‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 740 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

santhrope offre un modèle de pruderie dans la personne d'Arsinoé. ce Molière attribue à Elmire dans le Tartufe une sagesse indulgente et modérée , fort éloignée de la pruderie , qui s'effarouche d'une déclaration , et qui fait un éclat de ses refus. » Lah.

La, prude Célimène, en public vertueuse, Avec son intendant est très-peu scrupuleuse.

Dest.

SERMENT, JUREMENT, JURON. Action de prendre Dieu à témoin.

Serment vient du latin sacramentum , serment militaire , celui par lequel les soldats s'engageaient publiquement à rester fidèles à leur drapeau. Jurement est le latin juramentum , de jurare , affirmer , protester , en donnant Dieu pour garant de ce qu'on dit.

Le serment diffère du jurement de deux façons. D'abord il se fait en public d'une manière solennelle , devant des autorités , dans les affaires les plus importantes, dans les traités d'alliance et de paix, dans l'exercice ou l'entrée en possession des charges , dans l'administration de la justice- Les jurements , au contraire , ont lieu entre particuliers, en société, en conversation, dans le jeu ; et , comme dans ces divers cas il n'est jamais nécessaire de jurer, le mot jurement se prend plus ordinairement en mauvaise part , comme un serment fait en vain ou dans l'emportement de la colère : ce sont les jurements (Boss.) , et non les serments , que saint Louis proscrivit avec tant de sévérité.

Ensuite le serment a pour objet de confirmer la sincérité d'une promesse , et le jurement de confirmer la vérité d'un témoignage. Jésus-Christ nous promet avec serment son royaume pour un verre d'eau donné en son nom (Bourd.) ; saint Pierre renia son maître avec jurement (Boss.). Le serment donne assurance que vous tiendrez parole, et le jurement que vous ne mentez pas. Le premier est un engagement, le second l'affirmation la plus positive.

ce C'est sur ce sentiment (d'un Dieu vengeur) qu'est fondé l'usage établi en tous lieux, soit de ces jurements familiers, pour ainsi dire, qui ne sont que trop souvent dans la bouche de tous les hommes lorsqu'ils veulent assurer la vérité d'un fait et exiger qu'on les croie sur leur parole , soit de ce serment solennel qu'ils regardent comme le plus ferme appui des engagements humains , parce qu'ils y rendent Dieu même garant de leur bonne for et de la stabilité de leurs promesses. » D'Ag.

Jurement et juron ont été distingués l'un de l'autre dans la Ire partie, p. 211.

SERMENT, VOEU. Promesse faite solennellement sous les yeux de Dieu et avec invocation de son saint nom.

Serment , de sacramentum , serment militaire exprime un engagement quelconque, particulièrement un engagement envers un homme ou envers des hommes. « Jurer frauduleusement à son prochain, et ne craindre point de violer la sainteté de son serment et de ses promesses, faire servir à^tromper ses frères le lien le plus sacré et le plus inviolable de la société. » Mass. « C'était

un usage que chaque seigneur eût un grand nombre de clients qui se dévouaient pour lui à la vie et à la mort , faisant serment de ne lui point survivre et de prodiguer leurs vies pour défendre la sienne. » Roll. Mais vœu, comme le latin votum , d'où il a été formé , désigne un engagement où on entre directement envers Dieu , et cela de son plein gré , sans que l'œuvre dont on s'impose l'obligation soit de précepte. « Clovis fit vœu d'embrasser le christianisme, s'il remportait la victoire. » Cond.

Dieu prodigue ses biens A ceux (les moines) qui font vœu, d'être siens.

Laf.

« Le nonce releva de son vœu le roi Henri III (d'Angleterre) , qui avait fait serment d'aller faire la guerre en Palestine. » Volt. « Aucune de ces sociétés (sectes anciennes) ne connut cette effrayante coutume de se lier par serment au genre de vie qu'elles embrassaient, de faire ce que nous appelons des vœux. Ce fut saint Basile qui, le premier, imagina ces vœux , ce serment de l'esclavage. » Id. C'est un serment primordial et tacite que celui d'être citoyen. Si le souverain déclare un vœu incompatible avec le serment naturel, tous sont dès lors déliés en conscience de ce vœu (Id.). «Le pape Adrien IV promit de couronner Frédéric Barberousse, et Frédéric jura de conserver au pape la vie , les membres , la liberté, l'honneur et les biens. C'était en pareil cas la formule des serments.... Richard et Philippe s'étaient engagés à marcher au secours des chrétiens de la Palestine. Impatients d'accomplir leur vœur ces deux rois firent la paix. » Cond. ce Les Israélites, dit l'abbé Fleury, étaient fort religieux à observer leurs vœux et leurs serments. Pour les vœux, l'exemple de Jephté n'est que trop fort ; pour les serments , Josué garde la promesse qu'il avait faite aux Gabaonites, quoiqu'elle fût fondée sur une tromperie manifeste. »

SERMON, PRÉDICATION. Discours chrétien pour annoncer et expliquer la parole de Dieu et pour exciter à la pratique de la vertu.

Sermon est un substantif pur, latin sermo; prédication est un substantif verbal, dérivé de praedicare, prêcher, qui a formé aussi prédicateur. De là la différence.

Le sermon est un objet, la prédication un fait. Le sermon se prend pour les choses dites par le prédicateur ; et la prédication, pour l'événement, ou le fait de le dire. Au moment où les Espagnols allaient attaquer les Péruviens , un moine fit à ceux-ci un long sermon, « Les historiens ne s'accordent pas sur la manière dont le sermon fut reçu; mais ils conviennent tous que la prédication finit par le combat. » Volt, ce Des sermons trop fréquents avilissent la prédication et le pré dicateur. » Id.

a On veut de la morale dans les sermons. » Boss. Bourdaloue dit dans un sermon pour le mercredi des cendres : <e Voici par où, je commence le cours de mes prédications. »

Réussir dans ses sermons, c'est en faire d'un mérite réel et qui subsiste : qu'on réussisse dans ses prédications , c'est un fait et rien de plus. « Sérieusement le coadjuteur est heureux • son

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

visage est solaire. Vous verrez comme il réussira dans les prédications qu'il doit faire. » Sév.

Le sermon est quelque chose qui subsiste après la prédication ou l'action de le prononcer, et qui existe quelquefois même avant. « Dans les commencements saint Augustin écrivait ses sermons et les apprenait par cœur. » Roll. On appelle sermons , et non pas prédications , les discours chrétiens que nous lisons dans les livres, a M. Dubois a donné, la traduction des sermons de saint Augustin. » Roll. « Saint Ambroise insère dans un de ses livres un sermon entier du pape Libérius. » Boss. « Telle est l'aventure que rapporte saint Augustin dans son sermon de la prédication de Jésus-Christ sur la montagne. » Volt. Les prédications , au contraire, ne durent que le temps pendant lequel parle l'orateur, a Ne vous fiez pas à ces émotions sensibles , si vous en expérimentez quelquefois dans les saintes prédications. » Boss. Dans les saintes prédications , c'est-à-dire pendant qu'on vous prêche. « Dieu accompagna de prodiges les prédications de saint Bernard, n Boss. , Mass. — « C'est à ses prédications que l'abbé de Beaulieu doit la réputation dont il a joui de son vivant. Elle fut assez grande pour faire désirer de l'entendre à la cour.... On a de lui deux volumes de sermons, qui ont été imprimés après sa mort. » D'Al.

Enfin , sermo en latin signifiant lui-même discours, au lieu que prœdicatio ne s'est jamais pris en cette acception que dans la basse latinité , sermon exprime un discours plus travaillé et plus solennel, ce Nous n'avons point de prédicateur en notre siècle qui ait été aussi figuré dans ses sermons les plus préparés que Jésus- Christ l'a été dans ses prédications populaires. »

FÉN

SERVÏABLE, OBLIGEANT, OFFICIEUX. Qui

aime ou est porté à se rendre utile ou agréable aux autres, à les aider, à les assister dans leurs besoins.

Serviable, de service, servir, et d'abord du latin servus, esclave, serviteur, est un terme familier et plus vulgaire que les deux autres. Il a rapport aux petits services qu'on se rend dans la société , comme de faire une commission , ou bien même à ceux de gens bas placés et qui ont un métier peu honorable. Ce mot ne se trouve point dans les grands écrivains du siècle de Louis XIV. Molière l'a employé une seule fois. C'est dans l'Avare, en parlant de Frosine, femme d'intrigue, qui se définit elle-même une entremetteuse : ce Je viens faire ici ce que je fais partout ailleurs, m'entremettre d'affaires, me rendre serviable aux gens , et profiter , du mieux qu'il m'est possible, des 'petits talents que je puis avoir. » C'est à peu près aussi le sens de serviable dans l'unique passage où Mme de Sévigné s'en est servie. Au sujet d'une femme infidèle, elle dit que le père de cette femme a éclaté , et elle ajoute : « Vouf savez bien l'humeur complaisante et même serviable de la mère. » « Le jésuite Ménou est grand cabaleur, grand intrigant, alerte, serviable, ennemi dangereux et grand convertisseur. » Volt. « Parmi ceux qui

faisaient les honneurs de la ville , il y avait un petit abbé Périgourdin, l'un de ces gens empressés, toujours alertes, toujours serviables, effrontés, caressants, accommodants, qui guettent les étrangers à leur passage , leur content l'histoire scandaleuse de la ville, et leur offrent des plaisirs à tous prix. » Id. Cependant ce mot n'a pas toujours une signification si mauvaise. D'ordinaire il se dit seulement des petits services, ou des services d'un inférieur, d'un secrétaire, d'un homme d'affaires, d'un messager, d'un homme du peuple par rapport à un grand. C'est le sens que lui donnent souvent Voltaire et Saint-Simon, a Pourquoi avez- vous battu ce chien-là? Savezvous quelle âme l'anime? C'est bien certainement celle d'un homme vigilant, serviable, reconnaissant , d'un ami sensible et' fidèle. » Marm.

Bon homme , ingénu , serviable , Tu te fais haïr comme un diable Aveeque toute ta bonté. J. B. Rouss.

Deux différences séparent obligeant d'officieux. D'abord, l'homme obligeant vous attend, et Yofficieux vous prévient. L'un vous recevra bien; vous ne vous adresserez pas en vain à lui ; l'autre se fait un devoir, officium, de rechercher les moyens de vous être utile. L'un est très-bien disposé; vous n'avez qu'à demander, il ne vous refusera pas son concours; l'autre est toujours là , aux petits soins pour vous , zélé , obséquieux, et ses attentions vont quelquefois jusqu'à l'importunité. La terminaison eux marque abondance, plénitude, ou même excès. Officieux enchérit donc sur obligeant , puisque l'homme officieux va au-devant des occasions , et que l'obligeant se borne à les attendre et à ne pas les laisser échapper. L'empressement, et un grand empressement est tellement propre à l'homme officieux, que ce mot désigne quelquefois une qualité excessive ou affectée. On fait Yofficieux, comme on fait l'empressé.

Ensuite, obligeant est plus accidentel, et plus relatif à l'extérieur et au langage : paroles (Mol.), façons de parler (Id.), offres (Volt.) , assurances (Mol.), promesses (Bourd.) obligeantes; air (Regn.), ton (Mol.), accueil (Regn.), termes (Corn., Bourd.), propos (Volt.), mots (Bourd. , J. J.) obligeants, a Les Japonais sont civils et obligeants, parlant bien, féconds en compliments, mais inconstants et fort vains. » Buff. ce Celui qui parle est obligeant et civil : il a donc raison. » Mal.

Ces affables donneurs d'embrassades frivoles , Ces obligeants diseurs d'inutiles paroles , Qui de civilités avec tous font combat. Mol. Officieux exprime quelque chose d'habituel , et a rapport à l'intérieur, aux sentiments : pitié (Mol.), charité {Boss. , Bourd.), bontés (Volt.) officieuses; zèle (Rac), amour (Bourd.), cœur (Fén.) officieux, ce Les Français sont naturellement officieux, humains, bienveillants. » J. J. ce Vous serez bon ami, poli, officieux, complaisant. » Fén. ce Ami tendre et ojfficieux. » Boil. A proprement parler, ce sont les manières qui sont obligeantes, et la personne qui est officieuse, ce Que tout marque en vous de la noblesse, de l'élévation, un

cœur libéral , officieux , bienfaisant , touché du mérite ; de l'industrie pour obliger ; de la délicatesse pour assaisonner un service de ce qui peut le rendre obligeant sans le faire valoir. » Fén. a Vous avez vu de quelle manière obligeante Y officieux Bouret avait débuté avec moi. » Marm.

Je vous suis bien tenu de ce soin obligeant....

C'est être officieux , et très-fort, ou je meure.

Mol.

— Parler de quelqu'un obligeamment (Pasc, Labr.) , c'est dans l'occasion en parler avec civilité. Excuser quelqu'un officieusement (Fén.), c'est prendre soin ou s'empresser de le justifier en ami zélé et affectueux.— Sous ce second rapport, comme sous le premier, officieux enchérit sur obligeant. « Votre père était fort obligeant , fort officieux. » Mol. « Soyez bon ami, obligeant, officieux, ouvert. »Fén. « Les Neufchâtelois sont obligeants, officieux, hospitaliers. » J. J.

On est serviable avec dévouement , envers un supérieur et pour de petits services, tels que ceux d'un serviteur envers son maître. On est obligeant, quand on prend plaisir à accueillir des demandes , quand on est volontiers secourable ou bienfaisant dans l'occasion. On est officieux avec empressement et affection, quand on court au-devant des moindres désirs.

Ces trois mots peuvent être pris en mauvaise part. Serviable indique alors des services bas, illicites, honteux; obligeant, des marques trompeuses de bon vouloir ou d'intérêt; et officieux, un excès de soins, des empressements outrés, qui fatiguent , des obsessions , des flatteries , des louanges mensongères.

SERVICE, BIENFAIT, BON OFFICE, GRÂCE, FAVEUR, PLAISIR, AMITIÉ. Action qui a pour but et pour effet l'avantage ou l'agrément d'autrui.

Le service sert , est utile ; le bienfait vient d'un bienfaiteur , d'un supérieur , d'en haut ; le bon office est une médiation ; la grâce et la faveur sont gratuites ; plaisir et amitié sont dans cette acception des mots familiers qui désignent quelque chose de petit ou de peu considérable.

Le service sert, est utile. Service est par conséquent le terme général, celui qui signifie le plus simplement l'idée commune. Il s'emploie pour exprimer tout ce qu'on fait de bon pour quelqu'un, afin de le tirer d'affaire ou d'embarras , tout ce qu'on lui procure de ressource , tout ce qu'on lui donne de soins , de conseils ou d'assistance dont il peut avoir besoin, a Si nos domestiques osaient nous dire que tous les services qu'ils nous rendent sont pour eux d'un dégoût insoutenable. » Mass. « Thémistocle, proscrit par ses concitoyens , offrait à Artaxerce ses services contre les Grecs. » Boss. « Les services que d'Aguesseau rendit à l'État. » Lah. a Homme modeste et laborieux, qui rendit beaucoup de services au théâtre Italien, dont il était souffleur. » Id. « Notre ennemi est jaloux des services que l'abbé Bazin a rendus aux lettres, à la religion et à la patrie. » Volt. Du reste , le service suppose dans celui qui le rend les dispositions d'un serviteur , c'est-à-dire du dévouement et du zèle. « Le sénat ne manquerait pas de reconnaître les

services et rattachement zélés d'Attale. » Roll. On dit particulièrement bien les services de l'amitié (J. J.).

C'est fort mal d'un ami recevoir le service. Mol.

Le bienfait vient d'un bienfaiteur, d'un supérieur, d'en haut. C'est un acte de générosité , le don ou l'œuvre de quelqu'un d'élevé , tel que Dieu , un roi, un grand, un protecteur, un père. En cela le bienfait se trouve avec le service dans une grande opposition; car service se dit, non pas uniquement, mais principalement de l'inférieur au supérieur, le service étant généralement rendu par un serviteur, par un homme placé au-dessous de celui qui le reçoit. « Entre les alliés des Romains il y en avait qui leur étaient unis par les bienfaits.... Il n'y avait point de services que les peuples et les rois ne fussent prêts de rendre pour obtenir le titre de leur allié. » Montesq. Les bienfaits du sénat romain envers Masinissa n'étaient que la juste récompense des services rendus à la république par le roi numide (Roll.). « Un homme en place ne saurait payer par trop de pensions et de bienfaits les secours et les services qu'il retire des gens d'esprit. » Labr. « Ne pouvant pas récompenser tous les vaillants hommes dont on a besoin par des bienfaits réels qui égalent leurs services , on a rendu cette qualité honorable, afin de les attirer au moins par cette sorte de récompense qui ne leur manque jamais.» Nie. « Je me jetai aux genoux de don Alphonse, et, plus charmé de son bon cœur que de son bienfait: Seigneur, lui dis-je, votre don m'est d'autant plus agréable , qu'il précède la connaissance d'un service que je vous ai rendu. » (Gil Blas). Les. Assuérus fait chercher, pour le combler de bienfaits, l'homme, c'est-à-dire Mardochée , qui lui a rendu un grand service par la révélation d'un complot (Rac). On dit les bienfaits du ciel, les services du ciel serait d'une impropriété choquante ; et , d'autre part , on peut recevoir des services, mais non pas des bienfaits d'un plus petit que soi. Au service est due une récompense ; c'est de la reconnaissance ou de la gratitude que demande le bienfait.

Le bon office est une médiation. C'est ce qui résulte de l'étymologie du mot ; officium , d'officere (ob facere), agir devant, en se plaçant entre, intervenir, s'interposer, s'employer pour quelqu'un auprès d'un tiers. Les anges nous rendent de bons offices auprès de Dieu (Boss.). « S'entremettre près d'un monarque et y rendre aux personnes que nous chérissons les offices d'un bon ami. » Boss. « Les bons offices que Mme de Maintenon a rendus à M. de Beauvilliers. » Fén. a Personne à la cour ne veut entamer , on s'offre d'appuyer : c'est une manière douce et polie de refuser son crédit, ses offices et sa médiation à qui en a besoin. » Labr. « L'empereur interposait surtout ses bons offices entre l'Espagne et l'Angleterre.... Autrefois il avait employé sa médiation entre l'Espagne et le «Portugal. » Volt. «Interposez vos bons offices pour me faire inscrire au nombre des souscrivants. » J. J. « Quant aux bons offices, je vous en dispense.... Je me dois de n'accepter aucune affaire dont vous soyez le

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

médiateur. » Id. « Ma pauvre Claudine (entremetteuse), il faut que je te récompense des bons offices que je sais que tu m'as rendus. 53 Mol. « Sostrate , rendez cet office à ces princes , de savoir de ma fille vers qui des deux ses sentiments peuvent tourner. » Id. a Lorsqu'on demandait aux Hollandais les royaumes de Naples et de Sicile pour dédommager Philippe V, ils répondaient seulement qu'ils emploieraient leurs bons offices auprès de leurs alliés. » Cond.

La grâce et la faveur sont gratuites, toutes spontanées; elles partent du bon plaisir de celui qui les fait, il n'y était pas obligé, c'est plus que justice. « La grâce divine se montre grâce en ce qu'elle n'est attirée par aucuns mérites. » Boss. « Les faveurs de Dieu , par la raison que ce sont des faveurs , ne nous sont pas dues , et ne viennent pas de notre fonds : nous ne pouvons les mériter; nous en sommes, comme pécheurs, positivement indignes. » Bourd.

Mais la grâce se considère en elle-même ou relativement à celui qui la reçoit ; la faveur , au contraire, se rapporte à celui qui la fait. Bourdaloue dit en parlant des extases et des visions de sainte Geneviève : ce Grâces singulières et faveurs divines qui ne produisirent en elle aucun esprit d'orgueil. » ce C'est dans la vie pénitente que Dieu répand ses faveurs à pleines mains , et que l'âme , ne pouvant en soutenir la plénitude , demande à son Seigneur qu'il suspende le torrent de ses grâces. » Mass. ce Mazarin retranchait quatre années de gages à toutes les cours supérieures, mais il les conservait au parlement, pensant le désarmer par cette faveur. Le- parlement méprisa cette grâce. » Volt.

Ensuite , la grâce n'étant pas relative à celui qui la donne n'exprime rien de sa part si ce n'est la puissance ; au lieu que la faveur , par la raison opposée , témoigne de la part de celui qui donne le sentiment avec lequel il donne, un goût ou un intérêt particulier, une inclination personnelle. Quand nous différons d'aller à Dieu, ce chaque jour diminue quelque chose à ses faveurs et à sa tendresse. » Mass. On peut accorder une grâce même à son ennemi ; on n'accorde des faveurs qu'à ceux qu'on aime. La grâce tire surtout son prix de la nature même de la chose et de ses effets ; la faveur tire principalement le sien de la personne qui la fait et du sentiment qui la lui inspire.

Et ce sentiment qui détermine la faveur n'est pas précisément l'affection ou l'amour, mais la prédilection; car c'est encore une nuance de l'idée de faveur d'impliquer une préférence, une acception de personne ; si bien que les faveurs de Dieu, par exemple, « sont des grâces dont Dieu nous favorise , en nous les donnant ou plus abondamment qu'aux autres ou même à l'exclusion des autres. » Bourd. Quand on vous gratifœ , on vous rend heureux; quand on vous favorise, vous êtes un- favori, on vous distingue. Ce que nous envions dans la grâce , c'est la chose même ; ce que nous envions dans la faveur, c'est la préférence d'affection.

Plaisir et amitié sont familiers et annoncent quelque chose qui coûte peu et qui n'est pas

SYH. FRANC.

d'un grand prix. Nous disons dans la conversation ordinaire : faites-moi le plaisir ou Y amitié de faire, de dire telle chose, d'aller en tel endroit. Et ce qui confirme le caractère attribué ici à ces mots , c'est qu'on dit très-bien un petit plaisir, une petite amitié, ce Je fais de petits plaisirs à ces quatre jésuites , et ils me disent la messe quand je veux bien l'entendre. » Volt. « En vous envoyant le Siècle de Louis XIV , ce n'est point du tout un petit plaisir que je veux vous faire, c'est un grand service que je vous demande. » Id. ce Nous avons fait toute la journée des visites, Mme de Vins et moi; elle n'a plus Mme de Villars ni vous; je me trouve heureuse de pouvoir lui faire ces petits plaisirs. » SÉv. Et , d'autre part, la même Mme de Sévigné, écrivant à Bussy-Rabutin, lui dit : ce II faut que je vous fasse une petite amitié, mon cher cousin..,. »

Du reste, le plaisir diffère bien de Y amitié : on ne fait d'amitié qu'à un ami , qu'à une personne avec laquelle on est lié, et ce mot exprime plus de familiarité encore que celui de plaisir; on fait un plaisir à tout homme qu'on oblige , fût-ce un étranger ou un inconnu ; c'est souvent un terme dont on se sert par modestie pour atténuer un service qu'on a rendu soi-même.

SERVITEUR, — DOMESTIQUE, VALET, LA- QUAIS. Homme qui est à la disposition d'un autre, et qui 'lui consacre son travail et ses soins.

Le serviteur fait l'action de servir ; le domestique , le valet et le laquais sont en service. Serviteur marque le fait, la conduite; domestique, valet et laquais expriment la condition, ce H me dit que , si je voulais le prendre pour mon valet, je pouvais compter sur le serment qu'il me faisait d'être le serviteur du monde le plus fidèle. » Les. Vous êtes le serviteur de toutes les personnes pour l'utilité ou l'agrément desquelles vous travaillez ou êtes prêt à travailler; on n'est le domestique, le valet ou le laquais d'une personne qu'autant qu'on est à ses gages, ce Nous ne lisons point que les parents de Jésus- Christ aient jamais eu de domestiques , semblables aux pauvres gens dont les enfants sont les serviteurs. » Boss. Un voyageur a pour serviteurs les domestiques de l'hôtel où il est descendu, ce Enfermé dans le château d'Alméda , le vice-roi n'a pour tous serviteurs que deux de ses domestiques. » Les. — Le serviteur n'étant point engagé, ce mot annonce une moins grande dépendance. ce Les rois choisissent plus volontiers leurs ministres parmi les bourgeois que parmi les nobles. Us savent que ceux-ci ne les serviront qu'en serviteurs , tandis que ceux-là presque toujours les serviront en domestiques. » Cormenin. En général, comme il n'y a qu; les gens du peuple qui entrent en condition, serviteur est plus noble que domestique, et équivaut presque à ministre. ce N'est-il pas juste que le Verbe de Dieu ayant pris la qualité de serviteur, que l'ayant ennoblie, l'ayant comme divinisée dans sa personne , elle soit honorée parmi nous ? Dieu nous ordonne , à quelque degré de supériorité que nous ayons été élevés, de nous y regarder, et surtout de nous y

Page 1