PRIER ; — 2° SUPPLIER , CONJURER
3° INVOQUER, IMPLORER. Demander en grâce , agir auprès de quelqu'un pour qu'il veuille bien nous accorder quelque chose.
1° Prier.
De tous ces verbes prier est le seul qui soit absolu : il désigne le genre d'occupation , une occupation religieuse , un exercice de piété , qui consiste non -seulement à s'adresser à Dieu dans le besoin , mais encore à lui rendre grâces, à le bénir, à le louer, à tourner vers lui son esprit et son cœur.
ATHALEE.
Tout ce peuple enfermé dans ce lieu , A quoi s'occupe-t-il?
JOA3.
Il loue , il bénit Dieu.
ATHALEE.
Dieu veut-il qu'à toute heure on prie, on le contemple? Rac.
On ne peut pas toujours travailler, prier, lire.
Bon..
« Si je ne rougis pas de mon Dieu, je ne rougis
] pas de le craindre, de l'honorer et de le prier. » [ Boubd. « Il passe les nuits à prier. » Agad. — ! Quand prier s'emploie relativement, et que la | prière est faite à un être quelconque, Dieu, un j saint ou un homme , de qui on sollicite une ' chose qu'on regarde comme une grâce, prier, alors véritablement synonyme des verbes sui- : vants, est à leur égard le mot simple, celui qui ! exprime l'idée générale, abstraction faite de tout I accessoire.
2° Supplier, conjurer.
Supplier et conjurer ont pour accessoire de se rapporter à la manière : supplier, c'est prier d'une manière humble, soumise, respectueuse; et conjurer, prier d'une manière pressante, instamment.
Supplier, de suo plicare , plier au-dessous , se prosterner, marque une posture de suppliant, d'homme qui s'abaisse , qui se jette à terre ou aux genoux. « Quand il s'agit de confesser sa faute, de faire satisfaction , de supplier , la voix devient douce, timide, soumise. » Roll. En parlant aux rois ou des rois, aux grands ou des grands, c'est le mot propre. «Votre Majesté a toujours daigné nous entendre par elle-même; et nous ne craignons pas de lui déplaire , en la suppliant à genoux, comme nous faisons, que notre jugement parte de son trône. » Boss. « Le peuple même, dans un jour d'assemblée, se jetant à leurs genoux (de Pompée et de Crassus) , les supplia de vouloir bien se réconcilier. » Vert. «Nous nous jetons, sire, aux pieds de Votre Majesté : nous la supplions de nous faire jouir de ces privilèges. » Volt, a Dans les dernier* états généraux , la nation supplia Louis XIII d'abolir les restes honteux de l'esclavage. » Id. Autrefois les requêtes commençaient par : « Supplie humblement un tel.... » Âcad. — Toutefois à l'égard de Dieu et des saints on se contente ordinairement du mot de prier, soit parce que leur supériorité est tellement incontestable qu'il est inutile de la faire sentir par nos expressions, soit parce que primitivement prier est un terme consacré pour signifier un acte de culte. Il ne faudrait pas croire , du reste , sur la foi de Vaugelas , que ce fût une faute de dire supplier Dieu, au lieu di le prier, « Remuez, Seigneur, remuez nos consciences. Votre prophète vous suppliait de ne le point reprendre dans votre fureur, et de ne le punir point dans votre courroux. » Bourd.
Conjurer, c'est prier avec force , en jurant , en faisant intervenir les choses saintes , par ce qu'il y a de plus sacré. « Un prédicateur a beau déclamer, un confesseur a beau conjurer, exhorter, menacer...; on ne se réveille plus.» Bourd. « Cette mère avait prié un solitaire de venir à Antioche et de se charger du soin de son fils. Elle l'en conjura d'une manière si vive et si touchante, qu'il ne crut pas pouvoir s'en défendre.» Roll. Dans les Fourberies de Scapin. Scapin dit à Octave ; « J'ai fait de grands serments de ne me mêler plus du monde; mais si vous m'en priez bien fort, peut-être.... » A quoi Octave repond : « Ah ! s'il ne tient qu'à te prier bien fort pour obtenir ton aide, je te conjure de