‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 809 sur 881 · L. Rac. Louis Racine · texte numérisé non relu

L. Rac. Louis Racine

Maint. Mme de Maintenon.

Mal. Malebranche.

Malh. Malherbe.

Mariv. Marivaux.

Marm. Marmontel.

Mass. Massillon.

Mol. Molière.

Montaign. Montaigne.

Montesq. Montesquieu.

Nie. Nicole.

P. A. Le Père André.

Pasc. Pascal.

Pelliss. Pellisson.

Pir. Piron.

P. R. Port-Royal.

Prév. L'abbé Prévost.

Rab. Rabelais.

Rac. Racine.

Rayn. Raynal.

Regn. Regnard.

Riv. Rivarol.

Roll. Rollin.

Rotr. Rotrou.

Roub. Roubaud.

S. Lamb. Saint-Lambert.

S. R. Saint-Réal.

S. S. Le duc de Saint-Simon.

Scarr. Scarron.

Séd. Sédaine.

Sév. Mme de Sévigné.

Staël. Mme de Staël.

Thom. Thomas.

Vaug. Vaugelas.

Vauv. Vauvenargues.

Vert. Vertot.

Volt. Voltaire.

SUPPLEMENT

A, OU. Ces mots servent à indiquer un nombre approximativement.

Mais ou le fait avec plus de précision. 11 offre à l'esprit une alternative, l'option entre deux nombres seulement ; au lieu que d donne à choisir entre plus de deux nombres. Si un historien apprend d'un général qu'il a péri douze mille hommes dans une bataille, et d'un autre qu'il en a péri seize mille, il écrira que dans cette bataille périrent douze ou seize mille hommes, et le lecteur n'aura à balancer qu'entre ces deux nombres. Mais si l'historien apprend d'autres personnes qu'il en a péri treize, quatorze ou quinze mille, ou bien qu'il ait des raisons de croire que des deux premiers témoins l'un a affaibli et l'autre exagéré la vérité, il écrira qu'il a été tué dans le combat douze à seize mille hommes, et le lecteur aura à hésiter entre tous les nombres intermédiaires depuis douze mille jusqu'à seize mille. J'ai reçu de vous six ou huit lettres, c'est-à-dire l'un ou l'autre; six à huit lettres, c'est-à-dire ou six, ou sept, ou huit.

Quand les deux nombres donnés se suivent, ne diffèrent que d'une unité, comme le choix est alors borné à l'un ou à l'autre, ou doit seul être employé. On dira donc sept ou huit personnes (Labr., Hén.), quatre ou cinq hommes (S. S.), quatre ou cinq fois (Id.), sept ou huit moyens de gagner sa vie (Id.), cinq ou six chèvres (Laf.), cinq ou six lois (Boss.), et non pas sept à huit personnes, quatre à cinq hommes, quatre à cinq fois, sept à huit moyens, cinq à six chèvres, cinq à six lois. — « Le duc de Montmorency avait rassemblé six à sept mille hommes.... Il franchit un

large fossé suivi seulement de cinq ou six personnes. » Volt.

Toutefois ou n'est de rigueur et à n'est absolument impropre que dans le cas où les deux nombres ressemblent à ceux qui viennent d'être cités, c'est-à-dire non-seulement sont consécutifs, mais encore se rapportent à des choses qui ne peuvent être divisées par fractions. Ainsi on dira bien cinq à six francs, quatre à cinq mètres, deux à trois livres de sucre, avoir dix-sept à dix-huit ans, un territoire de huit à neuf lieues. C'est que dans ces exemples et autres semblables il est question choses divisibles par fractions et qu'entre deux nombres de ces choses il y a des intermédiaires, si bien que le choix ne se réduit pas à une simple alternative.

Mais c'est là un cas particulier, ce qui lui convient ne doit pas être étendu aux autres, à ceux dans lesquels il s'agit de deux nombres consécutifs d'individus ou de choses indivisibles. On parlerait mal en disant comme autrefois l'Académie, qui du reste s'est rétractée sur ce point depuis i 835 : « Il y avait six à sept femmes dans cette assemblée. »»

ABAISSER, ABATTRE. Faire aller en bas.

Abaisser est relatif, et signifie faire aller plus bas, diminuer la hauteur; abattre est absolu, et veut dire faire aller, à bas, jeter par terre. On abaisse une branche pour pouvoir l'atteindre, et on Y abaisse plus ou moins; on abat un arbre en le renversant. Ce qui s'abaisse s'incline ou décline; ce qui s'abat tombe. L'action d'abaisser, en conséquence de l'effet qu'elle produit, est plus douce ou moins brusque que celle d'abattre. «Ja-

mais les canards ne se posent qu'après avoir fait plusieurs circonvolutions sur le lieu où ils voudraient s'abattre, comme pour l'examiner; et lorsque enfin ils s'abaissent, c'est toujours avec précaution : ils fléchissent leur vol et se lancent obliquement sur la surface de l'eau. » Buff. — Ensuite, abaisser suppose quelquefois qu'on ôte seulement l'obstacle qui empêchait la chose d'aller en bas, au lieu qu'abattre emporte l'idée d'une action qui détermine ou contraint à aller en bas une chose qui n'y irait pas d'elle-même : on abaisse des voiles, des jalousies, des réverbères en lâchant la corde qui les tient suspendus; on abat une maison qu'on démolit, dont on cause la chute.

Les mêmes nuances reparaissent au figuré. Une puissance abaissée est moins grande; une puissance abattue est détruite, sans force ou sans ressource aucune : l'une a baissé, l'autre est déchue. Les premières guerres puniques n'avaient fait qu'abaisser le courage et l'orgueil des Carthaginois; il fallut la ruine de Carthage pour abattre l'un et l'autre. Suivant Nicole, « Nos misères doivent nous abaisser sans nous abattre. » C'est-àdire qu'elles doivent diminuer l'estime de nousmêmes, nous humilier, mais non pas nous jeter dans un état de complet accablement, de désespoir.

ABAISSER (S'), DESCENDRE. Se mettre plus bas, prendre une position inférieure ou moins élevée.

S'abaisser, c'est simplement se baisser, comme fait un homme qui s'incline en saluant ou par respect. Mais pour descendre il faut quitter la place où on est et passer à une autre qui est audessous. S'abaisser dit donc moins que descendre. « Lorsque je m'abaisse je perds de ma force, et je tombe lorsque je descends. » Chamf. A l'égard des pécheurs, le directeur des consciences doit « s'abaisser et descendre dans la profondeur de leur corruption et de leur misère. » Mass.

Que si descendre se distingue par le degré, s'abaisser, de son côté, a pour accessoire une idée particulière d'abaissement, de dégradation, d'humiliation, de diminution de dignité ou de grandeur. « 11 descend au style naïf sans jamais s'abaisser. » Acad. « L'orateur alors, simple et modeste, saura descendre sans s'abaisser. » d'Ag. « Affable et d'un accès facile, Cyrus sait descendre jusqu'au dernier de ses sujets sans s'abaisser. » Cond. « On doit rendre aux auteurs qui nous ont paru originaux dans plusieurs endroits de leurs ouvrages cette justice, qu'ils ne se sont point abaissés à descendre jusqu'à la qualité de copistes. » Montesq. « Le Fils unique de Dieu descend du sein de son Père, et vient sur la terre s'abaisser lui-même et s'anéantir. » Bourd.

Descendre exprime bien aussi une diminution par rapport à une situation antérieure, sans quoi il ne serait pas synonyme de s'abaisser, mais il signifie proprement une diminution de rang qui ne fait concevoir rien de bas, d'avilissant, d'indigne, de honteux ou de mortifiant. On s'abaisse à une lâcheté (Corn.), à des faiblesses, à de honteux moyens (Volt.), à une infamie (J. J.), à des contes vulgaires (Laf.) ; mais on descend de son rang (Rac, Volt.)- « Des grands descendus volon-

tairement au rang des petits. » Bourd. a Ce prince daigne descendre à tout. » Volt. « Enfant de saint Louis, que votre grandeur ne vous empêche jamais de descendre avec bonté jusqu'aux plus petits. » Fén.

Tu descends jusqu'à nous de ton trône suprême.

Corn.

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