‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 756 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

SEMENT, SUJÉTION. Ces mots expriment de nous aux choses ou aux personnes un rapport tel , que nous leur sommes soumis. Dans l'état social, notre volonté subit mille influences : tout y est subordination, dépendance, assujettissement, sujétion.

Subordination marque un rapport de position ou de rang. C'est un mot qui suppose une hiérarchie dans laquelle chacun a un supérieur ou des supérieurs dont il relève. Aucun état, aucun corps , aucune administration , aucune armée ne peut subsister sans subordination. Or, cette idée d'une hiérarchie, d'un ordre établi par les hommes, étant particulière à ce mot, cela seul suffît pour le distinguer nettement de ses synonymes. « Les sociétés, avec toutes leurs subordinations et leurs polices, sont, dit Coriolan, des institutions humaines. » Fén. « Une multitude d'hommes encore sans lois , sans police , sans aucune subordination.» Roll. « Les Perses avaient i une grande subordination dans tous les emplois. » Boss. [

La dépendance fait que nous sommes de telle j sorte à la disposition d'une personne , que nous j ne pouvons rien faire sans son aveu, sans sa permission , sans lui déférer. Un pupille est dans la dépendance de son tuteur; un enfant, dans la dépendance de ses père et mère; une femme, dans i la dépendance de son mari ; l'homme, dans la dé- j tendance de Dieu.

Votre sexe n'est là (dans le mariage) que pour la dépendance :

Du côté de la barbe est la toute-puissance.

• (Arnolphe à Agnès dans V École des femmes), j

Mol.

Je sais que sur les vœux on n'a point de puis- j sance ,

Que l'amour veut partout naître sans dépendance.

Id.

— Avec l'esprit d'insubordination , on se révolte j contre l'autorité, contre ses chefs; avec l'esprit d'indépendance, on s'émancipe.

L' assujettissement et la sujétion représentent le rapport d'un sujet à l'égard d'un roi , rapport qui consiste dans l'obéissance à des commande- j ments. Par la simple dépendance , on est en tutelle , on ne peut rien résoudre , rien entrepren- I dre sans avoir le consentement d'une certaine ; personne; l'assujettissement et la sujétion soumettent positivement à des ordres. Dans la dépendance, vous ne faites pas ce que vous voulez: dans Y assujettissement et la sujétion , vous devez faire telle chose. Un domestique est dans la dépendance de son maître; il ne peut, sans l'agrément de celui-ci, disposer de plusieurs de ses actions : la domesticité a des assujettissements et des sujétions auxquelles il faut satisfaire.

Assujettissement, sujétion. État d'un homme astreint à faire certaines choses , ou bien les choses auxquelles il est astreint : être ennemi de l1 assujettissement et de la sujétion; les assujettissements et les sujétions de la vie.

Ces mots diffèrent comme renoncement et renonciation , sentiment et sensation : assujettissement exprime quelque chose d'intérieur, et sujétion quelque chose d'extérieur. L'assujettissement plie, soumet nos sentiments, les dispositions de

notre âme; la sujétion ne détermine que nos actions. On dit proprement les assujettissements de la société , c'est-à-dire les obligations qu'elle impose, et les sujétions de la vie, c'est-à-dire les besoins et les nécessités auxquelles il faut pourvoir en cette vie. Les assujettissements de la religion (Mass.) et l'assujettissement à la loi de Dieu (Bourd.) regardent notre âme; la sujétion à la mort (Va uv.) indique une exigence purement objective, et non un devoir qui demande que nous réglions de telle ou telle manière notre esprit et notre cœur. On attend d'un homme auquel on a accordé quelques faveurs de la reconnaissance et un assujettissement déclaré (Mass.); il ne faut pas attendre d'un précepteur les sujétions d'un valet (Desc).

Ensuite , comme assujettissement seul correspond à un verbe , lequel peut s'employer d'une manière réfléchie, l'assujettissement est d'un homme qui s'assujettit, qui a le mérite ou le tort de se soumettre , et la sujétion est d'un homme qui est sujet, qui se trouve soumis. Nous montrons notre courage et notre persévérance par un assujettissement continuel au travail (Bourd.); la sujétion d'un exercice laborieux et sans relâche (Id.) nous fatigue, nous use. — Tel assujettissement peut être lâche (Bourd.); telle sujétion , humiliante (Id.). — a Une chose folle et qui découvre bien notre petitesse, c'est l'assujettissement aux modes. » Labr. Une chose triste et qui découvre bien notre misère , c'est la sujétion où notre âme est tenue relativement au corps auquel elle est unie.

SUBSISTANCE, — ALIMENT, NOURRITURE. Ce qui se mange, se digère et entretient la vie.

Subsistance, ce qui fait subsister, diffère beaucoup d'aliment et de nourriture. C'est un terme d'économie domestique , qui représente la chose antérieurement à son application ; au lieu que aliment (quodalit, ce qui nourrit) et nourriture sont des termes immédiatement relatifs à l'usage de la chose et à son effet. On pourvoit à sa subsistance et à celle de sa famille (Acad.), à la subsistance d'une armée (Id.); on fournit à la subsistance de quelqu'un (Id.); on tire sa subsistance de tel ou tel lieu (Montesq., Boss.); on ménage un fonds (Bourd.) ou du blé (Fén.) pour sa subsistance; avoir une subsistance assurée (Acad.); n'avoir aucun moyen de subsistance (Id.). Mais on prend des aliments ou de la nourriture (Acad.); uji médecin vous recommande d'user de tels aliments ou de telle nourriture (Les.) ; tel aliment ou telle nourriture convient à tel âge (J. J.); la terre donne aux plantes leur nourriture et leur aliment (Boss.); on est avide d'aliments ou de nourriture (Bourd.); on ne peut entretenir le corps sans le secours des aliments et sans nourriture (Id.) ; l'eucharistie est V aliment et la nourriture de nos âmes (Id., Mass.). — Sans subsistance, on n'est pas muni, approvisionné, on est dans la disette; sans aliments et sans nourriture, on souffre de la faim , on tombe d'inanition.

Aliment et nourriture ont entre eux plus de ressemblance. Cependant une simple circonstance grammaticale les empêche d'équivaloir l'un à l'autre. Aliment est un substantif pur, il sert à

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

former un verbe, alimenter; mais il n'en vient pas. Nourriture, au contraire, est un substantif verbal , il a été formé du verbe nourrir, et il en rappelle l'action.

Aliment est objectif : il exprime un objet , la chose qu'on mange. Nourriture est subjectif : il signifie une action , action dont Y aliment est ou fournit la matière. C'est pourquoi d'abord aliment se dit plus souvent au pluriel, et nourriture presque toujours au singulier. « Nous sommes conformés pour avoir besoin de nourriture, ou pour ne pouvoir pas vivre sans aliments. » Cond. * La raison souveraine nous a forcés, par le plaisir et .par la douleur , à désirer la nourriture sans laquelle nos corps périraient ; elle a mis dans les aliments qui nous sont propres une force pour nous attirer. » Boss.

Les aliments nous sont extérieurs . ils existent indépendamment de nous ; ce sont des fruits ou des mets. La nourriture peut être dite nôtre ; elle ne s'opère pas sans nous ; notre corps y prend une certaine part ; ou , dans tous les cas , elle a plus étroitement rapport à nous, au service qu'elle nous rend. Nous faisons de tels aliments notre nourriture. Les premiers chrétiens ne vivaient que d'aliments secs et sans les faire cuire (Fén.) ; il ne faut aux Indiens que des nourritures rafraîchissantes (Volt.). « La nourriture est le premier de nos besoins. Or l'homme sauvage n'est pas difficile sur le choix des aliments.» Cond. « La manne était Y aliment dont Dieu avait pourvu les Israélites dans le désert, et qu'il prenait soin lui-même de leur distribuer. Nourriture qui les maintenait tous dans une santé parfaite. Nourriture qui s'accommodait à tous les goûts. » Bourd. « L'Église gémit de ce qu'elle ne ' peut, parvenir à modérer les riches dans leur

nourriture La terre , cultivée par des hommes

sobres et laborieux, produirait assez d'aliments pour nourrir sans peine tout le genre humain. » , Fén. <c Un homme qui voudrait nourrir ses bras et ses jambes en y appliquant la substance des j meilleurs aliments, ne se donnerait jamais aucun ! embonpoint ; il faut que tout commence par le centre. C'est du dedans le plus intime que se distribue la nourriture de toutes les parties extérieures. » Id.

Les aliments ne nourrissent pas toujours , ils empoisonnent quelquefois ou affaiblissent le corps, au lieu de le fortifier : c'est quand ils ne trouvent pas dans le corps une disposition convenable , quand manque la condition subjective , quand l'action de la matière nutritive n'est pas secondée par le concours du sujet qui la reçoit. * Les aliments dans un corps malade , bien loin de le fortifier et de le nourrir , l'affaiblissent et le tournent en corruption. » Bourd. a L'intempérance des hommes change en poisons mortels les aliments destinés à conserver la vie. » Fén. * Il me semble que la nourriture représente plus particulièrement la chose comme se convertissant en la substance du corps. Pour prendre des aliments il suffit de manger. Pour prendre de la nourriture ib faut que les aliments réparent la dissipation qui se fait. Un étique prend des aliments sans prendre de la nourriture. » Cond.

Au figuré, reparaît la même différence. Àlù ment rappelle toujours un objet, et nourriture un fait : Les sciences sont Yaliment de l'esprit (Acad.), c'est-à-dire ce qu'il faut lui procurer pour qu'il vive ; et l'esprit a besoin de nourriture (Id.) , c'est-à-dire qu'on le nourrisse en lui donnant les sciences pour aliments. — Du reste , dans l'acception figurée , aliment est plus usité; il se dit de plusieurs choses auxquelles le mot nourrir ne s'applique qu'improprement : le bois est Yaliment du feu; Yaliment des passions, Yaliment des factions. Nourriture ne convient guère qu'en parlant de l'esprit et de l'âme, qui ont avec le corps , quant à la manière de s'entretenir, une grande analogie.

SUBSISTANCE , SUBSTANCE. Provision ou amas de choses destinées et nécessaires à la nourriture de quelqu'un.

La subsistance peut être abondante et comprendre même une sorte de superflu. Alcibiade exilé se retira dans un lieu de Phrygie que les Perses lui avaient donné pour sa snibsistance (Fén.). a Je ne dois rien à l'Etat; c'est à vous de donner la moitié de votre subsistance , vous qui êtes un seigneur terrier. » Volt. « Charles XII se vit retrancher son thaïm, c'est-à-dire la subsistance que la générosité de la Porte lui fournissait par jour, et qui se montait à 1500 livres. » Id.

Mais la substance est l'essentiel , le strict nécessaire, ce sans quoi on ne peut absolument pas vivre. « Donnez au prochain, sinon votre vie et votre substance, du moins le superflu de vos biens et le reste de vos excès. » Boss. « Que de prétextes pour ne pas se retrancher sur mille profusions, ou inutiles ou criminelles; tandis qu'on refuse à des créanciers malheureux leur propre pain et leur propre substance/ » Mass. «c Acquittez-vous : n'engagez pas (au jeu) pour un vain plaisir le sang de vos frères et la substance des pauvres. » Bourd. a Notre évêque est fait pour soulager les pauvres, et non pour dévorer leur substance. » Volt.

SUBSISTANCES, VIVRES, DENRÉES. Choses dont on fait amas ou provision pour sa nourriture , pour en faire des aliments , pour les consommer.

Les subsistances sont les productions de la terre qui nous font subsister. « Les circonstances qui pressent le râle d'aller nicher dans les terres du nord sont autant la nécessité des subsistances , que l'agrément des lieux frais. » Buff. a Si cette terre était ce qu'elle semble devoir être, si l'homme y trouvait partout une subsistance facile et assurée.... » Volt. «Ces nations (les barbares) ne demandaient que la subsistance : on leur donnait les plaines; on se réservait les défilés, les places.... » Montesq.

Lei vivres, ce qui fait vivre , sont des choses toutes préparées pour la consommation, telles que celles qu'on porte en voyage ou dans une expédition. Les oiseaux vont dans une contrée chercher des subsistances , et non pas des vivres, « Joseph fit partir ses frères avec des vivres pour le voyage. » Roll. « Charles XII devait recevoir de Mazeppa les vivres, les munitions, l'artillerie

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