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ABANDONNER, LIVRER, CÉDER, LÂCHER

On abandonne, on livre, on cède, et on lâche quelque chose à quelqu'un, en faisant en sorte qu'il en devienne maître.

Mais d'abord livrer dit quelque chose de plus positif qu'abandonner. « On abandonne une chose qu'on ne défend pas ; on livre celle qu'on met entre les mains, au pouvoir d'un autre. On abandonne une place lorsqu'on se retire et qu'on cesse par conséquent de la défendre; on la livre lorsqu'on ouvre soi-même les portes à l'ennemi. L'Église abandonnait un prêtre au bras séculier, c'est-à-dire que, ne voulant pas le juger ellemême, elle laissait aux tribunaux le soin de le juger; livrer à la justice, c'est traduire un malfaiteur devant un tribunal. » Cond. A l'approche d'Alexandre, les Bactriens abandonnèrent Bessus, et se retirèrent chacun chez eux; mais Spitamène et deux autres officiers de l'usurpateur, s'étant saisis de sa personne, le conduisirent à Alexandre, auquel ils le livrèrent chargé de chaînes (Roll.) . — On abandonne, mais ou ne livre pas un homme à lui-même, un homme se possède déjà; mais on le livre à quelqu'un ou à quelque chose. « Tout m'abandonne à moi-même, ou plutôt tout me livre à toi. » J. J. « Je vais rester abandonnée à moi seule, ou livrée aux persécutions. » Id. « Dieu abandonne les impies à eux-mêmes, et les livre à l'erreur, à un sens réprouvé. » Boss., Mal.

Céder, de cedere, se retirer, faire place à un autre, c'est renoncer à quelque chose en faveur d'un concurrent, d'un compétiteur. « Le peuple allait employer la force (contre Louis XVI) ; et telle était la répugnance du roi pour toute espèce de violence, que les troupes n'eurent pas l'ordre de le défendre. Sans vouloir rien céder, on abandonnait tout. » Marm. « Qui passera de nous deux? Qui cédera la place à l'autre? » Pasc. « J'ai assez combattu, je me retire; prenez mon rang, jeunes gens, je vous le cède. » J. J.

Les bons morceaux de tout, il faut qu'on les lui cède.

Mol.

Enfin nos ennemis nous cèdent la campagne. Corn. Polyeucte vous cède;

Et comme si vos feux étaient un don fatal,

Il en fait un présent lui-même à son rival. Id.

Lâcher, c'est laisser échapper, ne pas retenir jusqu'au bout. « Il voulut l'espèce sur-le-champ. Je balançai longtemps, mais il me pressa, et fatigua ma résistance. J'eus la faiblesse de lui lâcher le dépôt qu'il emporta. » Les. « A ce discours, je jugeai que M. le grand inquisiteur n'avait pas envie de lâcher ma malle qu'il tenait dans ses serres. » Id. « Ces lions se laissent poursuivre par des femmes ou par des enfants qui leur font à coup de bâton quitter prise et lâcher indignement leur proie. » Buff.

Pourquoi donc les avoir en d'autres mains lâchés (Ces papiers)? Mol.

SUPPLEMENT

On ne put faire Qu'elle lâchât aux autres le morceau. Laf. Ainsi on abandonne une chose à quelqu'un, en ne faisant rien pour l'empêcher de la prendre. On livre une chose à quelqu'un, en la lui remettant. On cède une chose à un rival, en lui quittant la partie. On lâche une chose à quelqu'un, en mollissant, en se relâchant tout à coup de ses efforts pour la retenir.

ABANDONNER (S'), SE LIVRER, aux passions, à la joie, à la douleur, etc. : se mettre dans le cas de les ressentir; en latin indulgere.

S'abandonner à une chose, c'est s'y laisser aller; s'y livrer, c'est s'y adonner. S'abandonner marque plutôt une action aveugle et sans retenue : « Il ne me reste qu'à m' abandonner à la Providence, et à me jeter tête baissée dans mon destin. » J. J. Mais se livrer est plus propre à exprimer une action faite avec choix et modération, comme est, par exemple, celle d'un homme qui se livre à une étude ou à un art : « Je ne blâme pas que vous vous livriez avec la modération que vous voulez y mettre , aux amusements du grand monde. » J. J.

S'abandonner enchérit donc sur se livrer; c'est se livrer sans réserve. « Le pantomime se livre et s'abandonne aux mouvements de son âme. » Marm. « SesK inclinations étaient douces; elle s'y livrait sans faiblesse, et ne s'y abandonnait jamais. » J. J.

D'ailleurs nous nous abandonnons à ce qui nous attache ou nous prend, à Dieu, à la fatalité, au sommeil, à la peur; au lieu que nous nous livrons aux choses auxquelles nous nous attachons ou nous nous prenons, au jeu, à la société, à un genre quelconque d'occupation.

ABATTRE, RENVERSER, TERRASSER. Faire tomber une personne.

Abattre a rapport à la hauteur, c'est jeter de haut en bas. Renverser a rapport au sens dans lequel on met, c'est-à-dire sur le sol tout de son long. On dit très-bien abattre à ses pieds (Boss., Fén., Volt.) , parce que cette expression implique l'idée d'un contraste entre un état antérieur d'élévation et un état actuel d'abaissement ; mais on dit renverser sur le sable (Fén.) ou dans la boue, ce qui fait penser à l'état d'un homme étendu sur la terre, et non plus dans sa situation naturelle. Un cavalier est abattu de dessus son cheval; David abattit Goliath qui était d'une taille gigantesque; Télémaque ayant dit qu'il renversa un Samien, son adversaire au combat du ceste , ajoute : « A peine fut-il étendu par terre que je lui tendis la main pour le relever. » Fén.

Terrasser représente une lutte, et n'exprime pas seulement un fait; il indique une action prolongée, acharnée, qui suppose de la résistance; aussi ne terrasse-t-on que des hommes ou des animaux, des êtres capables d'opposer des efforts à des efforts. L'homme terrassé n'est pas seulement mis à bas ou étendu sur la place, mais roulé par terre, mais battu et défait, au propre et au figuré. On peut abattre ou renverser un lion d'un coup de flèche ou de fusil, ou bien de manière qu'il se relève ; on ne le terrasse qu'en se battant avec lui corps à corps, et en le mettant

sous soi, en lui faisant mordre la poussière, en remportant sur lui la victoire.

ABC, ALPHABET (ABÉCÉDAIRE, ALPHA- BÉTIQUE). Réunion de tous les signes d'écriture d'une langue ; et, comme ces signes sont la première chose qu'on apprend en grammaire , on appelle figurément a b c ou. alphabet un commencement de notions dans un certain genre de savoir.

Charles Nodier, dans son Examen critique des dictionnaires de la langue française, avait voulu proscrire alphabet, parce que ce mot lui semblait faire double emploi avec celui d'à & c, qui a l'avantage d'avoir une origine nationale, ayant été formé des trois premières lettres de notre langue. L'auteur anonyme de la Revue française (n° ix. mai 1829, p. 35 et 36) lui répondit en faisant voir que les deux expressions méritaient d'être conservées l'une et l'autre, parce que, bien que synonymes, elles ont chacune une sphère d'application qui lui est propre.

A b c est naturellement le mot qui convient en parlant de la langue française. Mais alphabet, des deux premières lettres de la langue grecque, dXcpa et (3y]Ta (alpha et bèta) , doit être nécessairement préféré quand il est question du grec, puis du latin, puis de toutes les langues anciennes, et enfin de toutes les langues qui ne sont pas la nôtre.

Ainsi abc est une expression moderne et vulgaire qui désigne une espèce, et alphabet un terme ancien et savant qui marque le genre. On dira bien, surtout dans le langage soutenu, en employant le genre pour l'espèce, Y alphabet français ; mais on ne dira point l'a b c grec, hébreu ou phénicien, si ce n'est pourtant qu'on ne parle avec une sorte de dédain , comme dans cette phrase de Voltaire : « Quand nous avons dit que les marchands de Tyr enseignèrent leur abc aux Grecs, nous n'avons pas prétendu qu'ils eussent appris aux Grecs à parler. »

Au figuré, abc s'applique à quelque chose de commun, sinon de bas; il convient pour exprimer le commencement d'une science vulgaire ou les premières pratiques d'un métier, même d'un vil métier. « Je ne tardai guère à être employé à la filouterie commune...., en un mot, à cent pareils exercices qui ne sont que l'a & c de l'école des filous. » Les. Alphabet, au contraire, se distingue par un caractère de noblesse conforme à celui de son origine. « Ah! que l'admirable Bernard s'était avancé dans cette sagesse! Il était toujours au pied de la croix, lisant, contemplant et étudiant ce grand livre. Ce livre fut son premier alphabet dans sa tendre enfance : ce même livre fut tout son conseil dans sa sage et vénérable vieillesse. »

Les adjectifs abécédaire et alphabétique se ressemblent aussi, quoiqu'à un moindre degré que leurs primitifs. Ils diffèrent en ce qu'ils font considérer les lettres, abécédaire sous un point de vue inférieur, comme étant apprises par les enfants dans les écoles, et alphabétique sous un point de vue plus relevé, celui de l'ordre selon lequel elles sont rangées, surtout dans les langues savantes de l'antiquité et dans les dictionnaires.

Une ignorance abécédaire ( Montajgn. ) et un homme abécédaire (Id.) se disent d'un homme qui n'en sait pas plus que l'écolier le moins avancé, que celui qui est encore à la croix de par Dieu. Mais ordre alphabétique, table alphabétique, sont des expressions d'érudit, et c'est en érudit que s'exprime Voltaire quand il dit dans son Essai sur les mœurs : « On trouve encore ces histoires absurdes dans nos dictionnaires qui ont été longtemps, pour la plupart, des archives alphabétiques du mensonge. »

ABEILLE, MOUCHE A MIEL. Insecte ailé et armé d'un aiguillon, qui se colonise par essaims, qui vit en société sous une sorte de police instinctive, qui est très-industrieux, et que l'homme rend domestique et fait travailler pour son profit en le renfermant sous une espèce de panier ou de cloche qu'on appelle ruche.

"Abeille, en latin apis, qui a pour diminutif apicula, d'où vient abeille, est le nom propre du petit animal. Mouche à miel est une circonlocution employée par les gens trop peu instruits pour connaître les noms des choses. Il y a en France bien des villages où on élève beaucoup d'abeilles et où on ne les nomme jamais que des mouches à miel. Un auteur dit abeille; mais à ce mot il substitue mouche à miel quand il a occasion de faire parler des gens du peuple. « Le vol de la simple abeille me paraît encore plus étonnant. Des marins m'ont assuré qu'on voyait sur les côtes de Normandie des mouches à miel arrivant des îles de Jersey et de Guernesey, situées à plus de six lieues au large. » BfcRN. Il en est de même de ruche à l'égard de panier à mouches : l'écrivain qui parle de la demeure des abeilles la désigne par le mot ruche, mais il met celui de panier à mouches dans la bouche des paysans, des gens de peu d'instruction, quand il lui arrive d'en rapporter quelques paroles. « Le meunier retira Ragotin d'entre les glaives pointus et venimeux de ces ennemis volants; et, quoiqu'il fût enragé de la chute de ses ruches, il ne laissa pas d'avoir pitié du misérable. Il lui demanda où diable il se venait fourrer tout nu, et les mains liées, entre des paniers à mouches. » Scark.

Au figuré, abeille convient seul ; mouche à miel est trop vulgaire pour pouvoir être employé dans cette acception. Voltaire a dit de Rollin que c'était a Yabeille de la France. » Sophocle avait reçu le nom d'abeille à cause de la douceur de ses vers, et c'est aussi ce qui fit imaginer que des mouches à miel s'étaient arrêtées sur ses lèvres lorsqu'il était au berceau (Roll.). Une personne qui a recueilli d'excellents vers est Yabeille du Parnasse ; Yabeille des bibliothèques se dit d'une personne qui a su butiner dans les livres comme Yabeille sur les fleurs. Le mot abeille sert aussi à désigner certains recueils.

Il ne faudrait pas croire toutefois que mouche à miel fût exclu de la langue des savants et de celle des personnes qui parlent bien. C'est l'expression à laquelle on revient naturellement quand on considère les abeilles par rapport au produit de leur industrie, à la sorte de richesse que nous tirons d'elles. Ainsi on lit dans Buiïon, d'une part, que nos observateurs admirent à l'envi l'intelligence et les talents des abeilles; mais, d'autre part; que

les moineaux mangent les mouches à miel et détruisent ainsi de préférence les seuls insectes qui nous soient utiles. Bernardin de Saint-Pierre n'est pas moins précis. Au mot d'abeille, qui est celui dont il se sert d'ordinaire, il préfère la circonlocution mouche à miel quand il a à représenter Yabeille comme un agent de production qui nous fournit le miel et la cire. « La Livonie est la province de Russie la mieux cultivée et la plus fertile : elle donne en abondance des blés, des chanvres....; on y trouve quantité de mouches à miel qu'on élève dans des troncs d'arbres. »

ABJURER , SE CONVERTIR ; — RENIER , APOSTASIER. Abandonner sa religion pour en embrasser une autre.

Abjurer et se convertir se prennent en bonne part, savoir : abjurer, d'ordinaire, et se convertir, toujours : ils expriment l'action d'abandonner une religion fausse ou qu'on croit telle. Renier et apostasier ne se disent jamais qu'en mauvaise part, et signifient renoncer à sa religion par crainte, égarement d'esprit, libertinage, intérêt ou ambition.

Abjurer, se convertir.

Abjurer se distingue, et de se convertir, et, au besoin, de ses deux autres synonymes, en ce qu'il marque une renonciation solennelle, par serment et acte public. « Henri IV fit dans l'église abbatiale rie Saint-Denis son abjuration publique, le dimanche 25 juillet 1593, entre les mains de l'archevêque de Bourges. » S. S. « Thoré conduisit le prince de Condé à Strasbourg, où il abjura publiquement la religion catholique. » Boss. Se convertir désigne plutôt un changement intérieur de croyance de mal en bien, qu'une déclaration par laquelle on fait connaître qu'on ne professe plus telle religion. D'ailleurs, à la différence d'abjurer, se convertir a plus de rapport à la religion qu'on embrasse qu'à celle qu'on quitte : des peuples sauvages abjurent l'idolâtrie pour se convertir au christianisme. Enfin se convertir ne doit pas toujours s'entendre à la lettre : c'est quelquefois simplement changer de vie et revenir à Dieu, à la manière d'un pécheur qui fait pénitence, sans pour cela passer d'une religion à une autre.

Renier, apostasier.

Il semble que le reniement est moins libre et par conséquent moins coupable, moins odieux que Yapostasie. Saint Pierre renia son maître (Acad.) dans une circonstance où il fut surpris et comme contraint; il faut plaindre plutôt que détester ceux des premiers chrétiens qui renièrent la foi dans la crainte des tourments (Boss.). Mais ce fut de son plein gré que l'empereur Julien aposlasia, et que Saurin rentra avec sa femme dans le sein de l'Église romaine, ce qui fit dire aux protestants qu'il avait apostasie et fait apostasier sa femme (Volt.).

Ensuite renier, dans sa sphère, comme abjurer dans la sienne, indique une rupture complète; au lieu que Yapostasie, comme la conversion, peut n'être que partielle ou relative : un simple hérétique et un religieux qui renonce à ses vœux et à son habit, aposlasient, selon l'expression consacrée par l'usage, et ne renient pas proprement. « Les Pères ont reproché aux hérétiques qu'ils apostasiaient en se séparant de l'Eglise. » Boss.

SUPPLEMENT

« Dans sa jeunesse, poussé d'une dévotion indiscrète, il avait pris l'habit et fait profession dans un ordre fort austère, et apostasie quelques années après. » Les. « Quoique engagé dans l'état ecclésiastique, l'abbé Abeille ne crut pas apostasier en travaillant pour le théâtre. » D'Al.

ABLUTION, LAVAGE, LAVEMENT. Action de nettoyer avec de l'eau.

Ablution, latin ablutio, du verbe abluere, laver, reproduit exactement son primitif. Mais lavage, quoique dérivé en dernière analyse du latin lavare, a été fait du français laver par l'addition d'une terminaison toute française ; si on l'eût formé de lavare, on aurait dit lavation, latin lavatio.

C'est pourquoi ablution, seul d'ailleurs de sa famille dans notre langue, s'y distingue par un caractère de noblesse qui fait qu'il se dit seulement en termes de religion et au figuré; au lieu que lavage appartient à la langue commune et n'est usité qu'au propre.

Une ablution , dans le sens le plus général du mot, est une pratique religieuse qui consiste à se laver diverses parties du corps, à des heures prescrites, avec certaines formalités et selon certains rites. « Les éléphants ont quelque participation de religion; d'autant qu'après plusieurs ablutions et purifications, on les void haussans leur trompe comme des bras, et tenans les yeux fichez vers le soleil levant, se planter longtemps en méditation et en contemplation, à certaines heures du jour. » Montaign. « Ces ablutions, ces privations et ces jeûnes.... qu'on recommande si fort dans les mystères de la Grèce. » Barth. « Mahomet laissa dans sa loi beaucoup de choses qu'il trouva établies chez les Arabes : la circoncision, le jeûne, les ablutions. » Volt. « Là les seuls Israélites avaient le droit d'entrer ; encore fallait-il qu'ils ne fussent souillés d'aucune tache, et qu'ils eussent pris soin de se purifier par la vertu des jeûnes et des ablutions prescrites. » Mass. « Le mauvais riche offrait les sacrifices ordonnés; il pratiquait les ablutions prescrites. » Id. — Dans le christianisme l'usage des ablutions est inconnu. Cependant le mot ablution chez les peuples catholiques en particulier a aussi une signification spéciale : il désigne dans la cérémonie de la messe l'action du prêtre qui prend le vin après la communion, et, d'autre part, quand le prêtre a communié, l'action de verser du vin et de l'eau sur ses doigts au-dessus du calice. « Ce vin qu'on mettait dans un calice pour le donner à ces enfants (après les avoir baptisés) s'appelait ablution, par la ressemblance de cette action avec l'ablution que les prêtres prenaient à la messe. » Boss. « On voit que les solitaires ne communiaient que sous une seule espèce (celle du pain), et n'employaient ensuite le vin que par forme d'ablution comme nous. » Id. — Figurément, au sens moral, ablution s'est dit et tend de plus en plus à se dire, pour signifier une purification de l'âme. « L'innocence, qui est sans la moindre souillure, n'a pas besoin d'ablution. » Dm. « Jamais on n'entre dans une église sans ressentir une émotion qui fait du bien à l'âme, et lui rend, comme par une ablution sainte, sa force et sa pureté. » Staël.

Mais lavage n'a rien de relevé. C'est le mot dont on se sert, toujours au propre, en parlant des choses et des actions les plus vulgaires. Le lavage des vitres, des carreaux d'une salle, des rues d'une ville, du linge sale, de légumes qu'on apprête pour le repas, ce Je fais des lavages à mes mains, de l'ordonnance du vieux de Lorme. » Sév. ce Est-il possible que dans le pays des bains chauds vous trouviez le moyen de laisser périr vos pauvres jambes? N'y a-t-il point de lavages qui puissent vous ramener les esprits à ces parties comme abandonnées? » Sév. ce Je me trouve infiniment mieux depuis que j'ai renoncé à tout ce lavage d'eaux qu'on m'avait ordonnées, et qui m'avaient presque gâté entièrement l'estomac. » Rag. ce Quand toutes les maisons de Paris seront fournies d'eau nécessaire, l'usage des bains deviendra plus fréquent, on multipliera les lavages.... » Beaum. « Les premières terres limoneuses ayant été délayées et entraînées par les eaux, ce grand lavage aura fait la séparation de tous les grains de fer contenus dans cette terre. » Buff.

Quant à lavement, qui diffère aussi de lavage en ce qu'il est plus noble, se confond-il par cela même avec ablution? Point du tout. Uniquement usité dans le langage de l'Église, il n'y exprime point comme ablution quelque chose qui se pratique à la messe, mais l'action que fit Jésus-Christ en lavant les pieds aux apôtres le jour de la Cène, et la double cérémonie qui consiste à laver, le jeudi saint, les autels et les pieds de certaines personnes. Ensuite, beaucoup moins susceptible d'extension que son synonyme, lavement n'a point ou n'a pas autant d'aptitude à prendre l'acception figurée, ce Jésus voulut bien recevoir le baptême de Jean ; mais le lavement d'eau doit être aboli par le baptême du Christ, ce baptême de l'esprit, cette ablution de 1 ame, qui sauve les hommes. » Volt.

ABOLITION, ABOLISSEMENT. Anéantissement, extinction, suppression de certaines choses, comme usages, coutumes, institutions, lois.

Abolissement n'est point du tout, comme le prétend l'Académie dans son Dictionnaire historique, un synonyme inutile d'abolition. Rivarol a*raison de vouloir qu'on les distingue l'un de l'autre et qu'on les conserve l'un et l'autre, comme dépopulation et dépeuplement, par exemple.

Abolition représente comme se faisant la même chose qu' abolissement signifie comme étant faite. On travaille à Yabolition d'un usage dont on juge Yabolissement nécessaire. Une loi ordonne Yabolition d'un vieux système de poids et mesures :mais on n'en ohtientY abolissement qu'après qu'un long usage a rendu le nouveau système familier. L'abolition de telle coutume a eu lieu à telle époque, a rencontré de grands obstacles ; le peuple se trouve fort bien de Y abolissement de cette coutume.

« La guerre entre l'empire et le sacerdoce n'a semblé terminée que par Yabolition des jésuites. » Volt. « M. d'Aguesseau égalera la gloire de son père, s'il contribue à Yabolition de l'esclavage. » le— ce L'État et les séculiers, en Angleterre, n'ont profité que de Yabolissement des monastères. » Volt. « La France n'est que plus florissante par Yabolissement de la vénalité infâme de la judica-

ture. » Id. « Vabolissement du droit barbare de main-morte serait encore plus nécessaire que Vabolissement des jésuites. » In.

ABONDANCE, AFFLUENCE. Beaucoup de biens.

C'est ce qu'exprime abondance employé absolument; mais pour qu' affîuence ait cette signification il faut y ajouter d'autres mots. « De là cette abondance dans votre maison, de là cette affîuence de biens, de là ce bonheur, ce succès.... » Boss. Dans la fable de Lafontaine intitulée Les Souhaits, les hôtes du follet demandent, pour premier vœu, Yabondance; mais quand ils en voient les inconvénients, ils s'écrient :

Otez-nous de ces biens Vaffluence importune.

Ensuite affîuence paraît dire plus qu'abondance. Abondance, du latin abundare, déborder, couler abondamment, marque seulement plus que suffisance; affîuence, quod affluit, représente le mouvement de plusieurs cours d'eau qui se .sont réunis et qui coulent à flots, en grande abondance. « Une maison voluptueuse, et, dans cette maison le luxe, Yabondance, Vaffluence de tous les biens, etc. » Marm.

Et ce n'est pas seulement pour la quantité que Vaffluence enchérit sur Yabondance, c'est aussi pour la qualité : elle suppose des biens plus doux, plus exquis, d'une plus grande valeur. « Une Mélanie vit dans la pompe et dans Vaffluence des délices de Rome. » Bourd. « Qui est celle-ci qui s'élève de la terre avec cette affîuence de délices et cet état de gloire qui l'environne?» Id. «Les hommes s'imaginent la félicité comme une affîuence de voluptés semblables à celles des sens, mais exquises, intarissables, et d'une durée éternelle. » Marm. « A Capoue, tout paraissait dangereux aux Romains : la fertilité des terres, Yabondance de toutes sortes de grains et de fruits.... la beauté et la commodité des bâtiments, Vaffluence de toutes sortes de biens et de délices. » Roll.

ABONDER, FOURMILLER, REGORGER, PUL- LULER, FOISONNER. Avoir ou être en grande quantité.

Abonder, latin, abundare, couler abondamment, avoir «u être en abondance, est de tous ces verbes le plus général, et il se rapporte particulièrement à la quantité divisible. « Si les hommes abondent de bien, et que nul ne soit dans le cas de vivre de son travail.... » Labr. a Le riche à qui tout abonde. » Boss. « L'île abondait en bois. » J. J. « Le fer abonde par toute la terre. » Bern. « Les paysages ne sont jamais plus intéressants que quand les eaux y abondent. » Id. « A la Bourse arrivent de toutes parts les avis de ce qui manque ou de ce qui abonde chez les autres nations. » Id. « La grâce abonde où le péché avait abondé. » Mass.

Depuis que la richesse entre ses murs abonde. Corn. La louange est si sèche, elle produit si peu! Mais la critique abonde ; elle coule de source. La Chaussée.

Iris goûtait encor, Non cet encens commun dont le Parnasse abonde,

Mais la louange délicate.... Laf.

Dans sa charité fausse, où l'amour-propre abonne....

Boil.

Fourmiller se dit de ce qui abonde comme une

fourmilière de fourmis ou comme des fourmis dans une fourmilière. Il a proprement rapport à une quantité de choses qui se comptent, qui forment une multitude et non pas une masse ; il représente beaucoup d'individus, et d'individus qui ressemblent sous quelques point de vue à des fourmis. « La tradition enseignait que les cadavres des soldats de Sennachérib avaient été jetés à tas dans cette vallée, de sorte qu'elle fourmillait de vers qui sortaient de ces cadavres.» Boss. « Oùne trouve-t-on pas de petits insectes? Les creux de tous les arbres en fourmillent. » Volt. « Les goélands se tiennent en troupes sur les rivages de la mer ; souvent on les voit couvrir de leur multitude les écueils et les falaises, sur lesquelles ils semblent fourmiller. » Buff. — Ayant rapport à la quantité qui se compte, fourmiller s'emploie bien en parlant d'une multitude d'hommes, mais d'hommes de petite valeur ou dont on fait peu de cas.

Un peuple d'importuns qui fourmillent sans cesse.

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