‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 621 sur 881 · ORONTE · texte numérisé non relu

ORONTE

Je me passerai fort que vous les approuviez. Mol. Vanter , de venditare , chercher à vendre, c'est faire valoir une chose ou une personne , comme un marchand sa marchandise, ce Je n'ai pas manqué de lui vanter votre mérite , et l'avantage que ce lui serait d'avoir un mari comme vous. » Mol. « Vante- lui adroitement ma personne et les avantages de ma naissance.... Je te permets de dire tout ce que tu voudras pour tâcher à me l'engager. » Id. ce La belle Narcisa me prodiguait les plus doux regards. Le marchand de son côté me vantait sans cesse le mérite de cette fille. Je voyais bien où il en voulait venir : il souhaitait qu'il me prît fantaisie d'épouser cette aimable personne. » Les. ce Les anciens ont vanté, comme médicament , la graisse d'oie qu'on préparait à Comagène. » Buff.

En louant, on approuve, on témoigne son estime; en vantant, on recommande, on travaille à exciter l'estime des autres. Qui loue trop est un flatteur; qui vante trop est un charlatan. Vous louez ce que d'autres blâment; vous vantez ce que d'autres décrient. Vous louez la conduite de quelqu'un; vous vantez sa capacité. Nous louons Dieu en rappelant ce qu'il a fait pour nous ; nous vantons une chose en montrant ce qu'on en peut attendre.

- Ensuite , on loue plutôt les personnes , et on vante leurs qualités.

Tu les as vus chez moi toujours admis , M'importunant souvent de leurs visites, A mes soupers délicats parasites , Vantant mes goûts d'un esprit complaisant; De leur bon cœur m'étourdissant la tête, Et me louant moi présent. Volt.

« .Jésus-Christ se tait : il ne loue pas Hérode ; il ne vante pas la magnificence de sa cour, le nombre de ses victoires, la prospérité de son règne. » Mass. Que si on loue aussi les qualités, ce sont les qualités personnelles, au lieu qu'on vante de préférence les avantages extérieurs, ce Le riche meurt ; tout Jérusalem en parle : on loue ses vertus; on vante sa magnificence. » Mass.

Célébrer , préconiser , prôner et prêcher , c'est louer ou vanter beaucoup , c'est-à-dire , non pas | devant une personne ou quelques-unes , mais en i publiant , en répandant partout , en portant ce ! dont on parle à la connaissance d'un grand ; nombre 'd'hommes. Ces quatre verbes expriment une action multiple , soit parce qu'on la répète souvent, soit parce qu'elle se fait en présence d'une certaine quantité de monde, d'une multitude ou d'une assemblée.

Célébrer, latin celebrare, emporte une idée de célébrité ou de solennité. C'est un mot qui ne se dit que dans le grand, en parlant de choses pour lesquelles on éprouve plus que de l'estime, savoir de l'admiration. « Je vois que ce qu'on loue, ce qu'on célèbre principalement en Dieu dans le ciel, c'est sa sainteté. » Boss. et On voit Platon célébrer la fé-

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

licite de ceux qui contemplent le beau et le bon; on voit Aristote louer ces heureux moments où l'âme n'est possédée que de l'intelligence delà vérité. » Id. « Le comte d'Aumale fut heureusement guéri par ce grand chirurgien, Ambroise Paré , digne par son habileté d'être célébré dans toutes les histoires. » Id. a Ce drame était célébré dans les journaux avec une sorte d'adoration. » Lah. « Comment n'aimerais-je pas la religion, moi qui l'ai toujours célébrée? » Volt. « Toutes les histoires ecclésiastiques , toutes les déclamations sur l'autorité de l'Église , célèbrent la pénitence de Théodose, v Id. « A ce triste spectacle (du cadavre de César) tout le peuple fondait en larmes : chacun célébrait ses vertus. » Vert.

Préconiser, du latin prœco, crieur public, signifie crier par les rues. Il se prend pour l'ordinaire en mauvaise part. » C'est ainsi que se sont formées les plus grandes réputations : on transforme en anges de lumière des hommes trèspeu éclairés dans les choses de Dieu. Du moins si des gens qui se voient préconiser de la sorte rentraient en eux-mêmes.... » Bourd. a La diète pythagorique , préconisée par des philosophes anciens et nouveaux, n'a jamais été indiquée par la nature. » Buff. a II n'est pas moins étonnant que le duc de Noailles , qui caressait les gens de lettres et les savants pour s'en faire préconiser , n'ait jamais passé l'écorce de chaque matière. » S. S. a II y a eu parmi les catholiques un homme capable de préconiser les massacres de la Saint- Barthélémy. » Volt. « L'ignorance préconise encore quelquefois Descartes. » Id. « Nous avons été affligés de voir un Bossuet préconiser la persécution de Louis XIV. » Lah. « Je rirai de l'ignorance préconisant ces puérilités par la bouche des journalistes. » In. a II était triste et honteux de voir Voltaire se moquer de Tronchin qu'il avait préconisé si longtemps comme le premier médecin de l'Europe. » Id.

Prôner, faire un prône, ou faire comme le curé qui prône, est familier. Il annonce une chose risible plutôt que mauvaise ou détestable, a Cela donna de la réputation à Fornaro. M. de Larochefoucauld s'en engoua et le prôna. » S. S. En la région d'Italie, Que l'on nous prône tant jolie. Scarr.

C'était l'honneur du sexe : heureuse sa patrie !

Chaque époux la prônait à sa femme chérie. Laf.

De leurs femmes toujours ils citent les galants ,

En font partout l'éloge , et prônent leurs talents.

Mol.

Est-ce que je me mêle D'aller prôner mon sentiment ?

Ce sont bien là mes allures, vraiment!

^Mlle Beauval dans le prologue des

Folies amoureuses). Regn.

En vérité c'est être bien Gaulois De tant prôner sa ridicule voix. J. B. Rouss. «■ La cabale avocassière , convulsionnaire , usurière, prônait dans tout Paris ce Gilbert (un cocher) comme un Caton. » Volt, « C'est un plaisir de dire à un auteur que je suis un des , plus ardents partisans de sa pièce , et que je \ la prône partout. » Id. « Vous n'aurez point été j prôné par les beaux-esprits, leurs bruyantes

académies n'auront point retenti de vos éloges a J. J.

Prêcher semble équivaloir tout à fait à prôner. Il en diffère cependant en ce qu'il se dit des choses seulement , et jamais des personnes. « Il prêche ses exploits à tout le monde. » Acad. Montesquieu dit en parlant de l'inoculation qui avait été recommandée en France par l'abbé de Guasco, Italien : « Comment se persuader qu'un usage asiatique qui a passé en Europe par les mains des Anglais, et nous est prêché par un étranger, puisse être bon chez nous? » a Dans un ouvrage où il ne faut jamais perdre de vue l'agrément , rien n'est si voisin de l'ennui que de prêcher la raison. » Lah.

Exalter , relever et rehausser, c'est louer ou vanter beaucoup, c'est-à-dire hautement, sans réserve, avec chaleur. Ces verbes modifient l'idée de louer et de vanter en y ajoutant, non plus comme célébrer , préconiser , prôner et prêcher , l'idée de multiplicité ou d'étendue , mais celle de hauteur ou d'élévation. On exalte, on relève et on rehausse, en faisant sonner haut, en faisant paraître grand ou élevé. L'histoire célèbre les exploits ; la passion ou l'enthousiasme les exalte. A force de célébrer, de préconiser, de prôner et de prêcher, on devient ennuyeux par une trop fréquente répétition; mais c'est l'exagération qui est l'écueil de ceux qui exaltent, relèvent ou rehaussent les choses ou les personnes dont ils parlent.

Cette idée d'exagération est toutefois plus particulièrement exprimée par le premier des trois verbes dont il s'agit maintenant , par exalter. On n'exalte guère que d'une manière extraordinaire, extrême, excessive. « Loué, exalté et porté jusques aux cieux, Arsène croit posséder tout le mérite qu'on peut avoir. » Labr. « Jamais ces héros que le paganisme a tant exaltés firent-ils voir une telle force ? » Bourd. a La mort ensevelit la gloire des princes, et change en censures les vaines adulations qui l'avaient exaltée. » Mass. a Peutêtre avez-vous trop méprisé cette antique nation (les Chinois) ; peut-être l'ai-je trop exaltée. » Volt.

Relever et rehausser , outre qu'ils sont moins essentiellement hyperboliques, désignent une seconde action ou une action redoublée. On relève et on rehausse avec soin , avec effort ; c'est comme une tâche à laquelle on travaille. Ou bien on relève, on rehausse ce qui a été déprimé; c'est comme une réparation qu'on opère.

Relever se dit des petites choses, il se dit même des défauts qu'on fait remarquer. On relève ce qui est bas ou semble bas, les avantages médiocres ou réputés tels. « Ceux qui critiquent Homère de ce qu'il relève dans ses héros la force, l'adresse ou l'agilité du corps , devraient trouver Salluste bien ridicule, qui loue Pompée de ce qu'il courait et sautait aussi bien qu'homme de son temps. » Montesq. L'action de rehausser, s'applique aux choses grandes, belles, éclatantes, glorieuses , auxquelles on ajoute un nouveau degré par ses louanges. « Persée fit l'éloge des troupes qui venaient de combattre , et rehaussa en termes magnifiques la victoire remportée sur

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