DEUXIÈME PARTIE
(Sév.) la mémoire;* des faits dignes de mémoire (Marm.) , d'une mémoire éternelle ou immortelle (Acad.); la mémoire de ses grandes actions ne mourra jamais (le). « Quel souvenir que celui du jour de votre départ I J'en solennise souvent la mémoire. » Sév. « Ne croyez point que le souvenir de Turenne soit déjà fini dans ce pays-ci ; ce fleuve, qui entraîne tout, n'entraîne pas sitôt une telle mémoire , et elle est consacrée à l'immortalité. » Id. « Rapportez tout au dernier moment. où la mémoire des faits les plus éclatants ne vaudra pas le souvenir d'un verre d'eau présenté à celui qui a soif. » Diderot.
D'autre part, la mémoire est le souvenir de tout un ordre de faits , ou un souvenir d'une longue durée, prolongé, continué, perpétué; au lieu que le souvenir est partiel ou d'un moment. Aussi mémoire ne s'emploie point au pluriel comme souvenir; et on dit de préférence la mémoire d'un homme et le souvenir d'une action particulière, « Le souvenir des extrémités où je fus réduit à Lyon ne contribua pas à m'en rappeler agréablement la mémoire. » J. J. « En mourant, cet évêque laissa à ses diocésains le souvenir de ses vertus, à l'Église la mémoire de son zèle , et à la littérature celle de ses talents. » D'Al'. « Ministres saints, faites entrer dans le récit des merveilles de Dieu le souvenir de ma délivrance : que de nouveaux cantiques en conservent la mémoire aux siècles les plus reculés. » Mass. « Vous cherchez à vous tourmenter vousmême par ces souvenirs rappelés de personnes . dont la mémoire vous fait du bien. » Boss.
Il y a plus ; mémoire s'entend plutôt en bonne . et souvenir en mauvaise part , l'un rappelant des choses utiles, précieuses ou agréables, l'autre des choses nuisibles, tristes ou de peu de valeur « La mémoire de saint François de Paule est tou jours vivante; mais qu'importe aux saints qu leurs noms soient ici gravés dans le souvenir dehommes? » Bourd. « La mémoire de Mme de Se vigne me sera toujours très-précieuse.... Je donne beaucoup de moments au triste souvenir de notre illustre amie. » Coulanges. « Le lion garde le souvenir des mauvais traitements, et paraît ei. méditer la vengeance, comme il conserve aussi 1 mémoire et la reconnaissance des bienfaits. » Buff.
2° Réminiscence , ressouvenir.
Réminiscence et ressouvenir sont des mots rares en comparaison des deux autres. Ils annoncent, par leur particule initiale re , quelque chose d'éloigné, qui revient de loin, qui a été oublié depuis longtemps, et dont il n'y a que de légères traces dans le cerveau.
Mais réminiscence reproduit le latin reminiscentia, et ressouvenir a. été formé du français souvenir. C'est pourquoi réminiscence appartient au langage de la philosophie et des arts libéraux, tandis que ressouvenir est du langage ordinaire. « Platon prétendait que les connaissances que nous acquérons sont moins de nouvelles connaissances que des réminiscences de ce que nous avons su autrefois. » Fén. a Nous n'employons dans la plupart de nos raisonnements que des réminiscences. » Vaut.
! a Racine fils ne voit dans le style d'OEdipe qu'un plagiat éternel ; il y a en effet des rémi- ! niscences assez fréquentes pour faire voir que j l'auteur était plein de la lecture de nos poètes et surtout de Racine. » Lah. a On n'a pas trouvé dans ma musique la moindre réminiscence j d'aucune autre. » J. J. — Dans la langue commune, réminiscence indique le plus faible, le plus imparfait des souvenirs , celui qu'on ne rej connaît pas même pour une idée qu'on a déjà eue. Nos songes ne sont qu'une faible réminiscence de : nos idées de la veillé , quoique la correspondance j nous échappe (Volt.). Le ressouvenir est plus net et plus distinct ; on sait au moins , on a la I conviction que ce n'est pas une idée nouvelle. j a J'avais encore , dit Philoctète , je ne sais quelle ( aversion pour le sage Ulysse , par le ressouvenir | de mes maux. » Fén. a J'introduisis au milieu de | la terreur de ce chef-d'œuvre de l'antiquité (OEdipe), non pas une intrigue d'amour, mais au moins le ressouvenir d'une passion éteinte. » Volt. Les vieillards vivent de ressouvenirs (Barth.).
MÉNAGEMENT, CIRCONSPECTION. Ces mots ont rapport à la manière de traiter les gens qu'on craint de blesser ou d'offenser. Agir envers quelqu'un avec ménagement ou circonspection , c'est se conduire à son égard sans rigueur , avec modération , en l'épargnant.
Une première différence indiquée par Girard, c'est qu'on use de ménagement ou de ménagements dans la conduite, et de circonspection surtout dans le discours, a Cette disposition des enfants à l'emportement, au dépit, à la colère, demande des ménagements excessifs.» J. J. « Sophie ne parle des absents qu'avec la plus grande circonspection. » Id. Mais les deux mots s'emploient bien, et par rapport à la manière d'agir, et par rapport à la manière de parler. Cette distinction est donc insuffisante.
Le ménagement consiste à ménager, à ne pas blesser ; et la circonspection à prendre garde que peut-être on ne blesse. Circonspection vient de circumspicere , regarder autour de soi avec défiance, et exprime qu'on observe tout et qu'on s'observe de peur de rien dire ou de rien faire de mauvais ou d'offensant. Parler d'une personne avec ménagement, c'est ne la pas maltraiter de paroles , n'en pas médire ; en parler avec circonspection, c'est en parler avec retenue et avec la crainte de lui nuire. Dans le premier cas, le mal qu'on évite à la personne est certain-, dans le second , il est seulement possible, ce n'est qu'un soupçon. Avec ménagement signifie donc avec douceur, et avec circonspection revient à avec prudence. On doit avoir des ménagements pour les faibles , les malades , les gens susceptibles, et de la circonspection quand il s'agit de choses ou de personnes qu'on ne connaît pas.
Ensuite, ménagement se disant plutôt au pluriel, et circonspection toujours au singulier, ménagement désigne proprement un procédé , et circonspection une qualité. On a des ménagements par circonspection. Avec des ménagements, on ménage , on traite de telle façon ; avec de la circonspection , on est circonspect, doué de telle
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
disposition louable ou blâmable. « Je donne ici ce nom (de précautions oratoires) à de certains ménagements que l'orateur doit prendre pour ne point blesser la délicatesse de ceux devant qui ou de qui il parle. » Roll. « La démangeaison de parler emporte le fou; la circonspection mesure toutes les paroles du sage. » Boss.
1° MENÉES, PRATIQUES , MACHINATIONS ; — 2° MANOEUVRES , MANÈGES ; —3° INTRIGUES, BRIGUES; —4° MANIGANCE , MICMAC. Tous ces mots se prennent en mauvaise part et signifient des moyens détournés auxquels on a recours par finesse ou par artifice , au lieu de chercher à réussir en suivant franchement, ouvertement la droite voie.
1° Menées, pratiques, machinations.
Le caractère commun qui rend synonymes tous les mots de cette classe se trouve à un degré plus remarquable dans les trois premiers. Menées, pratiques et machinations expriment quelque chose d'essentiellement mauvais , nuisible et odieux, quelque chose qui tient du complot. Ils sont moins susceptibles que tous les autres mots d'être employés dans un sens favorable.
Du Cange dérive menées de mina, d'où vient évidemment notre mot mine, et Malherbe dit dans une de ses lettres : « Je vous envoie la harangue de M. le garde des sceaux : j'y loue tout , mais j'y admire cette comparaison des mines et des menées des factieux. » Il doit donc y avoir de l'analogie entre les menées et les mines que des assiégeants pratiquent sous des remparts ou des forteresses. Les menées, en effet, ont pour caractère distinctif d'être secrètes ou cachées. De secrètes menées (Boss., Bourd., Roll.); de sourdes menées (J. J. , Roll.). «L'envie ne va que par des menées secrètes. Ainsi le médisant; il se cache. » Boss. x Le duc de Bourgogne voyant toutes ces menées découvertes, se retira en Flan dre. » Id. « Malgré les soins extrêmes que l'ambitieux apporte à tenir cachés tant de mystères d'iniquités , on arrive à connaître toutes ses menées, et à percer le voile qui les couvrait. » Bourd. « Au dernier jour sera tiré des ombres tout ce qu'il y aura eu de plus lâche dans leurs déguisements, dans leurs menées et leurs fourberies. y> Id.
Pratiques s'est dit d'abord des intelligences qu'on entretient avec ceux du parti contraire , avec les ennemis . Mais ensuite, et par extension , on l'applique à toutes sortes d'opérations coupables, déloyales, qui sentent la trahison. En sorte que les pratiques sont proprement criminelles ou moralement répréhensibles. « Des pratiques odieuses. » Marm. « Élevez- vous par les voies de la vertu, et non par des pratiques basses et honteuses. » Boss. « Un homme droit dans toutes ses voies est bien éloigné de mettre en œuvre de criminelles pratiques dont il voit toute l'imposture et toute la honte. » Bourd. « Si nos amis quittent les voies dioites etpermises, ne nous rendons pas complices de leurs mauvaises pratiques et de leurs injustes desseins. » Id. « Un voleur public et un enchanteur pourraient tenir le même langage , quand on les presse de renoncer à leurs infâmes pratiques. » Id. « J'admirais comment d'aussi
nobles motifs pouvaient dicter des pratiques aussi basses. » J, J. « Les PP. Tellier et Doucin firent tant de pratiques si dangereuses et si hautement , que le régent fut obligé de les chasser. » S. S.
Machination , action de rassembler des machines. Or, les machines servaient anciennement à renverser des remparts. Les machinations donnent donc l'idée d'un vaste complot , d'une conspiration où on combine des ressorts et des moyens cachés pour démolir . en quelque sorte , pour produire un effet terrible . pour frapper un grand coup , détrôner un souverain ou bouleverser un Etat. Vengeance, haine implacable, noirceur profonde, longue préméditation, haute ca pacité pour le mal, toutes ces idées semblent réunies dans celle de la machination. Machination infernale, diabolique; tout ce que l'enfer peut former de machinations. « On faisait craindre à Néhémias de secrètes machinations contre sa vie, pour l'obliger à prendre la fuite. » Boss. Dans les troubles de la minorité de Louis XIV, lorsque Condé était à la tête des rebelles, «Michel Le Tellier découvrait les entreprises les plus cachées et les plus sourdes machinations . » Boss. « On voit un grand crime , une grande tromperie , une machination pleine d'artifices : on ne eut pas que ce meurtre, que ce vol soit impuni.» Id. « Minerve dit à Télémaque : Laissez là les (•omplots et les machinations des amants insensés de votre mère. » Fén. « Quelles sont donc ces pratiques et machinations dont on m'accuse?» .1. J. «Lorsque, entrant ensuite dans le détail des manœuvres systématiques dont ce malheureux homme est l'objet, vous m'avez développé le plan deconduite à son égard... ,1a force de vos preuves l'emportait sur tous les soupçons que ces machinations pouvaient m'inspirer. »Id. «Les complots du duc de Noailles, ses pratiques sous terre, ses noires impostures et ses infernales machinations étaient ses armes véritablement à redouter. » S. S.
2° Manœuvres, manèges.
Ces mots ne se prennent pas toujours et nécessairement en mauvaise part, comme les précédents. Ce qui les distingue , ce n'est pas l'odieux; on dit bien de petites manœuvres (Dest.) et de peîits manèges (J. J.); c'est Fart ou l'adresse. En effet, manœuvre et manège ont la même racine, manus , main, et marquent l'un et l'autre de l'habileté dans l'exécution, une ceriaine habileté de main.
Les manœuvres diffèrent cependant des manèges.
Les manœuvres rappellent des évolutions militaires ou navales; et les manèges, l'adresse à conduire un cheval. En conséquence , le mot manœuvre fait concevoir une disposition , un arrangement de plusieurs moyens, un concert, une tactique; on concerte une manœuvre. «Le monde vous applaudit , et canonise toute la manœuvre que vous avez concertée , toute l'intrigue que vous avez fait jouer. » Boss. « J'oserais me persuader du succès, si j'avais concerté mes manœuvres avec l'aimable Frontin. » Dest. « Le Tellier, voulant commettre le cardinal de Noailles avec
le pape, fit composer par ses émissaires des mandements contre lui , qu'il fit signer par quatre évêques. Ces manœuvres auraient été punies dans les tribunaux. » Volt, a Entrer dans les détails des manœuvres subtiles et compliquées par lesquelles la plupart des États régissent leurs finances. » Cond. Manège, au contraire, exprime quelque chose de simple; il représente un homme seul, qui marche tantôt d'un côté, tantôt d'un autre, qui -va et vient, qui tourne, qui voltige. On ne concerte pas un manège; ce mot exclut l'idée de complication. « Le plénipotentiaire , par un adroit manège, fait sentir aux autres leurs avantages particuliers. » Labr. « Elle faisait tout le manège d'une vieille coquette. » Les. « Une coquette excelle dans l'art d'amuser plusieurs soupirants. Le manège de la coquetterie exige un discernement fin. » J. J. ce Tous demander pourquoi Abraham donna deux fois sa femme pour sa sœur, et ce qu'il gagna au juste à ce manège. » "Volt.
De plus, au lieu de signifier uniquement, comme manœuvre , un fait , un trait , des artifices qu'on à dressés , manège s'emploie bien au singulier pour désigner Fart et le talent qui rend propre à en dresser, a Avoir -au- manège.» AcAt).« Un courtisan plein de manège et d'art.» Dëst. Le manège de l'adulation (Marm. ), le manège de l'hypocrisie (d'Al.). — Manœuvre rappelle le verbe manœuvrer, qu'il forme , il est narratif ou historique; au lieu que manège, comme adresse , par exemple , annonce une qualité dans un sujet ou développée par un sujet, il est qualificatif. Vos manœuvres réussissent ou échouent , vos manèges vous font connaître pour adroit, pour fin.
3° Intrigues , brigues.
Ce qui caractérise les intrigues et les brigues , ce n'est ni l'odieux ni l'adresse , quoiqu'elles n'excluent ni l'un ni l'autre, mais c'est leur but particulier , qui est de gagner les personnes , de se les rendre favorables, et de les faire agir pour soi dans une affaire ou dans une entreprise. Elles supposent de la souplesse et de l'ambition dans ceux qui les emploient, et consistent à prier, à solliciter, à intéresser en sa faveur, à cabaler, à former des partis ou des coalitions , au lieu de se borner à faire valoir son seul mérite. Aussi ces deux mots , à la différence de tous ceux qui les accompagnent ici , sont synonymes de parti et de cabale. « S'efforcer par toutes sortes de voies, d'intrigues, de sollicitations, de parvenir aux places. » Mass. « On voit, à l'exclusion du mérite, remuer tous les ressorts de Yintrigue, de la cabale, de l'intercession, de la faveur.» Bourd. — ce Ce sont leurs brigues qui les ont élevés aux dignités saintes, leurs sollicitations, leur nom, leur crédit, les présents qu'ils ont employés pour se rendre les hommes favorables. » Mass. ce Un ami intente un procès mal à propos. Combien de brigues, de prières, de sollicitations et d'intercessions pour appuyer son prétendu droit?» Bourd. ce Combien de procès mal fondés, néanmoins hautement gagnés, parce que les sollicitations, la cabale et les brigues ont prévalu ! » Id.
Leur sourde ambition (des prêtres) n'ignore poin
les brigues; Souvent plus d'un pays s'est plaint de leurs intri~
gués. Vqm!.
Les brigues sont encore plus particulières. On emploie les intrigues pour parvenir à quoi que ce soit parle crédit et l'intercession des personnes; les brigues sont des intrigues formées pour porter un candidat à une place disputée , et qui doit être donnée à celui qui obtiendra la pluralité des suffrages. Les intrigues de la cour (Acad. , Mofftesq.). On fait des brigues pour mettre quelqu'un de l'Académie (Volt.) , pour élire un roi (Boss. . Volt.), un pape, un prélat.
Un prélat par la brigue aux honneurs parvenu.
Bon,.
Ensuite , Yintrigue est plus cachée , et ce mot a plus d'analogie avec menées. « il excellait en menées et en intrigues. » S. S. ce A force d'intrigues et de menées secrètes. » Bourd. « Dieu perce les intrigues les plus cachées. » Boss. « Ces intrigues se mènent parmi les ténèbres. » Id. ce Ils commencèrent à mener leurs intrigues sourdement. » Roll. La brigue , comme autrefois chez les Romains , quand il s'agissait d'une élection , se montre et opère au grand jour.
Enfin , intrigue , d'intricare , embarrasser , embrouiller, marque plus de complication, -et par conséquent plus d'adresse : esprit d'intrigue. On noue, on démêle, on conduit une intrigue; on enveloppe ses ennemis ou ses concurrents dans une intrigue (Boss.). Une brigue ne suppose pas ce jeu de ressorts; elle est seulement plus ou moins puissante, ce La loi Cincia est née de la licence des orateurs; la loi Julia, de la brigue des candidats. » D'Al. Ce qui frappe dans M intrigue , ce sont les moyens ; et dans la brigue, c'est le but. ce Vintrigue, dit Condillac, a Les moyens pour objet , et la brigue , la fin. »
4* Manigance , micmac.
Ces deux termes sont familiers.
Manigance ressemble beaucoup à manège pour la forme et pour le sens. Il vient peut-être de maniger, que l'ignorance aura dit pour manéger. Quoi qu'il en soit , la manigance est un mauvais petit manège, un manège bas, de valet, qui mérite plus de mépris que de haine. Ainsi , dans ['Étourdi de Molière, Trufaldin, soupçonnant que Mascarille et Lélie pourraient bien s'entendre pour lui jouer un mauvais tour , dit :
J'ai crainte ici dessous de quelque manigance. « Dans le Dépit amoureux, Mascarille, pour échapper aux coups qui le menacent quand Poiydore apprendra le mariage secret de son fils Valère , prend le parti de découvrir à son vieux patron « toute la manigance. » Et dans Georges Dandin, Lubin , parlant des projets de galanterie d'Angélique, dit : ce Cela sera drôle , car le mari ne se doutera point de la manigance. » Voltaire emploie ce mot à propos d'une édition de ses œuvres , faite non-seulement sans lui , mais malgré lui, à Genève, par Gabriel Cramer, et dont • Panckouke s'était chargé : ce Je n'ai su cette manigance, dit-il, que quand elle a été faite. » Dans Crispin rival de son maître, de Lesage , à propos
SYNONYMES Â RADICAUX DIVERS
d'une supposition de lettre , on lit : « Il y a de la manigance en cette affaire. »
Quand par un trou de la muraille
Le cheval à la riche taille
Entra dans Troie et nous perdit;
Cette adultère, que j'ai dit ,
Qui savait bien la manigance,
Sur une tour fit une danse. Scarr.
Micmac, venu peut-être du grec u,tyvvfu, je mêle, malgré son caractère de familiarité , de trivialité même , est assez voisin d'intrigue. Mais c'est une petite intrigue tellement embrouillée , un tripotage si confus, qu'on s'y perd, qu'on n'y comprend plus rien. Dans la comédie du Joueur, de Regnard , Valère va mettre en gage le portrait de son amante, Angélique, afin de regagner au jeu de quoi retirer le portrait et pourvoir à une foule de besoins et de dettes. Hector, son valet , lui dit :
Votre raisonnement met le mien en déroute.
Je sais que ce micmac ne vaut rien dans le fond. Ce mot, très-rare du reste , se trouve aussi dans l'Enfant prodigue de Voltaire :
Serait-ce point la dame Croupillac
Qui sourdement fait ce maudit micmac?