‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 761 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Le léopard est naturellement le symbole de l'inconstance par la variété des couleurs de sa peau (Boss.); les Provinces - Unies de la Hollande avaient pris un faisceau de flèches pour leurs armoiries et leur emblème (Volt.). Saturne inventa la faucille à moissonner, qui lui resta pour symbole (Roll.); dans une comédie de Destouches , un fiancé donne à sa fiancée un dé et une bague destinés à former un double emblème, le dé devant lui rappeler qu'il faut qu'elle soit bonne ménagère, et la bague qu'il faut qu'elle soit une bonne femme. — D'autre part, quoique court et simple par rapport à l'allégorie , à Y allusion, à l'apologue et à la parabole, l'emblème l'est cependant moins que le symbole : c'est comme une allégorie , une allusion , un apologue ou une parabole qu'on met sous les yeux. « Plusieurs ont cru que l'histoire de Daniel et de l'ange qui enleva Habacuc ne sont qu'une allégorie visible, un emblème de l'attention continuelle avec laquelle Dieu veille sur ses serviteurs. » Volt. « V emblème est un petit tableau qui exprime allégoriquement une pensée morale ou politique , comme lorsqu'on a fait de la fortune une femme svelte et légère, un pied en l'air, touchant à peine du bout de l'autre pied un point d'une roue ou d'un globe, et tenant dans ses mains un voile enflé par le vent. » Marm. L'olivier est le symbole de la paix; un emblème de la paix, c'est, par exemple, l'image de la colombe faisant son nid dans un casque , ou celle des abeilles y déposant leur miel.

La devise est un emblème, mais un emblème peint ou gravé dans lequel la figure est expliquée par des paroles qu'on a mises au-dessous. Ces paroles sont même ce qu'il y a de plus essentiel dans la devise; si bien que, comme les emblèmes pour l'ordinaire sont sans légende, pour l'ordinaire les devises sont sans figure et se réduisent à une phrase ou à une maxime.

Diversité , c'est ma devise. Laf.

La devise du chevalier Bayard était , Sans peur et sans reproche. — Lorsque devise et emblème désignent la réunion d'une figure allégorique et de mots qui en déterminent le sens, devise est plus particulier, et emblème plus général : la devise , de l'invention de la chevalerie , et qui a été d'abord la marque distinctive de l'armure des chevaliers, puis l'ornement des fêtes données par Louis XIV, est un symbole déterminé à une personne, à une famille, à une compagnie, à une nation, et qui exprime quelque chose qui la concerne, son caractère, son génie, sa conduite habituelle; au lieu que Yemblème est l'expression figurée d'une pensée ou d'une sentence commune , sans aucun objet décidé. De plus , les paroles de la devise ne s'entendent bien que quand elles sont jointes à la figure : exemple , la phrase, Quo jussa Jovis, qui, avec l'image d'un aigle portant la foudre , composait la devise de Maximiïîen de Béthune , grand maître de l'artillerie. Les paroles de l'emblème, au contraire, ont toutes seules un sens plein et achevé: l'image de M. Scévola tenant sa main sur un brasier ardent, avec ces mots au-dessous : Tout est possible à la force de la volonté , est un emblème.

Les hiéroglyphes , c'est-à-dire , suivant l'éty mologie, les gravures sacrées, sont des figures ou des caractères symboliques , que les anciens peuples, particulièrement les Égyptiens, traçaient ou inscrivaient sur des obélisques ou d'autres monuments, et qui, avant l'invention de l'écriture alphabétique, donnaient à leurs pensées religieuses et à leurs doctrines une forme visible et pour ainsi dire un corps. « Les sages de Memphis exprimaient par des symboles les mystères de leur doctrine ; et c'est ce que les Grecs appelaient hiéroglyphes ou gravures sacrées. » Marm. « En Egypte, les pyramides, les obélisques, les colonnes, les statues, en un mot tous les monuments publics , étaient pour l'ordinaire ornés d'hiéroglyphes , c'est-à-dire d'écritures symboliques. » Roll. « Les anciens hiéroglyphes des Egyptiens , des Scythes et de quelques autres peuples de l'Asie étaient des espèces d'allégories qui parlaient aux yeux. » Lah.

2° Allégorie, allusion, — apologue, parabole. Modes ou moyens indirects d'expression consistant en discour? à double entente , qui ne doivent pas être pris à la lettre.

V allégorie et l'allusion sont purement théoriques; aussi la rhétorique traite-t-elle de l'une et de l'autre, comme en général de toutes les figures et de toutes les manières de parler considérées seulement sous le rapport de la forme ou quant à leur valeur esthétique. Elles diffèrent en ce que dans Yallégorie tout est dit ou écrit en vue du sens caché , qui est seul important, au lieu que dans l'allusion le sens caché n'est qu'accessoire par rapport au sens immédiat et naturel , qui se suffit à lui-même et subsiste indépendamment de toute application. L'allégorie sollicite l'interprétation en quelque sorte , l'allusion s'y prête. Ensuite l'allégorie est plutôt une œuvre d'art et a pour but d'embellir ; l'allusion est plutôt une œuvre de critique , et a pour objet le blâme ou la louange.

« L'apologue et la parabole sont des espèces d'allégories. » Acad. Ce sont des allégories morales, des allégories sous le voile desquelles on donne des enseignements ou des leçons de sagesse d'une manière simple et familière en même temps que fine. Mais l'apologue est profane, et la parabole religieuse, a S'il m'est permis de mêler ce que nous avons de plus sacré parmi les erreurs du paganisme , nous voyons que la vérité a parlé aux hommes par paraboles : et la parabole est-elle autre chose que Y apologue, c'est-à-dire un exemple fabuleux, et qui s'insinue avec d'autant plus de facilité et d'effet, qu'il est plus commun et plus familier? » Laf. Pour nous instruire, les fabulistes emploient des apologues, mais Jésus-Christ et les prophètes font usage de paraboles. A quoi il faut ajouter que l'apologue est plus fabuleux, plus mensonger, et que dans l'Écriture sainte elle-même on donne le nom d'apologue à une allégorie morale, qui ne renferme que fiction, où, par exemple, on fait agir et parler des êtres inanimés. Il y a dans l'Ancien Testament (Juges, IX) « un apologue où les arbres se choisissent un roi. » Boss.

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

TACT , TOUCHER , —ATTOUCHEMENT. Termes relatifs à la sensibilité répandue sur la surface du corps et excitée par l'action immédiate d'un objet sur les extrémités des nerfs.

Tact, du latin tactus , qui a été touché, exprime quelque chose de passif. Toucher , verbe toucher pris substantivement , emporte , au contraire, l'idée d'activité. Par le tact nous recevons des impressions agréables ou désagréables , nous éprouvons du plaisir ou de la douleur. « La propreté, le soin de soi-même, en rendant la peau plus délicate , augmentent le plaisir du tact; et l'attention sur sa santé rend les organes de la volupté plus sensibles. » Volt. « La sensation voluptueuse, dont quelques personnes veulent parler (comme d'un sixième sens) , se réduit au sentiment du tact. » Id. « Cette maudite peste (la petite vérole) a cela de particulier, qu'elle se communique non-seulement par le tact et par l'air, mais encore par l'imagination. » Id. «On cherche à réveiller les organes du tact par des piqûres , des brûlures , etc. , lorsqu'on veut être bien convaincu de la certitude de la mort de quelqu'un. » Buff. Par le toucher, au lieu de jouir ou de souffrir, d'être modifiés, nous agissons, nous acquérons des idées sensibles, nous nous instruisons. « Cette glace, qui au toucher et à la vue est si lisse et si unie , n'est qu'un amas inégal d'aspérités et de cavités.» Volt. «Supposé qu'un homme eût tous les sens, hors celui du toucher, cet homme pourrait fort bien douter de l'existence des objets extérieurs. » Id. « Un lépreux, dont la peau serait insensible, n'aurait aucune des idées que le toucher fait naître. » Buff. « Le toucher est de tous les sens celui qui est le plus relatif à la connaissance. » Id.

Toutefois , le mot tact peut bien aussi se rapporter au pouvoir de connaître ; mais il le représente comme un don, comme une capacité, comme une propriété de recevoir les manifestations des choses. «Le grand Être nous a fait présent à tous de six organes , dont le premier est le tact répandu dans toutes les parties du corps, mais plus sensible dans les mains. » Volt. « Placés entre l'aigle et la mouche, nous devons être contents de nos yeux; c'est un tact qui se prolonge jusqu'aux étoiles. » Id. « Comme l'odorat est plus faible et le tact du goût plus obtus dans tous les oiseaux que dans les quadrupèdes, ils ne peuvent guère juger des saveurs. » Buff. Le toucher, au contraire , est une vraie faculté , un instrument dont nous avons la facilité de nous servir, et dont nous nous servons à notre gré, afin de découvrir les qualités des choses; nous l'appliquons aux objets extérieurs, au lieu de nous borner à les attendre, a Le toucher est de tous nos sens celui dont nous avons le plus continuel exercice, » J. J. « C'est la même chose que si un homme , pour rendre compte d'un tableau , se faisait boucher les yeux, et nous racontait tout

ce que le toucher lui ferait sentir sur la toile du tableau. » Buff. — Les aveugles ont le tact plus fin que nous (J. J. , Cond.); « on prétend qu'il y a eu des aveugles-nés qui distinguaient au toucher la différence du noir, du blanc et de quelques autres couleurs. » Volt. « Lorsque la statue étudie une rose au toucher, elle lie l'odeur à l'ensemble des feuilles , à leur tissu et à toutes les qualités par où le tact la distingue des autres fleurs qui lui sont connues. » Cond.

On appelle tact, et non pas toucher, une sorte de finesse tout instinctive, à l'aide de laquelle on sent d'abord, sans avoir besoin de réfléchir, ce qui convient en matière de goût ou en fait de bienséances. « Le goût est un tact de l'âme , une faculté innée ou acquise , de saisir et de préférer le beau , une espèce d'instinct qui juge les règles et qui n'en a point. » Marm. D'autre part, on dit le toucher, et non pas le tact d'un pianiste, c'està-dire d'un homme qui s'applique à bien toucher d'un instrument de musique.

Quant à attouchement, il est particulier : au lieu de signifier, comme les deux mots précédents , le sens , l'organe , la faculté , il exprime un fait, une application spéciale du tact ou du toucher. « Ces deux sensations (celles du chaud et du froid) appartenantes au toucher, se font par l'application et l'attouchement de quelque corps.» Boss. Le premier homme faisant, dans Buffon, l'histoire de ses premières pensées, dit : a Je résolus de ne me fier qu'au toucher, qui ne m'avait pas encore trompé, et d'être en garde sur toutes les autres façons de sentir et d'être.... Tout ce que je touchais sur moi semblait rendre à ma main sentiment pour sentiment , et chaque attouchement produisait dans mon âme une double idée. » — On dit le tact ou le toucher , et un attouchement (Buff.), au premier attouchement (Id.). Le tact et le toucher ont telles ou telles qualités; Yattouchement se passe, a lieu de telle ou telle manière. «Si l'union de l'âme à son objet est un attouchement , un contact , cet attouchement ne se fait-il pas au loin? » Buff. « Une main divisée en une infinité de parties toutes mobiles et flexibles serait une espèce de géométrie universelle par le secours de laquelle nous aurions dans le moment même de Yattouchement des idées exactes et précises de la figure de tous les corps. » Id. — Enfin, comme les objets physiques ou inanimés sont dépourvus de sensibilité et d'intelligence, on ne peut leur attribuer de tact ou de toucher; mais on peut leur rapporter un attouchement , c'est-à-dire une action de toucher, dont il leur arrive d'être causes. « Le cerveau ne peut s'empêcher de recevoir quelque impression par l'ébranlement des nerfs, non plus que la cire par Yattouchement des corps qui la pressent. » Boss. «Le seul attouchement de la robe de Jésus-Christ guérit des infirmités désespérées. » Mass. « Je n'ai idée des étoiles que par

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