DEUXIÈME PARTIE
entra à main armée dans les terres de Richard Cœur de Lion , comme si , par la détention de ce prince , il avait été délivré de la parole qu'il lui avait donnée en se séparant d'avec lui à Acre. »: Boss. <c François Ier avait donné sa parole à Charles-Quint" de lui remettre la Bourgogne; promesse faite par faiblesse , faussée par raison ; mais avec honte. Il en essuya le reproche de l'empereur. La loi de politique était pour François Ier-, mais la loi de chevalerie était contre lui. » Volt.
PRONONCER, ARTICULER, PROFÉRER. Rendre ou exprimer par la voix des mots ou des paroles.
On les prononce en les énonçant, en les proposant, en les exposant, en les disant tout haut, devant le monde. On les articule en les prononçant de manière à en faire sentir les différents membres ou les jointures (artus) , c'est-à-dire distinctement. On les profère en les produisant , ou, comme on dit aujourd'hui, en les émettant, en les tirant de soi et en les portant au dehors.
On prononce et on articule bien -ou mal. On prononce bien , quand on parle comme il faut ipour se faire bien entendre; comme il faut, c'est-à-dire avec des intonations convenables, naturelles , sans chanter, .sans traîner, sans affectation, selon les règles de la prosodie et de l'usage. On articule -bien, quand, au lieu de barbouiller, on marque les parties des mots et leurs liaisons entre elles ; ce qui dépend beaucoup de l'organe lui-même , comme le prouve l'expression : voix bien ou mal articulée (Montesq.). — ■ On ne profère pas bien ou mal ; on profère ou on ne profère pas; ce mot est relatif, non pas à la manière , mais au fait. La grammaire peut enseigner comment on doit prononcer et articuler, la prononciation et V articulation ; elle n'apprend pas comment on doit proférer ; on constate qu'une chose a été ou n'a pas été proférée.
On prononce avec grâce ou lourdement; on articule avec plus ou moins de netteté ; on avoue avoir proféré telles ou telles paroles. Les mots mal prononcés sont désagréables à entendre ; les mots mal articulés ne s'entendent point ; dans les" songes les lèvres s'agitent pour former des paroles que la langue engourdie ne peut proférer (Fén.). Il arrive quelquefois qu'on prononce mal, faute S'avoir vécu dans la capitale , ou fréquenté les personnes instruites et polies ; qu'on articule mal , faute de dents ; et qu'on ne peut proférer ■un -seul mot, tant on est ému.
Par extension, prononcer signifie dire hautement, solennellement , en public, déclarer :' prononcer un discours , un arrêt , des paroles sacramentales. « Moïse n'eut pas plutôt prononcé la parole de Dieu, que les eaux devinrent immobiles. »Bourd. Articuler signifie dire des choses, non pas vagues et incertaines , mais précises, positives. « M. de Cambrai veut-il être cru sur des allégations vagues et sur des discours en l'air, sans articuler ces doctrines que M. de Meaux , selon lui, n'ose ni avouer ni désavouer? » Boss. a Voilà la vérité devant Dieu et devant les hommes. Vous pouvez y ajouter des faits que j'ignore,
mais 'tous ceux que je viens d'articuler sont essentiels. » Volt. « Mais vraiment il ne fallait pas de bien mûres délibérations pour apercevoir cela, car je vous l'avais bien articulé , et je m'étais ussuré que vous m'entendiez fort bien. » J. J. Proférer signifie dire de son chef des choses qui sont généralement des méfaits, être l'auteur ou se rendre coupable par la parole de blasphèmes (Boss., J. J.), d'injures (Acad.), d'invectives (Volt.), de mensonges (Id.). « Un prince russe fut condamné à mort pour avoir proféré des paroles indécentes qui avaient du rapport à la personne de la czarine. » Montesq. — Avant de rien prononcer contre une personne accusée de calomnie , assurez-vous qu'on articule des faits qui témoignent évidemment qu'elle a proféré contre le prochain des impostures.
1° PROSCRIRE, BANNIR, EXILER ; — 2° RE- LÉGUER, CONFINER. Ces mots font tous concevoir un acte de l'autorité qui contraint une personne de quitter sa patrie ou sa demeure ordinaire pour aller vivre ailleurs.
Mais proscrire, bannir et exiler sont relatifs au lieu d'où on oblige de sortir, tandis que reléguer et confiner le sont uniquement au lieu où on ordonne de rester désormais. On dit bien proscrire , bannir et exiler d'un pays. On n'emploie pas reléguer et confiner avec de, mais toujours avec dans, en ou à. «L'on a enfin banni la scolastique de toutes les chaires des grandes villes, et on l'a reléguée dans les bourgs et dans les villages. » Labr. a On ne croirait jamais que ce fût une peine d'être exilé de la Moscovie : cependant, dès qu'un grand est disgracié, on le relègue en Sibérie. » Montesq. Proscrire, bannir et exiler, c'est mettre hors du pays , avec défense d'y rentrer; reléguer et confiner, c'est envoyer ou placer un proscrit , un banni ou un exilé dans un lieu , avec défense d'en sortir.
1° Proscrire, bannir, exiler.
Proscrire vient du latin proscribere, dont le sens est le même , mais qui veut dire primitivement afficher, parce qu'à Rome on affichait les noms de ceux qui étaient compris dans une proscription. Ce mot est plus fort que ses deux synonymes. Proscrire , c'est , selon la valeur du mot ien latin, bannir ou exiler sans aucune forme, violemment, en ennemi, en persécuteur, avec animosité, et, de plus, retrancher toutes les ressources qu'on pourrait trouver ailleurs , en signalant le proscrit à l'animadversion publique, en lui interdisant partout le feu et l'eau, en défendant de lui donner retraite. C'est en quelque sorte exterminer, a En qualité d'académicien, je condamnerais d'autorité, je bannirais, je proscrirais, peu s'en faut que je ne dise j'exterminerais de tout mon pouvoir ce pouvoir prochain. » Pasc. « Les chrétiens étant proscrits de tous les lieux , les terres , les mers , leurs proches , leur patrie , tout semblait leur refuser un asile. * Mass. « Au lieu d'apaiser cette guerre civile naissante, le parlement, où le parti des Guise dominait toujours , rendit plusieurs arrêts par lesquels il proscrivait les protestants , ordonnait à toutes les communautés de prendre les armes de^poursuivre et de tuer tous les nova-
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
teurs. » Volt. « Sylla avait poussé Marius hors de Rome , et après sa fuite il avait été proscrit, et sa tête mise à prix. » Vert. L'abbé de Saint- Pierre , qui avait été seulement exclu de l'Académie , sans que sa place fût déclarée vacante , j&'était regardé par ses confrères « que comme un exilé, et non comme un proscrit. » D'Al. « Je fus exilé et proscrit de la Médie. » Montesq. a. On sait comment les chrétiens ont été exilés, proscrits, enfermés dans des cachots. » Bourd. « Supposons que le pouvoir des maîtres fût employé à bannir la médisance de devant eux et à la proscrire. » Id.
Bannir vient de l'allemand bann, qui a signifié d'abord ce qui gênait la liberté d'un homme, puis un acte de justice qui privait de la liberté , qui excluait d'une communauté , ou imposait une amende. Exiler est dérivé du latin ex salire , sauter hors de. En conséquence, le bannissement est toujours le résultat d'une condamnation juridique; et Y exil, l'effet d'un ordre, et autrefois chez nous d'une lettre de .cachet. On est banni par un acte de l'autorité judiciaire , et exilé par un acte de l'autorité souveraine ou royale.
.Le bannissement est * une peine à laquelle on •condamne les délinquants ou ceux qu'on veut faire passer pour tels. » Volt. C'est une peine infamante ou prétendue telle qui suppose des fautes , des crimes , des délits réels ou imaginaires, « Tous les jours saint Paul est exposé aux insultes des séditions populaires, tous les jours traduit de tribunal en tribunal, fouetté, lapidé. Combien de travaux ? combien de voyages ? combien de bannissements ? » Bourd. « Le duc de Lorraine avait fait abattre les armes de France placées dans des terres qui relevaient du roi ; le parlement de Paris le condamna, :par contumace, à la confiscation de ces terres et au bannissement. » Volt. « Dans le procès de Fouquet, M. d'Ormesson a opiné au bannissement perpétuel et à la confiscation de ses biens au roi. » SÉv. « Nul délit de la part des jésuites sur lequel pn pût fonder le bannissement du plus obscur particulier. » S. S. « Cicéron plaida pour Sextius, que l'on voulait faire bannir. » Roll- « Dans Athènes et à Rome , le bannissement était une sorte de peine capitale. » Lah. « Opimius est cité devant l'assemblée du peuple. On lui fait son procès -, il est banni de Rome par un décret solennel. » Vert. « Marius dit qu'ayant été banni par un décret public , il en fallait un autre qui autorisât son retour. » Id. — L'exil, au contraire, n'emporte aucune idée de déshonneur, et c'est pourquoi on dit bien un exil volontaire , et s'exiler volontairement (Fén.) : c'est seulement la suite d'une disgrâce encourue, d'une conduite qui a déplu au maître. « On vient d'exiler un conseiller de notre parlement, parce qu'il a prêté sa plume à coucher les remontrances que le corps a cru devoir faire au roi. » Montesq. « Sous Richelieu, les meilleurs officiers étaient suspects, emprisonnés ou exilés. » Volt. « Moïse goûta les opprobres de Jésus-Christ dans sa fuite précipitée et dans son exil de quarante ans. » Boss. «Le marquis de Villeroi a eu ordre de se retirer de la cour pour sa mauvaise conduite.... C'est à Lyon
qu'il est exilé. » SÉv. « La cour , qui plaît tant aux ambitieux, n'était pour Horace qu'un exil et une prison. » Roll. a Le sénat, craignant que la présence de Scipion Nasica n'excitât une nouvelle sédition, jugea à propos de l'éloigner, et on l'envoya en Asie avec une commission apparente gui cachait un véritable exil. » Vert.
« Les rois furent bannis de Rome; mais les Tarquins chassés trouvèrent des défenseurs : les rois voisins regardèrent leur bannissement comme une injure faite à tous les rois. » Boss. « Mme Le Féron a été jugée ; elle est bannie de la vicomte de Paris : cela valait bien la peine de la déshonorer. ».SÉv. « Tu me chasses sans pitié, ô Julie, tu me bannis avec opprobre, v J. J. Mais on dira proprement qu'Ovide fat exilé par Auguste (Roll.), et Dion par Denys (Fén.).— Nos anciens parlements qui bannissaient jusqu'aux ministres concussionnaires, et qui avaient banni Mazarin, furent plus d'une fois exilés par le roi à Pontoise et dans d'autres villes de France (Volt.). — Le bannissement est honteux (Boss.) : il imprime une tache. On plaint l'exilé comme éloigné et privé de sa patrie : les larmes de l'exil (Boss.).
2° Reléguer, confiner. Enjoindre à quelqu'un dont on redoute la présence, à un coupable, à un exilé, d'aller résider dans tel lieu qu'on lui. assigne.
Reléguer vient du latin relegare , envoyer dans un lieu écarté, au loin. Confiner est formé du latin cum , avec , et de finis , limite : il signifie entourer de limites de tous côtés, renfermer, claquemurer. On relègue en envoyant loin de soi ; on confine en emprisonnant. — On relègue ceux dont on veut l'éloignement. « Périandre prit le parti d'éloigner son fils de ses yeux : il le reléguai Corcyre. » Fén. « Fénelon ne fit le Télémaqae que lorsqu'il fut relégué dans son archevêché de Cambrai. » Volt, a Pompée prit un grand nombre des pirates ; et, au lieu de les faire mourir, il les relégua dans le fond des terres, et dans des lieux éloignés des bords de la mer. » Vert. « Un lépreux est chassé de sa maison et relégué dans un endroit particulier. » Montesq. a Le couguar était un fléau pour la colonie ; mais peu à peu on l'a chassé , détruit et relégué loin des habitations. » Buff. Mais on confine ceux qu'on veut faire garder ;à l'étroit , qu'on ne veut pas laisser échapper. J. J. Rousseau se plaint que ses ennemis veulent le confiner dans une habitation tout à fait isolée. «Joseph avait été confiné dans une prison. » Bourd. « On déposa le patriarche; on le confina pour le reste de ses jours dans un cloître. » Volt. « Les Lorrains avaient déjà résolu la reine à confiner le roi de Navarre dans une prison perpétuelle. » Boss. « Il est impossible que dans cette vue l'homme ne considère la terre tout entière comme un cachot où il se trouve confiné. » Nie. — « Le czar découvrit une grande conspiration. Plusieurs personnes furent reléguées en Sibérie , d'autres confinées en diverses prisons. ■» S. S.
De même, au figuré, ce qui est relégué est tenu loin , n'a pas le pouvoir d'approcher ; et ce qui est confiné se trouve renfermé dans des limites infranchissables , et n'a pas le pouvoir d'en sor-