‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 718 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

fussent admis à la charge de- tribuns militaires , aucun plébéien n'y fut reçu (Roll.).

En général , admettre exprime qu'on examine , qu'on constate les titres ; recevoir ne désigne que le fait de laisser venir, de laisser prendre place. « On délibérait en plein sénat, s'il fallait admettre un dieu dans le Capitole ou non; et selon les goûts et les avis différents, ce dieu était exclu ou était reçu. » Bourd On admet une vérité démontrée; on reçoit une opinion sur parole, aveuglément. A la' Chine , les lettrés méprisent et n'admettent pas la métempsycose qui est encore reçue chez le peuple (Volt.).

Comme admettre suppose l'examen , la discussion des qualités , il se dit bien pour une société plus intime , qui demande plus de choix, ou pour une sociélé dans laquelle on entre plus difficilement. Admettre dans sa familiarité (Fén.), à ses entretiens les plus familiers (Bourd.), jusque dans son domestique (Labr.); on reçoit dans un cercle ou dans une maison tous ceux qui y sont présentés. Le roi admet à son audience les ministres étrangers , et reçoit à sa cour un personnage célèbre qui voyage. « J'ai commencé d'être admis dans des sociétés moins nombreuses et plus choisies. Je ne m'étais trouvé , jusqu'à présent, qu'à des dîners réglés, où tous les désœuvrés de Paris sont reçus. » J. J. « Grands du monde , vous ne traitez pas avec les petits et les pauvres. A peine daignez-vous les favoriser d'un regard , bien loin de 1 es admettre auprès de vos personnes et de vous familiariser avec eux.... Jésus-Christ les reçoit , et leur dispense la parole du salut. » Bourd.

On dit aussi figurément des choses, qu'elles reçoivent et qu'elles admettent. Alors la différence est toujours la même, c'est celle du fait au droit. Ce qui ne reçoit point de contradiction est incontesté ; ce qui n'admet point de contradiction est incontestable.

Recevable appartient au langage commun et se rapporte à toutes sortes de qualités qui rendent bon à recevoir : des marchandises , des offres , des excuses, des auteurs (Boss.) recevables. Admissible est plutôt un terme de palais et signifie valable, qui a le droit d'être reçu en justice, qui a pour être reçu les qualités légales nécessaires. Des moyens de requête ou des moyens de faux sont jugés admissibles.

RECEVOIR, — ACCEPTER, AGRÉER. Prendre un don ou ce qu'on veut nous donner.

Recevoir exprime simplement ce fait ou cette action; accepter et agréer y ajoutent l'idée de consentement, a Le Sauveur veut aller dans la maison du centenier , et le centenier ne croit pas pouvoir accepter cet honneur. Il est prévenu pour le Messie d'une idée si haute et d'un respect si profond, qu'il ne peut même consentir à recevoir sa visite. » Bourd. Ainsi accepter, et il en est de même d'agréer, c'est consentir à recevoir.—Recevoir est le mot propre, quand on parle de choses pour lesquelles le consentement va sans dire; on reçoit, par exemple, des grâces ou des bienfaits, au lieu qu'on accepte ou qu'on agrée des offres de services. C'est aussi le seul mot convenable quand il est question de choses

qu'on laisse venir à soi , sans toutefois se porter volontairement à les prendre : un juge reçoit quelquefois des présents , qu'il ne veut pas paraître accepter ni agréer. En ne refusant pas , on reçoit; pour accepter ou agréer ,. il faut donner une approbation expresse. On peut donc recevoir sans accepter ni agréer. — D'autre part , on peut accepter et agréer sans recevoir, c'est-à-dire sans entrer en possession. Vous n'avez fait qu'autoriser ce que vous avez accepté ou agréé; vous avez dans vos mains, vous tenez ce que vous avez reçu. Accepter une lettre de change ou un combat, accepter ou agréer des offres de services ou même des services, accepter ou agréer quelqu'un pour gendre, signifient, par rapport à recevoir, des faits préparatoires ou préalables qui ne sont pas immédiatement suivis et qui peuvent même n'être jamais suivis de l'effet. ccAu jour de la Purification, Jésus-Christ ne reçoit pas encore dans le temple le coup de la mort , mais il l'accepte , mais il s'y prépare , mais il s'y dévoue. » Boss.

Accepter et agréer ne diffèrent pas moins entre eux. Nous acceptons toutes sortes de choses, et, par exemple , des conditions très-dures qu'il nous faut subir : nous n'agréons que les choses qui sont de notre goût , que nous trouvons bonnes ; en sorte qu'agréer, c'est avoir pour agréable, accepter bien volontiers. On peut accepter par la nécessité d'obéir (Mol.), avec soumission et résignation (Bourd.); on agrée toujours avec plaisir. Agréer enchérit donc en un certain sens sur accepter. « Les Mages de l'Orient offrirent au Sauveur des présents qu'il accepta et qu'il agréa. » Bourd. « L'exemple de Jésus-Christ doit nous préparer aux affronts et aux mépris. Qu'est-ce que de nous y préparer? Est-ce d'accepter de la main de Dieu et volontairement tout cela ? Ce n'est point encore à quoi je me borne; d'agréer tout cela , de l'honorer , d'en faire gloire et de le rechercher? Voilà le point où nous devons tendre. » Id. — Accepter est plutôt un terme d'affaire : dans nos transactions , nous acceptons ce qui nous est proposé d'avantageux pour nous. Agréer appartient plutôt au langage du sentiment : dans nos rapports de société , nous agréons ce que les autres font pour nous plaire , leurs soins , leurs attentions , leurs témoignages d'affection et d'estime. « Dieu agréa les victimes d'Abel, et eut en horreur celles de Caïn. » Bourd.

RECHUTE, RÉCIDIVE. Action de retomber, de retomber dans le même mal.

La rechute est une seconde chute, et la chute consiste à choir, à être porté de haut en bas de j manière à se blesser, ou bien c'est une faute, principalement envers Dieu, une faiblesse. Aussi i rechute est-il un terme de médecine et de morale : un malade ou un pécheur fait une rechute. Récidive, formé du latin recidere, retomber, est un terme de jurisprudence et de lois pénales : un coupable, un délinquant fait une récidive.

La rechute est une maladie du corps ou de l'âme , qui nuit à la perfection de l'un ou de l'autre. « Le fils d'Ulysse se retira dans sa tente, honteux de sa faute. Il gémissait de sa prompti-

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

tude.... Il reconnaissait que la véritable grandeur n'est que dans la modération.... Il le voyait; mais il n'osait espérer de se corriger après tant de rechutes. » Fén. « Le souvenir de sa précédente bassesse peut servir de préservatif contre uue rechute. Hier on était abject et faible , aujourd'hui l'on est fort et magnanime. » J. J. « Si tout cela n'a pu prévenir sa première faute (infidélité de Sophie) , qu'est-ce qui préviendrait des rechutes qui ne coûtent plus rien? » 1d. «. Nous sommes consternés de nos rechutes, et devoir que nos malheurs mêmes n'ont pu nous corriger de nos défauts. » Vauv. « Peu s'en fallut que Mlle d'Hamilton ne lui causât une rechute de tendresse. » Ham. « Cacher ses rechutes fréquentes (à un confesseur) pour cacher la grandeur de son péché. » Pasc. Bossuet a fait un sermon sur les rechutes.

La récidive , uniquement relative à l'âme , est un délit, une faute sociale et par conséquent punissable selon la loi ou l'opinion. « Il n'y a point en France de loi expresse qui condamne à mort pour des blasphèmes. L'ordonnance de 1666 prescrit une amende pour la première fois, le double pour la seconde, etc., et le pilori pour la sixième récidive. » Volt. « Don Quichotte déchargea sur la tête du fils du concierge un terrible coup de ses menottes, il allait même recommencer , quand le concierge prévint la récidive par une demi-douzaine de gourmades. » Les. « L'Académie avait averti l'abbé de Saint- Pierre de ne plus retomber dans la même faute (savoir de parler contre le feu roi) : ainsi les nouveaux traits contre Louis XIV, répandus dans le Discours sur la polysynodie , étaient regardés comme une récidive et comme un oubli impardonnable du repentir qu'il avait paru témoigner.» D'Al. « L'abbé Trablet dit que s'il avait eu tort au sujet de la Henriade (en la critiquant), il avait le nouveau tort de persister. Néanmoins il prit ses précautions pour que cette petite récidive ne lui fût pas aussi nuisible que sa première faute. » Id.

La rechute est plutôt un malheur ; on en gémit ou on en est honteux. La récidive, plus dépendante de la volonté, suppose aussi plus de malice et plus d'obstination.

1° RÉCOMPENSE , PRIX, RÉMUNÉRATION; — 2° RÉTRIBUTION , HONORAIRE , SALAIRE , PAYE , SOLDE , GAGES , APPOINTEMENTS, TRAITEMENT, ÉMOLUMENTS , PENSION. Avantage qui arrive ou qu'on fait à quelqu'un en retour d'un bien fait par lui.

Récompense , prix et rémunération marquent ou supposent des avantages de toutes sortes , tels que des objets désirés ou désirables quelconques, des plaisirs, la santé, des couronnes, des ap^ plaudissements , la main d'une femme , des honneurs, l'estime, la paix de l'âme, l'approbation de la conscience, les félicités ou la gloire du ciel. Mais tous les mots qui suivent désignent un avantage exclusivement pécuniaire, ou de l'argent. Le guerrier, l'homme qui expose sa vie pour défendre la patrie , obtient souvent en récompense ou pour prix de ses services du butin, des distinctions , de la gloire , des acclamations

et des félicitations publiques, expression de la reconnaissance universelle ; l'Ëtat , du reste pourvoit à sa subsistance par une paye, une solde , des appointements , une pension. « Annibal promettait aux troupes auxiliaires, outre leur paye ordinaire , de grandes récompenses à prendre sur les dépouilles des ennemis. » Roll.

1° Récompense , prix, rémunération.

Récompense et prix diffèrent en ce que l'un a une signification générale et vague, et l'autre une signification particulière et précise. La récompense est l'action ou l'effet de l'action de récompenser, tout ce qu'on donne par compensation ou par reconnaissance. Le prix, proprement ce qu'on donne ou ce qu'on rend pour une marchandise, la valeur vénale d'une chose, est une récompense arrêtée, fixe. Cette distinction est confirmée par la différence même de genre des deux mots, l'un féminin, l'autre masculin. La récompense est l'objet de notre espérance , et le prix l'objet de notre espoir. On mérite , on reçoit , on obtient récompense et non pas prix , mais un prix ou le prix: le mot prix veut toujours être déterminé par l'addition de l'article. «Jésus-Christ nous fait entendre que la gloire future est une récompense, et que cette récompense est surtout le fruit et le prix des souffrances.» Bourd. — La récompense est due et se donne au mérite; le prix, à la valeur, qui est chose plus facile à apprécier nettement que le mérite. « Il semblait que César ne conservât tant de richesses que pour en faire la récompense du mérite et le prix de la valeur. » Vert. « Il semblait qu'Alexandre ne conservât ces trésors de la Perse que pour en faire le prix de la valeur et la récompense du mérite. » Roll. Les récompenses sont , comme le mérite , quelque peu indécises et arbitraires, variables et dépendant du bon plaisir. Les prix , au contraire , sont réglés et constituent une véritable dette et un véritable droit. «L'enfant doit concevoir que les plaisirs et les douceurs sont les suites naturelles de la sagesse et de la bonne conduite , et ne les pas regarder comme des récompenses arbitraires qui peuvent dépendre du caprice , et qui , dans le fond , ne doivent jamais être proposées pour l'objet et le prix de l'étude et de la vertu.» J. J. Vous donnez une récompense honnête à qui vous rapporte un objet perdu ; vous payez à un marchand le prix de sa marchandise. Ce que vous donnez à un domestique pour vous servir, selon des conventions primitives, est le prix de ses services; ce que vous y ajoutez quelquefois de votre plein gré, quand vous êtes content, est la récompense de ses bons services ou de ce qu'il vous a bien servi. Les vainqueurs aux jeux de la Grèce remportaient des prix, et obtenaient, en outre, pour récompenses des applaudissements et différentes sortes d'honneurs (Roll.). — Vous donnez une récompense , c'est équité, et le prix convenu , c'est justice. On obtient , on reçoit une récompense ; on gagne, on remporte vm prix. La récompense est réservée, et le prix proposé à celui qui fait bien. Il est rare qu'un service rendu à la patrie reste sans récompense; à la Chine il n'y a point d'action patriotique qui n'ait un prix que les lois y ont affecté.

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