‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 713 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

femme? » Marm. « Dans le plaidoyer de Cicéron pour Muréna les qualités du cœur se font admirer encore plus que les talents de l'esprit. » Roll. «M. le Prince avait hérité des grandeurs, des lumières du prince de Gondé, des rares talents de son esprit, et de ses qualités héroïques. » Bourd.

Les qualités peuvent avoir été apportées en naissant ou contractées par l'habitude; les talents sont plutôt des dons de la nature. « Que la nature nous ait doués des plus belles qualités, ces qualités naturelles sont des talents , mais il les faut cultiver. » Bourd. « Dans le chien, les talents naturels se réunissent aux qualités acquises. » Buff. « Le chien de berger est de tous les chiens celui qui a le moins de qualités acquises et le plus de talents naturels. » Id.

QUAND , LORSQUE , COMME. Adverbes de temps.

Entre quand et lorsque la différence est bien simple et bien évidente. Quand est général , vague, hypothétique, relatif à un fait possible ou idéal. En effet il s'emploie seul toutes les fois qu'il y a doute : Quand viendrez-vous? A quand ïa partie? Je ne sais quand je pourrai sortir; j'irai vous trouver, mais je ne puis dire quand; quand on découvrirait votre démarche, on ne pourrait la blâmer, a C'est presque toujours la faute de celui qui aime, de ne pas 'Connaître quand on cesse de l'aimer. » Laroch. « On ne peut rien apprendre qui nous instruise quand, comment, de quelle manière, et pourquoi les anges ont été créés. » Volt. Au contraire , lorsque est précis, positif, historique, relatif à un fait réel : lorsque Alexandre pénétra dans l'Inde (Acad.) ; lorsque le siège de l'empire fut établi en Orient (Montesq.); lorsque Auguste eut conquis l'Egypte (Id.); lorsque je fus un instant votre voisin (J. J.) ; lorsque Saùl fut déclaré roi (Volt.). — Quand, quando , annonce un temps ou un fait en question , quelconque , indéterminé , incertain; et lorsque, alors que, kVheure que, un temps ou un fait particulier, fixe, positif, assuré. Si vous venez, apportez-moi telle chose quand vous viendrez ; puisque vous devez venir, apportez-moi telle chose lorsque vous viendrez.

Dans les propositions générales où il est question , non de ce qui est arrivé , mais de ce qui peut avoir lieu ou de ce qui a lieu parfois, où on parle d'une manière absolue, .indépendamment des cas ou des événemeuts particuliers, quand est le seul mot qui convienne. « La première chose qui s'offre à l'homme quand il se regarde , c'est son corps. » Pasc. « Quand on se porte bien, on ne comprend pas comment on pourrait faire si on était malade. » Id. « Quand nous voulons voir, il faut ouvrir les yeux. » Boss. « Quand on veut se prévaloir de la décision d'un législateur, il faut que cette décision soit précise et claire. » Volt. « Quand nous sommes las d'aimer, nous sommes bien aises qu'on nous devienne infidèle. » Laroch. Mais dans les propositions particulières , où il s'agit de ce qui s'est effectivement passé , où l'on raconte ,. c'est lorsque qui doit être préféré, ce Les anciens n'avaient-ils pas sujet de dire que tous les corps corruptibles

étaient renfermés dans la sphère du ciel et de la lune, lorsque , durant le cours de tant de siècles, ils n'avaient point encore remarqué de corruptions ni de générations hors de cet espace? Mais ne devons-nous pas assurer le contraire , lorsque toute la terre a vu sensiblement des comètes s'enflammer , et disparaître bien loin au delà de cette sphère ? » Pasc. « Ézéchias ne se rendit pas moins célèbre lorsqu'il assembla les lévites pour les obliger à purifier le temple. » Boss. ail paraît certain que lorsque Arbace révolta les Mèdes contre Sardanapab, il ne fit que les affranchir. » Id. « Tous ces contes furent écrits dans des galetas, et entièrement ignorés de l'empire romain. Lorsque ensuite les moines furent établis, ils augmentèrent prodigieusement le nombre de ces rêveries. » Volt, « Les Romains reçurent dans leur ville les dieux des autres pays; mais lorsque les étrangers vinrent eux-mêmes les rétablir , on les réprima d'abord. » Montesq.

Comme est très-propre à éclaircir et à confirmer au besoin la distinction ci-dessus établie ; car, sans être synonyme de quand, il l'est de lorsque,, dont il possède à un degré supérieur le caractère distinctif, étant encore plus précis ou plus déterminé que lui. Vous direz en général : quand on entre, c'est-à-dire, si on entre, toutes les fois qu'on entre , à l'église , on doit être respectueux; ou, en parlant de l'habitude, de la conduite ordinaire d'une personne : quand elle entre à l'église, elle est respectueuse. Mais dans une occasion particulière on dira : lorsque cette personne entra dans l'église , elle témoigna beaucoup de respect. Que si on veut marquer plus rigoureusement encore qu'au moment même de l'entrée d'une personne dans l'église, tel événement eut lieu, on se servira de comme : comme elle entrait dans l'église, je l'abordai, le pied lui glissa, ou autre chose semblable. « Pompadour fut arrêté à huit heures , comme il se levait. » S. S. a Alcée, qui était auprès de Pisistrate, le soutint comme il allait tomber. » Fén. ce Comme je fermais la lettre que je vous ai écrite , je fus visité par M. N. » Pasc. « Comme on le menait au supplice,... » Boss. « Comme nous partions pour nous en retourner,... » J. J.

QUERELLER, GRONDER, — GOURMANDER, TANCER. Maltraiter de paroles.

Quereller marque plus de bruit que gronder, et annonce de l'aigreur : qui querelle éclate, tempête ; qui gronde murmure , fait un bruit sourd.

Pendant ces mots l'époux gronde à part soi. Magdeleine est en un courroux extrême, Querelle Pierre , et lui dit : Malheureux ! Tu ne seras qu'un misérable gueux Toute ta vie ! Laf.

— On querelle en public, ouvertement : ce Gléobule disait qu'un homme ne devait jamais caresser sa femme ni la quereller devant les étrangers. » Fén. Mais on gronde dans l'intimité :

De ces maris fâcheux, Qui jamais sans gronder ne reviennent chez eux.

Tant que le jour est long, il gronde entre ses dents

Regn.

Vous êtes ayee moi toujours prête à gronder.

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

Je parais toute sotte alors qu'on me querelle:

Regn.

— Le querelleur est un emporté ; le grondeur 7 un grognon.

Voir un prince emporté....

Qui, dans les soins jaloux où son âme se noie,

Querelle également mon chagrin et ma joie. Mot. Dans le Distrait de Regnard , Mme Grognac gronde sans cesse sa fille et ses valets. — En un sens, quereller enchérit sur gronder, puisqu'on querelle à voix haute , vivement , en faisant des plaintes , en poussant des cris , et qu'on gronde à demi-voix, entre ses dents : a Tiens, ma Julie, gronde-moi, querelle-moi , bats-moi; je souffrirai tout , mais je n'en continuerai pas moins à te dire ce que je pense. » J. J.

On querelle tout le monde , tout le monde pouvant être l'objet de notre humeur et de notre dépit : « L'abbé d'Andigné nous conta tout ce que je viens d'écrire ; ce ne fut pas sans le quereller avec dépit, d'avoir brûlé de si précieux mémoires. » S. S. On ne gronde que les personnes contre lesquelles on ne crie pas fort, les amis , les parents, et, ce qui fait qu'on les gronde, c'est l'intérêt qu'on leur porte plutôt que l'envie de disputer, de décharger sa bile : * Quand nos amis nous manquent , il faut les gronder. » J. J.

On querelle qui peut se défendre , répondre , entrer en querelle ou en discussion , soit par son rang, soit parce qu'on ne lui impute que des torts imaginaires ou très-faibles. C'est ainsi que, ne sachant plus à qui s'en prendre d'une chose , on querelle le sort (Mol.); c'est ainsi qu'on querelle les malheureux pour se dispenser de les plaindre (Vauv.). Au contraire, on a toujours droit de gronder , soit parce qu'on a l'autorité , la supériorité, scit parce qu'on se fonde sur des griefs incontestables ou de conséquence. Un mari, un père, grondent à l'occasion de fautes commises , dont ils espèrent prévenir le retour.

— Quelquefois on querelle comme on chicane , pour rien; on ne gronde guère sans un sujet, si mince qu'il soit , sans raison au moins apparente.

Gourmander , c'est quereller ou gronder avec dureté et impérieusement, comme on fait à l'égard d'un cheval qu'on mène rudement après l'avoir 'gourmé ou à l'aide de la gourmette. On gourmande , non pas seulement comme on querelle , d'une manière vive et emportée , mais en maître, sans ménagement, d'une manière despotique , inflexible, impitoyable. C'est ainsi que Lucien et Boileau ont gourmande les vices (Fén., Boil. ). « Gourmandez-vous vous-même sans pitié sur la vie molle , oisive et amusée. » Fén. a C'est ainsi que Montaigne gourmande si fortement et si cruellement la raison dénuée de la foi, que.... » Pasg. « Alceste ne peut supporter les vices des hommes et les gourmande avec une aigreur intraitable. » Lah. « Il est fort impérieux, il veut gourmander tout le monde. »

ACAD

Tancer est familier. Il ne se dit que dans la conversation , ou en plaisantant , ou en parlant de légers défauts. « On se rassemble pour aller

à la vigne (vendanger).... Madame d'Orbe se charge de faire avertir et tancer les paresseux. » J. J.

Un paysan son seigneur offensa :

L'histoire dit que c'était bagatelle; Et toutefois ce seigneur le tança Fort rudement. Laf.

Un jeune enfant dans l'eau se laissa choir.... Le magister, se tournant à ses cris , D'un ton fort grave à contre-temps s'avise De le tancer. Id.

a En chaire on ose bien tancer de petites faiblesses et des fragilités communes; mais les passions désastreuses, les fléaux politiques, qui ose les attaquer? » Marm.

J'ai voulu prendre un peu de liberté.

Ciel! comme elle a tancé ma hardiesse ! Volt, QUITTER , ARANDONNER , RENONCER. Ne pas tenir davantage à une chose, cesser de la garder, de s'en occuper ou de la demander, a On n'était reçu dans l'Eglise qu'après avoir renoncé au monde. Entre ces deux partis on quittait celui-ci pour entrer dans celui-là : on abandonnait les maximes de l'un pour suivre celles de l'autre. » Pasc. « Les thérapeutes abandonnent leurs biens à leurs parents ou à leurs amis ; ils quittent leurs pères, leurs mères... ; ils renoncent, en un mot, à tous les attachements terrestres. » Cond.

Quitter et abandonner se distinguent nettement de renoncer. Ils peuvent exprimer une action involontaire, et se rapporter à une position mauvaise aussi bien qu'à quelque chose d'avantageux. Quitter et abandonner une position, une étude, un dessein, un ouvrage, marquent le simple fait de ne plus s'y adonner, et les choses ainsi quittées ou abandonnées peuvent être déplaisantes ou nuisibles. Au contraire, on renonce toujours volontairement, expressément, avec quelque peine, à quelque chose qui est cher ou qui doit l'être. Ce n'est plus seulement une séparation, c'est un sacrifice. On renonce à regret, en se faisant une sorte de violence, mais résolument, à une profession, à une étude, à un dessein, à un ouvrage qu'on aimait , ou bien qui rendait ou promettait beaucoup. On renonce au plaisir, à des attachements, à des espérances, ce II n'est pas si facile qu'on pense de renoncer à la vertu : elle tourmente longtemps ceux qui Vabandonnent. » J. J. « Les jeunes Athéniens quittaient père et mère , et renonçaient à toutes leurs parties de plaisir pour s'attacher à Socrate et pour l'entendre. >> Roll. a Christine, reine de Suède, vint à Paris. On admira en elle une jeune reine, qui à vingt-sept ans avait renoncé à la souveraineté dont elle était digne , pour vivre libre et tranquille. Il est honteux aux écrivains protestants d'avoir osé dire, sans la moindre preuve, qu'elle ne quitta sa couronne que parce qu'elle ne pouvait plus la garder. » Volt.

Mais voyant de ses yeux tous les brillants baisser, Au monde qui la quitte elle veut renoncer, Et du voile pompeux d'une haute sagesse De ses attraits usés déguiser la faiblesse. Mol.

La différence entre quitter et abandonner consiste en ce qu'on quitte de toutes les manières, au lieu qu'on n'abandonne que par insouciance

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