Il est à remarquer que incertitude se prend
INCLINATION, PENCHANT, PENTE, PROPEN- SION. Ces mots sont pris ici au figuré , comme signifiant une disposition ou impulsion qui porte l'âme vers certaines choses.
Inclination et penchant sont les seuls qui se disent au pluriel , ceux qu'on emploie le plus souvent , et ceux , par conséquent . dont la distinction importe le plus.
V inclination est plus faible que le penchant; c'est 4'effet d'une simple impression qui fait plier ou courber la chose d'un côté. V inclination fait tendre vers un objet, le penchant y entraîne. On dit que la victoire incline d'un côté , quand elle commence à y pencher (Acad., au mot Inclinev, lre édition), a Ah ! madame , ne m'aimez peint plutôt si vous ne m'aimez que par reconnaissance ; et parce que je vous aime , je veux tout devoir à votre inclination. Il faut que ce soit un penchant insurmontable qui vous entraîne à m'aimer même malgré vous. » Regn. « Dieu distribue aux hommes divers talents et diverses inclinations, qui sont quelquefois si marquées et si fortes, qu'il est presque impossible d'y résister. On sait quel penchant le fameux M. Pascal eut pour la géométrie dès la plus tendre enfance. » Roll- — L'inclination , étant calme , modérée , ne trouble pas la raison , et de là vient que ce mot se prend plutôt en bonne part ; le penchant , ayant un tout autre caractère, est plutôt considéré comme mauvais, comme nous portant au mal. Inclinations heureuses ou fortunées (Mass.), bien faisantes (Boss.); penchants malheureux (J.J.), infortunés (Mass.), vicieux (Marm.), les penchants de tous les vices (Mass.). a Rien n'est plus heureux que de se former de bonne heure des inclinations louables ; car on porte dans la vieillesse tous les défauts et tous les penchants du premier âge. » Mass. a Quand nous avons mangé dignement la chair divine , il ne doit plus paraître en nous que des inclinations nobles, célestes; et
aussi quelquefois abusivement dans le sens pratique, et désigne, non plus une suspension de jugement, comme doute , mais une suspension de la volonté , comme indétermination et ses trois synonymes. Alors incertitude équivaut presque à indécision, ces deux mois exprimant une indétermination qui provient d'une cause intellectuelle, et non pas d'une cause sensible. « L'incertitude et Yindécision que traîne d'ordinaire après soi une conscience timide et scrupuleuse. » Mass.
La seule différence paraît être celle-ci : dans Yincertitude on s'abstient de vouloir, parce qu'on n'aperçoit pas la raison de vouloir, et dans l'indécision on s'abstient de vouloir, parce qu'on n'aperçoit pas la prépondérance des raisons pour sur les raisons contre. J'irai en Italie , si je reçois une certaine lettre, qui doit m'y inviter; tant qu'elle n'est point arrivée, je suis incertain ou dans Yincertitude. Des raisons m'engagent à aller en Italie, d'autres m'en détournent ou m'appellent ailleurs; tant que je n'ai pas jugé les unes meilleures que les autres, je suis indécis ou dans Yindécision. 'L'incertitude est une position simple, dans laquelle ne sachant pas s'il est possible ou bon de faire, on est retenu et indifférent à faire; Yindécision est une position double , dans laquelle ne sachant pas s'il vaut mieux faire que ne pas faire , ou faire une chose qu'une autre, on reste entre les deux en balance, partagé, embarrassé.
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
cependant je me trouve toujours des désirs terrestres, des penchants bas et rampants. ■» Id. — L'inclination est plutôt acquise , c'est l'effet d'une impression; aussi appelle-t-ontncZmaff'onle sentiment affectueux qu'inspire une personne dont on est touché : mariage d'inclination; se faire une nouvelle inclination. Le penchant est inné , ou du moins on n'en considère pas l'origine : le penchant de la nature (Montesq.).
t La. pente ressemble au penchant , en ce qu'elle nous vient de la nature et nous pousse d'ordinaire au mal. Mais elle en diffère en ce qu'elle a moins de violence. Au propre, cette différence s'aperçoit sans peine. Une colline a une pente douce , et non un penchant doux ; on dit la pente , et non le penchant d'un fleuve ; mais on dit le penchant d'un précipice. Pente donne l'idée de facilité à descendre , et penchant celle de chute : sur le penchant de sa ruine. — D'ailleurs, pente n'est usité qu'au singulier : il exprime quelque chose de général et de caractéristique du sujet. Mes penchants sont différentes manières d'être qui peuvent se combattre, s'affaiblir ou se corriger les unes les autres. « Si les femmes n'étaient entraînées vers les hommes que par le penchant, peut-être un penchant plus fort pourrait l'affaiblir. » Montesq. Mais , comme un fleuve n'a qu'une pente, et qu'elle indique son unique allure , ainsi la pente que j'ai est ma manière d'être universelle, essentielle. «La, pente naturelle des femmes au plaisir d'être aimées. x>Laroch. «Nous naissons injustes; car chacun tend à soi.... Il faut tendre au général , et la pente vers soi est le commencement de tout désordre. » Pasc. « L'homme de bien ramène ses sens au joug de la loi , et arrête la pente d'une nature toujours rapide vers le mal. » Mass.
Propension vient du latin propensio, comme inclination àUnclinatio. Mais , au lieu qu'inclination est devenu un mot commun , apparemment à cause de sa parenté évidente avec incliner, verbe d'un usage continuel , propension , trans porté dans notre langue sans ses analogues propendere, propensus, est resté un terme de science, de physique ou de métaphysique. « Les forces pénétrantes dont les corps célestes sont animés , par lesquelles ils agissent les uns sur les autres , animent aussi chaque atome de matière ; et cette propension mutuelle de toutes ces parties les unes vers les autres est le premier lien des êtres. » Buff. Dans une discussion théologique avec Bossuet, Fénelon dit que, suivant saint François de Sales, a Dieu est aimable par propension naturelle. » Hors de là, propension peut être regardé aujourd'hui comme un archaïsme. « Cette si grande soudaineté et vitesse de l'esprit, cette pointe et agilité, est chose très-dangereuse, une grande disposition et propension à la folie et manie.» Charr. Dans les Chinois de Regnard, un gentilhomme campagnard, qui affecte un langage suranné , dit en parlant d'un comédien qui recherche sa fille : « Ce néanmoins, je me sens de la propension pour le jeune homme ; et dès mon premier âge j'ai pourchassé l'accointance de messieurs du théâtre. »
INCOMMODE, FÂCHEUX, IMPORTUN. Ces mots
se disent des choses et des personnes qui déplaisent , qui sont à charge , qui embarrassent , ennuient, fatiguent.
Incommode est le plus faible des trois; il sert à qualifier ce qui gêne simplement, ce qui produit le malaise , c'est-à-dire la peine la plus légère, e Les marcionites établissent deux dieux , dont l'un craignait tellement d'être incommode à qui que ce fût , qu'il ne voulait pas même faire de la peine aux méchants. *> Boss. On suivra donc une juste gradation en disant : un censeur incommode et fâcheux (Les.) , un insecte incommode et importun. De plus, incommode s'applique particulièrement bien aux choses dont on se sert et qui sont difficiles à manier ou d'un usage peu agréable, comme un outil, un habit, une maison , et , au figuré , l'humeur d'une personne , un valet, un mari. « Vous ne serez point de ces maris incommodes qui veulent que leurs femmes vivent comme des loups-garous. » Mol. A quoi il faut ajouter encore que, quand il est question des personnes , incommode ne s'emploie pas substantivement, comme ses deux synonymes : on ne dit pas un incommode.
Fâcheux et importun diffèrent aussi , quoique moins sensiblement. D'abord, s'agit-il des choses , elles sont fâcheuses par leur présence ou par leur nature , et importunes par leur action : un voisinage fâcheux, un chemin fâcheux, un état fâcheux; un bruit , un vent , un babil importun, une pluie, une cloche, une voix, une demande importune. La. chose fâcheuse est pour nous triste et source de déplaisir; la chose importune nous agace, nous agite, nous tourmente et est pour nous une cause de déplaisir. On cherche à adoucir ce qui est fâcheux, et à faire cesser ce qui est importun1. D'ailleurs, une chose fâcheuse l'est absolument et toujours : un mal , un accident fâcheux, une fâcheuse nouvelle; au lieu qu'une chose importune ne l'est que relativement, garce qu'elle agit hors de propos et nous interrompt , ou parce que son action choque et lasse par sa fréquence ou sa continuité.
Mais c'est surtout à l'égard des personnes que cette dernière différence est à observer. On est fâcheux absolument, importun relativement ; fâcheux par nature, constitué et reconnu tel, importun par accident, de fait, en raison d'une importunité. a Un homme qu'on éveille en sursaut se lève en murmurant : 0 homme fâcheux, quel importun vous êtes ! » Boss.
Ny la peste, la faim , les larrons, ny les lous, Ne tuerons cestuy-cy; mais V importun langage D'un fa scheux. Régnier.
Pour exprimer le genre, on dira les fâcheux^; Molière convient que , dans sa comédie des Fâcheux . il n'a pas peint toutes les espèces de fâcheux Mais on traitera d'importun un homme qu'on a
\ . Cette idée d'action, propre à importun , pourrait également servir à distinguer ce mot ôl incommode , 8'il n'avait déjà été établi entre l'un et l'autre des différences suffisantes, « Strabon rapporte que les ibis remplissaient les rues d'Alexandrie jusqu'à Yimportunité et à l'incommodité, attaquant ce qu'on mettait en réserve et souillant tout de leur fiente. » Buff.