LXXIV INTRODUCTION
toujours à la pratique, ce sont toujours les plus grandes erreurs, car elles sont l'effet d'une sorte de démence, et consistent à s'écarter des règles ou des principes essentiels du vrai, à extravaguer et à se perdre : « Montaigne est incomparable pour convaincre la raison de son peu de lumière et de ses égarements. » Pàsc
2° Les sophismes sont les erreurs du raisonnement. Or, les fautes qu'on peut commettre en raisonnant sont tellement particulières et si bien connues depuis Aristote, qu'il n'est pas à craindre qu'on les confonde avec d'autres ; aussi leur assigne-t-on une place à part dans tous les traités de logique. Leur distinction d'avec les autres erreurs est évidente ; il n'est besoin à cet égard d'aucun rapprochement ni d'aucun éclaircissement.
Les paralogismes se rangent à côté des sophismes , dont ils ne diffèrent pas essentiellement. Les deux mots signifient des raisonnements faux, des arguments vicieux, et les mêmes, mais considérés sous un autre point de vue. Paralogisme ne suppose point d'artifice dans celui qui fait l'erreur désignée par ce terme : le paralogisme n'est pas insidieux et captieux comme le sophisme; on ne le commet pas à dessein, afin de tromper, mais sans s'en apercevoir et en se trompant soi-même ; ce n'est pas une subtilité dialectique qui en impose, mais un défaut de logique par lequel on s'en impose. Dans ses réponses à Bossuet, Fénelon commence par réfuter ce qu'il appelle les paralogismes de son adversaire ; mais il finit par lui reprocher ses sophismes, ne craignant plus , dans son pressant besoin, et dans l'ardeur de la dispute, « de nommer les choses par leurs noms, » comme il le dit lui-même. — Le paralogisme échappe, on ne le fait ni sciemment ni volontairement, a II y a des hommes qui se méprennent en raisonnant, même touchant les plus simples matières de géométrie, et y font des paralogismes. » Desc « Sûrs alors qu'il s'est glissé dans leurs principes et dans leurs raisonnements quelque paralogisme , qu'ils n'ont pas aperçu , les géomètres ne s'arrêtent pas qu'ils ne le trouvent. » J. J. « Les académiciens triomphaient làdessus fort mal à propos et seulement à la faveur des paralogismes dont ils ne s'apercevaient pas. » Lah. Mais le sophisme est arrangé tout exprès pour surprendre les autres : c'est, selon la juste définition de Marmontel, un argument captieux et de mauvaise foi. « Pour découvrir tous les sophismes et toutes les équivoques des raisonnements captieux, les logiciens ont inventé des noms barbares. » Pasc. « Je vous vois venir, vous voulez faire un sophisme. » Fén. « Et puis vous ne cherchez que des sophismes pour confondre des choses si différentes et pour me rendre odieux. » Id. « Les sophismes par lesquels les canonistes ont cherché à embarrasser cette question si simple. » Volt. « Ils ont inventé cent subterfuges, cent sophismes pour justifier leurs transgressions. » Id.
3° Les malentendus sont les erreurs du langage. Ils consistent à mal entendre les mots, ce qui peut arriver de deux manières principales. Ou bien on confond les différentes acceptions d'un même mot, on passe insensiblement de l'une à l'autre, on ne s'entend plus avec soi-même ; et , quand on parle avec quelqu'un , on ne s'entend pas avec lui , parce que chacun pense à une accep-