DEUXIÈME PARTIE
sique , de chirurgie , etc. Mais les gens qui exercent des métiers, des arts mécaniques, des arts où la main seule agit, qui ne demandent ni génie ni spéculation , ont des outils : les outils d'un menuisier, d'un charpentier, d'un charron, d'un serrurier, d'un maçon, d'un bûcheron, etc. « Les outils de tous les métiers sont déjà familiers à Emile. » J. J. Un pinceau est un instrument dans la main de Raphaël, un outil dans celle d'un barbouilleur. Il faut être savant ou artiste pour avoir des instruments ; l'artisan et l'ouvrier n'ont que des outils. Par les instruments d'un peuple , vous connaissez quel est chez lui l'état des sciences et des arts proprement dits ; par ses outils, vous connaissez son genre d'industrie. — La science invente des instruments, et ils sont plus ou moins ingénieux. « Que pensera Emile , en voyant que les arts ne se perfectionnent qu'en se subdivisant, en multipliant à l'infini les instruments des uns et des autres ? Il se dira: Tous ces gens-là sont sottement ingénieux; on dirait qu'ils ont peur que leurs bras et leurs doigts ne leurs servent à quelque chose, tant ils inventent d'instruments pour s'en passer. » J. J. La nécessité se fait des outils, et ils sont d'ordinaire simples et grossiers. « On n'a trouvé aux habitants de toutes les îles, entre l'Asie et l'Amérique , d'autres outils que des haches de pierre , des cailloux taillés en scalpel , et des omoplates d'animaux aiguisées pour couper l'herbe. » Buff. — Le cultivateur a des outils , l'agriculteur ou l'agriculture des instruments ; ce que le paysan , qui laboure la terre , appelle ses outils , les autorités , les magistrats le nomment ses instruments. a Régulus demanda un successeur et son congé , sur les avis qu'on lui donna que son fermier était mort , et que son valet avait dérobé les outils nécessaires au labourage.... Le sénat ordonna que sa terre serait cultivée aux dépens du public, et qu'on achèterait de nouveaux instruments nécessaires pour le labourage. » Vert.
Au figuré, instrument est d'un fréquent usage , tandis que outil est condamné par son origine vulgaire à ne pas sortir des limites du sens propre. « C'est adresse à l'ouvrier de savoir bien user et se servir de ses outils; aussi est-ce un grand avantage à l'homme de se savoir bien servir de son corps , et le rendre instrument propre a exercer la vertu. » Charr. ce Les chefs de parti se rient et se moquent de ce grand nombre d'instruments dont ils font la même sorte de c s qu'un artisan et un ouvrier font de leurs outils.» S. S. « Oyrus disait qu'il trouvait bien étrange que les artisans sussent les noms de tous leurs outils , et qu'un général fût si indifférent que de ne savoir pas les noms de ses capitaines, qui sont autant d'instruments dont il se sert dans toutes ses entreprises. » Roll.
1° INSURRECTION; — 2° RÉBELLION, RÉ- VOLTE , SOULÈVEMENT ; — 3° ÉMEUTE , ÉMO- TION , SÉDITION, MUTINERIE; —4° TROUBLES- Tous ces mots signifient des entreprises contre l'autorité ou l'ordre établi.
1° Insurrection.
Insurrection mérite une place à part à cause
de sa généralité. L'insurrection est l'action de tout un peuple qui conspire et se lève {in surgere , se lever contre) pour détruire son gouvernement. La rébellion , la révolte, etc., ont d'ordinaire une portée beaucoup moindre , moins de gens y sont engagés , et elles peuvent être dirigées contre un chef ou un supérieur d'un degré peu élevé, comme un simple magistrat ou un simple commandant. D'ailleurs , le mot insurrection- est nouveau et ne s'emploie guère qu'en bonne part. On a appelé d'abord insurgents certains corps de troupes hongroises levées extraordinairement pouT le service de l'État, puis les Américains du nord, qui , à la fin du xvine siècle , s'affranchirent du jou-g de l'Angleterre. Montesquieu rapporte, d'après Aristote, un moyen singulier dont se servaient les Cretois pour tenir les premiers magistrats dans la dépendance des lois ; il le nomme insurrection et le fait consister en ceci : « Une partie des citoyens se soulevait , mettait en fuite les magistrats , et les obligeait de rentrer dans la condition privée. » Aujourd'hui, insurgent ne se dit plus , si ce n'est , en termes d'histoire, dans les deux cas ci- dessus indiqués; mais insurrection est très-usité , et il emporte une idée de droit et de justice : l'insurrection de la Suisse , des Etats-Unis, des Pays-Bas , l'insurrection grecque. Lorsqu'une révolution est devenue nécessaire pour mettre fin à une domination réellement oppressive et tyrannique , l'insurrection , suivant certains publicistes, est le plus saint des devoirs.
Rébellion, révolte et soulèvement , de leur côté, diffèrent beaucoup d'émeute, d'émotion, de sédition et de mutinerie. Il peut y avoir rébellion et révolte de la part d'un seul homme : la rébellion , la révolte d'un enfant contre son père ou contre son maître ; le péché est une rébellion et une révolte de l'homme contre Dieu; la rébellion ou la révolte de la chair contre l'esprit. V émeute et la sédition, toujours prises au propre, supposent toujours une multitude plus ou moins nombreuse ; aussi dit-on particulièrement bien une émeute ou une sédition populaire. Outre cela, la rébellion et la révolte sont des attentats contre l'autorité , au lieu que Y émeute et la sédition portent atteinte à l'ordre. Le rebelle et le révolté ne sont point soumis, mais réfractaires et impatients du joug; le séditieux et le mutin ne sont point paisibles , mais turbulents et brouillons. L'esprit de rébellion et de révolte est indocile, indépendant : c'était celui que fit naître et répandit partout la réforme , en affaiblissant le respect de l'autorité et des puissances (Boss.). L'esprit de sédition est j inquiet , remuant , cabaleur : c'est celui qui ré- ! gna en France pendant la minorité de Louis XIV, celui qui animait en particulier le cardinal de Retz (Volt.). La Bible rapporte les rébellions et les révoltes du peuple juif, qui, dans le désert, murmura tant de fois contre Dieu et Moïse , et voulut tant de fois un autre Dieu et un autre chef (Boss.). Pilate abandonna Jésus-Christ de peur de voir la tranquillité troublée par une émeute ou une sédition (Bourd.). « Charles-Quint mit au ban de l'empire l'électeur de Saxe et le landgrave de Hesse comme rebelles, séditieux,
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
coupables de lèse-majesté , perturbateurs du repos public. » Cond.
"Rébellion , révolte , soulèvement. Acte d'insubordination , acte par lequel on brave l'autorité , on secoue le joug, on brise les liens delà dépendance.
Rébellion, rebellio , de rebellare , répondre à la guerre par la guerre , marque résistance. Révolte, action de se tourner contre ou dans le sens opposé, exprime une attaque spontanée. Le rebelle est sur la défensive , il regimbe , il refuse le service; le révolté prend l'offensive, de luimême il se porte contre. L'objet de la rébellion, c'est d'échapper à une charge ou à un ordre -, celui de la révolte , c'est de renverser , d'amener un changement ou une révolution. On fait rébellion à la justice en s'opposant à l'exécution de ses décrets ; on est en révolte quand on s'insurge contre une puissance. Envers Dieu , la rébellion consiste à ne point garder ses commandements , et la. révolte à l'outrager par des impiétés, des blasphèmes , des sacrilèges. Le refus de l'impôt est une simple rébellion : « L'impossibilité d'obéir (à cause de l'énormité des charges) n'a plus d'autre nom que la rébellion et la mauvaise volonté qui refuse. » Mass. Une prise d'armes est proprement une révolte : a II y avait un grand nombre de huguenots qui trouvaient la réforme incompatible avec l'esprit de révolte qui les faisait soulever contre leur roi. » Boss. La réforme excita les peuples à la rébellion et à la révolte: à la rébellion, en les engageant à se soustraire à l'obéissance de l'Église; à la révolte, en les armant contre leurs souverains. — D'un autre côté, rébellion par sa désinence marque l'action , l'éclat , la manifestation , quelque chose d'effectif; au lieu que révolte , avec sa terminaison passive, exprime l'état, le fond ou l'esprit : on fait un acte de rébellion ( J. J. ) , on est puni pour une rébellion (Roll.); on est en révolte (Acab.), on vit dans la révolte (Bourd.). a Le peuple juif s'entretenait dans un esprit de révolte qui éclata bientôt après et en causa la ruine. Les pharisiens fomentaient secrètement ces mauvaises dispositions; mais Jésus-Christ ne veut point partir de ce monde, sans prévenir la rébellion dans laquelle toute la nation devait périr. » Boss. à Voilà l'esprit de révolte que Dieu envoie quand il veut renverser les trônes. Sans autoriser les rébellions, il les permet. » Id: a La rébellion des Antiates fut punie par le supplice des principaux auteurs de la révolte. » Roll.
Le soulèvement est une rébellion ou une révolte naissante d'un certain nombre de personnes. « Ces maximes séditieuses ouvrent la porte aux soulèvements , auxquels les peuples sont si naturellement portés. » Pasg. « Quand on verra le roi ruiner le royaume , le public recommencera à crier; et il n'est presque pas possible qu'il n'arrive à la longue quelque soulèvement. » Fén. « Le sénat Voyant que son parti et son autorité diminuaient tous les jours, et craignant un soulèvement général (en faveur de Marius) , crut devoir entrer (avec Cinna) en négociation. » Vert, a Le meurtre commis dans la
personne de Siccius aigrit extrêmement les esprits, et les préparait déjà au soulèvement. » Roll. « Ce serment fut comme le signal d'un soulèvement général. » Id. a L'Église va étouffer dans le fond des cœurs , non-seulement les premières pensées de rébellion, mais encore les moindres murmures ; et, pour ôter tout prétexte de soulèvement contre les puissances légitimes , elle a enseigné qu'il en faut tout souffrir. » Boss. 11 faut prévenir les soulèvements (Volt.) pour n'avoir pas à combattre et à punir les rébellions et les révoltes.
3° Émeute , émotion , sédition , mutinerie. Agitation désordonnée , emportement tumultueux et furieux d'un certain nombre d'hommes réunis pour faire éclater leur mécontentement ou pour obtenir quelque chose par la violence.
Émeute et émotion, du verbe français émouvoir, n'annoncent rien que de commun et de peu important. Sédition, latin seditio, désigne, au contraire, quelque chose de plus relevé et de plus sérieux, a S'il y eut sous Louis XIV quelques séditions dans les provinces , ce ne furent que de faibles émeutes populaires aisément réprimées. » Volt. V émeute se forme dans la rue, et commence par un rassemblement sans dessein préalable, sans chef, et se dissipe comme un feu de paille ; elle se borne d'ordinaire à des cris, ou si on s'y-bat, c'est à coups de poing, de pierres ou de bâtons, a Un capitaine autrichien ayant rudement frappé un habitant (de Gênes), ce moment fut un signal auquel le peuple s'assembla, s'émut et s'arma de tout ce qu'il put trouver : pierres , bâtons, épées, fusils, instruments de toute espèce.... Le marquis de Botta crut que cette émeute du peuple se ralentirait d'elle-même. » Volt, a Dans une émeute populaire, un jeune homme creva un œil à Lycurgue d'un coup de bâton. » Roll. Mais la sédition est concertée; elle obéit à un mot d'ordre , à des meneurs , elle se fait à main armée; c'est l'action, non pas d'une troupe amassée tout à coup, mais d'un parti. Elle produit et entretient les divisions (seditio, se itio , action d'aller à part) ; elle met aux prises les citoyens les uns avec les autres, et, si elle n'est réprimée , elle engendre la guerre civile, a Les Romains prièrent Numa de ne pas les rejeter dans une nouvelle sédition, qui aboutirait à une guerre civile, puisqu'il n'y avait que lui seul qui fût au gré des deux partis. » Roll. «Alors ii s'éleva une sédition qui partagea la nation en deux corps. » Id. « Rien ne doit plus alarmer le roi qu'une sédition presque universelle (des jansénistes réfugiés en Hollande), qui semble préparer une guerre civile de religion. » Fén. Voltaire dit en parlant de la journée des Barricades : « Le cardinal de Retz se vante d'avoir été l'auteur de cette sédition mémorable qui commença la guerre civile. »
V émotion est une fermentation, une légère émeute ou une émeute qui se prépare, une espèce à! émeute , comme la corporation est une espèce de corps, un corps en train de se former, a Calvin a approuvé ces guerres sanglantes, lui qui se vantait que son parti n'était pas seulement soupçonné d'avoir causé la moindre émotion.» Boss. « V émotion