DEUXIÈME PARTIE
Id. Louis XIV ratifia de la manière la plus solennelle et fit ensuite enregistrer au parlement la renonciation solennelle de sa femme , Marie-Thérèse , au trône d'Espagne ; mais à l'approche de la mort de Charles II, cette renonciation authentique ne parut plus qu'une vaine signature
(Volt.).
On ne peut douter que ce qui est solennel n ait eu lieu , trop de monde en a été témoin , ou il s'est passé dans des circonstances trop éclatantes. On ne peut récuser ce qui est authentique, ni s'en défier, tant l'autorité en est considérable.
Il arrive assez souvent que Yauthenticité résulte de la solennité. Aussi dit-on solennel et authentique plutôt que authentique et solennel. « Voilà les expériences solennelles et authentiques sur lesquelles il se faut fonder. » Boss. « Saint Pierre avait mérité que Jésus-Christ lui fit cette promesse solennelle et authentique. » Bourd. a C'est sur la croix que Jésus-Christ a fulminé solennellement et authentiquement ces fameux anathèmes contre les mondains. » Id. « Une déclaration solennelle et authentique. » Roll. « Une condamnation solennelle et authentique. » Id.
SOMBRE , MORNE , MÉLANCOLIQUE , RÊVEUR , SOUCIEUX. Ces mots représentent l'état d'un homme retiré ou concentré en lui-même , qui ne prend part à rien de ce qui se passe autour de lui, qui ne s'épanouit ni ne se répand.
Sombre et morne paraissent avoir la même signification primitive : couleur sombre ou morne, temps sombre ou morne , c'est-à-dire tirant sur le noir, et par conséquent triste. Mais sombre dit plus que morne. Ce qui est sombre est à l'ombre ou dans Yombre; ce qui est' morne est éclairé, mais d'une lumière sans vivacité et sans éclat . terne. La nuit est sombre quand elle est ténébreuse; le soleil est morne lorsqu'il ne répand qu'une clarté pâle et languissante. On appelle royaumes sombres , et non pas royaumes mornes seulement, l'enfer des païens, le lieu des ombres.
Au figuré , la différence est sensible : sombre exprime quelque chose de plus noir, de plus lugubre, de plus repoussant, a Un jour qu'il m'avait invité à dîner, je le trouvai d'un sérieux morne et sombre que je ne lui avais jamais vu. » Marm. — Sombre est positif, il marque une disposition active du sujet, qui effraye. On dit une sombre terreur ( Volt. ) , une sombre fureur (Lah.), un air sombre et sévère (Boil.), sombre et farouche (Marm.). « Les yeux et les sourcils de Protésilas montraient je ne sais quoi d'agité, de sombre et de farouche. » Fén. a Par cette harmonie on adoucit un peu les esprits farouches et violents. Mais , malgré les charmes de la musique , ils retombent toujours dans leur humeur sombre et incompatible. » Id. a Quels sont ces malheureux dont les âmes sombres et concentrées couvent le crime? » J. J. «Ah! sens-tu bien tout ce qu'il y a de sombre et d'horrible dans cette funeste idée? » Id. « Le poste de confesseur de Louis XIV fut donné à Le Tellier, homme sombre , ardent , inflexible , cachant ses violences sous un flegme apparent. » Volt.
ifJrft
Tout, jusqu'à son amour (d'Hérode), est à craindre
de lui :
Vous le voyez trop bien; la sombre jalousie Au delà du tombeau portait sa frénésie. Id. Entre les deux partis Calchas s'est avancé, L'œil farouche, l'air sombre et le poil hérissé , Terrible.... Rac.
Mais morne est négatif et dépeint le sujet dans une disposition toute passive, dans l'accablement, dans la consternation, dans une espèce de stupeur ou de stupidité. On dit une morne tristesse ( Mol. , S. S. ) , un morne accablement (S. S.), un air languissant et morne (lD.),une morne confusion (Volt.), un morne engourdissement (Marm.). L'envie est la passion la plus honteuse et la plus morne (Lah.). « L'unau et l'aï paraissent très-mal ou très-peu sentir; leur air morne, leur regard pesant, leur résistance indolente aux coups qu'ils reçoivent sans s'émouvoir annoncent leur insensibilité. » Buff. « Il résulte de tout cela (dans l'engoulevent) une physionomie morne et stupide , un air de famille lourd et ignoble. » Id. « Son œil morne et sa contenance effacée annonçaient l'abattement de son cœur. » J. J. a Son accablement ne saurait s'imaginer.... Elle se tient jour et nuit à genoux au chevet de sa mère , l'air morne , l'œil fixé en terre, gardant un profond silence. » Id. « Brutus se présente avec un front morne , et dans tout l'accablement d'une âme qui porte un grand fardeau. » Lah.
Morne, triste, abattu, regrettant le trépas. Volt. Ce morne et froid accueil me surprend à mon tour.
Corn.
Ses superbes coursiers , qu'on voyait autrefois Pleins d'une ardeur si noble obéir à sa voix, L'œil morne maintenant et la tête baissée , Semblaient se conformer à sa triste pensée. Rac. Le roi Latin pensif et morne, Pétrifié comme une borne Demeura décontenancé. Scarr.
— Il y a plus; pendant qu'une idée d'ardeur, d'irritation , de menace , est inséparable de sombre, souvent le caractère négatif de morne se restreint à ne pas parler, à rester interdit. Un morne silence (Acad. , Mol., Labr.); morne et silencieux (Labr. , S. S., Lah.). «^Qu'aurons-nous autre chose à faire (devant Dieu) que de demeurer dans un triste et morne silence , confus , interdits , effrayés ? d Bourd.
Quel changement nouveau , quelle sombre terreur Ont écarté de nous la cour et l'empereur? Au palais des sept tours une garde inconnue Dans un silence morne étonne ici ma vue. Volt.
« Un silence morne et impénétrable régnait dans ce palais. Les gens en étaient consternés ; et l'effroi que leur inspirait la douleur sombre et menaçante de leur maître les rendait eux-mêmes farouches. » Marm. « Il fallait voir à table ces deux époux vis-à-vis l'un de l'autre; la morne taciturnité du mari, la fière et froide indignation de la femme, le soin que prenaient leurs regards de s'éviter , et l'air terrible et sombre dont ils se rencontraient. » Id.
Mélancolique , de deux mots grecs qui veulent dire bile noire , atrabile , annonce un état constant ou habiluel, qui dépend du tempérament
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
même. Un tempérament mélancolique (Fén.). Le lièvre est appelé par Lafontaine un mélancolique animal. « Xénocrate était naturellement mélancolique, et avait quelque chose de dur et d'austère dans l'humeur. » Roll. Quand mélancolique se met après sombre , c'est pour le déterminer , pour marquer qu'il s'agit d'une disposition du caractère ou inhérente au sujet, a Les Égyptiens sont beaucoup plus sombres et plus mélancoliques que les Arabes. » Buff. (Voy. Mélancolique, atrabilaire, p. 770 et 771).
Rêveur a aussi sa nuance propre et distinctive. Sombre, morne et mélancolique, qui impliquent tous trois l'idée de la noirceur, de la couleur la moins agréable et la moins gaie, indiquent un état sensible; au lieu que rêveur désigne visiblement un état intellectuel. L'homme sombre, morne f mélancolique, est plongé dans la tristesse ; le rêveur est pensif ou absorbé dans ses pensées. «Ariste, avec un air rêveur, feignit d'aller méditer dans une allée où il digéra sans penser à rien.» Marm. a Oh! Ariste, que vous voilà rêveur l A quoi pensez-vous si profondément? » Mal. aSidrac le rencontra dans le parc Saint-James, tout pensif, tout rêveur, et l'air plus embarrassé qu'un algébriste qui vient de faire un faux calcul. » Volt, ce Tous ces sauvages ont l'air rêveur, quoiqu'ils ne pensent à rien ; ils ont aussi le visage triste et ils paraissent mélan coliques. » Buff.
Soucieux diffère autrement de sombre, morne et mélancolique. Il se rapporte à l'avenir , à ce qui peut avoir lieu, et non pas à ce qui a eu lieu. II suppose, non pas un sentiment de tristesse, mais un sentiment d'inquiétude, une préoccupation relative à des mesures, à des précautions à prendre. Le mécontentement et l'ennui peuvent rendre sombre, morne et mélancolique; la crainte d'un danger rend soucieux. « Platon me parut d'abord inquiet et soucieux; mais il reprit bientôt son air serein. » Barth. « M. Necker laissait à sa femme le soin d'entretenir la conversation. Elle y faisait bien son possible; mais son esprit n'avait rien d'avenant à des propos de table. Soucieuse, inquiète, sitôt qu'elle voyait la scène et le dialogue languir, ses regards en cherchaient la cause dans nos yeux. » Marm.
1° SOMMET, CIME; — 2° COMBLE, FAÎTE. Le haut ou la partie supérieure d'un corps élevé.
L'analogie paraît grande entre sommet et cime ; aussi vont-ils souvent ensemble, ce On trouve au sommet des Alpes les plantes des pays du Nord, et on les retrouve sur les cimes glacées des montagnes d'Afrique. » Buff. « Que ces monts couverts de neige, dont le sommet se perd dans les cieux , ne vous effrayent point : leurs cimes élevées s'abaisseront pour favoriser votre passage. » J. J. a Je m'acheminai vers le sommet de la montagne qu'habitait le solitaire.... Sa cabane était située entre deux cimes de la montagne. » Marm. — De leur côté, comble et faîte paraissent avoir plus de ressemblance entre eux qu'ils n'en ont avec les deux premiers mots, a Par cette voie rapide on arrive à une opulence dont le faîte et le comble paraît presque aussitôt que les fonde-
ments. » Bourd. « La cigogne blanche pose son nid sur les combles élevés.... On dispose, en Hollande , pour les engager à y faire leur nid , des caisses carrées aux faîtes des édifices. » Buff. « Les colonnes ont pris leur modèle sur les arbres qui ont d'abord été employés pour soutenir le faite; et l'architecture n'est autre chose qu'une grosse poutre, comme son nom le porte, pour être mise entre les colonnes et le comble. » Roll.
C'est qu'en effet il y a cette différence entre sommet et cime , d'une part , comble et faîte , de l'autre , que les premiers se disent d'objets de la nature , et les derniers, de choses faites de main d'homme : le sommet ou la cime d'une montagne ; le comble ou le faîte d'une maison. On parvient au sommet ou à la cime , c'est quelque chose de donné, à quoi on tend; on met le comble ou le faîte, c'est quelque chose qui dépend de notre travail. Le sommet et la cime sont opposés au pied ; le comble et le faîte le sont aux fondements. Sommet et cime appartiennent plutôt à la langue de l'histoire naturelle ; comble et faîte sont particulièrement des termes d'architecture, a On admire à Amsterdam ce mélange singulier, formé par les cimes des arbres , les faîtes des maisons et les banderoles des vaisseaux. » Volt. , « Le diable emporta Jésus-Christ à la cime d'une \ montagne et au faite du temple. » Id.
1° Sommet, cime.
Sommet est plus général et n'a aucun rapport j à la forme de l'objet ; cime est plus particulier j et signifie un sommet ai.ru Ou la partie la plus I élancée d'un corps terminé en pointe. On dit le sommet de la tête (Buff., VoLT.),*du front (Boil.), d'une colonne (Marm.), d'une courbe (Acad.), d'un cône (Volt.); mais on dit la cime d'un arbre (Buff., Volt.). «La frégate prend difficilement son essor : il lui faut une pointe de rocher ou la cime d'un arbre.» Buff. a Quoique le vol du traquet soit bas et qu'il s'élève rarement jusqu'à la cime des arbres, il se pose toujours au sommet des buissons. » Id. — Les deux mots sont usités en parlant des montagnes ; mais le sommet est la partie qui les termine en haut, de quelque manière que ce soit, par un plateau, par exemple, et la cime est cette même partie, quand elle est pointue , ou en forme de pyramide. Or, comme c'est ainsi que semblent finir les plus hautes montagnes, le mot cime leur est surtout applicable. « Dans le péril, Condé était semblable à ces hautes montagnes dont la cime, au-dessus des nues et des tempêtes , trouve la sérénité dans sa hauteur. » Boss. « Un premier ministre ne voit plus le tonnerre et la foudre que bien loin sous ses pieds , comme ces voyageurs qui passent sur la cime des plus hautes montagnes. » S. S. Ou bien v au contraire , pendant que sommet désigne l'extrémité supérieure de la montagne entière , le mot cime signifie celle des rochers , c'est-à-dire de quelque chose de moins élevé, et cela toujours par la même considération, celle de la figure. « Ce point noir s'étendit, et le sommet de la montagne fut couvert d'un nuage sombre.... L'un des guides d'Alonzo avait gagné la cime d'une roche. » Marm. — C'est aussi
parce que les eaux de la mer agitée s'élèvent en pointe qu'on dit voguer sur la cime des flots (Buff.) ou des vagues (Lah.).
2° Comble, faîte.
Le comble est l'ouvrage de charpente qui soutient la couverture d'un édifice , et le faite est la plus haute pièce de cette charpente , ou la hande de plomb laminé, ou la tuile faîtière, qui termine la couverture par en haut. Le comble achève, couronne l'œuvre; c'est une partie concrète; il a de l'étendue : monter sur des combles (Labr. , J. J.); les choucas font souvent leur nid dans le comble d'un vieux château abandonné (Buff.). « Le duc d'Orléans avait accordé à Raymond un petit logement dans les combles de son palais. » Marm. Le faite est le dernier rang de pièces de bois ou de tuiles auquel on arrive en montant : faîte est un mot tout abstrait , purement local ; il signifie une ligne et non toute une partie de l'édifice où on puisse marcher ou habiter. — Ensuite , comme faîte exprime quelque chose de moins matériel et désigne le haut du comble luimême, il convient mieux quand il est question d'édifices plus nobles et plus élevés : le faîte du temple (Rac, Volt., Marm.).
Quand verrai-je, ô Sion, relever tes remparts, Et de tes tours les magnifiques faites? Rac. a C'est la science de l'humilité qui vous bâtira sur la terre un édifice spirituel , dont le faîte s'élèvera jusqu'aux cieux. » Boss.
Ainsi, le sommet est, dans un corps naturel plus ou moins élevé, sa partie la plus haute de quelque façon qu'elle se termine ; la cime est le sommet d'un corps naturel qui s'élève en pointe , comme un pic ou un arbre. — Le comble et le faite sont la partie la plus haute d'un édifice : le comble est toute cette partis de surcroît qui couronne l'œuvre en mettant le corps du bâtiment à couvert sous une sorte de voûte ; le faîte est la plus haute pièce du comble , le dernier terme de l'élévation, la dernière ligne, le point le plus culminant, ou c'est le comble d'un grand édifice l.
Au figuré , sommet , latin summum , n'est usité
\ . Quoique les distinctions ci-dessus établies soient rigoureuses, l'usage ne s'y astreint pas toujours, et c'est à un livre comme celui-ci à rendre raison même des exceptions et des anomalies. — Sommet et cime s'emploient abusivement en parlant, le premier d'un mur (Boit..), le second d'un clocher (Acad.), c'est-àdire l'un et l'autre quand il est question d'objets que l'homme a bâtis. C'est que, d'une part, un mur ne se termine pas dans sa partie supérieure par un ouvrage de charpenterie et de maçonnerie, par un assemblage de pièces qui l'achèvent et le couvrent, auquel cas il aurait un comble ou un faite; c'est que. d'autre part, on ne considère dans le clocher que sa forme qui est à pic, comme celle de certains arbres, de certaines montagnes, de certains rochers. — De son côté, faîte, mais non pas comble, s'applique bien par extension à des objets naturels. On dit quelquefois, par exemple, le faîte d'un arbre; mais c'est quand il s'agit d'un arbre dont les branches disposées par étages forment différentes hauteurs toutes dominées par le faîte comme le sont par les faîtières les divers rangs de tuiles d'uu toit. « Les manakins ne se perchent pas au faîte des arbres , mais sur les branches à une moyenne hauteur. » Buff.
que dans le style soutenu. Cime , du latin cyma , grec xuu.a, ne s'emploie jamais, si ce n'sst dans un langage raffiné ou mystique, <* Nous sentons les objets réels ; mais l'infini ne fait pour ainsi dire qu'effleurer légèrement la cime de notre esprit. » P. A. a Corbinelli est plus mystique que jamais : il a découvert que ma grand'mère (Sainte-Chantal) , dans la cime de son âme , était toute distillée dans l'oraison. » SÉv. — Mais comble et faîte , dérivés du latin cumulus et fastigium , d'une manière médiate et assez difficile à apercevoir, appartiennent à la langue commune et y sont d'un fréquent usage. Du reste, ils n'équivalent pas l'un à Fautre dans cette acception, tant s'en faut. Comble marque achèvement, accomplissement , plénitude , en bien comme en mal : le comble du bonheur (Volt.) , des forfaits (Id.), des douleurs (Rac), de la haine (Montesq.) , de l'orgueil (Pasc). Faîte marque élévation , signifie le plus haut rang auquel on arrive par des degrés inférieurs. « On a laissé M. de Cambrai être archevêque ; il est maintenant parvenu à ce faîte des dignités ecclésiastiques. » Boss. a Du plus bas rang, l'ambitieux croit pouvoir monter au plus haut, et, sans passer par aucun milieu, avoir de quoi parvenir au faite. » Eourd. oc II est plus difficile de faire descendre la majesté des rois du faîte au milieu, que de la précipiter du milieu jusqu'au bas. » Roll. Quand on est au comble, il n'y a plus rien à ajouter, la mesure est comble ou remplie ; quand on est au faîte, il n'y a plus de degrés à monter, on a atteint le haut de l'échelle.
SON DE VOIX , TON DE VOIX. Forme ou espèce de voix.
Comme chaque instrument de musique a un son propre , déterminé par sa construction, de même chaque homme tient de la nature un son de voix particulier ; et comme avec un même instrument on peut jouer bien des airs, moduler de bien des manières différentes, de même chaque homme parle, selon l'occurrence, avec divers tons de voix qui marquent les affections de son âme dans le moment.
Le son de voix est constant et caractéristique de la personne; les tons de voix sont accidentels et variables comme les sentiments auxquels ils correspondent. Le son de voix est purement musical, tout dépendant de la conformation de l'organe et sans aucun rapport avec l'intérieur. « L'harmonie la plus douce est. le son de la voix de celle qu'on aime. » Labr. Reconnaître une personne au son de sa voix (Montesq. , Les.). a Quelle extrême joie quand j'entendrai le son de votre voix!» SÉv. a On était charmé à entendre seulement parler Cléopâtre , tant il y avait de douceur et d'harmonie dans le son de sa voix. » Roll. a Mon fils, dit Quintilien, avait tous les avantages que donne la nature : un son de voix charmant, une physionomie douce.... » Id. Le ton de voix est expressif et fait partie du langage d'action. « Saint Augustin traite avec beaucoup de science le mélange des divers styles , la nécessité d'être simple et familier , même pour les tons de la voix et pour l'action , en certains endroits. » Fén. « Vous pouvez, par les différents
SYNONYMES 1 RADICAUX DIVERS
airs de votre visage , et par le ton de votre voix, représenter avec horreur aux enfants les gens qu'ils ont vus en colère ou dans quelque autre dérèglement. » Id. « Zelmis animait ses paroles d'un ton de voix si passionné , qu'Elvire en fut émue. » Regn. a II prononça ces mots d'un ton de voix et d'un air de visage qui firent trembler Sarpédon. » Roll. « C. Gracchus s'abandonnait, dans ses harangues , à des mouvements excessifs de colère , et à des termes et des tons de voix qui y répondaient. » Id. a Caton parla avec un feu , une véhémence, un ton de voix qui le décelèrent, et changèrent en certitude les soupçons que l'on avait du dessein où il était de se donnei la mort. » Id.
Le son de voix est beau (Roll. , Dest.), charmant (Sév.), agréable (Labr.), doux (Les.), rude (Id.), rauque (Bute.),, net, plein, bien timbré (J. J.). Le ton de voix est, suivant les circonstances , élevé (Roll. , Les.) ou bas , fier (Pasc ) , menaçant (Les.), terrible (Id.), timide (J. J.), affable (Id.), languissant (Mol.). «■ Cet armurier avait un son de voix rude.... Le sommeil me gagna : la lime me tombait des mains ; je m'endormais debout. Il me réveilla d'un ton de voix si terrible , qu'il ne me prit plus envie de dormir. » Les.
Les deux sexes n'ont pas le même son de voix (J. J. , Lah.). « Tous les sentiments ont chacun un ton de voix, des gestes et des mines qui leur sont propres. » Laroch.
SONGE, RÊVE. Idées qui nous viennent à l'esprit pendant le sommeil.
Songe , latin somnium , de somnus , sommeil , est le terme propre. Bêve, de l'anglais rave, rêver, déraisonner, extravaguer, être en délire, n'a primitivement aucun rapport au sommeil. Ce mot a le même sens fondamental que le mot rêverie , dont le radical est en effet le même. Or , oc les rêveries sont les songes des veillants. » Montaign. Et Massillon dit qu'on croit voir quelquefois des présages de mort dans les rêveries d'un songe. Rêve, rêver, rêveur, rêverie, ont rapport à la veille et y expriment un développement de la pensée , ou plutôt de l'imagination, irrégulier, indépendant de la volonté, fantastique. On appellera donc rêves, et non pas songes, les idées et châteaux en Espagne que conçoit pendant le jour un esprit oisif , les soupçons d'un jaloux, les visions de ces contemplatifs de l'Orient dont les extases touchent au délire, « Ce n'est pas là un système de philosophie, c'est le rêve d'un homme en délire. » Volt. « Pourquoi vous reprochez-vous d'avoir été frappé d'un songe? Pour un homme à systèmes ce n'est pas une si grande affaire qu'un rêve de plus ? » J. J. « De là cet irrésistible instinct qui promène nos pensées dans un autre ordre de choses ; de là cette foule de sentiments confus, mais tendres, qui sont des rêves de l'imagination passionnée où notre âme aime à se reposer, même en se trompant, comme nos sens se reposent pendant les songes du sommeil. » Lah.
Mais rêve, à la différence de rêverie (voy. Pe partie, p. 202), se rapporte aussi parfois au
sommeil et devient plus étroitement synonvme de songe.
Cependant, conformément à sa signification primitive, il indique même alors moins de suite et moins d'apparence de raison ; de sorte que les j rêves sont des songes vagues, décousus, confus I informes , extravagants. « Le plus sage des homj mes veut-il connaître la folie? Qu'il réfléchisse j sur la marche de ses idées pendant ses rêves. j S'il a une digestion laborieuse dans la nuit, I mille idées incohérentes l'agitent. Les rêves inquiets sont réellement une folie passagère. » ; Volt, « Cinq ou six apocalypses ressemblant à I des rêves d'un malade qui a le transport au cer- I veau. » Id. a Un conte doit être fondé sur la ! vraisemblance et ne ressembler pas toujours à ! un rêve. » Id. a Je ne conçois rien à tout ce qu'on j me mande de chez vous ; il semble que ce soit un rêve. » Id. — Les songes, au contraire, sont ! plus liés : on les raconte , on les interprète , on | en tire des présages; un songe peut former le | nœud d'une tragédie. « Chez les Juifs on prédi- ! sait l'avenir par les songes , on ne défendait pas I l'onéiromancie , c'est-à-dire la science des son- ■. ges. » Volt, a J'ai connu des avocats qui plai- [ daient en songe , des mathématiciens qui cherchaient à résoudre des problèmes, des poètes qui : faisaient des vers. On fait quelquefois en songe \ des discours suivis et éloquents. On a donc dans l le sommeil des idées suivies comme en veillant. » j Id. « Un songe qu'eut saint Grégoire dans sa plus tendre jeunesse et dont il nous a laissé en vers \ une élégante description , contribua beaucoup à lui inspirer de tels sentiments. » Roll. « Dieu j vous a révélé dans votre songe les choses qui | doivent arriver.... Votre songe était de cette sorte : vous avez vu une statue grande.... Ce songe est véritable , et l'interprétation en est fidèle. » Pasc. Anne de Gonzague fut rappelée aux vérités de la religion catholique par un songe admirable , un songe mystérieux , un songe vraiment divin (Boss.). Voltaire met ce songe parmi les visions et l'appelle un rêve.
Dans un sens figuré, le songe est seulement
quelque chose de vain, à quoi manque la réalité,
' comme ce que nous nous représentons pendant
la nuit; et le rêve est quelque chose d'absurde,
d'extravagant , de ridicule , à quoi manquent la
raison et la vraisemblance , comme ce qui est
j conçu par un rêveur , un visionnaire , un homme
, en délire. « La vie est un songe, et nos projets
j sont des rêves. » Roub. « La gloire des princes
n'est souvent qu'un songe, et les systèmes des
philosophes ne sont souvent que des rêves. »
Cond.
SOT , FAT, IMPERTINENT. Ces mots expriment dans les paroles, le ton et les manières, le défaut ridicule et choquant d'un homme à prétentions ou qui s'en fait accroire, <* Ce qu'il y aurait en nous de meilleur après l'esprit , ce serait de connaître qu'il nous manque : par là on saurait , sans esprit, n'être pas un sot, ni un fat, ni un impertinent. » Labr.
Mais d'abord ce qu'on considère surtout dans le sot, c'est ce qui lui manque; et dans le fat, c'est ce qu'il prétend être : l'un est bête ou dé-
pourvu d'esprit, de raison, de jugement; l'autre est vain, avantageux, plein de la bonne opinion de lui-même et d'ostentation. Gresset a dit :
Tel est devenu fat à force de lecture, Qui n'eût été que sot en suivant la nature. Et on rapporte de l'abbé Terrasson ce bon mot : « Parler peu et mal est d'un sot; parler beaucoup et mal est d'un fat. » — Noire sottise est en nous contre nous; notre fatuité est en nous contre les autres, dont elle blesse l'amour-propre. Le sot fait ou dit des sottises , c'est-à-dire des actions dont il a lui-même à souffrir ; le fat indispose tout le monde par les airs ou les louanges qu'il se donne.
L'homme vraiment sensé fait le mépris qu'il doit Des mensonges ùufat , et du sot qui les croit.
« Un graveur ayant demandé à Boileau des vers pour un de ses portraits , le poëte lui répondit : Je ne suis ni assez sot pour dire du mal de moi , ni assez fat pour en dire du bien. » D'Al.
a V impertinent est un fat outré. Le fat lasse , ennuie , dégoûte , rebute : Y impertinent rebute , aigrit, irrite, offense; il commence où l'autre finit. » Labr. V impertinent ne respecte rien , ni rang, ni bienséances; il traite tout le monde et se mêle de toutes choses avec une liberté et une hardiesse parfaitement inconvenantes ; en un mot, il porte la fatuité jusqu'à l'imprudence, et, au lieu d'être seulement fade , fastidieux, ennuyeux , comme le fat, il est blessant et irritant, a Le marquis du Tour est le plus fat et le plus impertinent de tous les hommes. » Dest. « Le berger Tircis est un impertinent et la bergère Philis une impudente, de parler de la sorte devant son père. » Mol.