SÉPARER, — 2° DIVISER, PARTAGER
Faire que des choses cessent d'être ensemble, l'une avec l'autre ou les unes avec les autres.
1° Séparer.
Mais on sépare différentes choses, au lieu qu'on divise et qu'on partage les parties d'une même chose. La séparation produit un éloignement , la division ou le partage une décomposition. On sépare de ou d'avec ; on divise ou on partage en : les Alpes séparent l'Italie de la France et de l'Allemagne ; l'Apennin divise ou partage l'Italie en deux régions presque égales. L'or est d'autant plus pur qu'il est plus séparé de tout alliage, et d'autant plus difficile à recueillir qu'il est plus divisé , réduit en parcelles plus ténues. Ce qui n'est pas séparé touche à autre chose , y est mêlé , confondu ; ce qui n'est pas divisé ou partagé est entier ou considéré en gros , en masse , sans distinction de parties.
2° Diviser, partager.
Diviser est le latin dividere , résoudre un tout en ses parties. Partager vient de partes agere, faire des parts ou des portions. Diviser signifie la distribution d'une chose en ses parties ; et partager, la distribution d'une chose en parties qui doivent être données à différentes personnes. La division n'indique que la rupture de l'union; le partage suppose des partageants. On divise le cercle en degrés , l'année en mois ; on partage le butin, les dépouilles entre les associés , les bénéfices entre les intéressés, le pain entre les convives , etc. Un géomètre divise une terre en tant de parties , un géographe divise un pays en tant
ige,
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
de provinces ; mais un père partage une terre à ou entre ses enfants, et des puissances coalisées se partagent un pays conquis. Vous divisez une somme en plusieurs sommes particulières ; vous partagez vos aumônes entre certains malheureux. « L'agneau de Dieu , dit-on , est divisé et n'est pas mis en pièces : il se partage à ses membres, et il n'est pas déchiré. » Boss.
Toutefois partager se prend aussi dans le sens de diviser , c'est-à-dire indépendamment de toute idée de distribution faite ou à faire à quelqu'un. Mais , comme il a signifié d'abord faire des lots , former d'un tout primitif des touts particuliers , quelque chose d'assez considérable encore , il ne se dit que des grands objets ou pour représenter de grandes divisions, a L'équateur partage le globe. » Acad. « L'espèce du canard et celle de l'oie sont partagées en deux grandes tribus ou races distinctes, l'une privée, l'autre sauvage. » Buff. « Un homme qui voudrait diviser son temps par intervalle entre le monde et la solitude ne serait bien nulle part. Il n'y aurait d'autre moyen que de partager sa vie entière en deux grands espaces : l'un pour voir, l'autre pour réfléchir. » J. J. « Les Gaulois partagent leur armée : une partie demeure avec Brennus, leur roi , pour continuer le siège; l'autre, divisée par troupes, se disperse pour fourrager la campagne. » Roll. « Romulus partagea d'abord tout le peuple en trois corps...; puis il divisa chaque corps en dix autres.... » Id.
Enfin, au moral, une autre différence est à remarquer entre ces deux mots. Diviser, c'est mettre la division, la discorde, la mésintelligence ; et partager , c'est seulement faire naître différents partis. Des intérêts ou des prétentions contraires nous divisent ; des goûts différents , des vues ou des opinions différentes nous partagent. Dans les premiers temps de la réforme , la diversité des communions divisait le monde chrétien qu'elle ne fait que partager à présent. ce Deux partis divisaient alors et partagent encore aujourd'hui l'Europe chrétienne. Le premier est celui des catholiques , le second celui des protestants. » Volt. Un pays en proie à la fureur des factions est divisé; une assemblée où tous les avis ne se réunissent pas en un seul est partagée.
SÉRIEUX, GRAVE, — PRUDE. Qui n'est ni plaisant, ni enjoué, mais réservé par rapport à la joie et aux divertissements.
Sérieux , en latin serius , de sero , au soir , à l'époque du jour qui n'est pas riante, signifie exactement , qui ne rit pas. Grave est le latin gravis, qui n'est pas léger, mais circonspect, qui s'observe , qui ne choque pas les bienséances de son rang, de son âge et de son caractère. L'homme sérieux ne rit pas , n'aime pas à rire ; l'homme grave ne rit pas hors de propos, ne descend pas à des ris, à des plaisanteries, à un badinage , à des futilités indignes de lui ou de son état. L'un est. retiré (Boss.), concentré (S. S.), éloigné de l'amusement (Fén.), sauvage et mélancolique (Bourd.); l'autre est composé (Fén.), modeste (Lah., Mass., S. S.), décent (Mass.).
On peut être sérieux sans être grave : tel est un prédicateur qui , d'un ton sérieux et sans se douter qu'il manque aux convenances, débite sur Dieu et les mystères des discours impertinents et des jeux de mots. Un enfant peu enclin à rire est sérieux ; mais on ne peut pas dire qu'il soit grave, car il n'a point de décorum à garder ni de personnage à soutenir. De même , on peut être grave sans être sérieux ; car la gravité ne défend pas absolument de rire , mais seulement de rire d'une manière inconvenante et déplacée. « La véritable gravité est simple , douce , accommodante , et même pleine d'une gaieté modeste. » Fén. En conséquence et sous ce rapport, sérieux ajoute à grave; aussi trouve-t-on souvent ces deux épithètes ainsi jointes, grave et sérieux (Pasc, Boss., Bourd., Fén. , S. S. , J. J. , Volt. , Roll.).
Le contraire du sérieux est proprement la gaieté.
Plus vous paraissez gai, plus je suis sérieux.
Volt.
Il entre de l'indécence dans ce qui est contraire à la gravité ; ainsi la gravité ne permet pas qu'on rie ou qu'on badine dans le lieu saint , et elle ne souffre pas la galanterie dans un prélat. « La physionomie de Fénelon rassemblait tout, et les contraires ne s'y combattaient point : elle avait du sérieux et de la gaieté , de la gravité et de la galanterie. » S. S.
Avec du sérieux on est froid et sec. « Les femmes trouvent trop froid et trop sec tout ce qui est sérieux et éloigné de l'amusement. » Fén. Avec de la gravité on est imposant. « Comme Claude Anet était sérieux , même grave , il m'en imposait, et je n'osais m'oublier devant lui. » J. J.
Ensuite , on est sérieux par humeur , et grave par système de conduite avec empire sur soimême. Le sérieux est une qualité agréable ou désagréable donnée par la nature et qui ne suppose pas d'idées ; la gravité est une qualité bonne ou mauvaise , fruit de nos efforts et qui suppose la conception de ce qui convient; c'est une partie de la sagesse, celle qui consiste à régler, à contenir l'extérieur. Or, l'humeur étant capricieuse, se manifestant par accès , on est plutôt sérieux dans l'occasion , dans les cas particuliers , et grave constamment. Un homme vous a répondu d'un ton sérieux dans telle circonstance , et il a le ton grave. On dira donc de préférence une contenance sérieuse , et un maintien grave.
Enfin sérieux convient mieux en parlant des choses, et grave pour qualifier les personnes. aLaUégèreté et l'indiscrétion, ce vice si indigne de la gravité du chrétien , si éloigné du sérieux et de la solidité de la foi. » Mass. ce Le grand parleur va se jeter dans un cercle de personnes graves qui traitent ensemble de choses sérieuses, et les met en fuite. » Labr.
Girard a eu tort de joindre à ces deux mots celui de prude, qui en diffère trop manifeste» ment. Il signifie toujours une réserve affectée, et presque toujours, aujourd'hui surtout, la réserve affectée d'une femme par rapport aux bienséances de son sexe et à la pudeur. Le Mi-