre au moins à faire la révérence et à entrer dans une chambre. » S. S.

Par ce mot (de vertu), expliquons-nous, de grâce, Je n'entends point l'extatique grimace D'un faux béat , qui, le front vers les cieux, ; Aux chérubins fait partout les doux yeux; Et presque sûr d'être le saint qu'il joue, Ne parle à Dieu qu'en lui faisant la moue. J. B. Rouss.

Bigot , quelle qu'en soit l'étymologie , annonce un hypocrite dont le caractère est la sottise ou la faiblesse d'esprit, qui est puérilement attaché aux moindres pratiques extérieures du culte. « Que ma nièce choisisse (pour mari) un honnête homme qui surtout ne soit point bigot..., qui ne sache pas ce que c'est que la constitution.... Je ne veux point laisser mon bien à un sot. » Volt. « La main des sots et des bigots a voulu m'écraser. » Id. « Traiter la simplicité de sottise,

et la sincère piété de bigoterie. » Boss. « L'abbé Auger avait des mœurs religieuses , quoique sans petitesse et sans bigotisme. » Lah. ce Une bigoterie universelle abattit les courages et engourdit tout l'empire (d'Orient).... La différence est totale entre une armée fanatique et une armée bigote. On le vit dans nos temps modernes, dans une révolution fameuse, lorsque l'armée de Cromwell était comme celle des Arabes, et les armées d'Irlande et d'Ecosse comme celle des Grecs. » Montesq.

Cagot et cafard sont des termes injurieux, dont le second renchérit sur le premier. Le curé de Saint-Suipice et le cardinal de Noailles refusaient les sacrements à Mme la duchesse de Berry, dangereusement malade , à moins qu'elle ne se séparât de Riom et de Mme de Mouchy.... La Mouchy , indignée , a le prit sur le haut ton , dit ce qu'il lui plut sur son mérite et sur l'affront que des cagots entreprenaient de lui faire . et à Mme la duchesse de Berry. » Mme la duchesse l'ayant appris elle-même , «c se mit en furie , répondit des emportements contré ces cafards qui abusaient de son état et de leur caractère pour la déshonorer par un éclat inouï. » S. S.

Mais quelle idée faut-il se faire précisément du cagot, et en quoi diffère-t-elle de celle du ca- , fard?

| Cagot, dans Rabelais, se dit des moines,

! de ceux qui portent la cagoule ou le capuce , et

| particulièrement des moines mendiants ; en sorte

qu'un cagot est, en fait d'hypocrites, ou un

moine ou un gueux.

L'un dit qu'il faut en diligence

Aller massacrer les cagots;

L'autre dit qu'il faut de fagots

Les entourer dans leur repaire ,

Et brûler gens et monastère. Laf.

Tout simplement donc je vous dis

Que dans ces jours de Dieu bénis ,

Où tout moine et tout cagot mange

Harengs saurets et salsifis.... Volt.

« Le duc de Grammont employa des barbes sales de Saint-Sulpice et de ces cagots abrutis de barbichets des Missions , pour faire goûter ce grand acte. * S. S. a On voulut m'envoyer faire pénitence dans le plus crasseux et le plus cagot des séminaires. » Marm. Dans Molière, Damis appelle Tartufe

Un càgot de critique , et presque aussitôt Dorine le traite

De gueux qui, quand il vint, n'avait pas de souliers ,

Et dont l'habit entier valait bien six deniers.

Le cafard^ que ce mot vienne de l'hébreu caphar, cacher, couvrir, ou du turc cafar, un renégat, n'est pas tant vil que fourbe et méchant. C'est un personnage sombre , d'une hypocrisie profonde et redoutable, ce Dieu fasse paix à tous les honnêtes cafards qui suivent l'intolérance dn prophète de la Mecque, toujours prêt à massacrer saintement le genre humain ! » J. J. Voltaire dépeignant des gens de police, venus chez lui pour l'appréhender et le conduire à la Bastille , dit :

L'un près de moi s'approche en sycophante :

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

Un maintien doux, une démarche lente , Un ton cafard, un compliment flatteur, Cachent le fiel qui lui ronge le cœur....

Ailleurs , il invective en homme qui s'y connaît contre le jésuite Paulian , qui l'avait insulté dans un écrit : c'est , dit-il , un cafard , un de ces maroufles d'espèce méchante et sotte qui font des libelles pour gagner du pain , qui crient Dieu , Dieu, Dieu, religion, religion, pour attraper quelque petit bénéfice, et dont le zèle est regardé comme un mélange affreux de friponnerie et de fanatisme.

Tartufe est le nom de l'hypocrite mis sur la scène par Molière. Il a été depuis adopté dans toutes les langues de l'Europe pour représenter sous une face particulière le vice en question. Il le représente d'abord quand il est fait allusion à la pièce de Molière , qui lui-même s'en sert dans ses placets à Louis XIV en faveur de son immortel ouvrage. « Il est très-assuré, sire, qu'il ne faut plus que je songe à faire des comédies, si les tartufes ont l'avantage.... Les tartufes, sous

main , sire , ont eu l'adresse de trouver grâce auprès de Votre Majesté ; et les originaux enfin ont fait supprimer la copie. » « Tous les tartufes se déchaînèrent contre Molière jusqu'à sa mort. » Volt. « Si chaque siècle abonde en tartufes, chaque siècle n'a pas un Molière. » D'Al. — Et quant au sens précis du mot , dans le langage commun , entre les hypocrites le tartufe a cela de propre, qu'il prétend diriger les autres dans la voie du bien, c'est l'hypocrite qui prêche la vertu, a Je ne vois aucun moraliste parmi nous , aucun de nos loquaces prédicateurs , aucun même de nos tartufes, qui ait fait la moindre réflexion sur cette habitude affreuse. » Volt. « Cette mère , dévote outrée , et dirigée par je ne sais quel abbé tartufe, en usait très-mal avec le cadet de ses enfants.» J. J. «Mes écrits, où le cœur qui les dicte est empreint à chaque page, passeront pour les déclamations d'un tartufe , qui ne cherchait qu'à tromper le public, v Id. « S'il s'enflamme en parlant de la vertu , c'est un tartufe. » Id.

ICI, LÀ. Adverbes servant à indiquer un point de l'espace ou du temps à l'égard de la personne qui parle.

Ici marque le point même où elle est, et là un point plus ou moins éloigné où elle n'est pas. Venez ici, allez là; approchez, vous serez mieux ici que là ; de là il doit revenir ici; d'ici là , j'aurai arrangé votre affaire.

Ici signifie un point précis , spécifie l'endroit ou l'époque par l'idée de la personne.

Les biens sont loin de nous , et les maux sont ici.

là est plus vague ; il a besoin, pour être entendu, d'être accompagné d'un signe de l'œil ou de la main, ou d'avoir été déterminé auparavant dans le discours. Vous dites , en montrant une partie de votre corps : j'ai mal là. « Dans un mémoire imprimé à Cambrai, et qui nous est venu de là , on lit ces mots sur la fin. » Boss.

IDÉE , TÈTE. Dans Y idée , dans la tête , c'està-dire dans l'esprit.

Idée a rapport à l'intelligence , tête à la volonté. On a dans Vidée ce qu'on pense, et dans la tête ce qu'on projette. C'est parce qu'on a dans Vidée qu'une chose réussira , qu'on se met dans la tête de la faire. — Ce qu'on a dans Vidée est une opinion. « J'ai dans Vidée qu'il ne viendra pas. » Acad. Ce qu'on a dans la tête est un dessein, un plan , quelque chose qui regarde la pratique ou la conduite. « Tout l'art de la montre est dans la tête de l'horloger. » Fén. ce Ces paroles font voir que Cicéron avait déjà dans la tête tout le plan et tout l'arrangement de la conduite qu'il devait tenir par rapport aux conjurés. » Roll. Une femme ne fait que rêver à l'homme qu'elle a dans Vidée; une jeune fille se propose d'épouser l'homme qu'elle s'est mis dans la tête : « Ma fille est une opiniâtre , qui s'est allée mettre dans la

tête un certain Cléante ; et elle jure de n'épouser personne que celui-là. » Mol. — « Les courtisans se mettent aisément dans Vidée que le prince doit faire leur fortune ; mais il en est peu qui se mettent dans la tête de le mériter par des services marqués au coin de la verlu. » Gir. a Le philosophe curieux, au défaut du vrai, où il ne peut pénétrer, se forme dans Vidée un système, du moins vraisemblable, sur la nature, l'économie et la durée de l'univers. Le politique ambitieux, incapable de goûter le repos, ne cesse d'avoir dans la tête des projets d'agrandissement et d'élévation. » Id.

D'un autre côté , ce qu'on a dans la tête y est plus ferme, on y tient davantage, en homme têtu ou entête. On a dans Vidée des idées, des imaginations, des fantaisies, quelque chose à quoi on n'adhère pas très -fortement ; mais on a dans la tête des sentiments bien arrêtés auxquels on s'attache avec obstination : ce Dès que notre vice-roi s'était mis une opinion dans la tête, c'était en quelque façon battre l'eau que de vouloir la lui ôter. » Les. Bourdaloue parle d'une femme qui n'aime que le jeu, qui du matin au soir n'a dans Vidée que son jeu; et le chevalier de Grammont dit de lui-même : a J'avais tellement le jeu dans la tête, que le précepteur et les régents perdaient leur latin en me le voulant apprendre. » Ham.

t° IDÉE , NOTION , CONNAISSANCE ; — 2° IMA- GINATION , CONCEPTION , RÉFLEXION , PENSÉE. Résultat de l'action de notre intelligence.

Vidée , la notion et la connaissance s'acquièrent et sont d'un être capable de se représenter les choses et de savoir; V imagination, la conception, la réflexion et la pensée sont formées en nous et par nous, elles sont plutôt d'un être qui combine , crée , invente , tire de son propre fonds

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