OPPOSITION , CONTRASTE , ANTITHÈSE
Rapport entre des choses éloignées les unes des autres par leurs qualités ou leurs manières d'être.
Opposition est le mot général; aussi peut-il servir à définir les deux autres. Il y a opposition entre toutes les choses très- diverses, adverses, contraires, qui ne vont point ensemble ou qui répugnent.
Contraste et antithèse, usités particulièrement en termes d'arts, désignent des oppositions esthétiques , c'est-à-dire qui produisent ou qu'on considère en tant qu'elles produisent certaines impressions sur l'esprit. « Tous les contrastes nous frappent, parce que les choses en opposition se relèvent toutes les deux. » Montesq. « Il y a antithèse lorsqu'on choisit (en écrivant) les tours qui rendent l'opposition plus sensible. » Cond.
Contraste a été formé du latin contra stare, se tenir debout vis-à-vis. Il y a contraste entre toutes les choses qui sont opposées d'une manière sensible, frappante, qui contrastent, qui tranchent, qui ressortent par leur rapprochement inattendu. « Voyez de Vautre côté (que celui de saint Jean) un Judas à la communion : ô Dieu ! quelle opposition! quel effroyable contraste! » Boss. « Plus vous simplifiez les institutions, plus vous effacez le* contrastes dont l'esprit philosophique sait
faire ressortir des oppositions frappantes. » Staël. « Tout ce qu'on peut remarquer de particulier dans les mœurs des Suisses, et surtout ce contraste bizarre de recherche et de simplicité qu'on sent dans toutes leurs manières. » J. J. — Par conséquent contraste s'emploie spécialement dans le langage de la peinture et de la sculpture, des arts qui font valoir les choses les unes par les autres en variant leurs attitudes, leurs poses, en faisant figurer d'une manière pittoresque, les unes près des autres, les plus éloignées. « La nature veut que les peintres et l?s sculpteurs mettent des contrastes dans les attitudes. » Montesq.
De son côté, antithèse, grec àvxibzcnç, du verbe àvri-TtOevai, placer en face, se dit, non pas principalement, mais uniquement, en termes de rhétorique. Vantithèse est une figure qui consista dans une opposition établie entre les idées et les mots pour leur donner plus de relief. Exemples : Il est petit dans le grand, et grand dans le petit; Racine a peint les hommes tels qu'ils sont, et Corneille tels qu'ils devraient être; humble sans bassesse, exact sans scrupule, etc. « Vous ne voulez donc point (dans le discours) d'antithèses? — Pardonnez-moi : quand les choses qu'on dit sont naturellement opposées les unes aux autres, il faut en marquer Yopposition . Ces antithèsesAk sont naturelles, et font sans doute une beauté solide. » Fén. « Il est arrivé que la variété qu'on a cherché à mettre par 4e moyen des contrastes est devenue une symétrie et une vicieuse uniformité. Ceci ne se sent pas seulement dans de certains ouvrages de sculpture et de peinture, mais aussi dans le style de quelques écrivains, qui, dans chaque phrase, mettent toujours le commencement en contraste avec la fin par des antithèses continuelles. » Montesq.
Que si par extension on se sert aussi du mot contraste en littérature, il n'y signifie pas la même chose qu'antithèse, Vantithèse a lieu entre les mots et les idées dans une même période; et le contraste se trouve entre les situations les moins semblables que l'écrivain relève par une peinture comparative qui peut être très-longue. Il y a un beau contraste dans le Tartufe entre le rôle de l'Imposteur et celui de Cléante (Volt.). « Cette situation est dramatique et forme un contraste avec telle autre. » Acad. « Faire précéder unescène tragique d'une scène comique, pour augmenter l'étonnement par le contraste. » Staël. Rollin dit, en commentant un passige étendu de YÉnéide : « Le contraste est sensible : le poète nous montre d'un côté Pallas comme seule, sans crédit, sans distinction; de l'autre" il nous représente Junon comme environnée de gloire, de puissance et de majesté. »
ORATEUR, RHÉTEUR, RHÉTORICIEN. Homme qui cultive le talent ou l'art de la parole.
Quoique ces trois mots aient été indiqués par Girard et traités par Leroy comme synonymes, ils le sont véritablement, assez peu.
Orateur est la traduction exacte d'un mot purement latin, orator, formé dii primitif os, oris, bouche, parole, et il se rapporte à la pratique ; rhéteur et rhétoricien, au contraire, étant empruntés du grec priTwp, pnfoptxoç, sont essentiel-
SUPPLEMENT
lement relatifs à la héorie. L'orateur est actuellement ce que le rhéteur et le rhétoricien apprennent à devenir : il exerce, tandis que les deux autres s'occupent de préceptes. Dans la xe satire de Juvénal , un écolier,
Qui va chez un rhéeur acheter l'éloquence, demande à Minerve de devenir un orateur tel que Cicéron ou Démosthènes (Thom.). « Cicéron, par ses traités sur la rhétorique, a mérité ajuste titre d'être mis à la tête des rhéteurs latins, comme par ses harangues il a mérité de tenir le premier rang parmi les orateurs. » Roll.— A peine est-il besoin d'ajouter, pour ce qui concerne le rapport du rhéteur et du rhétoricien, que l'un donne des leçons d'éloquence et que l'autre en reçoit.
Mais il arrive quelquefois que rhéteur et rhétoricien s'emploient aussi dans le sens pratique d'orateur, et il ssmble qu'il soit plus difficile alors d'établir la valeur propre et distincte de chacun.
Cette difficulté n'est pourtant pas encore trèssérieuse.
En effet, orateur ne saurait d'abord être confondu avec rhéteur et rhétoricien; car, à moins qu'il ne soit modifié par une épithète, il se prend toujours en bonne part, au lieu que par eux-mêmes rhéteur et rhétoricien signifient de mauvais orateurs, des faiseurs de discours peu estimables ou peu estimés.— Ensuite le rhéteur se distingue par d'autres défauts que le rhétoricien. Le rhéteur est tel que les sophistes, les premiers qui sous le nom de rhéteurs firent profession d'éloquence chez les Grecs : c'est un déclamateur . qui ne songe qu'à la forme et qui débite en style : apprêté des pensées subtiles ou vaines. « Rhéteur et déclamateur, selon lui, c'est la même chose. » Boss. « On n'est point un grand orateur, mais un rhéteur impertinent, quand on se contente des apparences de la raison, et non pas de la raison même. » Id. Mais le rhétoricien est un écolier, un apprenti orateur, un novice lourd et maladroit, ce qui est bien différent d'un charlatan artificieux. « 11 y a dans cette pièce des endroits attendrissants, sans qu'aucun personnage s'étudie à être pathétique.... Celui qui nous émeut ne songe point à nous émouvoir; il n'est point rhétoricien, tout part du cœur. » Volt. « Quand flans un discours les figures sont employées toutes seules, et qu'on parle devant un juge souverain, il conçoit en lui-même une certaine indignation contre l'orateur, et ne saurait souffrir qu'un ehétif rhétoricien entreprenne de le tromper, comme un enfant, par de grossières finesses. » Boil.
ORDINAIRE, ACCOUTUMÉ. Habituel à quelqu'un, devenu sien par l'usage, répété souvent par lui ou pour lui.
Ordinaire, conforme à Vordre,^ la règle, se dit plutôt de ce qu'on fait ; et accoutumé, à quoi on est accoutumé, s'applique de préférence à ce qu'on éprouve. Celui-là est pour l'actif, celui-ci pour le passif. Reprendre ses exercices ordinaires (B^ss.) , recourir à ses ruses ordinaires (Roll.), ma façon d'écrire ordinaire (Laf.), c'est sa manière, son procédé, sa pratique ordinaire (Acad.) ; — rece- .voir sa portion accoutumée (Laf.!, occuper ou reprendre sa place accoutumée (Corn., Boil.), ne plus trouver aux choses leur douceur accoutumée
(Pasc.) , envoyer des troupeaux dans leurs pâturages accoutumés (Fén.), se défier de tout ce qu'on appelle impression des sens, principes accoutumés (Id.).
Une action est proprement ordinaire, une tâche accoutumée. « Cette action terrible (la messe) devient pour nous (prêtres) comme une de ces actions réglées et ordinaires qui doivent entrer dans le détail de notre journée....; c'est une tâche journalière et accoutumée. » Mass.
A l'égard des qualités des personnes, on appelle ordinaires celles qui font qu'on se conduit d'une certaine manière, et accoutumées celles qui consistent à s'abstenir ou à supporter. Parler avec son élégance ordinaire (Roll.) , et avec sa retenue accoutumée (S. S.). Le duc d'Orléans traita avec sa bonté ordinaire Law tombé dans la disgrâce, et que sa disgrâce n'avait fait sortir en rien de son sang-froid accoutumé (S. S.).
ORDINAIREMENT, COMMUNÉMENT, GÉNÉ- RALEMENT. Ces trois adverbes se. disent en parlant de faits qui ne sont point rares.
Ce qui se fait ordinairement se fait par ordre, successivement, à plusieurs reprises; peu s'en faut qu'il ne se fasse toujours. Ce qui se fait ou se rencontre communément se fait ou se rencontre dans le commun, dans le public, çà et là, en divers lieux ; peu s'en faut qu'il ne se fasse ou ne se rencontre partout. Ce qui se fait généralement n'est rien moins au'une particularité; peu s'en faut qu'il ne se fasse universellement, sans exception.
Ordinairement a rapport au temps, et marque fréquence, reproduction, répétition. Communément a rapport au lieu, à l'extension, et indique une sorte d'ubiquité. Généralement a rapport aux individus, et en désigne la collection, la presque totalité.
Ordinairement les femmes sont indiscrètes : il leur arrive continuellement de commettre des indiscrétions, c'est pour elles une habitude. Les femmes sont communément indiscrètes : des femmes indiscrètes se trouvent en tous lieux, dans le monde, de côté et d'autre, vulgo. Les femmes sont généralement indiscrètes, généralement, c'est-à-dire en général, à peu près toutes.
« Ceux qui s'appliquent trop aux petites choses deviennent ordinairement incapables des grandes.» Laroch. Ordinairement, c'est-à-dire très-souvent. « Un homme ordinaire parmi les Grecs ne pourrait bander un arc tel qu'on en voit communément chez les Crotoniates. » Fén. Communément, c'està-dire presque partout. « Les protestants sont généralement plus instruits que les catholiques. » J. J. Généralement, c'est-à-dire tous, ou excepté un très-petit nombre.
Un homme qui a coutume de faire une chose la fait ordinairement. Une opinion répandue dans le monde, en divers pays, dans différentes classes de la société, y est communément reçue. Une personne ou une opinion qui s'est attiré l'estime de tous, ou peu s'en faut, est généralement estimée.
Un historien, dans tout le cours de son livre, appelle ordinairement un roi du nom que lui donne communément l'histoire (Roll.) ; les rois
d'Egypte s'appelaient généralement Pharaon, c'est le nom qu'ils portaient tous, leur nom générique.
ORDONNANCE, ARRANGEMENT, DISPOSI- TION. Action et résultat de l'action de mettre ensemble des choses de façon qu'elles aillent hien, qu'elles aient la place qu'il faut.
Ordonnance est absolu et général ; arrangement, relatif et particulier. Le premier se dit d'une seule chose, dont les parties sont combinées de manière à former un tout régulier ; le second, de plusieurs choses distribuées suivant un certain plan ou un certain système. Vordonnnance d'un tableau; Y arrangement des tableaux d'un musée. L: 'ordonnance d'un discours, d'un poëme; l'arrangement des mots d'une phrase. Ordonnance fait penser à l'ensemble, et arrangement aux détails : Vordonnance d'une bataille (Agad.); V arrangement des troupes (Boss.).
Disposition ressemble beaucoup à arrangement; aussi s'emploie-t~il bien comme lui au pluriel, ce qui n'arrive jamais à ordonnance pris dans l'acception dont il s'agit. Un général observe dans sa marche Vordonnance de bataille qu'il a choisie*pour combattre, afin de n'avoir pas à changer de dispositions ou la disposition de ses troupes en présence de l'ennemi (Roll.).
Cependant la disposition diffère aussi de Yarrangement : elle a plus de rapport à l'utilité, et Yarrangement en a davantage à la beauté. Ce qui est bien disposé est mis en état de produire un effet avantageux ; ce qui est bien arrangé est mis dans un état qui fait plaisir à voir. Rien n'importe plus au triomphe d'une cause que la disposition des preuves (Lah.), et à la perfection du style que Yarrangement des mots (Rac).
ORDRE, ARRANGEMENT. Disposition de certaines choses telle, que chacune a une place ou la place qui lui convient.
L'arrangement diffère d'abord de Yordre comme Yordonnance. C'est quelque chose d'effectif, quelque chose qui se fait, un travail; au lieu que Yordre est quelque chose de fait ou d'établi, qui est, qu'on considère en soi, et non pas par rapport à une action et à un agent. On met de Yordre; on fait un arrangement. Vous direz, en parlant d'une bibliothèque, que Yordre des livres y est parfait, et qu'il n'y a rien à reprendre à Yarrangement du bibliothécaire.
Vordre est plutôt un effet, le résultat de l'arrangement même. « Dieu saura bien tirer du trouble même et de la confusion, où sont la plupart des peuples de l'Europe, Yarrangement qui doit y établir l'ordre et la tranquillité. » Mass. a Varrangement de nos diverses connaissances est libre comme celui des lettres d'une imprimerie, chacun a droit d'en former différents ordres selon son besoin. » P. R. « Il se formera un nouvel arrangement qui remettra tout dans Vordre. » Dudeff. « Cet arrangement et ce silence sont nécessaires pour le repos, Yordre et l'édification de votre maison. » Maint. « Les plaisirs et les amusements de la feue reine étaient fort simples; mais elle tenait à Yarrangement de sa journée, et tout ce qui pouvait en troubler l'ordre accoutumé lui donnait de la tristesse. » Grimm. « De la combinaison des mots cet arrangement fait sortir
avec clarté Yordre et la combinaison des idées. » Thom.
Mais ensuite Yarrangement, comme le rang, est relativement à Yordre quelque chose de particulier. On dit Yordre ou l'ordonnance d'un livre, d'un poëme ; et Yarrangement des mots dans une phrase. « Il y a (dans ses ouvrages) de Yordre dans le discours et dans les choses, de Yarrangement dans les paroles. » Fléch. L'esprit d'ordre s'applique à l'ensemble des choses, et l'esprit d'arrangement aux détails. « La principale perfection d'une histoire consiste dans Yordre et dans Yarrangement. » Fén. « Voilà cette matière confuse, sans ordre, sans arrangement, sans forme distincte. » Boss. La victoire dépend en grande partie de Yordre de bataille et de Yarrangement des divers corps de troupes.
Ordre se dit mieux des grandes choses, et arrangement des petites : Yordre de cet univers; Varrangement d'une syllabe, des cheveux d'une personne. On ordonne une armée (Corn.) ; on arrange un herbier (J. J.), un jardin (Montesq.), un salon (Beaum.). «Dès qu'il eut mis le pied sur la terre d'Angleterre, Oswald fut frappé de Yordre et de l'aisance, de la richesse et de l'industrie qui s'offraient à ses regards.... Lorsqu'il arriva chez lady Edgermond, il fut frappé du bon goût qui régnait dans Yarrangement du jardin et du château. » Staël. Un certain ordre de vie (Bourd.) est nécessaire pour régler les principales actions de la vie , et importe à la dignité comme au bonheur de l'homme; un certain arrangement de vie (Mass.) est nécessaire pour disposer les plus petites occupations de la vie de manière à éviter l'ennui.
ORDRE, RANG. Il y a quelque air de synonymie entre ces deux mots, quand on les emploie pour désigner la place d'une personne ou d'une chose.
Mais l'ordre est quelque chose de général, d'absolu et de fixe; et le rang, quelque chose de particulier et de relatif ou d'arbitraire. « Lycurgue ne connut pas Yordre des vertus. Il assigna le premier rang à la valeur. » Barth. « Un habile homme doit savoir régler le rang de ses intérêts et les conduire chacun dans son ordre. » Laroch. Quelqu'un est de l'ordre des chevaliers, ou il appartient à Yordre, c'est-à-dire à la classe, des avocats; et il s'y fait un rang distingué. On est agrégé à un ordre, comme on est agrégé à un corps; et on est mis au rang, comme qui dirait, au nombre, des amis de quelqu'un.
Vordre se rapporte plutôt à la nature de la chose ou de la personne, et le rang au cas qu'on en fait, à l'opinion qu'on en a. Ce qui est du premier ordre est grand, a des qualités supérieures; ce qui est du premier rang est très-considérable, très-estimé ou digne de l'être. L'objet ou l'homme qui est d'un ordre inférieur a peu de valeur, n'est rien moins qu'excellent; celui qui est d'un rang inférieur a peu de prix, est bas placé dans l'estime générale.
ORDRE, TRANQUILLITÉ;— POLICE, DIS- CIPLINE, SUBORDINATION. L'Académie définit le mot ordre considéré par rapport à un Etat, à une province, à une ville, à une armée : tran-
SUPPLÉMENT
quillité, police, discipline, subordination. Serait-ce que tous ces termes ont la même valeur, et qu'on peut indifféremment dans tous les cas employer l'un ou l'autre pour exprimer la bonne situation où se trouve un État, une province, une ville, une armée?
A parler rigoureusement, d'abord, l'ordre et la tranquillité sont des effets qui résultent de la police, de la discipline et de la subordination. C'est afin de garantir l'ordre et la tranquillité que la police, la discipline et la subordination sont établies parmi les hommes. L'ordre et la tranquillité sont en soi un bien dont on jouit, qu'on recherche, pour lequel on préfère, par exemple, tel pays à tel autre; la police, la discipline et la subordination sont des institutions sociales gênantes et pénibles en elles-mêmes auxquelles on ne se soumet que parce qu'elles sont la condition d'un bien, Yordre et la tranquillité. « Une discipline, devenue encore plus exacte, avait mis dans l'armée un nouvel ordre. » Volt. « Sans cette maxime on ne peut conserver Yordre dans l'Église de Dieu, puisqu'il n'y aurait plus dans le monde chrétien ni subordination ni dépendance. » Bourd.
Ordre, tranquillité.
L'ordre consiste dans une sage disposition des choses, il a la confusion pour contraire; la tranquillité est un état de paix ou de repos, elle est opposée à l'agitation. Là où règne Yordre, chaque homme a l'emploi qui lui convient, chaque chose sa destination, sa place ou son rang ; là où règne la tranquillité on mène une vie calme , sans secousse, sans mouvement violent, à l'abri des orages. Dans les États, rien de plus nuisible à Yordre que le gaspillage et l'anarchie, et, sous le point de vue de la tranquillité , rien de plus funeste que les révoltes et la guerre.
Police, discipline, subordination.
Police, grec uoXacia, administration d'une ville (tcôXi;), désigne quelque chose de plus général que discipline, latin disciplina, administration de disciples ou d'une école, de discere, apprendre. Les lois de la police s'appliquent à une société plus étendue, et elles sont moins particulières que les règles de la discipline : elles ne concernent que l'homme civil ou les rapports les moins étroits. Massillon appelle expressément la police une discipline extérieure. La discipline ne se borne pas à empêcher, elle apprend à faire ce qu'on doit et la manière de le faire; elle laisse moins de liberté ; elle s'occupe de tous les détails de la conduite; elle ne vous permet pas même de faire le bien, que vous n'en ayez reçu l'ordre. On dit la police d'une ville, et la discipline d'une armée. Que si on dit bien aussi la police d'une armée, d'un camp , cela se rapporte, dans une armée ou dans un camp, aux mesures les plus générales qui peuvent assurer l'entretien du corps dont il est question.
Quant à la subordination, du latin sub, sous, et ordinatio, disposition, arrangement, elle a cela de distinctif, qu'elle est hiérarchique, qu'elle représente un classement d'hommes dans lequel les uns sont placés au dessous des autres, en dépendent, leur sont soumis. Sans doute la police et la
discipline supposent, la première des magistrats et la seconde des chefs ou des maîtres. Mais ce sont proprement des supérieurs que suppose la subordination, elle n'est relative qu'au rang et n'emporte pas toujours et nécessairement l'idée de commandement et d'obéissance : telle est la subordination qui existe entre les pauvres et les riches. « Il fallait qu'il y eût une diversité de conditions, et surtout il fallait qu'il y eût des pauvres, afin qu'il y eût dans la société humaine de la subordination et de l'ordre. » Bourd. « Pour apprendre à ces boyards une subordination qu'ils ne connaissaient pas, le czar Pierre les fit passer par tous les grades. » Volt. <c Sous le gouvernement de Cyrus, chacun avait son district et son objet particulier, dont il rendait compte à celui qui était au-dessus de lui, et celui-là à un troisième , et ainsi des autres, jusqu'à ce que par ces différents degrés et par cette subordination réglée, la connaissance des affaires parvînt jusqu'au roi. » Roll.