‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 612 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

lettres. Que si quelquefois on a appelé improprement lettres certaines épîtres des anciens , celles de Cicéron , par exemple, c'est qu'on les a considérées comme étant devenues françaises par la traduction , et en tant qu'on les lit dans la traduction ou qu'on les peut apprécier parla traduction, a Cicéron, dans la belle lettre à son frère Quintus , établit le même principe , et semble le fonder sur la même comparaison. » Roll. Mais quand il s'agit du texte , de l'écrit sous sa forme originelle, le mot épître est d'une rigueur absolue, a On pourrait douter si les épîtres de Cicéron sont bien propres pour la sixième et pour la cinquième , parce qu'elles sont souvent obscures et difficiles. » Roll.

A l'égard des écrits qui ont pour auteurs des modernes, si lettre est l'expression ordinaire, épître s'emploie néanmoins dans certains cas. C'est d'abord le nom qu'on donne à une lettre écrite en vers : les épîtres de Roileau, de J. B. Rousseau , de Pope ; outre un grand nombre de lettres , Voltaire a adressé plusieurs épîtres au roi de Prusse, Frédéric II. — On nomme ensuite épîtres dédicatoires les lettres que l'on met à la tête des livres pour les dédier. « Qu'est-ce que cette affectation à! épîtres à la tête d'un ouvrage, où, par le caprice d'un auteur , les mérites les plus obscurs sont égalés aux plus éclatants? » Bourd. « J'aime mieux dire que Voiture se joue agréablement de son sujet, et que des lettres galantes ne demandent pas une vérité si austère que des épîtres dédicatoires , qui sont d'elles-mêmes graves et sérieuses.» Bouh. — Enfin, épître a, dans le style moderne, une troisième application, analogue aux deux précédentes, mais que ne mentionnent point les dictionnaires , et qui est plus difficile à déterminer : il signifie une lettre remarquable, soit par sa longueur, soit par quelque chose de relevé dans le fond, soit par quelque chose de pompeux ou de solennel dans la forme. Bossuet écrit à une dame qu'il dirigeait par correspondance : « Vous aurez à présent reçu ma lettre en réponse à votre grande épître; celle-ci viendra en confirmation. » « Ce ne sont point là mes propres pensées , ni mes expressions , mais celles de saint François Xavier , qu'il nous a laissées dans ,ses épîtres , fidèles interprètes de son cœur , et lettres sacrées que nous conservons comme les précieuses reliques et les monuments de son zèle. » Bourd. a A un homme qui fait de tels présents , ce ne sont point des lettres familières et de simples compliments un peu ornés, ce sont des épîtres liminaires du plus haut style qu'il faut écrire , et où les comparaisons du soleil soient prodiguées. » Boil. a Vous attendiez peutêtre une lettre faite pour être montrée ; mais auriez-vous dû me la pardonner , et reconnaîtriezvous l'amitié que vous m'avez inspirée dans une épître où je songerais au public en parlant à vous? » J. J. « On attache aujourd'hui à Yépîlre l'idée de la réflexion et du travail , et on ne lui permet point la négligence de la lettre. » Marm.

1° LEVER, ÉLEVER, SOULEVER, ENLEVER, RELEVER; — 2° HAUSSER, EXHAUSSER, RE- HAUSSER. Faire aller en haut, vers le ciel.

Une différence fondamentale sépare d'abord les

deux verbes simples lever et hausser, auxquels se rapportent tous les autres verbes placés à leur suite , et sous lesquels ils viennent naturellement se ranger en deux classes.

Lever, du latin levare, dont le sens est le même, veut dire mettre haut, droit, debout ce qui est bas ou couché, *en changer la position ou ! la direction. Hausser , au contraire , suppose que la chose est déjà haute, droite, debout, et signifie ajouter à sa hauteur. On lève de terre, on lève un poids de tant de livres , on lève les pieds en marchant; mais on hausse une porte, on hausse une maison d'un étage, la chaleur fait hausser le thermomètre. L'action de lever fait aller en haut ce qui n'y allait point , ce qui était bas ou baissé; l'action de hausser fait aller encore davantage en haut ce qui y allait déjà. Vous leve% une échelle en la dressant; vous la haussez en y mettant quelques échelons de plus. Une plante lève quand elle sort de terre pour se diriger vers le ciel; une rivière hausse quand elle croît quand elle devient plus haute. On lève la pierre qui couvre une tombe, le couvercle d'un coffre ou d'une marmite , la visière d'un casque , toutes choses susceptibles d'être mises perpendiculairement ou ôtées de dessus d'autres choses; on hausse ce qui est susceptible de gagner en hauteur , la voix , le ton , le courage , les monnaies , le prix des denrées, etc. Vous levez les yeux en leur donnant une autre direction que celle qu'ils avaient; vous haussez les épaules en les portant plus haut qu'elles ne vont d'elles-mêmes. Vous étiez couché ou assis , vous vous levez; vous n'êtes pas assez grand, dans l'attitude verticale,, pour atteindre une chose de la main , vous vous haussez, c'est-à-dire que vous vous grandissez autant que possible.

Lever marque plutôt qu'on donne à un objet sa hauteur propre et ordinaire; et hausser, dans les mêmes circonstances , annonce qu'on y ajoute encore. On lève la tête , au lieu de la tenir baissée, on la hausse quand on s'efforce de la tenir aussi haute qu'on peut, avec une sorte d'affectation. Le maître à danser de M. Jourdain lui apprenant à se tenir, lui dit : « Haussez la tête. » Mol. On se lève pour être sur pied; mais Bossuet a dit de Condé que , toujours égal à lui-même , il ne se haussa point pour paraître grand.

1° Lever, élever, soulever, enlever, relever. Modifier la situation ou la direction d'un objet de façon à le faire aller de bas en haut.

Lever exprime cette idée simplement. Tous les verbes qui le suivent ici , étant composés , y joignent une idée d'effort, outre la nuance que tire chacun d'eux de sa particule initiale.

Élever , c'est, lever de ou du milieu de. C'est lever de, c'est-à-dire en faisant quitter le sol. On lève une échelle qu'on dresse ; le soleil élève des vapeurs. Un malade se lève sur son séant; des audacieux s'élèvent en ballon. — C'est lever du milieu de , c'est-à-dire de telle sorte que la chose domine , prenne le dessus , soit éminente : élever une statue , élever quelqu'un au plus haut rang.

Soulever, c'est lever en agissant par-dessous. « La marée soulève les navires qui sont sur la vase. » Acad. Le feu intérieur du globe a produit

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

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des montagnes en soulevant les matières qu'il tenait en liquéfaction (Buff.). Les pieds des passants agissent, poussent et soulèvent la poussière d'une campagne (Desc). On soulève des sujets contre leur souverain , contre l'homme qui est placé au-dessus d'eux.

Enlever , c'est lever avec force ou violence , ou bien lever en soi , avec soi , de manière à emporter : l'aigle fond sur sa proie et Y enlève.

Relever, c'est lever de nouveau, en rétablissant l'état antérieur convenable ou naturel. On lèveldi tête pour contempler le ciel; on relève la tête , quand on l'a trop baissée ou trop inclinée. On lève ce qui est bas ou dans une position horizontale; on relève ce qui est tombé, ce qui a besoin d'être remis en place ou debout.

Pour plus de détails relativement à lever comparé avec ses quatre synonymes de même radical, voyez, dans la I" partie : lever et élever, page 128; lever et soulever , page 155; lever, enlever et élever, page 149; lever et relever, page 115.

2° Hausser, exhausser, rehausser. Prolonger de bas en haut, porter ou faire monter plus haut.

Hausser ne marque rien de plus.

Exhausser signifie hausser considérablement ou excessivement. « Les pirates construisirent des tours fort exhaussées , d'où ils découvraient une grande étendue de mer. » Roll. Voltaire dit en parlant du Temple du goût :

Jadis en Grèce on en posa Le fondement ferme et durable, Puis jusqu'au ciel on exhaussa Le faîte de ce temple aimable.

« Au nom de Dieu, ôtez de vos lettres ce Monsieur, haut exhaussé, ou j'en mettrai dans les miennes un encore plus haut. » Boil. « Le cothurne, en exhaussant la taille jusqu'à la hauteur de huit pieds, faisait de l'acteur un colosse énorme. » Marm.

Rehausser, c'est hausser de nouveau, hausser ce qui a baissé. On hausse un plancher qui n'est pas assez haut; on rehausse celui qui s'est affaissé. Ou bien, c'est hausser encore , hausser ce qui est déjà grand. « Les éléphants étaient fort grands, et, de plus, rehaussés par leurs ornements de tête et leurs aigrettes. » Roll. « LouisXI ne sentait pas assez combien l'éclat extérieur rehausse la grandeur des princes. » Boss. « Une grande taille ne songe point à se rehausser en exhaussant sa chaussure. » Id.

LIBÉRALITÉ , LARGESSE. Action de celui qui donne beaucoup, qui n'épargne point en donnant, ou bien le don même qu'il fait, lequel n'a rien de petit ou de mesquin.

Libéralité désigne l'action de donner ou un don en qualifiant celui qui donne, en le représentant comme libéral ou doué de libéralité. Largesse exprime l'action de donner ou un don en marquant de quelle manière on donne, c'est-à-dire largement, d'une main large selon l'expression latine, larga manu. Libéralité est subjectif, il a rapport à l'auteur du don, au sentiment qui l'anime , à son intention , à son mérite : largesse est objectif, il borne l'attention au don comme

objet, à sa quantité, laquelle n'est pas médiocre.

« Ce qu'on donne libéralement n'est pas dû ; ce qu'on donne largement n'est pas compté ou mesuré. » Roub. Distinction déjà faite par les synonymistes latins et d'abord par Cicéron entre les deux mots correspondants , liberalis et largus.

On voit dans les églises les noms de leurs bienfaiteurs inscrits sur des tableaux; c'est afin de solliciter les libéralités des fidèles , en exposant aux yeux les largesses des personnes dont ces tableaux portent les noms (Mass.). « Des personnes mondaines se rassurent sur l'abondance de leurs largesses, et croient qu'elles seront sauvées parce qu'elles mêlent à leurs plaisirs quelques offices de charité et le mérite de quelques libéralités. » Id.

S'agit-il du don d'un homme grand, noble, généreux, bienfaisant, charitable, qui donne volontiers, qui ne calcule pas strictement ce qu'il doit, c'est du mot libéralité qu'il faut se servir. « De pieuses libéralités. » Mass. « Dans quel temps les libéralités, cette pierre de touche de la vraie grandeur d'âme, ont-elles été plus abondantes? » Volt. « La divinité se montre à nous partout et se fait sentir à chaque moment par ses bienfaits et ses libéralités. » Roll. « Pline avait un bien médiocre, mais une âme véritablement grande et des sentiments bien nobles. Ses libéralités presque sans nombre en sont une bonne preuve, -o Id. Mais on emploiera largesses toutes les fois qu'on parlera du don d'un homme qui donne abondamment ou à pleines mains, dans quelque vue que ce soit. « Des généraux romains s'attachaient leurs soldats par des largesses intéressées. » Vert. « Jugurtha se défendit plus longtemps par ses largesses que par ses armes. » Boss. « Les troupes se donnèrent à Octave , touchées du nom de César et des largesses prodigieuses qu'il leur fit. » Id. « Saturnin proposa une nouvelle loi agraire. Le sénat ne manqua pas de résister à cette largesse pernicieuse. » Roll. — Dans un discours contre Catilina , Caton disait : « La république n'est en si fâcheuse situation que parce qu'on appelle libéralités des lar* gesses du bien d'autrui. » Roll.

On ne prend intérêt et on ne fait des libéralités qu'aux personnes qu'on connaît, qu'on discerne parmi les autres. C'est ainsi que Louis XIV faisait des libéralités aux grands de sa cour (SÉv., Volt.) et à Jacques II d'Angleterre réfugié en France (Volt.). «La charité bannit ces libéralités de goût et de caprice qui ne semblent ouvrir le cœur à certaines misères que pour le fermer à toutes les autres. » Mass. On fait des largesses à une foule de personnes qu'on ne connaît pas et sans distinction d'aucune. « César, dans son testament, faisait de grandes largesses au peuple. » Montesq. « Tous les soldats sont gagnés par les largesses de Philoclès. » Fén. « Confier à l'Église l'administration de ses largesses. » Mass. « L'Église est distributrice des largesses des grands. » Id.

Comme libéralité exprime essentiellement un don généreux , largesse suppose plutôt un but intéressé. Que si les libéralités ne sont pas toutes

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