‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 762 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

l' attouchement; et cet attouchement de la lumière vient frappar mon œil de mille millions de lieues. » Volt.

1° TAIRE , CELER , CACHER ; — 2° DISSIMU- LER, DÉGUISER; — 3° COUVRIR , VOILER , EN- VELOPPER, FARDER, PALLIER. Faire en sorte qu'une chose ne soit pas sue ou aperçue.

1° Taire, celer, cacher.

Taire , celer et cacher sont négatifs ; ils signifient ne pas produire , ne pas manifester , ne pas laisser paraître, tenir hors de la vue. Un pénitent aux pieds de son confesseur, un témoin devant la justice, tout homme rendant compte de sa conduite, tait, cèle ou cache quelque chose, quand il le garde pour lui, qu'il en fait un secret.

C'est ce que taire exprime simplement : on tait en ne parlant pas , en n'ouvrant pas la bouche. « La jalousie est une passion qu'on peut avoir , mais qu'on doit taire. » Montesq. « Il n'est pas toujours défendu de taire la vérité, quand c'est pour la mieux honorer. » J. J. « Il serait important de convenir des confesssions qu'un prêtre doit révéler et de celles qu'il doit taire. » Volt. 11 se peut qu'on taise une chose par paresse , par timidité , par caprice , par omission.

Mais celer marque l'attention qu'on a , le soin qu'on met à retenir sa langue et l'effort nécessaire pour cela.

J'ai de fortes raisons qui m'ont fait révéler

Un bymen que Yous-même aviez peine à celer.

Mol.

Sire, il n'est plus besoin de vous dissimuler

Ce que tous mes efforts ne vous ont pu celer.

(Cbimène). Corn.

Les temps sont accomplis, princesse : il faut parler;

Et votre heureux larcin ne se peut plus celer.

(Joad à Josabet). Rac.

a II y a un édit de Henri II qui ordonne qu'on punisse de mort toute femme ou fille qui, ayant celé sa grossesse, accouche d'un enfant trouvé mort sans avoir été baptisé. » Volt. « Je conçois qu'un scélérat associé à d'autres cèle d'abord ses complices : cependant il avoue tout à la fin. » Id. Au reste , celer, latin celare, n'est guère usité qu'en poésie et en termes de palais.

Cacher renchérit sur celer : c'est faire d'une chose , non-seulement un secret , mais un mystère , c'est l'ensevelir dans un profond silence ; ce qui suppose une affaire de plus grande conséquence et des motifs ou des intérêts plus puissants. « C'est un secret important; car je le dis à vous-même à regret , et si je pouvais le cacher davantage, vous ne le sauriez point. » Mol. « Il en est peu qui , de dessein formé , cachent un péché mortel à leur confesseur. *> Bourd. « Le czar menaça son fils Alexis de mort, s'il lui cachait quelque chose. » Volt. « Quel état affreux pour une femme de cacher à son mari la moitié de sa vie pour assurer le repos de l'autre. » J. J.

Il est clair, dit Roubaud, que taire marque le pur silence qu'on garde sur la chose; celer, le secret qu'on en fait; cacher, le mystère dans lequel on veut l'ensevelir. Pour taire une chose, il suffit de ne la pas dire , quand il y a occasion d'en parler; pour la celer, il faut non-seulement la taire, mais encore avoir une intention formelle

de ne point la manifester, et une attention particulière à ne pas se déceler ; pour la cacher , on est obligé non-seulement de la celer, mais même de la renfermer dans le fond de son cœur. Od tait ce qui déplairait à quelqu'un; on cèle ce qui lui nuirait; on cache avec le plus grand soin ce qui le perdrait , s'il n'y a pas une obligation de parler.

2° Dissimuler , déguiser.

Dissimuler et déguiser ne sont point négatifs; celui qui dissimule ou qui déguise ne se contente point de dérober aux yeux une certaine chose , il agit pour faire illusion relativement à cette chose. Une femme qui tait, cèle ou cache ses sentiments n'en laisse rien voir ; une femme qui dissimule ou déguise ses sentiments se conduit de manière à faire accroire que ses sentiments ne sont pas ce qu'ils sont. « Discrète , prudente et réservée, vous avez l'art de cacher vos sentiments sans les dissimuler.» D' Al. Qu'on tiise, qu'on cèle , qu'on cache , c'est de la réticence , de la retenue , de la réserve ; qu'on dissimule ou qu'on déguise, c'est de l'imposture. Un homme caché est retiré , secret; un homme dissimulé est trompeur, fourbe. Dissimuler et déguiser ont donc cela de très-distinctif , qu'ils impliquent une idée de feinte ou d'artifice, <* L'aveu de nos crimes n'est souvent qu'un artifice coupable qui les déguise, et nous portons la dissimulation jusqu'au pied même du tribunal de la pénitence.» Mass. « Minerve sourit de la feinte d'Ulysse, et lui dit : 0 le plus dissimulé des mortels , homme inépuisable en détours et en finesse, vous ne pouvez vous empêcher de recourir à vos déguisements ordinaires. Mais laissons là ces tromperies. » FÉN.

On voit déjà que dissimuler est plus général, et déguiser plus particulier. L'homme dissimulé use de déguisements. On dit absolument dissimuler ; avec déguiser , il faut nécessairement un régime. La dissimulation est l'art, l'habitude ou le défaut; les déguisements en sont les traits ou les tours. « Nous naissons tous avec un fonds de dissimulation sur ce qui se passe au dedans de nous-mêmes ; toute notre vie n'est presque qu'un déguisement continuel. » Mass. — D'autre part, dissimuler, c'est mentir plus nettement, faire semblant que la chose n'est pas; déguiser , c'est mentir plus indirectement , en travestissant la chose . en la faisant paraître autre qu'elle n'est. L'orateur chrétien ne doit ni dissimuler ni déguiser nos vices (Boss.) ; les dissimuler serait faire croire que nous ne les avons pas ; les déguiser serait les rendre spécieux, leur donner des couleurs mensongères. Suivant Labruyère, un homme qui sait la cour dissimule les mauvais offices (c'est-à-dire feint qu'on ne lui en a pas rendus ou qu'il ne s'en est pas aperçu, n'en tient nul compte) , et il déguise ses passions (c'est-àdire qu'il en impose sur leur caractère, qu'il leur donne l'air d'être ce qu'elles ne son tpas). L'historien qui dissimule des miracles (Boss.) les supprime comme n'ayant pas eu lieu; celui qui les déguise (Id.) les défigure par la manière de les présenter. Une femme dissimule son amour en faisant l'indifférente ; elle le déguise en don-

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

nant à croire que c'est de l'amitié ou tout autre sentiment.

3° Couvrir, voiler, envelopper, farder, pallier.

Ces verbes n'emportent pas , comme dissimuler et déguiser, l'idée d'une fausseté toujours plus ou moins odieuse, et ils diffèrent de taire , de celer et de cacher dé la manière suivante. D'abord on tait , on cèle et on cache à quelqu'un : vous me taisez , me celez ou. me cachez un secret. On couvre, on voile, etc., simplement, et non pas à tel ou tel. Ensuite , taire , celer et cacher sont négatifs; pour faire l'action qu'ils signifient , il n'y a qu'à s'abstenir ou à se contenir. Mais pour couvrir, voiler, etc., il faut trouver de quoi, des prétextes, des couleurs, des raisons , et l'idée de pareilles choses est tout à fait caractéristique de couvrir ou mettre une couverture , de voiler ou mettre un voile , à.' envelopper ou mettre une enveloppe , de farder ou mettre du fard, de pallier ou mettre un manteau (pallium). Avec de l'empire sur soi-même , on tait , on cèle et on cache ; avec des ressources dans l'esprit et de l'habileté , on n'est jamais embarrassé pour couvrir, voiler, envelopper, farder , pallier. Taire, celer, cacher, c'est garder en dedans; couvrir, voiler, envelopper, farder, pallier, c'est mettre quelque chose dessus ou devant.

Couvrir et voiler sont opposés en ce que couvrir signifie rendre invisible de tous les côtés , complètement , au lieu que voiler veut dire seulement mettre devant la chose un corps mince qui permet au moins de l'entrevoir. Les nuages qui voilent le ciel ne le font pas disparaître aussi entièrement que s'ils le couvraient. Les vêtements d'une femme couvrent son corps; son voile ne fait qu'empêcher de voir distinctement son visage. Une femme adultère cherche à couvrir (Fen.) et non pas seulement à voiler son infidélité. Ce qui couvre notre ignorance (Mal.) la met à couvert de tout regard indiscret; ce qui la voile (Buff.) ne la laisse pas apercevoir aisément. Il en est de même de ce qu'écrit un philosophe pour couvrir (Mal.) ou pour voiler (Lah.) son athéisme.

Envelopper a exclusivement rapport au sens des choses : on enveloppe ce qu'on ne veut pas qui soit développé , éclairci , entendu, a II sait parler ambigument, d'une manière enveloppée. » Labr. « Un auteur ne doit rien laisser à chercher dans sa pensée ; il n'y a que les faiseurs d'énigmes qui soient en droit de présenter un sens enveloppé. » Fén. « Je voulais, dit Aristote, cacher mes principes : c'est ce qui m'a fait envelopper ma physique. » Id. « Je l'ai fait voir dans l'Exposition, et l'anonyme ne fait qu'envelopper la matière. » Boss. « Le duc de Glocestre disait que les Français étaient trop subtils , et qu'ils enveloppaient tellement les choses par des paroles ambiguës , qu'il n'y avait dans les traités que ce qu'ils voulaient. » Id. Raisonnement enveloppé (Acad.), prédiction enveloppée (Mass.).

Farder aj exclusivement rapport à l'effet désagréable des choses : on farde celles auxquelles on met des couleurs, parce que, présentées telles

qu'elles sont , elles choqueraient ou déplairaient. «Les voix de ces jeunes filles fardaient leurs visages , et tant qu'elles chantaient, je m'obstinais, en dépit de mes yeux, à les trouver belles.?) J. J. « Les poètes dépouillent les passions de ce qu'elles ont de plus horrible , et les fardent tellement par l'adresse de leur esprit , qu'elles attirent l'affection. » Nie. « Je pris le parti de farder la vérité dans les endroits où elle aurait fait peur toute nue. » Les.

Pallier, c'est couvrir ou voiler, non plus en obscurcissant, comme envelopper, non plus en embellissant , comme farder , mais en atténuant , en faisant paraître moins mauvais ou moins coupable. « M. de Cambrai s'acquiert seulement la réputation de bien et éloquemment pallier une cause visiblement mauvaise. » Boss. On pallie des défauts (Labr., Volt.), des crimes (Pasc, Boss.), la noirceur d'un forfait (J. J.), des méchancetés (Boss.), des abus (Mass.), le mensonge (Rac), des usures (Bourd.), des maximes pernicieuses (Pasc), des torts (Marri.) , etc.

TAPIR (SE) , SE BLOTTIR. Se mettre dans une posture resserrée, dans laquelle on est retiré sur soi-même ; en pariant des hommes et des animaux.

Se tapir, c'est se mettre à la manière des fruits tapés, s'aplatir, s'appliquer contre, comme une tapisserie contre la muraille. Aussi dit-on bien se tapir contre ou derrière. « Nous avons essuyé dans le bateau à cent pas de ce pont un petit orage; mais nous nous sommes tapis contre le rivage.» Sév. « S'ils aperçoivent les chasseurs, les tétras se tapiront contre terre, et se cacheront de leur mieux. » Buff. « Si on entrait dans l'endroit où cette chienne était enfermée, elle se contentait de se tapir à terre, comme si elle se croyait alors bien cachée.... Dès qu'on se retournait de son côté , elle se retirait bien vite et se tapissait de nouveau sur la terre. » Id. Se tapir derrière une haie, derrière une porte (Acad.).

Mais se Uottir, c'est s'arrondir et non s'aplatir," c'est se mettre en bloc , en boule , se rouler sur soi-même , se ramasser, dans un trou ou quelque chose de semblable , qui enveloppe et couvre au lieu d'abriter. On ne se blottit pas contre ou derrière, mais dans ou sous.

Le trou de l'escarbot se rencontre en chemin. .... Jean lapin s'y blottit. Laf.

Le chat blanchit sa robe et s'enfarine;

Et, de la sorte déguisé, Se niche et se blottit dans une huche ouverte. Id.

a Les perdreaux se sont blottis chacun de son côté dans les herbes et dans les feuilles. » Buff. « S'agiter avec effort dans le vague de l'air , pu rester blottis dans leur trou , voilà la vie des martinets. » Id.

Il (le Temps) étendait ses deux pesantes ailes.... La Vérité, qu'on néglige ou qu'on fuit, En gémissant, se blottissait sous elles. Volt. En bienheureux, derrière le rideau

Il (Monrose) se tapit

Le prince alors fait tomber sur l'autel, Avec grand bruit, le rideau sous lequel Se blottissait celte aimable figure. Id.

Ensuite , quoique d'ordinaire on se tapisse et

Page 1