‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 589 sur 881 · DEUXIÈME PARTIS · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIS

vu effectivement importuner, ou dont on a soimême essuyé les importunités dans telles circonstances. « Aristote rencontra un jour un homme qu'il connaissait pour un importun. Il aurait bien voulu l'éviter; mais.... » Les. — Au reste, c'est aussi par sa présence seule qu'un homme est fâcheux, et par son action, ou intempestive ou réitérée, qu'il est importun. Un homme survient tout à coup là où il est de trop et où il dérange par conséquent , c'est un fâcheux. On est importun quand on obsède les gens , qu'on les persécute, qu'on les sollicite : des créanciers importuns (Bourd.); les poursuivants de Pénélope étaient des importuns. « De vouloir toujours reprendre, corriger, exhorter, ce serait pour un prêtre se rendre odieux et importun. » Mass.

INCROYABLE, PARADOXE. Difficile à admettre.

Incroyable , non croyable , se dit en fait d'événements. Paradoxe , ou , suivant la manière actuelle de parler, paradoxal, grec napàooloç (de rcapà, contre, et Sofa, opinion), contraire à l'opinion commune, se dit en matière d'opinions ou de doctrines. On raconte des choses incroyables; on avance des choses paradoxes ou paradoxales.

Ce qui est incroyable ne paraît pas réel ou possible. « Cet auteur rapporte des faits incroyables. » Acad. « Le fils de Dieu a prédit que les corps devaient ressusciter, cela vous paraît incroyable. » Bourd. « La superstition est venue de ce penchant qu'ont les hommes à croire ce qui leur est avantageux , quelque incroyable qu'il puisse être. » Id. « J'aime mieux vous parler de la hausse de nos fonds publics, qui est incroyable, depuis que le nouveau contrôleur général est en place. » D'Al. a Nos grands seigneurs font ici des banqueroutes scandaleuses et incroyables.» Id. a Vous trouverez toujours dans l'histoire des justes je ne sais quoi d'incroyable et de singulier , qui a même révolté la crédulité des âges suivants. » Mass. « Les frais qui se font à lever la taille vont à des excès incroyables. » Boss. « Les habitants de Formose sont excellents nageurs, et ils courent avec une vitesse incroyable. » Buff. a Je trouvai le maréchal dans des transes et dans un abattement incroyables. » S. S.

Ce qui est paradoxe ne paraît pas vrai ou conforme aux principes de la raison, ce On dirait d'abord que cette proposition a quelque chose de paradoxe. Nullement; elle est fondée sur les principes les plus solides , les plus naturels et les plus simples de la raison. » Bourd. « A cela je fais une réponse qui paraîtra d'abord avoir quelque chose de paradoxe , mais dont on reconnaîtra bientôt la solidité et l'incontestable vérité , pour peu qu'on entende ma pensée. » Id. « Proposez à un mondain de ce caractère les Opinions les plus paradoxes d'une nouvelle philosophie. » Id. « Proposition qui, toute paradoxe qu'elle paraît , ne laisse pas d'être exactement vraie , tant par le fait que par la démonstration. » J. J. a J'avais trouvé dans ses écrits des idées et des maximes très - paradoxes. » Id. ce Ce livre de Regius ne contient rien touchant la physique ,

sinon mes assertions mises en mauvais ordre , et sans leurs vraies preuves , en sorte qu'elles paraissent paradoxes. » Desc. « Toute opinion nouvelle et paradoxe doit être proscrite par la seule raison qu'elle est nouvelle. » D'Al. ce Platon a là-dessus un système qui vous paraîtra sans doute bien paradoxe. » P. A. ce Helvétius prétend qu'on ne peut expliquer le délire de l'avare qu'en supposant qu'il regarde au moins l'argent comme la représentation de tous les plaisirs qu'il peut acheter. Cette idée n'est point paradoxale.... Cette opinion paraît plausible; cependant je ne la crois pas fondée. » Lah.

INCURSION, IRRUPTION, INVASION. Action de troupes qui entrent dans un pays ennemi.

Incursion, du latin incurrere, courir dans, courir sur, exprime une course, une action passagère par conséquent , un coup de main pour piller , comme font les corsaires , qui se retirent aussitôt avec ce qu'ils ont pris. « Quant à la manière de combattre des Moscovites , au xvie siècle, tout se faisait par incursion; et quand il n'y avait plus rien à piller , le boyard ramenait sa troupe. » Volt, a Les guerres des Saxons contre les Francs n'étaient guère que des incursions de barbares qui venaient enlever des troupeaux. » Id. « Les guerres entre les cités primitives de l'Italie n'étaient que des incursions passagères. » Cond. ce Les Tartares , préférant le butin à l'agriculture , faisaient continuellement des incursions chez leurs voisins. » Id. « Verres ne se mit pas en peine d'exposer la Sicile aux incursions des pirates qui infestaient les mers. » Lah. ce Le préteur fut chargé de défendre les côtes contre l'incursion des pirates. » Roll.

Irruption, du latin irrumpere, se jeter ou fondre sur , exprime une action impétueuse , qui rompt ou renverse les obstacles, et cause des dégâts ou des ravages, une vive attaque, un choc irrésistible et funeste, ce Ils firent une ir- \ ruption si vive sur les Algériens qui. leur étaient opposés, qu'ils les enfoncèrent du premier choc. » Les. Dans la fable de l'Aigle, la laie et la chatte , la chatte dit à la laie que si elle sort , l'aigle fondra sur ses petits : la laie reste chez elle , afin de secourir ses petits «c en cas d'irruption. » Laf. ce De retour, Sésostris éleva un mur depuis Péluse jusqu'à Héliopolis , et ne parut occupé qu'à mettre ses États à l'abri d'une irruption semblable à celle qu'il venait de faire.» Cond. ce Les pauvres ne firent aucune irruption dans les maisons des riches.... Ils ne se jetèrent point sur les vivres qui étaient exposés en vente.» Roll. ce En défendant Ceuta et Mélilla, le roi d'Espagne préservait le royaume de l'irruption des infidèles. » S. S.— Des brigands qui ne cherchent que du butin feront des incursions; des ennemis irrités , ou barbares qui veulent se venger ou qui ne savent que nuire , feront une irruption. « A cette époque , l'irruption et le mélange de tant de peuples féroces avaient éteint dans l'occident le goût des lettres. » Mass. a Les féroces habitants du nord ont fait dans tous les temps des irruptions dans les contrées du midi. »

Invasion , du latin invadere , attaquer et s'em-

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

parer en se répandant de toutes parts , exprime une action générale par laquelle on se rend maître de tout un grand pays. Différente de l'incursion , qui fait entendre que la troupe s'en j retourne bientôt, au lieu de rester en possession, ['invasion diffère aussi de l'irruption en ce qu'elle suppose des troupes plus nombreuses, une armée, et un plus vaste théâtre, une province entière, un royaume, un empire. L'irruption ressemble à l'action d'un torrent qui , dans son cours borné , mais rapide , brise et emporte tout ce qui se trouve sur son passage : l'invasion est parfaitement représentée par l'action d'un fleuve qui déborde, s'étend et inonde toute une contrée. a L'Espagne ne pouvait garantir les princes d'Italie de ces vexations de l'Allemagne, ni même d'une invasion totale. » S. S. a Les Scythes se répandirent dans l'Asie, la ravagèrent pendant vingt-huit ans , pénétrèrent dans la Judée et s'avancèrent jusque sur les frontières de l'Egypte. Les circonstances étaient favorables à leur invasion. y> Cond. a Le marquis de Coeuvres entre dans la Valteline avec une armée et affranchit ce pays de l'invasion autrichienne. » Volt. « Ces peuples du nord (les Tartares ou les Scythes) tirent de tout temps des invasions vers le midi..,. Ils se répandirent, vers le xie siècle, du côté de la Moscovie ; ils inondèrent les bords de la mer Caspienne.» Id. L'invasion des croisés (Id.) ; l'invasion de la Flandre, de la Hollande, par les armées de Louis XIV (Id.).

INEFFAÇABLE, INDÉLÉBILE. Épithètes applicables à quelque chose d'écrit, d'empreint, de marqué , qu'on ne peut faire disparaître.

Ineffaçable est un mot purement français , formé du verbe effacer , changer la face , altérer les formes , défigurer les traits , rendre méconnaissable. Indélébile est un mot tout latin, indelibilis, du verbe delere, renverser de fond en comble , ruiner , perdre tout à fait , détruire entièrement. Par conséquent, ineffaçable appartient à la langue commune, et indélébile se dit plutôt dans le didactique ou dans le dogmatique et en termes de théologie. Mais cette différence n'est pas la seule ni la plus considérable.

La chose ineffaçable ne peut être raturée, brouillée , confondue , rendue inlisible ; la chose indélébile ne peut être ôtée , détachée. On peut toujours lire ou apercevoir ce qui est ineffaçable; ce qui est indélébile reste toujours. L'écriture est ineffaçable , l'encre indélébile.

On dit de préférence des caractères ineffaçables, a Cette idée générale de la beauté est gravée dans le fond de nos âmes avec des caractères ineffaçables. » Pasc. a Quelle noble retenue ne doit pas accompagner des actions qui seront écrites en caractères ineffaçables dans le livre de la postérité ! » Mass. * Cette empreinte divine est le modèle sur lequel la nature opère, modèle dont tous les traits sont exprimés en caractères ineffaçables et prononcés pour jamais. » Buff. «-- Mais on dit mieux un caractère indélébile, (c Ah ! me dit-il , il n'y a qu'un caractère indélébile dans le monde, c'est celui de moine. » Volt. a J'ai regardé le caractère d'historiographe comme indélébile. » Id. « Malgré la plus excel-

lente éducation , le caractère de prince est trop souvent indélébile. » D'Al. « On appelle essence la qualité abstraite , qui est la marque propre et distincte du genre ou de l'espèce , son caractère indélébile. » Marm.

De même , on dira plutôt des principes ineffaçables gravés au fond du cœur (J. J.), et une tache indélébile (Id.). "Un souvenir est ineffaçable (Acad.), c'est-à-dire que rien ne peut l'empêcher d'être net aux yeux de l'esprit ; un naturel est indélébile (Marm.) , c'est-à-dire que rien ne peut le détruire , le faire en aller.

Ce qu'il y a proprement d'inattaquable dans ce qui est ineffaçable, c'est la forme, elle continue à être distincte ; dans ce qui est indélébile , c'est la matière , elle est invinciblement adhérente. Des figures gravées sur le marbre sont plus ineffaçables que celles qui sont tracées sur le sable, le vent ou le pied des passants ne peut les déranger, y mettre le trouble, les bouleverser; Buffon parle d'un animal « dont l'urine tache et infecte d'une manière indélébile, » c'est-à-dire fait des tâches et communique une odeur qu'on ne peut enlever.

INÉNARRABLE, INEFFABLE, INDICIBLE, IN- EXPRIMABLE. Qu'on ne peut faire connaître par la parole ou par des paroles.

Inénarrable , le moins usité de ces mots, est le seul qui suppose des choses à narrer , à raconter, une suite de- faits à décrire. C'est pourquoi on ne dit pas un sentiment, une joie inénarrable , comme on dit un sentiment , une joie ineffable , indicible ou inexprimable, a Qui nous racontera sa génération (du fils de Dieu) ? Elle est inexplicable et inénarrable. » Boss. a Les grâces que Dieu fait aux âmes par le ministère de ses ministres sont inénarrables . » Id. « Saint Paul, étant transporté au troisième ciel, vit des choses inénarrables. » Acad. Laharpe dit au sujet de l'histoire future des absurdités de son temps : a il faudra bien évaluer quelque jour en langage humain cet inénarrable excès de révolte insolent et stupide contre la raison des siècles et des nations. »

Ineffable vient de deux mots latins, in négatif, et effari , parler : ineffable , c'est-à-dire dont on ne peut pas parler. En latin, effari et fari étaient des termes consacrés à la religion ; si bien que , primitivement, ineffable s'applique aux choses saintes qu'on ne doit pas ou qu'on ne peut pas révéler , sur lesquelles on est obligé ou forcé de se taire. Le nom mystérieux de Jéhovah était ineffable chez les Hébreux. « Le grand mot devenu ineffable chez les Juifs modernes, Jaho, ou Jova, ou Jaou , ne peut être à la fois phénicien , syrien et chaldéen. » Volt. « Les Juifs ont dit que Jésus-Christ et ses disciples avaient fait des miracles par le nom de Dieu , ce nom inconnu et ineffable , dont la vertu peut tout selon les Juifs, et que Jésus- Christ avait découvert , on ne sait comment, dans le sanctuaire. » Boss. « Le Saint- Esprit est la sdernière des ineffables productions de Dieu en lui-même. » Id.

Source ineffable de lumière,

Verbe en qui l'Éternel contemple sa beauté....

Rac.

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