‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 726 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

pent avec le monde , qui quittent tout pour vaquer à leur salut , pour se consacrer particulièrement à Dieu , pour vivre dans la retraite , qui sont de toutes les bonnes œuvres , qui lèvent l'étendard de la piété (Mass.) , qui en font profession, sans pourtant prendre l'habit. La différence est donc bien grande entre la dévotion et la religion , puisque celle-ci réside dans l'âme et n'en sort pas ; la piété tient le milieu. « Le comte de Roucy était plus religieux, quoique moins dévot que sa femme qui l'affichait , et lui le contraire.» S. s. — En conséquence, dévotion se prend souvent en mauvaise part pour marquer un excès , ou bien une religion ou une piété purement apparente. « Jamais tant d'extérieur de dévotion , et jamais peut-être moins de piété. » Mass. a Nul autre motif ne me fait agir, que celui d'empêcher que les vaines dévotions ne prévalent contre l'ancienne piété, enseignée par saint Augustin et par saint Thomas. » Boss. « La distinction entre la vraie piété et la fausse dévotion, si solidement établie (dans le Tartufe) par Cléante. » Lah. « Un des plus beaux morceaux du Tartufe est celui où Molière fait l'éloge de la piété chrétienne , de la vraie dévotion. » Id. <* J. B. Rousseau affectait un ton de dévotion très-propre à lui concilier tous ceux qui croyaient favoriser en lui la cause de la religion, sans songer que la piété véritable n'écrit point de méchancetés. » Id. a On a dit d'un prince de nos jours, très-respectable, très-pieux, très-bienfaisant, très-indulgent pour les autres, et par conséquent ennemi de la persécution et du fanatisme , qu'il était religieux , et non pas dévot. Ce mot, plein de sens, est digne d'être médité par les dévots non religieux. » D'Al.

Avec de la religion , on est pénétré du sentiment de ses devoirs envers Dieu : tels peuvent être les philosophes et les gens du monde. La piété nous fait aimer et adorer Dieu ; on n'est pas pieux sans l'habitude de prier avec ferveur et de fréquenter les temples. La dévotion nous dévoue à Dieu, nous fait donner à lui exclusivement, tout entiers.

La religion est plus dans le cœur qu'elle ne paraît au dehors. La piété est dans le cœur et paraît au dehors. La dévotion paraît au dehors, mais sans être toujours dans le cœur (Gir.).

REMÈDE, MÉDICAMENT. En latin remedium, medicamentum , dont la racine commune est mederi , guérir , d'où vient aussi medicus , médecin, celui qui guérit. C'est ce qu'on emploie pour guérir quelque mal.

Dans remède, re marque le rétablissement de la santé, le retour à l'état sain ou normal; et dans médicament la terminaison ment annonce un résultat, exprime quelque chose de fait et de donné pour guérir.

Tout ce qui guérit le mal est remède ; il n'y a de médicaments que les matières ou les mixtipns artificiellement composées , préparées et administrées pour produire cet effet. La diète, l'exercice , le bon air , la gaieté , la patience , l'eau , surtout certaines eaux minérales , le lait , la saignée , les simples, telles qu'on les recueille, sont des remèdes , et non des médicaments ; les médicaments sont des produits d'une certaine indus-

trie de l'homme. La nature fournit ou suggère les remèdes : le pharmacien fait , apprête les médicaments. <c Le médecin Hyghens connaissait bien les simples et les remèdes dont il savait faire usage, et la composition des médicaments comme le meilleur apothicaire et comme un bon chimiste. » S. S. « Les anciens ont vanté, comme médicament , la graisse d'oie que l'on préparait à Comagène avec, un mélange d'aromates; et Wilhughby prétend trouver, dans la fiente d'oie, le remède le plus sûr de l'ictère. » Buff.

Ce qu'on considère dans le remède, c'est l'effet, la force , l'efficacité ; -et dans le médicament, c'est sa composition , ce qui y entre , ou bien l'application qu'on en fait. « Le médecin lui dit qu'il avait un remède dont le succès était prompt et infaillible, mais qui était fort violent.... Il applique donc sur ses yeux son médicament, où il avait fait entrer du suc de cantharides. » Roll. « Si l'on fuit toutes sortes de médicaments lorsqu'on est en santé, l'usage des médicaments sera plus désagréable et plus pénible dans la maladie. D'un autre côté , si l'on s'accoutume trop aux remèdes, ils perdront de leur force et de leur effi cace quand on en aura un besoin réel. » D'Al.

Remède a une étendue de signification beaucoup plus grande : il est le seul de ces deux mots qui se dise au figuré comme au propre , au moral comme au physique, et en parlant de l'âme comme en parlant du corps. « A force de médicaments on guérit les plus profondes blessures, et on en tire tout le venin; et à force d'employer les remèdes que fournit un confesseur, il n'y a point de passion si violente dont on n'amortisse peu à peu l'ardeur. » Bourd.

REMPART , BOULEVARD. Fortifications élevées autour d'une place; au figuré, abri, soutien, ce qui protège ou sert de défense.

Le rempart , rem parât , prépare la chose , la met en état de résister; ou bien, comme le renfort {re en fort) donne beaucoup de force, le rempart (re en parer) pare efficacement, c'est-àdire met à couvert contre les assauts. Boulevard, allemand bollicerk , veut dire peut-être ouvrage , werk, contre les balles ou les boulets, suivant l'étymologie de Nicod ; ou bien , comme le croit Voltaire, boulevard, écrit d'abord boulever ou bouleverd , vient de boule sur le verd , parce que le peuple de Paris jouait à la boule sur le verd ou le gazon du rempart.

Le rempart se conçoit comme quelque chose d'élevé, mais de simple. Une muraille, une barrière, est un rempart. « Les eaux minent peu à peu les voûtes et les remparts des cavernes souterraines. » Buff. « Les habitants de Catane ont construit de très-fortes murailles de cinquante pieds de hauteur; et, environnés de ces remparts, ils se sont crus en sûreté contre les laves du volcan. » Id. Le boulevard est proprement un ouvrage de fortification disposé en terrasse et placé devant le rempart pour le protéger; ou c'est le rempart avec cette addition, ainsi compliqué; ou c'en est seulement le terre -plein, le talus , la surface supérieure plus ou moins étendue, a Les montagnes de Frisland sont entièrement couvertes de neige ; et toutes les côtes , de

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

glace , comme d'un boulevard qui ne permet pas d'en approcher. » Buff. «Les montagnes du Pérou semblent être quelquefois des fortifications formées de longues courtines munies de boulevards. » Id. On arrive au pied ou au haut du rempart; on se promène sur le boulevard. Le rempart est plus ou moins haut : « Le prince de Conti se présente au pas de Villefranche , rempart du Piémont, haut de près de deux cents toises. » Volt. Sur le boulevard se passe tel ou tel événement : « Gloire à ces guerriers morts sur des boulevards inaccessibles, r, Mass.

Au figuré , comme au propre, le rempart est peu étendu. Un homme se fait un rempart, et non pas un boulevard, du corps d'un autre homme, d'un tronc d'arbre, d'un rocher, d'un simple buisson. Il suffit d'une ville pour servir de rempart à un pays, <c Cette place est le rempart de toute la province. » Acad. a La ville d'Azof servit aux Russes de rempart contre les Turcs. » Cond. Le boulevard, au contraire , est quelque chose de grand ; il ne faut rien moins pour former le boulevard d'un pays qu'une ligne de places fortes , une vaste forêt , une chaîne de montagnes ou toute une contrée. « La Hollande, ce boulevard que nous avions élevé nous-mêmes contre l'Espagne, tombe sous nos coups : ses villes n'ont plus de murs à l'épreuve de 'la bravoure française. » Mass. a Le reste de la Hongrie n'était encore à la. maison d'Autriche d'aucune ressource, mais c'était toujours un boulevard des États autrichiens.» Volt. Voltaire dit aussi dans une épître, en parlant des Alpes :

Le voilà ce théâtre et de neige et de gloire ,

Éternel boulevard qui n'a point garanti Des Lombards le beau territoire.

D'un autre côté, le rempart couvre ou préserve plutôt une seule personne ou une seule chose. « On amasse les revenus de l'Église pour s'en faire un rempart contre les accidents à venir. » Bourd. « Se former l'esprit au goût du bon et du solide pour s'en faire un rempart contre l'attrait des plaisirs et l'habitude de la dissipation.» S. S. Le rempart de la liberté (Boff. , Marm. , Vert. , Lah.) , de la religion (Gond.) , de la pureté ou de la continence (Bourd.). Le boulevard , au contraire, fait la sûreté de toute une société d'hommes. aWalstein paraissait le seul boulevard de l'empire. » Cond. oc Marius fut la terreur des barbares , le boulevard de la patrie. » Lah. « L'art a inventé, dit Démosthène aux Athéniens, pour la garde et pour le salut des villes, diverses défenses de toute espèce, remparts, murailles, fossés et autres ouvrages semblables; mais la nature ceint et environne les sages d'un boulevard commun qui les couvre de tous côtés, et qui pourvoit au bien et au salut des États. Quel est donc ce boulevard ? C'est la défiance. » Roll.

Enfin, il semble que boulevard se prenne plutôt en mauvaise part. Serait-ce parce qu'il vieillit dans le sens où nous le considérons ici? «On voulait que la Bastille fût détruite, en haine de ce despotisme dont elle était le boulevard. » Marm. « L'Encyclopédie fut le boulevard de tous les ennemis de la religion et de l'autorité. » Lah.

« Les luthériens regardaient la scholastique comme le boulevard de tous les abus. » Cond. « La justice des duels judiciaires n'était que le boulevard des criminels les plus hardis » Id.

RENAISSANCE, RÉGÉNÉRATION. (PALINGÉNÉ- SIE). Nouvelle existence.

Le premier de ces mots est français, quoique formé du latin renasci, renaître; le second est tout latin, car on a dit en latin régénérâtio.

Ils diffèrent donc d'abord en ce que l'un est plus commun que l'autre. Renaiss-ance appartient à la langue ordinaire; régénération est du style particulier de la théologie et de celui de la médecine. On dit la renaissance des lettres (Acad. , Cond.) , de la philosophie , de la peinture , de la sculpture, de la poésie, de la musique (d'Al.), du printemps et de la verdure (Acad. , Marm.). Mais en théologie on appelle régénération une transformation spirituelle opérée par la grâce du baptême (Mass., P. R. , Volt.), et en médecine on admet la régénération des chairs et de certaines humeurs (Boss.).

Ils diffèrent aussi quant à l'idée : renaissance fait concevoir celle d'une réapparition, d'un retour à l'être , et régénération celle d'un travail intérieur semblable à celui qui a lieu quelquefois , dans l'âme suivant la religion , et au sein du corps suivant les médecins. La renaissance de Rome (Roll.) après l'expulsion et l'extermination des Gaulois fut due à Camille ; Massillon dépeint quelque part la régénération , le renouvellement des pécheurs en qui Dieu crée de nouveau l'homme céleste, et la vie de la grâce éteinte dans leur cœur. C'est par la renaissance de toutes les vertus que s'opéra la régénération de l'enfant prodigue.

Enfin renaissance se prend en mauvaise comme en bonne part; au lieu que régénération, le contraire de dégénération , se prend plutôt en bonne : on dit la renaissance d'une hérésie (Boss.), c'est-à-dire sa reproduction, et la régénération d'un peuple (Acad.), c'est-à-dire sa réformation, son amélioration, son perfectionnement '.

RENCONTRE (ALLER À LA), ALLER AU-DEVANT. Se porter vers quelqu'un qui vient.

Aller à la rencontre est agressif, et implique l'idée d'hostilité, d'opposition et de lutte -..on va à la rencontre d'un ennemi pour le combattre, pour le repousser. Rencontre signifie dans une de ses acceptions le choc de deux corps de troupes; et aller à V encontre de quelque chose, c'est

^ . Palingênêsie est grec, ayant été composé de tzv.- Atv, de nouveau, et de yéye&tç, naissance, génération. Aussi est-ce un terme didactique employé en parlant d'une fable de l'antiquité savante , la renaissance du phénix, ou quand il est question de ce que pensaient et disaient les philosophes anciens : ce Certains philosophes anciens admettaient la palingênêsie universelle. » Acad. Des philosophes modernes, Bonnet et Ballanche, ont donné le titre de Palingénés à des ouvrages de leur composition sur des sujets généraux et tout métaphysiques : Palingênêsie philo* sophique , Palingênêsie sociale.

Page 1