DEUXIEME PARTIE
une seule fois ces noms odieux, une paillarde , une prostituée, TropvYiv. » Boss.
LAVEMENT, CLYSTÈRE, REMÈDE. C'est, suivant l'expression très-heureuse de Lafontaine dans le conte intitulé Remède, un bain interne.
Lavement est le mot ordinaire. Des écrivains autorisés n'ont pas fait difficulté de s'en servir dans le style commun, a Je crois que M. d'Hacqueville vous mande toutes les nouvelles : pour moi, je n'en sais point; je serais toute propre à vous dire que le chancelier a pris un lavement. » SÉv. « Comment me faire guérir? dit Pangloss. Je n'ai pas le sou, et dans toute l'étendue de ce globe on ne peut ni se faire saigner, ni prendre un lavement sans payer. » Volt, a Quant à moi , j'aime cent fois mieux voir dans l'émail des prés des guirlandes pour les bergères, que des herbes pour les lavements. » J. J. a Le roi demanda ce qu'elles faisaient là.— Voulez- vous le savoir? reprit la duchesse de Bourgogne, c'est que je prends un lavement d'eau. — Comment ! s'écria le roi mourant de rire , actuellement , là , vous prenez un lavement? » S. S.
Cly stère est le nom grec de la chose, x^vo-rnp, de -/.XuÇeiv, laver, arroser, devenu clyster en latin. Aussi a-t-il été d'abord le terme spécial des savants. Au temps de Molière , il paraît que les médecins et les apothicaires disaient toujours clystère, tandis que les hommes qui n'étaient pas du métier disaient lavement. Dans le Malade imaginaire , Argan lit dans le mémoire même de M. Fleurant , son apothicaire, le détail de tous les cly stères qui lui ont été fournis , cly stères insinuatifs, détersifs, carminatifs, etc.; mais quand il fait ses réflexions sur ce compte, et qu'il parle sa propre langue , qui est celle du vulgaire , il se plaint de la cherté des lavements, et prétend que c'est pour n'avoir pas pris assez de lavements pendant le dernier mois , qu'il s'y est mal porté. Au milieu d'une conversation avec son frère Béralde , il demande tout à coup à celui-ci la permission de prendre « un petit lavement. » Béralde lui répond : « Est-ce que vous ne sauriez être un moment sans lavement et sans médecine?» Et il le décide à remettre cela à une autre fois. Mais M. Fleurant et M. Purgon viennent tancer le rebelle qui a eu l'audace de « mépriser leur clystère. » De même, dans la Tontine de Lesage, le médecin Trousse-Galant dit à son malade Ambroise qu'il lui faut une saignée « précédée d'un lavement; » mais, se tournant vers l'apothicaire : a Allez vite, monsieur Bolus , dit-il, préparez vous-même ce clystère et l'apportez. x> — Aujourd'hui , grâce à notre grand comique ,les médecins parlent comme tout le monde , et clystère ne se dit plus qu'en plaisantant , si ce n'est quelquefois encore en termes de science, comme dans cette phrase de Buflbn : « Pline et Galien attribuent à Tibis l'invention du clystère. »
Quant à remède, c'est un mot employé par la délicatesse pour faire entendre la chose sans la faire imaginer. On connaît ces vers de Boileau :
Nul n'est si bien soigné qu'un directeur de femmes. Quelque léger dégoût vient-il le travailler, Une froide vapeur le fait-elle bâiller; Un escadron coiffé d'abord court à son aide
L'une chauffe un bouillon , l'autre apprête un remède.
A la place de ce dernier mot, lavement ou clystère révolterait. A la vérité, remède est vague et équivoque dans cette acception ; mais c'est à cause de cela même qu'il est honnête , et il n'est pas nécessaire, dans toutes les circonstances et devant des personnes de toutes sortes , de s'exprimer sur ce dont il est ici question avec la précision d'une ordonnance de médecin.
LE , TOUT. Ces deux mots se mettent également devant les noms appellatifs pour les déterminer : Z'homme . tout homme.
Le marque avec précision le genre ou l'espèce; tout exprime la totalité des individus. le s'emploie dans les propositions universelles, quelles qu'elles soient; et tout dans celles qui servent de prémisses, dans celles d'où on veut tirer des conséquences applicables à des individus, l'homme est faible, Z'homme est mortel, se dit en général , sans qu'on veuille en rien conclure . rien au moins de particulier, de relatif à certains hommes : Z'homme est faible , Z'homme est mortel, c'est la suite de sa condition de créature. Tout homme est faible , tout homme est mortel , se place à la tête d'un raisonnement et annonce une vérité contenant quelque chose qui regarde les individus et qu'on en va déduire : tout homme est faible , donc vous courez risque de succomber aux tentations , ne vous y exposez pas; tout homme est mortel, vous mourrez donc, n'agissez pas, ne faites pas de vastes projets comme si vous deviez toujours vivre.
LÉGISTE , JURISCONSULTE , JURISTE. Trois mots servant à désigner un homme qui s'occupe de lois, de droit, de jurisprudence, de ce qui regarde la justice ou les tribunaux.
Le légiste a telle profession : c'est un homme de loi ; il est du nombre de ceux qu'on appelle gens de robe ou de judicature , ou auxquels on donne , en termes de palais et de pratique, le titre de maîtres. Voltaire, Condillac, Saint-Simon et Sismondi nomment légistes les plébéiens instruits , qui furent introduits dans les cours de justice sous le règne de saint Louis , pour suppléer à l'ignorance des barons et des gentilshommes ; espèce d'assistants subalternes, qui parvinrent, avec le temps , à rester seuls maîtres des tribunaux , à se former en corps et à composer une classe et comme une nation distincte. Aujourd'hui encore un légiste est un homme de cette nation , qui n'est ni celle des ecclésiastiques , ni celle des militaires , ni celle des gens de lettres , ni celle des médecins. « Si l'homme veut être légiste ou médecin, il ne faut y songer qu'après le cours d'études regardées comme utiles à tout le monde. » Lah. « Ce que l'éloquence judiciaire a produit de plus beau dans le dernier siècle n'appartient pas proprement au barreau , ne fut pas l'ouvrage d un légiste , ni la plaidoirie d'un avocat , ni même un mémoire juridique.... On voit bien que je veux parler du procès de Fouquet et des défenses publiées en sa faveur par Pellisson. » Id. « Les premiers personnages des tragédies de Corneille argumentent alors avec les tournures et les subtilités de
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
l'école , et s'amusent à faire des jeux frivoles de raisonnements et de mots, comme des écoliers ou des légistes. » Vauv. a Légistes, docteurs, médecins, quelle chute pour vous, si nous pouvions tous nous donner le mot de devenir sages ? » Labr. « Les juges de Jean sans Terre furent des pairs assistés d'un grand nombre de barons, sans qu'il y eût aucun clerc, aucun légiste, aucun homme qualifié du nom de maître. » Volt.
Le jurisconsulte a tel genre d'habileté : c'est celui qu'on consulte sur le droit (de jus , juris , droit, et consulere, consulter). Il se distingue par sa connaissance du droit et les applications qu'il en sait faire à la solution des questions ou des difficultés qui s'y rapportent. C'est parmi les légistes une lumière, un homme qui fait autorité, ou c'est un légiste considéré par rapport à ce qu'il pense , au sentiment qu'il soutient, « Le pape Clément IV s'était distingué comme un des meilleurs jurisconsultes de son siècle, » Sismondi. a Les jurisconsultes du temps présentèrent ce* article de la loi salique comme réglant la succession de la couronne. »Id. « Ces raisons des jurisconsultes (en faveur de l'esclavage) ne sont point sensées. » Montesq. « On ne saurait trop remplir l'esprit de ces notions communes qui sont comme autant d'oracles de la jurisprudence, et comme le précis de toutes les réflexions des jurisconsultes.* D'Ag. « Cicéron permet que l'orateur n'ait pas passé sa vie à approfondir toutes les questions de la jurisprudence pour le détail des causes , parce qu'il peut , dans le besoin , recourir aux profonds jurisconsultes. » Fén. « Domat (Jean), célèbre jurisconsulte. » Volt, « Le fameux jurisconsulte Ulpien. s Ld. « On n'examine point ici si cette nouvelle jurisprudence est utile ou dangereuse; on n'écrit ni comme jurisconsulte ni comme controversiste. » Id.
Le juriste est comme le jurisconsulte versé dans la connaissance du droit , des lois , des coutumes. Mais il en diffère en ce qu'il se borne à la théorie , à la science de l'école et des livres : il ne se mêle point de pratique ; on ne le consulte point , si ce n'est sur le passé , sur les usages et les institutions d'autrefois, a Les docteurs en droit s'intitulèrent chevaliers : titre ridicule, puisque originairement le chevalier était l'homme combattant à cheval , ce qui ne pouvait convenir au juriste. » Volt. « Le domaine des empereurs romains étant autrefois inaliénable, c'était le sacré domaine ; les barbares vinrent , et il fut trèsaliéné.... Après le rétablissement de l'empire romain en Allemagne, le sacré domaine fut déclaré inaliénable par les juristes. » Id.
LÉPREUX , LADRE. Atteint d'une maladie qui couvre la peau de pustules et d'écaillés.
Lépreux, leprosus , vient du latin lepra, et même primitivement du grec >£7tpa, lèpre. Quoiqu'on ignore l'étymologie de ladre, il est certain néanmoins qu'il ne dérive, d'une manière évidente , d'aucun mot latin ou grec. De là toute la différence.
Lépreux est plus noble que ladre.
En parlant des hommes, on dit proprement lépreux. « Un lépreux dont la peau serait insensible n'aurait aucune des idées que le toucher
fait naître. » Buff. a Mégabyze fut envoyé (en exil) à Cyrta. Mais , au bout de cinq ans', il sa sauva déguisé en lépreux, et revint chez lui à, Suse. » Roll. a Saint Louis demanda une fois au sire de Joinville lequel des deux il aimerait mieux, ou d'être lépreux , ou d'avoir commis un péché mortel. » Boss. « Plus d'un ancien auteur dit que c'était ( le peuple juif ) une troupe de lépreux qui fut chassée de l'Egypte par le roi Amasis. v Volt.
Mais à l'égard des animaux , ladre est le seul mot qu'on emploie. « Cette imperfection dans les sens du goût et du toucher est encore augmentée (chez les cochons) par une maladie qui les rend ladres, c'est-à-dire presque absolument insensibles. » Buff. « Les lièvres qu'on appelle ladres cherchent les eaux, et se font chasser dans les étangs , les marais et autres lieux fangeux. ■» Id.
Item nos pourceaux ladres furent, Nos brebis eurent le claveau , Et tous nos chevaux le morveau. Scarr.
« II faut , dit Sancho , que vous veniez faire mettre dans l'écurie Rossinante et mon âne ; car vos bélîtres de valets veulent les fourrer dans une étable, parmi des cochons, comme si c'étaient deux ladres. » Les. — Que si quelquefois l'épithète de ladre, au propre, s'applique à un homme, c'est par forme d'injure. « On fit courir le bruit qu'il était ladre (le roi François II) et qu'on faisait enlever des enfants pour lui faire un bain de sang. Les protestants accusaient les princes lorrains d'avoir répandu ces bruits pour rendre la famille royale odieuse. » Boss. or Si notre homme ne sent pas celui-là (ce trait), il faut qu'il soit ladre comme un vieux porc. » J. J.
Au figuré , ladre se dit seul , mais il est familier. Et quant à lèpre et à ladrerie , qui ont tous deux l'acception figurée , le premier de ces mots est noble , sérieux , propre au style élevé , le second est familier , dérisoire , et rappelle l'animal immonde , dont l'une des maladies particulières est la ladrerie : on dit la lèpre du péché, et la ladrerie d'un homme sordidement avare.
LETTRE , ÉPÎTRE. Ecrit au moyen duquel on communique ses pensées ou on fait savoir quelque chose à une personne absente.
Les deux mots viennent de mots latins, savoir: lettre, de littera; etépître, d' epist0la.MB.i5 lettre est devenu tout français , il a dans notre langue plusieurs autres acceptions très-communes, et appartient à une famille qui semble indigène. Épître, au contraire, et par la raison contraire, est resté latin, ou au moins il rappelle davantage son origine savante.
Le fait est que lettre est le terme consacré enparlant des modernes, et épître celui dont on se sert par rapport aux anciens. Les lettres de Mme de Sévigné , les lettres de Voltaire , la peste aux lettres, écrire ou recevoir une lettre, etc. ; les épîtres de Cicéron, de Sénèque, de Pline, d'Horace, les épîtres des apôtres , les épîtres canoniques, etc.
Pour ce qui concerne l'antiquité , la règle est ! invariable : on dit des épîtres, et jamais des