DEUXIÈME PARTIE
on se blottisse pour se cacher, ce but est particulièrement indiqué par se tapir. On se tapit pour n'être pas vu, pour être en tapinois , en cachette. Mais il peut se faire qu'on se blottisse sans avoir l'intention de se cacher : c'est ainsi qu'un enfant, pour avoir moins froid, se blottit, se pelotonne, se couche en rond dans son lit.
TAPISSERIE, TENTURE. Grandes pièces d'étoffe qu'on applique sur les murs pour les parer.
Tapisserie a rapport à la façon , à la fabrication de la chose , et tenture à son usage. La tapisserie est un ouvrage, le résultat de l'action d'un artiste ou d'un artisan, comme la bijouterie, la draperie , la coutellerie , la bonneterie , etc. La tenture, c'est ce qui est tendu, ce qui se trouve actuellement employé à couvrir les murs et à les orner. La manufacture des Gobelins travaille en tapisserie; un décorateur place des tentures. Voltaire raconte qu'il songea à faire exécuter la Henriade en tapisserie, promettant à l'artiste d'en acheter pour lui-même une tenture. La tapisserie tendue, mise en place, est tenture; la tenture, considérée dans la main de l'ouvrier qui la fait à l'aiguille ou au métier, est tapisserie. Une belle tapisserie se distingue par la main-d'œuvre ou le sujet; une belle tenture, par l'effet ou le nombre des pièces dont elle se compose. « Je me contenterai de parler d'une tapisserie relevée d'or, laquelle on fit remarquer principalement à Psyché, non tant pour l'ouvrage , quoiqu'il fût rare , que pour le sujet. La tenture était composée de six pièces. Dans la première on voyait.... » Laf.
Une seconde différence résulte de la terminaison de tenture, et elle est clairement indiquée dans l'exemple précédent, c'est que la tenture est, comme la toiture, la mâture, Y armure, etc., quelque chose de collectif, quelque chose dans quoi entre la tapisserie comme élément. « On distingue les tapisseries par pièces, on les vend à la pièce , on les compte par aunes de cours. Plusieurs pièces qui tapissent un appartement s'appellent une tenture. » Volt. On dit tenture de tapisserie, comme on dit habit de drap ou en broderie, robe de mousseline, bonnet de dentelles. La tenture est donc, suivant l'exacte définition de l'Académie, un certain nombre de pièces de tapisserie ordinairement de même dessin, de même facture , se servant l'une à l'autre de pendants , ou représentant des sujets qui font suite l'un à l'autre.
Quand les deux mots s'emploient en parlant d'un ornement qui n'est pas en tapisserie , qui ne consiste pas en une étoffe travaillée à l'aiguille ou au métier, mais qui est composé d'une étoffe ou d'un tissu quelconque, de cuir, de papier, etc., tapisserie donne idée de la matière, et tenture de l'ensemble : une tapisserie de papier peint (Acad.), une tenture de papiers peints (Id.); une tapisserie de brocatelle, une tenture de deuil. Il semble aussi que la tapisserie a moins d'étendue, et que le mot convient mieux quand il est question de petites chambres ou de cabinets.
1° TARDER, RETARDER; — 2° DIFFÉRER, RECULER; — 3° REMETTRE, RENVOYER. Tous ces verbes signifient q ue, au lieu de faire une chose
' sur-le-champ , on se met dans le cas de la faire ultérieurement, en un temps plus ou moins éloigné. On tarde à partir, on retarde son départ ^ on le diffère ou on le recule; on le remet ou on le renvoie à une autre époque.
1° Tarder, retarder.
Tarder et retarder se distinguent de tous leurs synonymes par un caractère frappant, c'est qu'ils marquent inopportunité , c'est qu'ils ont rapport à un temps où la chose devrait ou aurait dû être faite. La chose qu'on tarde à faire ou qu'on retarde se fait ensuite tard, c'est-à-dire après le temps nécessaire ou déterminé , soit relativement à sa destination, soit relativement au désir de ceux qui l'attendent , et soit que le retard vienne de notre faute ou qu'il soit l'effet d'un accident, d'un malheur , d'un obstacle. Il faut donc se servir de tarder ou de relarder toutes les fois qu'on aurait dû agir sur-le-champ.
Quant à la différence à mettre entre tarder et retarder , elle a été indiquée dans la Ire partie , p. 112.
2° Différer, reculer.
L'un et l'autre se prennent bien dans le sens neutre : on diffère, on recule, au moment d'agir ; remettre et renvoyer veulent toujours après eux un complément. Quand différer et reculer sont actifs, ils ne s'emploient qu'avec des noms de choses ; remettre et renvoyer se disent également des choses et des personnes. Outre cela, différer et reculer expriment un ajournement indéfini , ils ne font point entrevoir de quelle durée sera le délai; les deux autres, qui sont plutôt des termes de palais, déterminent l'ajournement, le fixent. Enfin, différer et reculer dénotent de l'hésitation, de la crainte et tout au moins de la prudence , ils tiennent plus aux circonstances dont on ne dispose pas, et de là vient qu'ils ne marquent pas d'époque fixe; remettre et renvoyer sont des actes d'autorité, des dispositions souveraines, des résolutions bien arrêtées , ils tiennent plus aux convenances et au libre choix de celui qui remet ou renvoie , et c'est pourquoi la remise et le renvoi sont à époques fixes.
On diffère dans l'espoir de mieux , on recule dans la crainte du mal. Quand on diffère, on à la perspective d'arriver à un bien ; quand on recule, on se propose uniquement d'éviter un mal. Il y a dans différer quelque chose de plus positif, et quelque chose de plus négatif dans reculer. Différer, c'est temporiser, c'est-à-dire ne pas agir actuellement, dans l'espérance d'un temps plus favorable; reculer, c'est traîner en longueur, chercher des détours , des subterfuges , tergiverser, barguigner, biaiser, tâcher d'éluder quelque chose de pénible qu'on ne veut faire qu'à la dernière extrémité et à son corps défendant, mais qu'on sera toujours obligé de subir.
On diffère une chose , parce qu'on compte trouver pour la faire un moment plus propice que le moment actuel; c'est Un calcul, un acte de prudence et de raison. « Dieu peut différer la récompense et la peine , selon que l'exige ou le permet l'ordre de sa providence. » Mal. « J'aime mieux différer mon plaisir et en jouir à mon aise.» J. J. « Je voulais goûter dans tout son charme le plai-
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
sir de la revoir. J'aimais mieux le différer un peu pour y joindre celui d'être attendu.» Id. a Je n'avais différé jusques alors à vous envoyer cette lettre que pour vous en épargner le port. » Desc. On recule une chose, parce qu'on ne voudrait pas qu'elle se fît, ou parce qu'on voudrait qu'elle se fît le plus tard possible ; ce mot emporte l'idée de gêne , de contrainte ; on cherche à gagner du terrain ou plutôt du temps : on recule le moment d'une entrevue qui effraye , l'occasion d'un aveu qui coûte, d'une dépense qui pèse, d'une opération qui sera douloureuse. « Pendant un an mon adversaire ne fit que traîner et reculer le jugement. » Beaum. « Le peuple (en nommant des décemvirs) ne songeait qu'à reculer le rétablissement de l'autorité consulaire qui lui était formidable. » Vert. « Jugurtha crut qu'il lui restait encore assez de forces pour traîner la guerre en longueur, ou du moins pour -reculer sa perte de quelque temps.» Id. Ériphile, dans tes Amants magnifiques, déteste le mariage et recule toujours le choix qui la doit engager (Mol.).
On diffère jusqu'à l'occasion favorable; on recule le plus possible.
On ne cesse pas de s'occuper de la chose différée, on ne l'abandonne pas, on est toujours prêt à la faire au premier moment convenable ; quand on a reculé une chose , c'est une affaire qu'on a laissée là , on n'est pas disposé à saisir l'occasion prochaine de la faire , on s'en est débarrassé et on n'y songe plus.
3° Remettre , renvoyer.
Remettre, c'est ajourner; renvoyer, c'est presque rejeter. On remet ce qu'on n'a pu faire; on renvoie souvent ce qu'il ne plaît pas de faire, et ainsi on s'en débarrasse. Il y a de la réflexion, du calcul, de la prévoyance dans l'action de remettre. «M. Racine est présentement tout occupé à finir sa pièce.... Je vous prie donc de remettre à la semaine qui vient le récit que vous souhaitez qu'il fasse à Mme de Lamoignon. » Boil. « Je me fis une petite garde-robe arménienne ; mais l'orage excité contre moi m'en fit remettre l'usage à des temps plus tranquilles. » J. J.
Quand voulez-vous aimer que dans voire printemps? Gardez-vous bien surtout de remettre à l'automne.
Mais il y a de la brusquerie , de l'humeur, de la légèreté, de l'indifférence dans l'action de renvoyer, a Renvoyer à des années de langueur et d'infirmité l'affaire du salut , c'est la manquer. » Mass. « Que je ne renvoie plus (mon repentir, ma conversion) à un lendemain qui n'arrive jamais.» Id. « De peur que vous ne vous imaginiez peutêtre sur ma lettre d'aujourd'hui que je voudrais renvoyer aux Rois votre visite, de quoi je serais bien fâché. » J. J. On doit dire renvoyer et non pas remettre'diUX calendes grecques. Les tyrans de Thèbes dans l'ivresse d'un festin renvoient au lendemain les affaires sérieuses. Un juge remet à huitaine une affaire sur laquelle il veut s'éclairer, recueillir de plus amples renseignements ; il renvoie à huitaine une autre affaire par lassitude , par ennui , parce qu'elle lui semble trop longue. Un élève fatigué remet son devoir au lendemain; un élève renvoie au lendemain un devoir dont il
est las , qui lui pèse , qu'il n'a pas le courage de faire.
Quand on remet une affaire , on prend dès ce moment avec soi-même l'engagement d'y revenir à l'époque déterminée; mais renvoyer exprime qu'on prend peu de souci de l'affaire , qu'on ne l'a pas à cœur, qu'on tient surtout à sortir de peine, d'ennui, d'embarras.
TEL, SEMBLABLE , PAREIL. Termes de comparaison. Achille, tel qu'un lion, semblable à un lion, pareil à un lion; de tels discours ou de tels abus, de semblables discours ou de semblables abus, de pareils discours ou de pareils abus, etc.
Tel se distingue des deux autres mots par sa rigueur : il exprime un rapport de conformité absolue, et jusqu'à l'identité. Tel est mon sentiment : voilà mon sentiment, c'est mon sentiment même. Tel maître , tel valet : dites-moi quel est le maître, son caractère propre, je vous dirai quel est le valet, ses qualités, sa nature. Tel, comme l'adjectif démonstratif ce, cet, est propre à rappeler une personne ou une chose dont il vient d'être question. « Libanius dit qu'à Athènes un étranger qui se mêlait dans l'assemblée du peuple était puni de mort. C'est qu'un tel homme usurpait le droit de souveraineté. » Montesq. On dit , de tels ou de semblables discours (Boss.), c'est-à-dire ces discours, ou quelque chose d'approchant, des discours analoguesce Avec de tels ou de semblables sentiments , il faut goûter intérieurement Jésus-Christ. » Boss. « Joconde fit un dénombrement des rois et des césars qui avaient vu leurs femmes tomber en telle ou semblable pratique. » Laf.
Semblable et pareil sont relatifs, non pas, comme tel, à l'exactitude du rapport, mais à sa nature. Semblable annonce une ressemblance , un rapport extérieur de traits , de forme , de configuration; et pareil, un rapport intrinsèque de valeur, de mérite, de force, une équipollence. On dit, de semblables monuments (Roll.), et un pareil nombre ( Id. ) ; de semblables manières (Bourd.), de semblables disputes (P. R.), et une pareille honte (Mol.), de pareilles lois (Volt.), un pareil mérite (Bourd.). Nos semblables sont faits comme nous ; nos pareils sont du même degré , du même étage , ils ne nous sont ni supérieurs ni inférieurs pour la condition, le talent, etc. Semblable est un terme de description, concret, significatif du réel; pareil est un terme d'estimation, abstrait , significatif de l'idéal , du possible ou de l'hypothétique. « Je ne condamne pas votre réponse ni de semblables dans des cas pareils. » Boss. a La contagion fit un grand dégât dans Athènes : on n'en avait jamais vu de semblable. Thucydide la décrit, afin qu'une relation exacte pût servir d'instruction à la postérité , si un pareil malheur arrivait une seconde fois. » Roll.
Un objet tel qu'un autre n'en diffère point; un objet semblable à un autre s'y rapporte ; un objet pareil à un autre le vaut, ne lui cède point. Achille, tel qu'un lion, est tout à fait comme un lion, on le prendrait pour un lion, et on pourrait dire de lui • ce lion s'élance: semllable à un