‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 583 sur 881 · DEUXIÈME. PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME. PARTIE

nienne) était puissante uniquement par les subsides qu'elle lirait de ses alliés. » Cond. Subside se trouve dans la Henriade, et subvention y serait déplacé :

Tandis que , sous le joug de ces maîtres avides, Valois pressait l'État du fardeau àes subsides....

Ensuite, et toujours par la même raison, le subside est plus considérable que la subvention. «Le casuel de cette année (1705) donna trente et un millions , le clergé accorda six millions de subside* , et une subvention annuelle de treize cent mille livres pendant dix ans, laquelle, jointe à l'abonnement de la capitation du clergé, fournit , tous les cinq ans , un don de vingt-cinq à vingt-six millions. » Mars*. Saint-Simon assure que, de son temps , le roi d'Angleterre avait une grande supériorité sur sa nation, « moyennant, les subsides immenses qu'il avait tirés de nous. » Et Gondillac dit que , au moyen âge , « des vassaux prétendaient pouvoir se racheter de leur service , en payant quelque légère subvention. »

4° Taxe. "

La taxe, du grec to&ç, ordre, rang,, disposition, rôle, a. rapport à la quotité et au tarif: c'est la somme due au fisc d'après le règlement d'imposition. Autant que possible, l'imposition doit être légère , la contribution aisée à payer ou à lever, et la taxe proportionnelle. Si vous vous trouvez trop imposé, adressez-vous à qui de droit pour faire modifier votre taxe. Mais la taxe peut être aussi une espèce particulière d'imposition, savoir celle que l'autorité frappe ou fait tomber sur certaines personnes et quelquefois sur certaines choses. L'idée d'autorité es.t tellement prédominante dans ce mot qu'il marque souvent , en fait d'impôt , quelque chose d'infligé. « Mettez des taxes, des amendes et même, s'il le faut, d'autres peines rigoureuses sur ceux qui négligeront leurs champs. » Fén. « Les triumvirs imposèrent une taxe exorbitante sur les femmes et sur les filles des proscrits. » Volt. « Ce qui valut plus d'argent au pape Jean XXIL, ce fut la taxe apostolique des péchés. » Id. « On stipula qu'on payerait sur-le-champ cinquante mille génovines en attendant les taxes qu'il plairait au vainqueur d'imposer. » Id. Une imposition sur les chiens, ayant pour but d'en diminuer le nombre parce qu'il offre des dangers, est proprement une taxe.

5° Taille.

Taille est inusité dans notre système actuel des finances. C'est désormais un terme historique ou d'érudition. Il se disait autrefois d'une certaine imposition de deniers qu'on levait sur toutes les personnes qui étaient taillables , c'est-à-dire qui n'étaient pas nobles ou ecclésiastiques ou qui ne jouissaient pas de quelque exemption. « Ce mot de taille venait de l'usage des collecteurs de marquer sur une petite taille de bois ce que les contribuables avaient donné : rien n'était plus rare que d'écrire chez le commun peuple. » Volt

IMPUDENT, EFFRONTÉ, ÉHONTÉ. Qui ne rougit pas.

Impudent, in ou non pudens , qui n'a pas de pudeur, est un terme abstrait, applicable surtout

à une personne qui parle : on est impudent en paroles. Effronté, qui n'a pas de front (pour rougir) exprime la même idée d'une manière concrète , et se dit surtout d'une personne qui ne craint pas de se présenter et en général d'agir d'une façon inconvenante : on est effronté dans ses procédés ou dans sa conduite. Menteur impudent , cynique effronté. « Un autre poète , encore plus lâche et plus impudent, appelait Protésilas, dans ses vers, l'inventeur des beaux-arts et le père des peuples. » Fén. « Les cyniques étaient des gens effrontés, qui n'avaient honte de rien , non pas même des choses les plus infâmes. Ils ne connaissaient aucune bienséance , et n'avaient aucun, égard, pour personne. » Id. — a Le berger Tircis est un impertinent, et la bergère Philis une impudente de parler de la sorte devant son père. » Mol. « Je connaissais Formey pour un effronté pillard. » J. J.

Pourquoi ne m'aimer pas, madame Yimpudente? dit , dans l'École des femmes , Arnolphe à Agnès , qui vient de lui avouer naïvement son aversion. Une effrontée est une femme qui se conduit mal : « Un jeune homme avec ma fille? Ah! l'e/frontée! » Mol.

Lorsque les deux mots sont employés également pour qualifier les personnes, soit quanta leurs discours, soit quant à leurs actions, effronté renchérit sur impudent. « Cléon avait une hardiesse dans ses discours poussée jusqu'à l'impudence et l1 effronterie . » Roll. « On ne doutera pas que c'est une impudence et une effronterie abominable -que de se faire récompenser (par le plaisir), dans le temps qu'on mérite comme pécheur d'être puni. » Mal. « Nul de ceux qui m'écoutent ne voudrait avoir part à ce honteux privilège d'insensibilité , et , pour user des termes propres , d'impudence et d'effronterie. » Bourd. « On n'a jamais débité des mensonges avec une impudence aussi effrontée. » Volt. « Saumery eut plusieurs enfants, dont l'aîné, fort bien fait, audacieux et impudent à l'avenant..., avait épousé une fille de Besmaux, plus impertinente et plus effrontée encore que lui. » S. S.

0 le mensonge horrible, et V impudence extrême! Tu m'oses soutenir que Sosie est ton nom?... Mille coups de bâton doivent être le prix D'une pareille effronterie.

(Mercure dans Amphitryon). Mol.

Êhonté ou déhonté (voy. Ire partie, p. 130) est un mot assez rare en comparaison des deux autres. Il a pourtant en propre une idée précieuse à distinguer. L'éhonté n'a plus de honte , a toute honte bue ; ce ne sont pas les bienséances qu'il brave , c'est l'honneur même ; il ne manque pas seulement de modestie , de timidité ou de respect, il manque de tout sentiment honnête ou vertueux. Moralistes austères et estimés de leurs contemporains , les philosophes cyniques étaient des hommes effrontés , et non pas des hommes éhontés. Mais Labarpe, poussant la critique de la philosophie de Diderot jusqu'à l'invective, dit : « Suivez la marche du sophiste éhonté. » Marmontel flétrit en ces termes l'infâme tolérance d'un mari par rapport à des désordres qui le dés-

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

honorent : « Quant à ce beau calcul d'échange et de compensation entre les infidélités, quels sont , même parmi les hommes les plus corrompus, les maris assez déhontés pour avouer qu'ils y consentent? » Le même écrivain donne un exemple de l'emploi qu'on peut faire de ce mot à tort abandonné : « Si l'on disait qu'un homme déshonoré, mais impudent, lève un front déliante contre la renommée, parlerait-on une langue étrangère? ■»

1° INACTION, INACTIVITÉ, INERTIE; —2° OI- SIVETÉ., LOISIR, DÉSOEUVREMENT, DÉSOCCU- PATION. État passif,, état d'un être qui n'exerce ou ne développe aucune force.

L'inaction, l'inactivité et l'inertie font qu'on n'agit point; Y oisiveté, le loisir, le désœuvrement et la desoccupation font qu'on ne travaille point. Dans Y inaction, X inactivité etl'inertie, on reste immobile ; dans Yoùiveté, le loisir, le désœuvrement et la désoccupation , on ne remplit pas de tâche ou de fonction. Les animaux et les objets physiques peuvent être qualifiés d'inactifs ou d'inertes ; mais les épithètes d'oisif r de désœuvré, de désoccupé ne leur conviennent point, car il va sans dire que ce ne sont, pas des artisans, des fabricants , des ouvriers , des auteurs. Un peuple inactif 'végète , a l'air mort; un peuple oisif ou désœuvré est sans industrie, quoique peut-être très-remuant , très-agité. Les Spartiates , uniquement adonnés à la profession des armes, et aux exercices violents, n'étaient rien moins qxY inactifs; mais, comme ils n'exerçaient ni le commerce ni aucun art, ils vivaient oisifs ou dlsœuvrés. Un. homme qui ne fait que se promener, sans travailler d'esprit, est oisif ou désœuvré, mais il ne reste pas dans Y inaction. — Toutes les fois qu'il faudrait agir , c'est-à-dire , au physique, aller, s'avancer, se mouvoir, développer ses forces , ou bien , au figuré, se remuer, s'émouvoir, entreprendre, faire des démarches ou exercer son esprit , Y inaction , l'inactivité et l'inertie sont des défauts , quelque chose de regrettable; dans toute société bien organisée, il ne devrait y avoir ni oisiveté ni désœuvrement, le travail est la loi commune.

1° Inaction, inactivité, inertie. État opposé à l'action , au mouvement , au développement , à l'exercice, à la progression.

L'inaction est passagère et ordinairement occasionnée par un obstacle, par quelque chose d'extérieur, a Tant et de tels obstacles tenaient M. et Mme la duchesse d'Orléans dans une inaction glacée (par rapport au mariage projeté d'une de leurs filles). » S. S. a Quelque légères qu'on veuille supposer les incommodités particulières à la femme , comme elles sont toujours pour elle un intervalle d'inaction , c'est une raison suffisante pour l'exclure de la primauté. » J. J. — j L'inactivité , au contraire, est permanente et ca- | ractéristique du sujet auquel on l'attribue. , « Cette continuelle anarchie des États de l'Aile- j magne servait d'excuse à l'inactivité de l'empereur, Charles IV. » Volt. «Dans le feu même de , l'action, quelle activité (de la part de Cyrus), , quelle ardeur , quelle présence d'esprit pour ; donner des ordres à propos! » Roll. — Vinac- '

tion a lieu par accident; l'inactivité est un défaut constant et qui tient à la nature.

Inertie indique un état, non pas plus durable, plus persévérant qu.' inactivité, mais plus absolu : il exprime une inactivité totale , essentielle , telle qu'est celle des objets inanimés, celle d'une bûche , d'une pierre ou d'une borne. L'être inactif n'use pas de la puissance dont il est doué; l'être inerte n'est doué ou semble n'être doué d'aucune puissance. « Être plongé dans une profonde inertie. » Acad. « Ce qui fait des imitateurs un troupeau d'esclaves, c'est l'inertie de leur esprit, et cette basse timidité qui ne sait qu'obéir et suivre. » Marm. « On doit attribuer à quelque cause physique cette incroyable inertie (des oiseaux appelés fous) qui produit l'abandon de soi-même. » Buff. — D'ailleurs . le mot inertie a seul rapport à la difficulté de mettre en mouvement l'objet inerte, «il me fallait des amis dont l'impulsion surmontât mon inertie. » J. J. « Difficile à manier , bien loin de se prêter à tous les mouvements de l'âme, la langue latine avait une inertie, qui ne pouvait se vaincre que peu à peu et après des efforts redoublés. » Gond. « On a quelquefois dans son auditoire une extrême inertie à vaincre. » Marm.

2° Oisiveté, loisir, — désœuvrement , désoccupation. État d'un homme qui ne travaille point, qui n'applique pas ses facultés, ses soins et son temps à produire ou à former quelque chose.

Dans Y oisiveté et le loisir on ne fait rien ou on fait des riens; dans le désœuvrement et la désoccupation on n'a rien à faire , on chôme. On jouit del'oisiveté et du loisir. « Cette vie paraît remplie, et n'est en effet qu'un loisir délicieux et une élégante oisiveté. » D'Ag. « Je sentais vivement le besoin du repos; je soupirais plus que jamais après cette aimable oisiveté, après cette douce quiétude d'esprit et de corps que j'avais tant convoitée. » J. J. Le désœuvrement et la désoccupation sont plutôt des états pénibles où le temps nous dure. Voltaire écrit au duc de Richelieu, qui avait été malade ; a A quoi donc avezvous passé le temps dans ce désœuvrement si triste et si étranger pour vous ?» a On croit, à l'air de désœuvrement et de langueur dont frappent au premier coup d'œil la plupart des villes de province, que les habitants, plongés dans une stupide inaction, n'y font que végéter. » J. J. L'oisiveté est la mère de tous les vices, parce que d'ordinaire on s'y complaît par paresse ; le désœuvrement n'engendre que l'ennui, et on ne désire rien tant que d'en sortir. Les gens oisifs sont odieux comme consommant sans rien produire; les gens désœuvrés méritent quelquefois d'être plaints, ou ils sont seulement redoutés comme importuns par ceux qui ont de l'ouvrage ou de l'occupation. La vie de l'oisif est douce et inutile ; celle du désœuvré est vide , sans emploi et ennuyée.

Oisiveté et loisir diffèrent sensiblement , quoiqu'ils viennent tous deux du latin otium. L'oisiveté est un repos absolu, et par conséquent vicieux ; le loisir est un repos d'un moment , <k un repos disponible, c'est-à-dire dont on peut disposer pour faire d'excellentes choses. On dit

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