DEUXIÈME PARTIE
2° Opiniâtre, obstiné [entier, mutin). Trop attaché à ses volontés , à un parti , qui en poursuit la réalisation avec ténacité, mordicus.
Opiniâtre exprime une qualité essentielle , caractéristique , et obstiné une qualité de fait ou phénoménale. On est opiniâtre , plein d'opiniâtreté; on se montre obstiné, on agît avec obstination. «■ Ces peuples opiniâtres (les Saxons) ne laissèrent pas de se révolter contre Charlemagne avec un courage obstiné. » Boss. a II n'y a point de conviction dans toute la conduite de Dieu pour les esprits opiniâtres.... Nous ne pouvons donc convaincre Y obstination des infidèles. » Pasc. Contre un mal opiniâtre il faut employer des remèdes énergiques ; telle personne meurt ou est morte d'un mal obstiné contre lequel on n'a pas employé de remèdes énergiques. On est naturellement opiniâtre , on est obstiné dans ses tentatives (J. J.)- V opiniâtreté est une détermination passive, une manière d'être-, Y obstination est une détermination active, une manière d'agir. a Quand la coterie holbachique vit que je fixais eni-ore ma demeure à la campagne, elle soutint que c'était obstination pure, que j'étais rongé d'orgueil, et que j'aimais mieux périr victime de mon opiniâtreté que de m'en dédire et de revenir à Paris. » J. J. Le même auteur déplore «l'invincible obstination de Mme Dudeffand, et l'enthousiasme de déraison où la portait Y opiniâtreté de ses jugements passionnés. » Et quand opiniâtreté se rapporte aussi à la manière d'agir, il en désigne la nature, la force, la persistance; tandis que le mot obstination, tout subjectif, fait penser à la conduite de l'agent. « On m'interroge : je nie d'avoir touché le peigne. On me menace , je persiste avec opiniâtreté.... La chose méritait d'être prise au sérieux. La méchanceté , le mensonge, Y obstination, parurent également dignes de punition. » J. J.
Outre cela, Y opiniâtreté peut n'être blâmable que par une ardeur trop grande , comme est celle d'un disputeur qui soutient sans démordre son opinion qu'il croit bonne (opiniâtre , d'opinion, et de la terminaison dépréciative ou péjorative âtre). « Quand un homme qui suit ses passions s'attache fortement à son opinion , et qu'il prétend dans les mouvements de sa passion qu'il a raison de la suivre, on juge avec sujet que c'est un opiniâtre. >» Mal. Mais Y obstiné {du latin ob et stare ou tenere, se tenir devant, faire obstacle, s'opposer), persévère contre toute raison , quoique à bout de raison , par caprice , par parti pris , par esprit d'opposition , par taquinerie. « Votre vaine constance (à aimer Julie) ne pouvant plus causer que des malheurs ne mérite que le nom d'obstination. » J. J. « Comme vous vous étiez toujours opiniâtre à refuser de dire ce que vous entendez par le sens de Jansénius , je vous ai enfin poussé.... Cela vous a mis dans la nécessité de, répondre; car, si vous vous fussiez encore obstiné après cela à ne point expliquer ce sens , il eût paru que vous n'en vouliez qu'à la grâce efficace. »Pasc. *.
L. L'homme entier est opiniâtre ou obstiné pour ce qui concerne ses droits ou son autorité, il n'en veut
TIMIDITÉ, EMBARRAS. Défaut de hardiesse et d'assurance.
La timidité est subjective ou relative à l'âme; Yembarras est objectif ou dépendant des circonstances. Aussi dit-on bien la timidité naturelle d'une personne (J. J.), et Yembarras d'un rôle ou d'une réponse (In.). L'air timide annonce un caractère de timidité; l'air embarrassé annonce qu'on est troublé ou décontenancé par quelque chose. « Le duc du Maine me voyait dans la plus grande liberté avec le régent , et dans une confiance qui me rendait un personnage ; sa timidité s'en alarmait , il ne savait comment me rapprocher.... Un matin je le vis entrer dans ma chambre. Il couvrit son embarras d'un air aisé. j> S. S. Mentor dit à Télémaque : « Je parlerais volontiers à Idoménée pour le faire consentir à notre départ, et je vous épargnerais Yembarras d'une conversation si fâcheuse ; mais je ne veux point que la mauvaise honte et la timidité dominent votre cœur. » Fén.
La timidité ne se montre pas toujours au dehors ; Yembarras est toujours extérieur. J. J. Rousseau dépeint dans ses Confessions <c son humeur timide et son embarras à parler. » Comme on dit Yembarras de la honte (J. J.) , on pourrait dire, à la rigueur, Yembarras de la timidité.
« On peut être timide sans être embarrassé, et embarrassé sans être timide. Exemple : Cette personne est naturellement timide, par considération et par réserve; mais l'usage qu'elle a du monde fait qu'elle n'a jamais l'air embarrassé: au contraire, cette autre personne n'est point timide, elle dit tout ce qui lui vient à la bouche ; mais elle devient embarrassée quand elle a dit une sottise. » D'Al.