DEUXIÈME PARTIE
de prétendus esprits forts, qui raisonnent contre elle , qui ont besoin d'être éclairés et réfutés : «Les maximes de l'irréligion et de Y incrédulité.* Mass. L'impie traite mal la divinité , entreprend contre elle , la brave , la blasphème , méprise son culte; c'est un sacrilège, un ennemi de Dieu, c'est le contcmptor divûm de Virgile; il s'agit de le réprimer, de le punir. « Avez-vous repris l'irréligion jusque dans les moindres mots par lesquels on voudrait l'insinuer? avez-vous fait sentir votre sincère indignation contre Y impiété? y> Fén. « On se rappelle combien .tous les gouvernements de la Grèce étaient ennemis de Yirréligion , et que les deux ou trois sophistes qui manifestèrent une opinion contraire à l'existence des dieux n'évitèrent le supplice que par un exil volontaire. Les Romains ne supposèrent pas que l'on pût nier l'existence de la divinité , puisque, en ordonnant des peines capitales contre le sacrilège et l'impiété, ils ne firent aucune mention de l'athéisme. » Lah. a Platon ne pouvait tolérer l'irréligion. On s'en aperçoit au commencement de son dixième livre des Lois, où il se propose de convaincre l'impiété comme absurde, avant de la condamner comme criminelle. » Id. — Du reste, quoique d'ordinaire l'impiété soit la suite de l'aveuglement ou du dérèglement de l'esprit par rapport à Dieu , il se peut que l'impie croie , ait de Dieu une opinion convenable, c'est-à-dire qu'il ne soit ni irréligieux ni incrédule. « L'impie est un furieux qui ne pouvant arriver à l'irréligion, ni éteindre les terreurs de sa conscience, éteint en lui toute pudeur et toute décence ; qui sacrifie son Dieu . sa conscience , son salut , à la déplorable vanité de paraître incrédule. » Mass. a Us ne sont impies que par ostentation , et souvent ils inspirent aux autres l'incrédulité à laquelle ils n'ont pu encore parvenir eux-mêmes. » Id.
L'irréligion est un système général ^incrédulité. L'incrédule manque de foi et dispute sur certains peints de sa religion qu'il n'a pas encore abandonnée , fait difficulté de croire à telles ou telles particularités de la révélation, par exemple, ou aux mystères; l'irréligieux n'admet pas de religion ou de culte et quelquefois même pas de Dieu : il est déiste ou athée. Ordinairement l'incrédulité mène à l'irréligion. «. La curiosité a conduit peu à peu cet incrédule au libertinage et à Yirréligion. » Mass. — D'ailleurs, l'incrédule élève simplement des doutes ; il a de la peine à croire : l'irréligieux rejette hardiment; on professe l'irréligion. L'incrédulité est timide (F en.), et l'irréligion impudente (Id.). On peut être incrédule pour soi , auquel cas on est à plaindre (Pasc), on gémit tout le premier de son état (Boss.); on n'est guère irréligieux sans prosélytisme.
IMPOLI, GROSSIER, RUSTIQUE. Qui pèche sous le rapport des manières.
Impoli regarde toujours les manières envers les autres, les procédés dont on use à leur égard. Grossier et rustique ont une signification plus étendue, et se disent bien des manières d'une personne considérée relativement à elle-même» indépendamment des autres. « Socrate (pour l'ha.
billement) tenait un juste milieu entre ce qui pouvait passer pour grossièreté et rusticité , et ce qui pouvait sentir le faste et la mollesse. » Fén. « La Grèce communiqua son goût pour la délicatesse des ouvrages de l'art à ce peuple (romain) qui , jusque-là , avait été grossier et rustique sur cet article. » Roll.
Lorsque les trois mots sont pris dans l'acception particulière d'impoli , expriment un défaut social, impoli est plus faible que les deux autres, Il se rapporte plutôt à la forme qu'au fond , il marque quelque chose d'extérieur plutôt qu'un vice de caractère; c'est pourquoi d'Alembert a dit de lui-même qu'il ne lui arrivait jamais d'être impoli, parce qu'il n'était ni grossier ni dur. D'ailleurs, l'impoli n'a qu'un défaut négatif, il est incivil, il n'a pas de belles manières, il ne sait pas vivre , il ne plaît pas ; au lieu que le grossier et le rustique sont positivement désagréables, ont des manières choquantes ou qui offensent.
Quant à grossier et à rustique , ils ne diffèrent pas moins l'un de l'autre. On est grossier partout, on n'est rustique qu'à la campagne. «Cette fatuité de quelques femmes de la ville est quelque chose de pire que la grossièreté des femmes du peuple, et que la rusticité des villageoises. »Labr. La grossièreté suppose une éducation mauvaise, manquée, mal entendue ou incomplète; la rusticité exclut toute éducation. Au temps de Corneille , la nation était composée de petits-maîtres grossiers et de pédants plus grossiers encore (Volt.); il n'y a pas de petits-maîtres rustiques ni de pédants rustiques , les gens qui vivent aux champs sont incultes. Par conséquent, rustique dit plus que grossier, œ Combattre dans les jeunes gens une grossièreté féroce et rustique. » Roll. a La grossièreté , la rusticité, la brutalité peuvent être les vices d'un homme d'esprit. * Labr. On le voit par ces deux exemples, la rusticité touche de plus près à la férocité et à la brutalité.
Ainsi, l'impolitesse, moins générale et moins essentielle que la grossièreté et la rusticité, peut, quant au degré, n'aller pas jusqu'à être grossière; et la grossièreté, à son tour, est au-dessous de la rusticité, c'est un défaut moins grave. « C'est un plus grand défaut d'être grossier que d'être simplement impoli; et c'en est encore un plus grand d'être rustique. L'impoli manque de belles manières, il ne plaît pas; le grossier en a de désagréables , il déplaît ; le rustique en a de choquantes, il rebute. » Gir.
1° IMPÔT, IMPOSITION; —2° TRIBUT, CON- TRIBUTION; — 3° SUBSIDE, SUBVENTION; — 4° TAXE ; — 5° TAILLE. Termes de finances significatifs de ce qui est prélevé ou recueilli par le fisc pour les besoins de l'État.
L'impôt et l'imposition se mettent toujours sur les sujets , sur les membres de l'État. Le tribut et la contribution sont proprement payés par des tributaires , habitants d'un pays étranger ou ennemi, qui a été soumis ou vaincu.
Lorsque ces quatre mots, impôt, imposition, tribut et contribution se rapportent aux citoyens seuls , marquent ce que payent à l'État ceux qui
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
en font partie, une différence assez importante encore subsiste entre Yimpôt et l'imposition, d'une part , le tribut et la contribution , de l'autre. Vimpôt ou l'imposition , c'est ce qui est impesé, posé ou mis sur, une charge; le tribut ou la contribution, de tribuere, donner, attribuer, est une rétribution ou une redevance. Vimpôt est plus ou moins onéreux ; on l'aggrave, on l'allège, on en décharge ; les tributs ou les contributions produisent plus ou moins, fournissent à l'État plus ou moins de revenu. « Le papier timbré est un impôt singulièrement onéreux aux pauvres.... Celui sur les bestiaux me paraît beaucoup meilleur.... Mais il peut être onéreux aux contribuables en ce qu'il faut le payer en argent , et le produit des contributions de cette espèce est trop sujet à être dévoyé de sa destination. » J. J. On dit particulièrement bien un impôt sur, et un tribut en nature ou en argent; établir Yimpôt, un impôt ou une imposition, et payer ou lever le tribut, un tribut ou une contribution, a On peut mettre des impôts sur les personnes , sur les terres ou sur les marchandises.... Pierre Ier voulant lever ses tributs en argent , fit un règlement très-sage. » Montesq. Les impôts et impositions pèsent sur les citoyens ; les tributs et contributions enrichissent le trésor public, procurent à l'Etat des ressources. Un impôt considérable est accablant; un tribut considérable est d'un grand rapport. L'Assemblée constituante , voulant écarter d'abord du système qu'elle se proposait d'introduire en matière de finances l'idée odieuse de poids ou de fardeau , commença par déclarer qu'elle remplacerait les anciennes impositions par des contributions plus équitables et mieux réparties. Le fait est que depuis lors le mot de contribution est devenu bien plus usité que celui d'imposition: contributions directes, contributions indirectes, etc.
1° Impôt , imposition.
Impôt et imposition ont été distingués l'un de l'autre dans la Te partie, p. 26. Vimpôt se considère en soi, et l'imposition par rapport à son établissement. « Vimpôt le meilleur est une taxe proportionnelle sur les terres. Cette imposition paraîtrait demander une opération préliminaire , un cadastre général. » J. J. a La capitation est le plus pernicieux impôt , et on sent l'injustice inévitable de son imposition à proportion des facultés de chacun toujours ignorées. » S. S. a Le travail de Calonne touchait aux grands moyens d'accroître la somme de l'impôt. Mais les notables étaient du nombre de ceux qu'allaient frapper les nouvelles impositions. ■» Marm. Un impôt est lourd ou léger ; une imposition, juste ou arbitraire. Ou bien encore l'impôt est général et pèse sur la masse; au lieu, que l'imposition est particulière et pèse sur les individus ou sur une classe.
2° Tribut, contribution.
Tribut et contribution sont également, l'un général , l'autre particulier. S'agit-il d'abord de ce qui est payé à une puissance étrangère , tribut est général en ce sens qu'il exprime quelque chose de permanent, et contribution est particulier comme signifiant quelque chose de
passager, de donné une seule fois ; une nation paye un tribut à une autre dont elle est dépendante ; un général d'armée met à contribution le pays qu'il traverse ou exige une contribution d'une ville qu'il a prise d'assaut. Que s'il est question de ce qui est donné par des sujets à leur souverain, tribut est général en tant qu'il fait considérer la chose en gros , en masse , collectivement, et contribution est particulier entant qu'il indique la chose distributivement , comme le résultat d'un concours, de divers contingents ou qu'il désigne ces contingents mêmes, a Les cultivateurs, qui avaient payé auparavant (avant Charles VII) des tailles à leurs seigneurs dont ils avaient été serfs , payèrent ce tribut au roi seul dont ils furent sujets. » Volt. A quoi on peut ajouter que chacun paya sa contribution, la part qu'il devait. Un prince lève un tribut sur son peuple parle moyen de percepteurs de contributions. «Il est juste que le prince ait de quoi soutenir la majesté de l'empire et de quoi faire respecter sa personne et son autorité. Ce sont là les deux principales raisons qui ont donné lieu à l'établissement des tributs.... Chaque particulier doit se tenir fort heureux d'acheter par une légère contribution le repos et la tranquillité de la vie. » Roll.
3° Subside , subvention.
Subside et subvention annoncent , non pas des charges, non pas des revenus ou des sources de revenus , mais des secours. L'un est pris du latin subsidium , corps de réserve, renfort, secours, et l'autre de subvenir, venir au secours ou secourir. Le subside et la subvention sont des contributions auxiliaires et supplémentaires provenant des sujets, dans l'occasion, dans une nécessité pressante , dans un danger où l'État a besoin d'assistance, principalement quand il s'agit de faire face aux dépenses d'une guerre, a En se soumettant , à force de sang et de subsides , de nouveaux sujets, les rois perdent souvent l'amour de leurs sujets propres. » Mass. « Je ne puis entendre la régale de cette sorte. Le concile de Leptines ne regarde qu'une subvention accordée dans de grandes guerres , à peu près de la nature de celles qu'on accorda dans les guerres des huguenots. * Boss. — Un autre caractère bien distinctif du subside et de la subvention , c'est qu'ils sont volontaires, c'est-à-dire non pas imposés par le souverain , mais seulement demandés par lui et accordés par les sujets : ce ne sont pas des dettes, mais des dons, et, comme on disait autrefois , des dons gratuits, a Si le parlement refuse des subsides, Jacques et son fils, Charles I", mettront des impôts de leur seule autorité. » j Cond. « Une pareille contribution , si elle est réglée par la nation même , se nomme subside ou don gratuit ; et on la nomme impôt , si elle est imposée par le gouvernement. » Id.
Entre subside et subvention la différence paraît tenir à ce que le premier reproduit un mot latin, subsidium , et que le second est seulement formé d'un verbe latin ou français, subvenire, subvenir. En conséquence , subside est plus noble et se dit bien, par exemple, des secours d'argent qu'un prince donne à un autre prince dont il est l'allié et non pas le tributaire. « La république (athé-