DEUXIÈME PARTIE
ou par mollesse. «. Il faut quitter tout ressentiment.. . Voudrais-tu m1 abandonner, Scapin, dans la cruelle extrémité où se voit mon amour? » Mol. a Nous sommes assurés qu'après avoir été si favorable à ses enfants ingrats, Jésus-Christ ne nous abandonnera jamais qu'après que nous l'aurons abandonné, et que sa grâce ne nous quitte jamais la première. » Boss. « S'il y en a qui m'ont abandonné comme des ingrats et des misérables, tu m'as quitté, comme j'ai quitté moi-même, en honnête homme qui croit avoir raison. » Ham.
Je quittai mon pays, '^abandonnai mon père. Rac.
On quitte une religion , quand on cesse de la professer; on l' abandonne, quand on la quitte
par laisser-aller , par indifférence ; on y renonce quand on la quitte formellement, en le déclarant, et quoi qu'il en coûte ou qu'il en doive coûter.
Tout homme qui va vivre dans la retraite, quitte le monde. On abandonne le monde par négligence, faute de prendre intérêt à ce qui s'y passe. Il faut à une jeune fille du courage pour renoncer au monde et aller s'ensevelir dans un cloître. -
Les apôtres quittèrent tout pour suivre Jésus- Christ. Ils abandonnèrent tout pour se consacrer entièrement au soin de propager la foi. Ils renoncèrent à tout pour le seul bien véritable , le salut , la félicité éternelle.
RACE , SANG ; — FAMILLE , MAISON ; — LI- GNÉE. Espèce ou classe particulière à laquelle on appartient par la naissance : race royale, sang royal, famille^ royale, maison royale, lignée d'un roi ou des rois.
Race est le terme commun et le plus général. Il se dit des animaux comme des hommes, en mal comme en bien; et même il ne suppose pas toujours aux individus, auxquels il s'applique , communauté de naissance ou d'origine : c'est en se fondant sur une ressemblance de profession , d'inclinations ou d'habitudes qu'on dit de certains hommes, race d'usuriers, race de fripons, race de pédants, race de vipères. — De plus, le mot race, de radice, racine, a particulièrement rapport à la souche ou au chef : race capétienne, dérivant de Hugues Capet ; race mérovingienne , descendant de Mérovée; race des Héraclides, issus d'Hercule. — Enfin la race est essentiellement bonne ou mauvaise , c'est-à-dire qu'on en considère surtout les qualités naturelles, transmises par la génération.
Sang ne diffère guère de race , que parce que étant un terme figuré il s'emploie surtout dans le style noble, et, par suite, pour exprimer une race grande , distinguée , excellente, a Ménélas dit à Télémaque : par tous vos discours vous faites bien sentir la noblesse du sang dont vous sortez. » FÉN.
S'il en est temps encore, épargnez votre race,
Respectez votre sang.
(Phèdre à Thésée). Rag.
Il (Mardochée) descend comme moi
Du sang infortuné de notre premier roi....
Plein d'une juste horreur pour un Amalécite,
Race que notre Dieu de sa bouche a maudite,
Il n'a devant Aman pu fléchir les genoux.
(Esther). In.
— Bon chien chasse de race , se prend plutôt en mauvaise qu'en bonne part ; bon sang ne peut mentir, au contraire.
La famille et la maison sont des races d'hommes qui ont même naissance ou même origine , mais qu'on n'envisage point spécialement par rapport à la source ou au fondateur. Ajoutez que la famille et la maison sont sociales , et non pas
naturelles. Quand on est de race royale ou de sang royal , on a telles qualités ou tels instincts ; quand on est de la famille ou de la maison royale , on se trouve classé par sa naissance dans telles de ces petites sociétés ou de ces sociétés élémentaires , dont se compose la grande société appelée nation. Ma race ou mon sang fait connaître ce que je suis, ce que je vaux; ma famille ou ma maison indique avec quels hommes ma naissance m'a plus étroitement lié. La valeur vient de la race, est dans le sang; on trouve dans sa famille ou dans sa maison des exemples de valeur.
La famille peut n'avoir ni feu ni lieu, ou bien peut-être habite-t-elle une cabane. La maison est une famille qui a pignon sur rue , un chez soi grand, considérable, c'est par conséquent une famille noble ou illustre , ou quelque chose de plus étendu que la famille. a Claudius fut la tige de la famille des Claudes , qui se distingua entre les plus illustres maisons de Rome.» Roll. « Q. Pompéius est le premier de son nom et de sa famille qui se soit élevé aux grandes charges. La maison des Pompées , qui bientôt deviendra si puissante, n'est pas d'une plus ancienne noblesse. » Id. Chez les Romains, <x le nom marque la maison dont on descend, et le surnom ce qui convient à une famille particulière ou à une branche de cette maison.... Tite Live a dit que la maison des Potitiens était divisée en douze familles. » Id. « Les prêtres étaient de la famille d'Aaron.... Les rois de Juda étaient de la maison de David. » Rac. a Dès que la Suède avait admis des distinctions de rang , de grade et d'honneur entre les familles, il devenait avantageux pour elle qu'il y eût une maison privilégiée qui portât la couronne. » Cond. '. — D'ailleurs, famille désigne
i. Si on en croit l'Académie, le mot de maison ne s'emploie point en parlant des grandes races de l'antiquité grecque ou latine , et on leur donne par exception le nom de familles. C'est là une assertion que rien ne justifie et qui est démentie par l'usage. « Alexandre ne croyait pas travailler pour ses capitaines , ni ruiner sa maison par ses conquêtes. » Boss. a Vespasien se moqua publiquement de ceux
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
les membres, le contenu: et maison, le contenant, ce par quoi la famille paraît ou brille plus ou moins. Une famille est nombreuse, heureuse , honnête : une maison est grande , ancienne, souveraine, auguste. Les familles s'épuisent, les maisons tombent. «Ne leur imprimez-vous pas, Seigneur, ces caractères de malheur et de désolation qui vont tarir la source des familles, qui amènent les disgrâces éclatantes, la décadence et l'extinction entière des maisons ? » Mass. La ruine d'une famille excite votre compassion pour ceux qui en sont les victimes. La ruine d'une maison vous représente la chute d'un grand édifice , ou l'extinction d'une grande lumière, a La médisance flétrit des familles et humilie des maisons. » Bourd. Qu'un personnage vienne à mourir, sa famille le pleure, sa maison est en deuil. Sous la tyrannie des Trente , a chaque maison était en deuil , chaque famille pleurait la perte de quelque parent. » Roll. Une bonne famille se fait estimer par ses mœurs, sa politesse ou son union; une bonne maison se distingue par l'éclat du nom, des titres, des emplois ou des exploits. « M. de Lamoignon naquit d'une des plus nobles et des plus anciennes maisons du Nivernais , qui a soutenu dans le parlement la gloire qu'elle avait acquise dans les armées.... Mais ne louons de sa naissance que ce qu'il en loua lui-même , et disons qu'il sortait d'une famille , où l'on ne semble naître que pour exercer la justice et la charité-, où la vertu se communique avec le sang, s'entretient par les bons conseils et s'excite par les grands exemples. » Flégh.
Lignée , ce qui est en ligne , ce qui forme une file, une série, a cela de particulier qu'il marque la filiation, la descendance, les enfants. Une race, une famille, une maison est ancienne ; on meurt sans lignée, ou sans laisser de lignée. La r ce, la famille et la maison se compose plutôt des ancêtres, et !a lignée n'est autre chose que la postérité, mais la postérité formant une chaîne, susceptible de se rompre ou de se continuer. « La naissance du prince de Galles causa de la joie en Angleterre, par la satisfaction de voir continuer une lignée dont ils pussent toujours menacer leurs rois. » S. S. — Outre cela, la lignée, comme la branche, est presque toujours relative ou opposée à d'autres. « Dans la lignée où s'est conservée la connaissance de Dieu , on conservait aussi par écrit des mémoires des anciens temps. » Boss. « Le landgrave , con-
(tent de la lignée des princes que lui avait donnés sa première femme, ne recherchait dans la seconde, que lui accordaient les réformateurs, qu'un moyen d'assouvir sa convoitise. » Id.
RAPIÉCER, RAPIÉCETER, RAPETASSER. Raccommoder un vêtement en y mettant des pièces. Rapiécer exprime cette idée simplement. Ra-
qui,parune fausse généalogie, voulaient faire remonter sa maison jusqu'à Hercule. » Roll. « Galba dit à Pison : Si je vous adoptais, il nous serait honorable , à moi d'admettre dans ma. famille un descendant de Pompée et de Crassus; à vous, d'ajouter à votre noblesse celle des maisons Lutatienne et Sulpitienne. » J. J.
STN. FRANC.
piéceter , c'est rapiécer sans cesse , être toujours à mettre une multitude de petites pièces (voy. Impartie, p. 287). Rapetasser est un mot plus vulgaire encore , plus trivial , qui signifie rapiécer grossièrement des haillons, des guenilles. Sa racine est, non pas, comme celle des deux premiers verbes , pièce , pecia (mot de la basse latinité) , mais petacia (usité autrefois dans le midi de la France), comme qui dirait piéçasse, grosse mauvaise pièce. Si ce qui est rapiéceté fait pitié , ce qui est rapetassé dégoûte. « Vous devez être las des fatras de mon ex-jésuite ; il n'y a que vos excessives bontés qui puissent combattre le dégoût que doit vous donner une œuvre tant rapetassée. » Volt. On se rappelle ces vers de Boileau dépeignant la hideuse lésine de la lieutenante criminelle :
Décrirai-je ses bas en trente endroits percés ,
Ses souliers grimaçants vingt fois rapetassés? C'est aussi pour exprimer ce qu'il y a de plus misérable et de plus fastidieux que Pasquier (Lettres, vu, 12) se sert de rapetasser : « Nous seuls entre toutes les autres nations faisons profession de rapiécer, ou pour mieux dire, rapetasser notre éloquence de divers passages; rendant les morceaux comme un estomac cacochyme et mal affecté, ainsi que nous les avons pris. »
RAPPORT , ANALOGIE , CORRESPONDANCE , CONVENANCE; — CONCERT, ACCORD; — LIAI- SON , ALLIANCE , UNION , AFFINITÉ , CON - NEXION, CONNEXITÉ. Ces mots expriment ce que des choses sont les unes à l'égard des autres, ou un point de vue commun sous lequel elles sont ou peuvent être envisagées ensemble.
Rapport est le plus général de tous , il signifie le plus faible rapprochement, et même il est propre à marquer le contraire du rapprochement; car on dit bien un rapport de différence, de disconvenance, d'opposition. Ce qui a rapport à une chose la concerne , y a trait , n'y est pas étranger, peut y être rapporté, y est relatif. Du reste , il y a des rapports de toutes sortes , de causalité , de signe , de contenance , de filiation, de dépendance, de commerce, d'amitié, etc. Chacun des mots suivants désigne un rapport particulier.
V analogie est un rapport de ressemblance (voy. Analogie, ressemblance , etc. , p. 339, 340). « Mais n'y a-t-il plus aucun rapport d'analogie entre la plante et l'animal? Dans la plante l'action n'est pas visible, mais est-elle moins réelle?... Combien ne trouverais-je pas encore de caractères d'analogie et de ressemblance entre l'animal et la plante , dans les organes de la vie? » Marm. a Quelques naturalistes ont été frappés de ces traits de ressemblance et de la grande analogie de nature qui se trouve entre ces oiseaux. » Buff. Que si rapport s'emploie bien aussi dans cette acception, il indique quelque chose de plus vague ou de moins prochain : « Il n'y a rien dans les objets extérieurs qui ait la moindre analogie, le moindre rapport avec un sentiment, une idée, une pensée. » Volt. De plus , le rapport se considère en soi , et Y analogie relativement à l'usage scientifique que