DEUXIÈME PARTIE
mais ils comprennent de plus ou ce sont uniquement des profits éventuels et variables. « Louis XIV fixa les épices des juges, les cas où il leur est permis de s'en attribuer, et les cas où il leur est défendu de prendre ces émoluments. » Volt. cc^Sous Philippe de Valois , une grande partie de nos revenus consiste , disaient les prélats , dans les émoluments de nos justices. » Cond. « Secrétaire général des galères , Campistron négligea même les émoluments considérables qu'il lui était le plus légitiment permis de tirer de cette place.» D'Al. — D'ailleurs émolument, latin emolumentum, est vieux. Il ne se dit plus guère que quand il est question d'usages anciens. « Ceux qui obtinrent les fiefs , en tirèrent tous les fruits et tous les émoluments, dont les plus considérables étaient les profits judiciaires (freda). » Montesq..
Pension.
La pension, de pensio , payement, est aussi de l'argent, de l'argent donné, non pas une seule fois comme la rétribution, Yhonoraire et le salaire, mais par année ou par quartiers, comme les appointements ou le traitement, par exemple. Son caractère particulier , c'est qu'elle n'est pas le prix d'un service , ou au moins d'un service actuel, mais une récompense toute gratuite, ou une récompense accordée à un ancien serviteur ou à un ancien fonctionnaire. Autrefois c'était une pure gratification réglée et annuelle , viagère ou réversible ; aujourd'hui , c'est un supplément de traitement, ce qu'on donne pour remplacer le traitement à une personne qui quitte le service , ou à une personne après qu'elle aura quitté le service ; pension de retraite ou de réforme ; faire une pension au précepteur de ses enfants. « Je donnerai au précepteur ma table avec cinquante pistoles d: 'appointements, et peut-être, l'éducation finie, lui ferai -je avoir un bénéfice, ou le gratifierai-je d'une petite pension viagère. » Les. La dépense de Mme de Maintenon n'était qu'en bonnes œuvres et en gages de ses domestiques. Outre les- appointements de seconde dame d'atour de Mme la dauphine Bavière, elle avait du roi quarante-huit mille livres de pension (S. S.).
RECTITUDE, DROITURE. Qualité d'être droit ou non courbe,, d'aller à un but sans détour,, sans obliquité.
Rectitude, latin rectitudo, se dit seul au propre, surtout en termes de sciences. « La plupart des modernes- croient que la transparence est l'effet de la.reclitude des pores. » Montesq. « Les caractères communs à ces quatre familles d'oiseaux sont la longueur du cou et la rectitude du bec. » 3uff. « Un moyen pour connaître la rectitude d'une ligne, c'est d'examiner si les points de cette ligne se cachent les uns les autres, quand l'œil est placé dans son prolongement. » (Eléments de géométrie). D'Al. « Le soleil, quoique éclipsé, et malgré sa défaillance , ne laisse pas de conserver la rectitude de son mouvement. » Bourd. « Ces chemins (chez les Romains) étaient tirés en ligne droite.... Des pierres étaient placées de mille en mille , et portaient leur numéro. Cette rectitude des lignes, et ces divisions, en parties assez petites par rapport à la longueur totale , rendaient les mesures itinéraires fort sûres. » Roll. — Droi~
ture , formé de directus , direct , n'est d'usage qu'au figuré.
Mais comme rectitude s'emploie aussi au figuré , quelle différence le sépare alors de son synonyme ? Il se rapporte à la faculté théorique ou spéculative, à la faculté de savoir, à l'intelligence , à l'esprit , au jugement ; au lieu que la droiture regarde la pratique , la faculté de vouloir, d'agir, ou la conduite. La rectitude est d'un bon esprit; la droiture, d'un cœur honnête. La rectitude marque de la justesse, « N'ayant rien appris dans son enfance , l'Ingénu n'avait point appris de préjugés; son entendement n'ayant point été courbé par l'erreur, était demeuré dans toute sa rectitude. » Volt. « Pourquoi les définitions sont-elles si fautives dans l'application? Est-ce erreur nécessaire, défaut de rectitude dans l'esprit humain? » Buff. « Il ne dépend pas de nous de donner à nos jugements une rectitude constante. » Lah. « C'est surtout à la solidité du jugement et à sa rectitude qu'il faut nous attacher. » Marm. La droiture marque de la justice. On dit la droiture de la volonté (Fén.) , du cœur (Id. , Mass., Bourd.), des intentions (Labr., Marm.), des actions (Bourd.), des mœurs (Marm.). « Il a autant de rectitude dans l'esprit que de droiture dans le cœur. » Acad.
Ce n'est point encore assez ; car le mot rectitude se prend lui-même quelquefois dans le sens moral. Dans ce cas, ce qui le caractérise, c'est qu'il est absolu , au lieu que droiture est relatif. Cela tient à la terminaison de ces deux termes : celle de rectitude exprime l'état ou la manière d'être; et celle de droiture, l'effet, le produit, le résultat d'une action. On dit la rectitude de la règle , et la droiture de ce qui est fait conformément à la règle; la rectitude , mais non pas la droiture , est une qualité constante, immuable, parfaite. « Dieu est la règle : comme cette règle est parfaite, droite parfaitement, sans la moindre courbure , tout ce qui n'y convient pas y est brisé et sentira l'effort de l'invincible et immuable rectitude de la règle. » Boss. « Dieu a fait l'homme droit , dit le sage. Cette rectitude de l'homme consistait à aimer Dieu de tout son cœur.... Voilà la droiture et la rectitude de l'âme : voilà l'ordre ; 'voilà la justice. » Id. « Ce plaisir naît, non de la ferveur inquiète et toujours changeante des désirs de l'âme , mais de la rectitude immuable de sa conscience. » Id. « Redresser ses inclinations corrompues selon la rectitude de la règle divine. » Nie. a L'homme sera bon , si rien n'altère en lui la rectitude du sens intime. » Marm. Philinte dit à Alceste dans le Misanthrope.
Mais cette rectitude, Que vous voulez en tout avec exactitude , Cette pleine droiture où vous vous renfermez , La trouvez-vous ici dans ce que vous aimez?
Mol.
RECUEILLIR, RÉCOLTER. Prendre, ramasser dans le lieu de leur production les fruits d'une terre ou de la terre , et les serrer.
Récolter est un mot nouveau qui n'a été admis dans le Dictionnaire de l'Académie qu'en 1TG2 et que rejetait Voltaire. Il vient de récolte , formé
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
lui-même du participe recoïlectus ,. de recolligere , qui est justement le radical de recueillir.
Recueillir est ici un mot général et vague; récolter , le terme propre et précis. On recueille , comme on rassemble, non-seulement des biens de la terre , mais encore beaucoup d'autres choses , telles que des raretés , des suffrages , des nouvelles, des débris, des sentences, des faits, etc. ; récolter, au contraire, comme moissonner et vendanger, appartient exclusivement au langage de l'économie rurale , et il n'y est applicable qu'à ce qui croît et pousse à la surface du sol : au lieu qu'on recueille des laines , des soies , du sel, on récolte du blé, des graines, des foins, du vin. Et même pour ce qui regarde ces dernières denrées, on ne les récolte véritablement que quand on les recueille en masse , sur pied , dans la saison de leur maturité, en faisant l'opération de l'agriculture qui termine toutes les autres : le glaneur recueille, et ne récolte point; de même, anciennement, le décimateur recueillait du blé ou du vin qu'il n'avait pas récolté.
Récolter est tellement spécial , tellement un terme d'art, purement significatif d'un des travaux de la culture , qu'il ne s'emploie point au figuré comme recueillir. Aussi ne pourrait-on le substituer à recueillie dans la phrase, suivante. « Vous avez beaucoup semé , et vous avez peu recueilli : c'est-à-dire vous vous êtes bien tourmentés , vous avez bien fait des efforts , il vous en a coûté bien des bassesses , et tout cela s'est terminé à une vaine et misérable fortune. » Bourd. Les productions que récolte le cultivateur sont le prix ou le fruit qu'il recueille, de ses sueurs et de ses dépenses..
Par la même raison, on dira d'une manière générale , absolue , sans rapport à rien qui ait eu lieu, et pour marquer la nature des productions d'un pays : on y recueille du blé, des fourrages , du vin; et, dans un cas particulier où il s'agira d'exprimer une récolte effective , qui a été telle ou telle : on y a récolté cette année beaucoup de blé, peu de fourrages , d'excellent vin.
RECULER, RÉTROGRADER. Aller en arrière.
A proprement parler, reculer, c'est aller en arrière, ce mot n'indiquant qu'une direction, la direction opposée à celle du visage ; et rétrograder , c'est retourner en arrière ou sur ses pas, reprendre en sens contraire le chemin qu'on avait fait. Le canon, au moment de son explosion, recule; on recule pour mieux sauter; on recule d'épouvante ou d'horreur; dans le ris, les deux coins de la bouche reculent (Buff.). « Les Carthaginois l'emportaient sur les> Romains par la légèreté de leurs vaisseaux, par l'adresse et la facilité qu'ils avaient tantôt à approcher , tantôt à reculer. » Roll. Mais une armée rétrograde quand, s' étant avancée jusqu'à un certain endroit , elle se remet en marche vers le point d'où elle était partie. « A suivre la marche de Moïse dans les déserts de Sur , de Sin , d'Oreb , et à le voir rétrograder jusque vers l'endroit d'où il était parti , il serait difficile de le regarder comme un grand capitaine. » Volt. « A peine eus-je fait quelques pas que je m'arrêtai. Je fus saisi de terreur; je rétrograde, je sors, je me mets à fuir
tout tremblant. » J. J. « Chaque chose a son période, où elle n'est pas plutôt parvenue qu'elle rétrograde, et je n'aimerais point une vertu qui reviendrait sur ses pas. » Dest. La chose qui recule était en repos , n'avait point commencé à se mouvoir ; la chose qui rétrograde avait déjà fait des pas en avant. Vous faites reculer une voiture qui stationne, afin de l'éloigner et de débarrasser la place ; vous faites rétrograder une voiture qui est venue , en la renvoyant dans le lieu d'où elle est venue. Un jour qu'on devait représenter pour la première fois le Mariage de Figaro , six cents voitures défilaient de tous les quartiers de Paris , lorsqu'à onze heures un ordre du ministre les fit toutes rétrograder : défense de jouer la pièce (Lah.). — D'ailleurs , on recule d'ordinaire en marchant à reculons , sans se retourner ; mais on ne peut rétrograder qu'après avoir exécuté un mouvement de conversion : « L'éléphant peut à peine tourner la tête ; il ne peut se tourner luimême , pour rétrograder, qu'en faisant un circuit. » Buff.
Au figuré , même différence.
Qui recule évite , saigne du nez, n'ose entreprendre ou en venir au fait ; qui rétrograde cesse d'avancer et prend une marche contraire. « Le régent voulut que Law et le duc de Noailles se raccommodassent : Law s'y présenta de bonne foi, Noailles ne put reculer. » S. S. « Les gens sensibles commencent par ne suivre que leurs penchants et finissent par vouloir rétrograder, quand leur raison les avertit qu'ils s'égarent. » J. J. Ce peut être par lâcheté qu'on recule, et par inconstance qu'on rétrograde.
Une autre différence tient à ce que les deux verbes n'ont pas la même noblesse. Reculer est un mot vulgaire , parce qu'il a pour radical un des termes les plus bas de notre langue; au lieu que rétrograder a une origine relevée , il vient immédiatement du latin retrogradior. a Le prophète Isaïe demande à Ëzéchias s'il veut que l'ombre de son cadran au soleil avance ou recule de dix lignes; îe malade répond : Je veux qu'elle recule.... Dans la suite, il y eut des savants juifs. Ils n'auraient pas fait rétrograder le soleil comme Isaïe. » Volt. En conséquence, on dit reculer en parlant d'affaires , de choses communes , et rétrograder en littérature, en matière de spéculations , dans le plus haut style. « Il faut que les enfants récitent les temps des verbes tantôt de suite, tantôt en rétrogradant. » Roll. « Quelques esprits singuliers veulent qu'on étudie l'histoire en rétrogradant , c'est-à-dire en remontant de notre âge jusqu'aux siècles les plus éloignés.» D'Ag. « Avec cette méthode , on avance peu (dans l'éducation des enfants) , mais on ne fait jamais un pas inutile , et l'on n'est point forcé de rétrograder. » J. J. « Faisons maintenant une pause, et rétrogradons pour voir ce qui s'était passé hors de l'Espagne depuis le commencement de cette année. » S. S. « Jean-Baptiste Rousseau s'avisa dans ses Épîtres de rétrograder jusqu'au seizième siècle (en remettant en vigueur le style marotique). » Lah. «Danton succomba, et de vait succomber avant Robespierre : il rétrogradait dans le crime, et Robespierre y avançait