‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 696 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

L'augure, au contraire, n'a que la valeur d'une opinion , d'une divination ; il est fondé sur des circonstances insignifiantes , sur des rapports imaginaires ou vagues. C'est ce qui est confirmé par l'étymologie : présage, prœsagium, vient de prœsagire , sentir , discerner subtilement les choses d'avance , avant qu'elles soient ; augure , de avium garritus , le chant des oiseaux , rappelle une manière de pénétrer et de faire connaître l'avenir évidemment superstitieuse et incertaine, savoir par le chant ou le vol des oiseaux. Le retour des hirondelles est un présage du retour du printemps. « Grassus , pendant un sacrifice , ayant laissé tomber son couteau des mains , on en prit un mauvais augure. » Montesq. — Les premiers succès d'Alexandre étaient autant de présages de ses succès futurs. « Je frémis à ces mots , sans savoir pourquoi, et j'en tirai un mauvais augure. » Les. — Le raisonnement , l'expérience , la science tirent des présages; l'imagination, la superstition, le pressentiment tirent des augures.

Ce qu'on considère surtout dans le présage, c'est sa certitude ; et il peut, du reste, se rapporter à des choses pour nous indifférentes. L'augure, au contraire, d'une probabilité très-faible, est essentiellement bon ou mauvais , relatif à des choses qui nous intéressent. « Rossinante , qui avait le nez fin , sentit l'orge aussitôt , et se mit à hennir ; ce que don Quichotte regarda comme un infaillible présage du bonheur de sa sortie.... Il dit à Sancho : Tu vois comme tout se montre favorable à notre dessein ; nous n'avons rien vu encore dont nous puissions tirer un mauvais augure. » Les. On présage plus ou moins sûrement; on augure bien ou mal d'une entreprise. Par nos présages on peut juger de nos lumières, de notre sagacité, de la justesse de notre esprit; et par nos augures, de nos espérances, de nos craintes , de nos passions , de notre humeur.

Il semble aussi que présage se prend plus volontiers en bonne part, et augure en mauvaise. a Les anciens , ne voyant qu'un feu sous les nues , qu'ils nommaient l'astre d'Hélène , ils l'estimaient de mauvais augure ; au lieu que lorsqu'ils en voyaient deux , qu'ils nommaient Castor et Pollux, ils ies prenaient pour un bon présage. » Desc. « Lorsqu' Alexandre arma contre Darius, tout paraissait lui ouvrir la conquête de l'Asie. Il voyait , comme présages des succès qui l'attendaient , les victoires de Thémistocle , de Pausanias, de Cimon , la retraite des Dix Mille et les progrès rapides d'Agésilas.... Annibal formait une entreprise plus difficile. On n'avait encore rien tenté qui pût en faire prévoir le succès , et la première guerre entre Carthage et Rome était d'un mauvais augure pour lui. » Cond.

PRESQUE, QUASI. Peu s'en faut. « Le prince est la source de presque tout le bien qui se fait, et quasi toutes les punitions sont sur le compte des lois. ?» Montesq.

A en juger par cet exemple, il ne paraît pas y avoir de différence entre les deux mots. Cependant l'Académie déclare, et avec raison, que quasi est familier et peu usité. C'est déjà pour l'application une indication précieuse. Mais il est

possible et il peut être utile d'en donner une autre , tirée de l'étymologie.

Presque revient à près de : presque cent , près de cent ; presque aux portes de la ville , non loin ou à une petite distance des portes de la ville. Quasi est le latin quasi , qui signifie primitive ment comme , de même que : quasi fou , quasi légitime, comme fou ou comme légitime , comme s'il était fou ou légitime. Presque a rapport à la mesure , à l'étendue , à la quantité ; et quasi à la manière. Vous êtes presque plus grand que votre frère , et quasi plus savant. Vous avez presque achevé, et quasi fini. Presque aussitôt après une chose on en fait une autre ; et on se porte quasi mal : « Depuis cette funeste époque , le cardinal de Noailles ne porta quasi plus santé, je veux dire qu'il fut presque incontinent attaqué , et peu à peu poussé sans relâche aux dernières extrémités jusqu'à la fin de sa vie. » S. S.

Un voyageur est presque arrivé à son but; presque tous les philosophes pensent telle chose sur tel point: il est presque minuit. Mais on est quasi contraint (Mal.), quasi honteux (Volt.), quasi nu (Sév.) , on mène quasi une vie pastorale (Font.), dans telle province on ne parle quasi pas français (Laf.). Là il s'agit de distance, de nombre , de durée ; ici de manières d'être ou d'agir, d'états, de qualités.

PRESSANT, URGENT. Ces mots servent à exprimer des impressions faites sur nous par quelque chose qui nous excite à faire au plus tôt certaines actions : affaire pressante ou urgente; besoin, cas, mal pressant ou urgent.

Pressant est moins fort qu'urgent; la chose pressante vous fait dépêcher; la chose urgente vous presse l'épée dans les reins, veut absolument être faite sur-le-champ.

On dit plutôt un pressant besoin, a S'il y a un besoin pressant que l'expérience nous rende sensible , c'est celui que nous avons d'un tel secours. » Boss. a J'ai un besoin pressant d'être instruit à temps. » Volt. « Les prolétaires donnaient au moins des citoyens à l'État , quelquefois même des soldats dans les besoins pressants. » J. J. — Mais on dira de préférence une nécessité urgente. * On payait volontiers les subsides , parce qu'on savait que ce n'était que pour subvenir aux urgentes nécessités de l'État. » Boss. « II ne faut pas que vous abandonniez vos amis dans leurs nécessités urgentes. » Volt, a II faut que les diètes extraordinaires soient rares, et convoquées uniquement pour d'urgentes nécessités. » J. J. a Ce sont des drogues dont on se sert dans les nécessités urgentes. » Mol. a J'ai dit avec quelle précipitation M. de Vendôme partit de l'Italie, sans avoir voulu donner quelques jours de plus à la nécessité la plus urgente. » S. S.

Ce qui est pressant ne souffre guère de délai; à l'égard de ce qui est urgent, si on diffère, tout est perdu. « Les chirurgiens déclarèrent à l'abbé Dubois qu'il lui fallait faire une opération qui était très-urgente , sans laquelle il ne pouvait espérer de vivre que fort peu de jours. » S. S.

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