‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 701 sur 881 · PRÉVALOIR (SE), SE GLORIFIER, SE TARGUER · texte numérisé non relu

PRÉVALOIR (SE), SE GLORIFIER, SE TARGUER

Tirer avantage.

Il existe d'abord une grande différence entre se prévaloir et se glorifier. On se'prévaut d'une chose qui fait qu'on prévaut, qu'on vaut avant (prx) les autres ou plus que les autres, qui donne de la prépondérance ; on se glorifie d'une chose glorieuse, dont on fait gloire, qui flatte l'amour-propre. Vous vous prévalez de ce dont vous tirez profit ; vous vous glorifiez de ce dont vous tirez vanité. Qui ne se prévaut pas, le pouvant, est désintéressé ou loyal: qui ne se glorifie pas, quand il y a lieu, est modeste. 11 y a presque toujours injustice ou usurpation à se prévaloir, et assez souvent orgueil à se glorifier. On se prévaut de son autorité ou de la faiblesse d'un adversaire pour obtenir quelque chose d*utile, pour se rendre le plus fort, pour l'emporter sur les autres; on se glorifie de sa noblesse ou de son savoir comme de quelque chose de beau, on se glorifie d'avoir fait une action qu'on estime honorable et digne de louange.

« Les anciens Romains ne se voulaient prévaloir en leurs guerres que de la vertu simple et naïfve,... En la guerre contre Ariovistus, il surveint quelque remuement entre les deux armées: sur ce tumulte , César se trouva avoir fort grand advantage sur ses ennemis ; toutesfois il ne s'en voulut point prévaloir , de peur qu'on luy peust reprocher d'y avoir procédé de mauvaise foy. » Montaign. ce A Rome, les esprits ambitieux et remuants excitaient les jalousies pour s'en prévaloir. » Boss. « Vous ne pouvez vous prévaloir des passages de Vasquez que vous m'opposez. * Pasc. <c Cette faiblesse qu'on sent dans les rois fait que chacun ne songe qu'à s'en prévaloir : on les presse, on les importune, on les accable, et on réussit en les accablant. » Fén. ce Ma lettre pouvait donner sur moi bien des prises. Il le vit avec joie; mais comment se prévaloir de cet avantage sans se compromettre? En montrant cette lettre, il s'exposait au reproche d'abuser de la confiance de son ami. » J. J. Un médecin dit à d'autres dans Molière : ce Profitons des sottises des hommes le plus doucement que nous pourrons ; nous ne sommes pas les seuls qui tâchons à nous prévaloir de la faiblesse humaine. » — ce II faut qu'il y ait un étrange renversement dans la nature de l'homme pour vivre dans cet état (de négligence du salut) , et encore plus pour en faire vanité.... Ce repos brutal entre la crainte de l'enfer et du néant semble si beau, que non-

SYNONYMES A RADICAUX DIVERS

seulement ceux qui sont véritablement dans ce doute malheureux , s'en glorifient , mais que ceux même qui n'y sont pas croient qu'il leur est glorieux de feindre d'y être. » Pasc. « Les sociniens , les indépendants, les trembleurs se glorifient de leur simplicité : ils se vantent tous de ne rien croire que le symbole. » Boss. a Ne vante donc pas ta science, qui ne sert qu'à te rendre plus coupable ; ne te glorifie pas de tes dons , qui ne font que t'obliger à un plus . grand compte. »Id. « Il vit à l'égard de Dieu dans une espèce d'indépendance d'autant plus criminelle que, bien loin d'en rougir, il semble encore souvent s'en glorifier. » Bourd.

Se targuer ne vient pas de la langue latine comme les deux mots précédents; son origine est certainement vulgaire. Aussi appartient-il au langage commun. Il ajoute à l'idée de se prévaloir et à l'idée de se glorifier celle d'une outrecuidance rare ; en sorte qu'il signifie se prévaloir ou se glorifier avec un excès, un emportement odieux ou ridicule. C'est, du reste, un mot qui se trouve à sa place dans des écrits tels que les comédies de Molière et deRegnard, et les Confessions de J. J. Rousseau, c 5e targuer de la place de gouverneur et de chargé de la personne du roi pour empêcher le régent de parler seul au roi dans un cabinet, c'était (pour le maréchal de Villeroy) porter l'audace jusqu'à jeter des soupçons les plus fous et les plus injurieux. » S. S. a Pour imposer à l'ambition, il faut l'intimider. Doit-on donc affecter de l'orgueil, vouloir dominer chez ses voisins, prendre des airs insolents et menaçants de hauteur, se faire un point d'honneur de ne point reculer, quand on a tort, et se targuer de ses forces? Non. » Cond.

Certes, vous vous targuez d'un bien faible avantage, Et vous faites sonner terriblement votre âge. Ce que de plus que vous on en pourrait avoir N'est pas un si grand cas pour s'en tant prévaloir; Et je ne sais pourquoi votre âme ainsi s'emporte, Madame , à me pousser de celte étrange sorte.

Mol.

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