‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 727 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

s'y opposer, y être contraire. « La pie voit elle approcher une corneille , elle vole aussitôt à sa rencontre, la harcèle et la poursuit sans relâche.» Buff. « L'engoulevent vole à la rencontre des insectes , dont il fait sa proie , et qu'il semble engouler par aspiration. » Id. ce Solon. alla à la rencontre des Mégariens qui s'étaient mis en campagne, et il leur donna bataille. » Fén. «Og, roi de Basan, vint aussi à main armée à là rencontre des Israélites, et ils le taillèrent en pièces.» Boss. «Une multitude effroyable d'Allemands s'étant jetés dans les Gaules pour s'en emparer, Clovis fut à leur rencontre à Tolbiac. Il se donna là une sanglante bataille. » Id. «. Louis VI entra à main armée dans la Normandie : les Normands allèrent à sa rencontre; et les deux armées s'étant trouvées en présence, il y eut une grande bataille. » Id. a Qui est le roi qui, ayant à faire la guerre contre un roi , ne songe pas auparavant s'il pourra marcher avec dix mille hommes à la rencontre de celui qui en a vingt mille?» Id. a Mardonius ne craignait pas d'assurer qu'aucun peuple de la Grèce n'oserait venir à la rencontre de Xerxès , qui marchait avec toutes les forces de l'Asie. » Roll. «Les troupes (romaines) s'avancèrent jusqu'à quatre lieues au delà de Rome pour aller à la rencontre de l'ennemi (les Gaulois), qu'elles joignirent à la rivière d' Allia.» Id. «Cyrus marcha vers Sardes. Crésus n'attendit pas qu'il l'y enfermât; il sortit à sa rencontre avec ses troupes pour lui livrer bataille » Id. « Hippias (lieutenant de Persée) marcha à la rencontre du consul Marcius, qui s'avançait avec toute son armée, harcela ses troupes, et les incommoda fort par les fréquentes attaques qu'il leur donnait. » Id.

Aller au-devant se distingue, au contraire, par l'idée de prévenance , et suppose des intentions bienveillantes ou respectueuses : on va audevant de quelqu'un pour l'assister ou pour lui rendre hommage , lui faire cortège , lui marquer de l'empressement, de la soumission, de la déférence- « Le père de famille, voyant son fils faible , exténué, agité, et hors d'état presque de se soutenir, court au-devant de lui. Il court, il se hâte d'aller au-devant pour le soutenir.» Mass. «C'est alors, grand Dieu, que, loin d'être insensible à nos gémissements, et de dédaigner nos prières, vous venez au-devant de nous avec toute l'abondance de vos consolations et de vos grâces. » Id. ce II est insensé de courir encore après ce qui vous fuit (le monde) , et de vous obstiner à fuir un Dieu qui court au-devant de vous. » Id. «Métellus revint à Rome : toute la ville sortit au-devant de lui , et son retour fut un véritable triomphe. » Vert. « Quand l'empereur Charles IV arriva à Paris, le roi (Charles V) fut au-devant de lui, accompagné des princes du sang; l'entrée fut magnifique. » Boss. «Comme le comte de Dunois amenait un second convoi (dans Orléans) , la Pucelle fit une sortie pour aller au-devant de lui, et le conduisit dans la place. » Id. ce Comme le maréchal de Foix approchait de Milan , Lautrec fut obligé d'envoyer au-devant de lui une partie de l'armée pour l'escorter. » Id. a Hiéron alla avec sa flotte toute équipée au-devant de T. Sem-

pronius qui était arrivé à Messine , pour offrir ses services au consul. » Roll. ce Après ces expéditions, Annibal retourna à Carthage. Toute la ville sortit au-devant de lui , et le reçut au milieu des cris de joie et des applaudissements. » Id. a Les Scythes poussèrent leurs conquêtes dans la Syrie jusqu'aux frontières d'Egypte. Mais Psammétique alla au-devant d'eux, et fit si bien par ses présents et par ses prières, qu'ils ne passèrent pas plus avant. » Id. ce Pélopidas avec ses troupes marcha contre Ptolémée. Celui-ci alla au-devant de lui comme au-devant de son supérieur et de son maître, eut recours aux caresses et aux prières , et promit solennellement qu'il garderait le royaume pour le fils du défunt.» Id. ce Tous les citoyens , dans le temps même qu'ils allaient au-devant d'Alexandre pour lui rendre leurs hommages , furent égorgés. » Id. « Lorsqu'après la défaite de Cannes , le consul Varron revint à Rome, tous les corps de l'Etat allèrent au-devant de lui , et lui rendirent grâces de ce qu'il n'avait point désespéré de la république. » Boss., Roll.

RENONCER, RENIER, ABJURER. Quitter une chose d'une manière volontaire et formelle, en le déclarant; faire par rapport à elle acte d'abandon.

Le caractère propre de renoncer se tire de son objet , qui est toujours un bien , un avantage présent ou futur , quelque chose qu'on possède ou qu'on espère, qu'on prétend, qu'on poursuit. En sorte qu'on renonce d'ordinaire avec quelque peine , à regret ; c'est un sacrifice ou comme un sacrifice qu'on fait. Renoncer à la couronne, à un droit, aux dignités, aux plaisirs, *au bonheur, à la richesse, à ce qui plaît, à une personne qu'on aime.

Le caractère propre de renier, c'est de se prendre en mauvaise part. Primitivement renier signifie déclarer contre la vérité qu'on ne connaît point une personne ou une chose, et par extension se séparer honteusement, comme un renégat, de quelque chose à quoi on devrait tenir. Saint Pierre renia Jésus-Christ; renier sa foi, son baptême; renier la vertu pour le vice (J. B. Rouss.); Zaïre ne peut plus rester au sérail sans renier son père , son honneur et son Dieu (Volt.).

Les martyrs ont mieux aimé souffrir la mort que de renoncer à leur religion à laquelle ils étaient attachés comme au plus grand des biens ; mais tous les premiers chrétiens n'eurent pas le courage de les imiter : plusieurs renièrent la foi dans la crainte des tourments. Un père renonce son fils, malgré la plus tendre affection, c'est pour lui une chose douloureuse; un fils renié son père par lâcheté ou par intérêt, c'est de sa part une infamie.

Le caractère propre d'abjurer est double : ce verbe marque une action brusque , violente, qui ne respecte ou ne ménage rien, et, d'un autre côté , il se prend le plus souvent en bonne part. On abjure d'une manière décidée, c'est-à-dire publiquement, solennellement, ou en rejetant loin de soi , en foulant aux pieds ; et ce qu'on abjure peut être quelque chose de mauvais , des

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

erreurs, des maximes détestables, de folles amours, des hérésies.

Une femme , quoi qu'il lui en coûte , renonce au monde, pour être toute à ses enfants ou à Dieu; par le baptême nous abjurons le monde et ses pompes , hautement , avec serment , par un acte public, ou bien en général abjurer le monde, c'est s'en détacher en le réprouvant avec force et dédain. « A la naissance de l'Église, on quittait, on renonçait, on abjurait le monde. » Pasc. Renoncer au bon sens , c'est cesser d'user d'une si excellente chose; l'abjurer, c'est l'abandonner ouvertement, sans crainte ni retenue.— D'ailleurs, à la différence de renier et en opposition à renier, abjurer peut exprimer une action louable; on renie un passé honorable , on abjure un passé qui doit faire rougir : « On n'était reçu alors dans l'Église qu'après avoir abjuré sa vie passée. » Pasc. Qui renie sa religion apostasie ; qui Yabjure ordinairement quitte l'erreur , se convertit.

RÉPONDRE, RÉPLIQUER, REPARTIR. Dire quelque chose au discours de quelqu'un , parler après un autre et sur ce qu'il a dit.

Répondre est un mot très-usité; il a la plus grande étendue de signification. On répond aux questions des personnes qui s'informent ; aux demandes de celles qui attendent des grâces ou des services; aux interrogations des maîtres et des juges; aux lettres qu'on nous écrit; aux reproches qu'on nous adresse; et aux difficultés qu'on nous propose touchant la conduite , les affaires et les sentiments. Répliquer et repartir par rapport à répondre expriment des espèces.

Pour ce qui concerne répliqner, c'est répondre à une réponse, reprendre la parole après celui qui a répondu, a Ma lettre était une réplique à sa réponse. » Beaum. « Je viens de voir la réponse de votre apologiste à ma treizième lettre.' Mais s'i ne répond pas mieux à celle-ci, il ne méritera pas de réplique. » Pasc. « La chancelière se mit de la partie : je répondis , ils répliquèrent. » J. J. ce La cour de Vienne envoie à Christiern IV des lettres monitoriales , et lui enjoint d'évacuer les terres du Sleswig. Le roi de Danemark répond que jamais ce duché n'a été un fief impérial. La cour de Vienne réplique que le royaume de Danemark lui-même est un fief de l'empire.» Volt. <x Savez-vous , lui dit don Luis , que vous êtes couché depuis hier matin? Cela n'est pas possible, répondit Leandro. Rien n'est plus vrai, répliqua son ami. » Les. — Ensuite, répliquer est le fait d'un homme qui , non satisfait de ce qui a été répondu , entre en discussion , engage une lutte; ce qui peut être, suivant les cas, un acte d'indocilité, d'impertinence, ou un moyen légitime de combattre un adversaire. On réplique en raisonnant, en répondant par des raisons; aussi dit-on une preuve sans réplique. Qui réplique répond en raisonnant ou fait le raisonneur, au lieu de recevoir sans mot dire les réprimandes qu'on lui fait ou les ordres qu'on lui donne.

Retirez-vous, vous dis-je, et ne répliquez pas.

(Roxane à Atalide dans Bajazet). Rac.

Je ne répliqué pas à ce qu'un maître ordonne.

Mol.

Sur tous ces points douteux c'est ainsi qu'il ( le

directeur) prononce.

Alors , croyant d'un ange entendre la réponse , Sa dévote s'incline , et, calmant son esprit, A cet ordre d'en haut sans réplique souscrit. Boil. — Plus souvent encore, qui réplique répond en opposant des raisons , des preuves , en défendant une cause par des arguments. « A cela je n'ai pour toute réponse que deux paroles à vous dire, mais qui sont d'une autorité si vénérable , et en même temps d'une décision si expresse , qu'elles ne souffrent nulle réplique. » Bourd. « M. le duc d'Orléans céda à la force de mes raisons et de mes preuves, ne put s'empêcher de demeurer convaincu, et ne put me rien opposer par diverses répliques , sinon que.... » S. S. « De mauvais moyens sont faciles à détruire; et donnant prise à la réplique , ils laissent un grand avantage à un adversaire éloquent. » Marm. a Cette dernière raison est si forte que je n'y connais point de réplique....» Lah. «Ce qui le prouve sans réplique, c'est que....:» Id. aCicéron ne s'épargne pas lui-même sur les productions de sa première jeunesse.... Il n'était pas de ces hommes qui croient qu'on n'a rien à leur répliquer, lorsqu'ils ont dit : J'ai été applaudi, donc j'avais raison. » Id.

Quant à repartir, c'est répondre par un trait, par quelque chose qu'on fait partir , qu'on lance vivement et adroitement : la repartie , voisine de la riposte, est une sorte de réponse moins sérieuse que la réplique , et demandant moins de solidité que de finesse et d'à-propos. « En vérité, vous êtes bien fou pour le disciple d'un sage, lui dit Rodope en souriant. Il répliqua le plus sérieusement du monde ; elle repartit en badinant.» Marm. Dans les disputes, dans les controverses, dans les plaidoyers, on réplique; mais c'est dans la conversation, et presque toujours en plaisantant qu'on fait des reparties. « Tu verras que nous donnerons le ton à toutes les conversations, et qu'on admirera la vivacité de notre esprit et le bonheur de nos reparties. » Montesq. a J'ai connu un joaillier qui était un homme incomparable pour faire des reparties vives et piquantes : cela partait comme un coup de pistolet. » Les. a Henri IV va paraître, dit-on, à la Comédie française. Je souhaite qu'il y paraisse avec beaucoup d'esprit , car il en avait ; il faisait de ces reparties que la postérité n'oubliera jamais. » Volt. «Leur esprit toujours présent et pénétrant leur fournit sans cesse des pensées neuves, des saillies, des réponses heureuses; quelque force et quelque finesse qu'on mette à ce qu'on peut leur dire , ils étonnent par la promptitude de leurs reparties, et ne restent jamais court. » J. J. a L'a- propos de ses reparties toujours précises et spirituelles.» Lah. a Les contes de milord Maréchal étaient ordinairement une repartie délicate et ingénieuse aux sottises qu'il entendait dire. C'était là sa manière de plaisanter. » D'Al.

Il suffit à la réponse, comme en général au discours, d'être claire; et, de plus, parce qu'elle se rapporte à quelque chose de dit antérieurement , elle doit être juste. Mais , en conséquence de leurs buts spéciaux , la réplique doit être forte

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