‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 622 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

la cavalerie des Romains. » Roll. Le mérite qu'on relève est d'une nature réellement ou en apparence peu importante , ou bien il est tout à fait méconnu ; celui qu'on rehausse est d'une nature éminente , ou il a été seulement diminué , mis au-dessous de son prix.

LOUER, AFFERMER. Ces mots signifient l'action par laquelle le propriétaire d'une chose en cède l'usage à quelqu'un pour un certain temps et moyennant un certain prix.

On hue toutes sortes de choses, et pour un temps qui peut être court : on loue des maisons, des chambres, des meubles, des animaux, des voitures, des habits, des livres, des loges au théâtre, des chaises à l'église ou à la promenade , des fenêtres donnant sur une place où doit avoir lieu quelque spectacle. Affermer, donner à ferme , se dit principalement des biens de la campagne, terres, bois, vignes, prairies, dont on abandonne la jouissance pour un temps d'ordinaire assez long. « Parmi les revenus de la république il faut compter le produit des biensfonds qui lui appartiennent , c'est-à-dire des maisons qu'elle loue, des terres et des bois qu'elle afferme. » Barth.

Ou , pour réduire les deux mots à leur exacte valeur, on loue ce qui est utile, on afferme ce qu'on donne à exploiter. On dit particulièrement bien louer ses services (Volt.)- Et pour ce qui concerne affermer, non-seulement on afferme des propriétés rurales , on afferme aussi d'autres choses dont on transporte le profit à une personne qui les fait valoir comme elle veut et en retire ce qu'elle peut, ce II y eut partout des bureaux d'indulgence ; on les affermait comme les droits d'entrée et de sortie. » Volt. Anciennement on affermait les dîmes et les autres espèces d'impôts. — La loueuse de chaises loue des chaises aux fidèles qui viennent entendre une messe ou un sermon; la fabrique lui a affermé à ellemême ce droit qu'elle exerce à ses risques et périls.

LUMIÈRE ; — LUEUR, CLARTÉ, ÉCLAT, SPLEN- DEUR. Ce qui fait paraître les objets, ce qui les rend propres à frapper la vue.

Entre lumière et les mots suivants se trouve une différence considérable : la lumière est une chose , je ne sais quelle substance interposée entre notre œil et ce qui se présente à lui ; au lieu que lueur, clarté, éclat et splendeur désignent l'effet oy la qualité de cet agent ou de ce principe naturel. Aussi dit-on bien , par exemple, marcher, découvrir ceci ou cela, à la lueur ou à la clarté d'une lumière; et de tous les mots de cet article lumière est le seul qui s'emploie bien pour signifier un objet matériel qui répand de la lumière , comme une bougie , une chandelle , une lampfe. « La sagesse est la lumière des esprits : l'ignorance est comparée aux ténèbres. C'est la lumière qui la première embellit et distingue les objets par Y éclat qu'elle y répand. Paraissez donc, lumière , la plus belle des créatures matérielles , et celle qui embellissez toutes les autres. » Boss. a Lorsque la lumière rencontre un corps transparent, elle y entre, elle s'y unit, parce qu'elle y trouve l'éclat et la transparence qui approche de

sa nature et a quelque chose de sa clarté, » Id. a La sagesse sortie du sein de Dieu est Yéclat de sa lumière éternelle. » Id. « Il n'est point d'homme si malade et si aveugle , qui ne marche encore à la lueur de quelque lumière sombre qui lui reste de ce soleil intérieur des consciences. » Fén. « Je cherche quelque faible lumière, à la lueur de laquelle je puisse découvrir les commencements de la nation juive. » Volt. « Ils rencontrèrent une garde de quatre hommes qui portaient de la lumière.... Ils les aperçurent de fort loin à là clarté de leur lumière. » Roll. — La lumière est comme les ténèbres quelque chose de concret; lueur, clarté, éclat et splendeur indiquent, au contraire, comme obscurité, quelque chose d'abstrait. « Nous avons attendu la lumière et nous ne trouvons que les ténèbres ; nous avons espéré la clarté et nous marchons dans l'obscurité. » Pasc. Dieu sépara la lumière des ténèbres; depuis lors on voit succéder à l'obscurité de la nuit la lueur du crépuscule , la clarté du jour, Yéclat du soleil de midi, et les hommes peuvent admirer la splendeur du firmament.

Toutefois lumière se prend aussi dans le sens abstrait de ses synonymes ; auquel cas il en diffère par sa généralité. Il a cela de propre, qu'il exprime l'idée commune sans aucun accessoire particulier, et c'est par conséquent le mot qui convient le mieux pour définir ses quatre synonymes.

La lueur est une faible lumière ; la clarté , une lumière modérée; Yéclat, une lumière vive; la splendeur, une très-grande lumière.

La lueur est une lumière faible , sombre , un commencement de clarté , un rayon, ce On commence à voir quelque lueur du côté de l'orient.» Acad.. « Il y a de fausses lueurs , de vaines lueurs, des lueurs trompeuses , qu'on prend pour de véritables lumières. » Id. «Une lueur obscure et ténébreuse. » Bourd. œ Qu'on se recueille dans le silence et dans l'obscurité, le plus petit bruit ou la moindre lueur suffira pour distraire. » Cond. ce Détruisez cet ordre (des idées) , la lumière se dissipe , vous n'apercevez plus que quelques faibles lueurs. » Id. « Il fit fermer ses fenêtres à la lumière du soleil; il ne conserva que la sombre lueur dune lampe. » Les. ce Bien loin qu'il suffise de faire passer devant les yeux de l'auditeur la vérité comme une lueur fugitive, il faut l'inonder d'un torrent de lumière. » Lah. ce Une vue faible, un naturel timide font préférer aux oiseaux de marais la lueur des crépuscules à la clarté du jour. » Buff.

La clarté est une lumière modérée, douce, pure, suffisante, à l'aide de laquelle on voit clair, d'une manière nette et distincte, et non pas imparfaitement et confusément comme quand on n'a qu'une lueur, ce Si vous ne pouvez encore supporter le grand jour, vous jouirez du moins agréablement de la douceur accommodante d'une clarté tempérée. » Boss. ce La vérité de. notre doctrine va paraître avec toute sa lumière , comme la clarté d'un beau jour, quand le soleil a percé les nuages. » Id. ce Jouir de la clarté des cieux. » Barth.

Il dit , et dans l'instant l'un et l'autre s'avance

SYNONYMES 1 RADICAUX DIVERS

Vers les lieux fortunés qu'habite l'Innocence. Ce n'est plus des enfers l'affreuse obscurité, C'est du jour le plus pur l'immortelle clarté.

Volt.

« C'est ce voile qui les a empêchés d'apercevoir la lumière qui les environne de toutes parts, et se montre à' eux dans toute sa clarté. »

BOURD.

V éclat est une lumière vive, brillante, forte, quelquefois éblouissante ou difficile à supporter. « Les oiseaux de nuit et les chats ne voient mal que parce qu'ils voient trop bien , puisqu'il ne leur faut qu'une très-petite quantité de lumière ; au lieu que les autres ont besoin de tout V éclat du jour , et voient d'autant mieux qu'il y a plus de lumière. » Buff. « La lumière du soleil même n'est-elle pas l'évaporation de cette flamme dense dont brille sa surface avec si grand éclat? i> Id. a Les yeux éblouis d'un éclat si vif. » Boss. « A force de discontinuer de voir la lumière , ils n'en pourront plus supporter l'éclat. » Id. « En Laponie on ne peut supporter l'éclat de la neige. » Reûn.

La splendeur est la plus grande lumière, et par rapport à la plénitude et à l'étendue , circonstance étrangère à l'idée d'éclat, et: par rapport à l'intensité , ce qui fait que la splendeur renchérit sur l'éclat même. L'expression, éclat du soleil, fait concevoir cette astre comme lançant des traits de lumière; mais on dit la splendeur du soleil quand on veut donner une grande idée il& l'espace immense qu'il emplit de sa lumière, a Si l'éclat et la splendeur du soleil n'est pas éternelle , c'est que la lumière du soleil ne l'est pas non plus. » Boss. « Recueillons avec soin ces rayons échappés de la lumière céleste (détails de la Genèse sur la création) : loin d'offusquer la vérité , ils ne peuvent qu'y ajouter un nouveau degré d'éclat et de splendeur. » Buff. ce Sans la sainteté, sire, tout l'éclat de votre couronne, toute la splendeur de votre règne , ne sont rien. » Bourd. a Qui a donné l'être et le nom à cette multitude d'étoiles qui décorent avec tant de splendeur le firmament? » Mass.

LUSTRE, BRILLANT, ÉCLAT. Ces mots représentent dans les objets quelque chose qui les fait paraître ou ressortir , qui frappe beaucoup la vue. a II n'y a aucun oiseau en Europe qu'on puisse comparer au martin-pêchear pour la netteté , la richesse et l'éclat des couleurs; elles ont les nuances de l'arc-en-ciel, le brillant de l'émail, le lustre de la soie. » Buff.

Lustre se dit particulièrement de la soie et des étoffes ; aussi le verbe lustrer ne s'étend-il pas à autre chose. Le lustre tient au poli et au jour sous lequel on regarde l'objet qui, du reste, peut être sombre , peu voyant. « L'eau fait sortir les couleurs de ces pierres et leur donne autant de lustre que le poli le plus achevé. » Buff. « Sous certains aspects , le plumage de cet oiseau-mouche est d'un vert glacé qui n'a pas moins de lustre que le métal poli. » Id. Quelquefois une chose tire son lustre, comme son relief, de sa position seule ou de son opposition, de son contraste avec une autre ou avee d'autres. Boileau dit que la satire

Est une ombre au tableau, qui lui donne du lustre. La laideur d'une femme sert de lustre à celles qui l'entourent (Acad.). — Que si le lustre a moins de vivacité et de force que le brillant et l'éclat, en revanche il a plus de solidité; il est moins éblouissant , mais aussi il lui arrive moins souvent d'être vain : vous dites très-bien , avoir plus de brillant ou d'éclat , mais non pas de lustre , que de solidité, a Tout l'éclat des grandeurs n'a point de lustre pour les gens qui sont dans les recherches de l'esprit. » Pasc. En parlant d'une personne , lustre annonce du crédit ou une bonne réputation ; brillant et éclat expriment de la gloire, mais de cette gloire qui peut n'être que fumée.

Le brillant et l'éclat dépendent de la grande quantité de lumière. Mais c'est à l'émail, aux pierreries, primitivement et surtout, que le brillant s'attribue , et de là vient que le verbe brillanter est un terme de lapidaire ; au lieu qu'on accorde de l'éclat à toutes les autres choses qui resplendissent ou luisent beaucoup , qui se distinguent par la richesse des couleurs. « Sitôt que j'eus mon habit neuf, j'effaçai tous mes rivaux par son éclat et par le brillant de quelques-unes de mes pierreries. » Les. — Ensuite et en générai brillant dit moins qu'éclat, en ce sens qu'il s'emploie en parlant de choses plus petites ou plus susceptibles d'être fausses. Dans les ouvrages d'esprit , par exemple , brillant signifie une lueur, une étincelle : les petits brillants des Isocrates (Volt.). « Les prédicateurs ne doivent pas rechercher un brillant et un feu d'esprit qui égaie. » Boss. Mais l'éclat a plus de grandeur et approche davantage de la magnificence. « Nicole dit que l'éloquence et la facilité de parler donnent un certain éclat aux pensées; cette expression m'a paru belle et nouvelle. » SÉv.v — Enfin, quoique les deux mots se prennent dans l'acception figurée, cela semble arriver plus ordinairement à brillant qu'à éclat, a Le brillant de votre esprit donne un grand éclat à votre teint et à vos yeux.» Delaf.

1° LUXE, FASTE ; — 2° MAGNIFICENCE , SOMP- TUOSITÉ , SPLENDEUR , POMPE. Tous ces mots signifient le contraire de la simplicité dans la manière dont on vit , dont on fait les choses ou dont on se montre.

Mais luxe et faste se prennent d'ordinaire en mauvaise part. « On imputait aux mauvais rois tous les désordres qui viennent du faste , du luxe et de tous les autres excès qui jettent les hommes dans un état violent. » Fén. « Le ravage des guerres appauvrit moins les hommes que le luxe, le faste et la mollesse. » Id. « Cyrus ne comprit pas combien tout cela était capable de corrompre la pureté des anciennes mœurs, et de rendre le goût du faste et du luxe bientôt dominant. » Roll. « Les censeurs eitèrent à leur tribunal M. Émilius Lépidus comme coupable de luxe et de faste , parce qu'il louait six mille sesterces la maison qu'il occupait. » Id. a Les peuples de l'Asie, avant Cyrus, avaient des vices, ils connaissaient le faste; mais le luxe n'avait pas encore répandu son poison mortel sur toutes les parties de la société. » Cond. — ■ Au contraire, magnificence,

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