‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 67 sur 881 · INTRODUCTION. LXXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. LXXV

tion différente du même mot; ou bien on confond les significations de mots différents, on les prend pour synonymes, on attribue faussement à l'idée représentée par l'un ce qui convient à l'idée signifiée par l'autre. De là, dans les .deux cas, des disputes de mots, des logomachies interminables , quand peutêtre on est d'accord pour le fond. Les malentendus peuvent être aussi causés par des embarras et des vices de construction dans les phrases, ou bien encore parle manque ou l'insuffisance d'explications, d'instructions, de détails. Donner l'éclaircissement d'un malentendu (J. J). a Le temps et l'expérience ayant montré qu'il y avait beaucoup de malentendu et de disputes de mots dans nos controverses, on a sujet d'espérer que par ces éclaircissements elles seront terminées. » Boss. « Presque toutes les opinions populaires étant fondées sur des équivoques , sur l'abus des mots...., la terre, depuis seize cents ans, a été ensanglantée pour des logomachies , pour des malentendus. » Volt.

4° Les illusions sont des erreurs presque tout objectives; au lieu que les méprises, les mécomptes et les bévues sont des erreurs principalement subjectives. Suivant une remarque judicieuse de Port-Royal, on peut en général rapporter tontes nos erreurs en partie au sujet qui voit et juge mal , qui se trompe, et en partie à l'objet qui se présente mal , qui trompe par une fausse apparence. Presque toujours ces deux causes, l'une intérieure et l'autre extérieure, concourent ensemble , et il serait difficile de faire la part de l'une et de l'autre dans quelques-unes de nos erreurs. Cependant, il y en a qui sont plus particulièrement de notre fait, que nous commettons, qui nous sont imputables et auxquelles contribue très-peu l'obscurité ou la disposition artificieuse des objets. Elles peuvent être appelées en conséquence des erreurs subjectives : ce sont les méprises, les mécomptes et les bévues. D'autres, au contraire, nous sont, pour ainsi dire, inspirées ou imposées par les choses ; nous les subissons : ce sont des erreurs objectives. Or, « il est utile, ajoute Port-Royal, dont nous copions ici les paroles, de considérer séparément ces illusions, qui naissent principalement des choses mêmes. »

Illusion est le mot propre ; c'est en effet celui qui, dans notre langue , exprime ces erreurs dont nous sommes les victimes plutôt que les causes. Dans Yillusion, les choses se jouent, se moquent de nous, en quelque sorte (illudunt) : nous en sommes les jouets, les dupes ; ce n'est pas à nous qu'il faut s'en prendre de notre faux jugement, mais aux apparences qui nous trompent, qui nous charment, nous fascinent ; nous sommes plus à plaindre qu'à blâmer. A ce chef se rapportent les erreurs de V imagination, qui deviennent celles de l 'amour-propre, quand on s'y prête parce qu'on s'y complaît. Elles ne laissent pas d'être des erreurs objectives, quoique leur principale cause semble être tout intérieure. L'entendement, qui est la faculté judiciaire, se trouve toujours soumis à une influence décevante et séduisante qui l'éblouit et le trouble ; seulement alors la fantaisie est le magicien ou l'imposteur qui s'amuse de nous et nous procure des hallucinations.

5° Quant à la méprise, au mécompte et à la bévue., c'est tellement leur caractère propre de dépendre du sujet, que ces trois mots s'emploient bien avec le verbe

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