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RENVERSER, BOULEVERSER, SUBVERTIR

Déranger, ne pas laisser en place, debout ou en vigueur.

Renverser et bouleverser ont été formés d'un même mot latm, versare, tourner, retourner. Mais on renverse ce qu'on met à l'envers ou sur le . côté simplement, et on bouleverse une chose qu'on verse ou renverse en la faisant rouler, en la mettant sens dessus dessous. Par conséquent bouleverser marque un plus grand désordre. Vous renversez un homme, une table, un coup de vent renverse une muraille, une cheminée, une voiture ; mais une ville est bouleversée par un tremblement de terre, une violente colique nous bouleverse toutes les entrailles, le peuple s'imaginait autrefois que les éclipses et les comètes devaient bouleverser le monde. — D'ailleurs, ce qu'on renverse

est plutôt un, susceptible seulement de changer de sens, d'être abattu; ce qu'on bouleverse est multiple, susceptible de recevoir les positions les plus diverses et par là d'être embrouillé, mis pêlemêle. « Rien n'est comparable à la force de ces matières enflammées et resserrées dans le sein de la terre : on a vu des villes entières englouties, des provinces bouleversées, des montagnes renversées par leur effort. » Buff. « Un homme seul (comme Marius ou Sylla) bouleversait sa patrie, renversait les lois et les coutumes. >> Mass. Un événement nous renverse l'esprit, c'est-à-dire l'étonné, le démonte; un événement le bouleverse, quand il en confond toutes les idées.

Subvertir , du latin subvertere, dont le sens est le même, n'est d'usage qu'au figuré. Et encore, au figuré, il a un caractère de noblesse et de distinction qui oblige à ne s'en servir que dans le grand, en parlant de la foi, de la morale, de la patrie, d'un État ou du gouvernement d'un État. « Le luthéranisme, le puritanisme, l'ancienne religion romaine partageaient et troublaient les esprits (en Angleterre sous Henri VIII) . Ce conflit d'opinions et de cultes bouleversait les têtes, s'il ne subvertissait pas l'État. » Volt.

REPAS, RÉGAL, FESTIN, BANQUET. L'idée commune à tous ces mots est celle des plaisirs de la table et celle du fait ou de l'action de les goûter.

Repas, de re, équivalent à rursus, de nouveau, et pasci, paître, manger, se nourrir, est le terme général, celui qui exprime ce qu'on fait tous les jours à certaines heures pour se restaurer en prenant de la nourriture. Aux heures du repas, faire ses quatre repas, il boit rarement entre ses repas (Acad.); durant nos repas (Boss.); J. J. Rousseau avait coutume de boire du vin pur à la fin du repas (J. J.). « On ne connaît plus le temps ni du sommeil, ni de la veille, ni du repas. » Volt. « Quelquefois en montrant le portique de Jupiter, Diogène s'écriait : Ah! que les Athéniens m'ont fait bâtir un bel endroit, pour aller prendre mes repas. » Fén.

Mais, si on s'en rapportait à l'Académie, il' n'y aurait aucune différence à mettre entre régal, festin et. banquet. Car elle dit que le régal est un festin, un grand repas; le festin, un banquet; et le banquet, un festin, un repas magnifique. Cependant chacun de ces trois mots a sa valeur propre.

Régal et régaler, comme aussi gala, mot de la même famille, ont été formés du verbe galler, se réjouir, à présent inusité et d'une origine trèsprobablement vulgaire. C'est pourquoi, bien loin de signifier un grand repas, régal exprime en fait de repas quelque chose de petit et de chétif.

Compère le renard se mit un jour en frais,

Et retint à dîner commère la cigogne.

Le régal fut petit et sans beaucoup d'apprêts. Laf.

Les uns, d'un froid éloge ont le maigre régal.... Del. Que si régal s'emploie également pour indiquer un grand repas, ou un repas délicieux, ou un morceau de prédilection dans les repas, ce n'est jamais qu'en parlant d'animaux ou de petites gens, ou dans le comique, ou familièrement : régal et régaler sont familiers dans leurs acceptions figurées , et rigoureusement exclus du style soutenu ,

dans tous les cas. Même caractère est attribué par Ch. Nodier à gala : « Malgré son noble emploi, ce mot, dit-il, a cessé d'être noble. » « Pour régal on peut jeter à la grue dans son bassin quelques petits poissons vivants : elle les mange avec plaisir. » Buff. « Sancho dit au petit cuisinier boiteux : Je n'oublierai jamais les régals que vous m'avez faits à Saragosse. » Les. « Vous vous trompez fort à votre calcul, si vous vous figurez tant de plaisir dans le mariage. Le beau régal qu'un mari qui gronde toujours! » Régn. Dans la comédie intitulée le Retour imprévu du même auteur, Lisette dit à Merlin : « Clitandre a-t-il donné de bons ordres pour le régal d'aujourd'hui? »

Un jour Satan....

A ses vassaux donnait un grand régal.

Il était fête au manoir infernal. Volt.

Festin et banquet diffèrent aussi l'un de l'autre, quoiqu'ils soient l'un et l'autre du haut style et en effet significatifs d'un grand repas, d'un repas extraordinaire.

Festin, formé de l'adjectif latin festus, de fête, joyeux, divertissant, désigne un repas essentiellement agréable, un repas dans lequel on fait bonne chère ou un repas accompagné de réjouissances, de musique, de danse, etc. « Ce docteur fait si bonne chère, que ses moindres repas sont des festins. » Les. « La joie est le meilleur assaisonnement des festins. » Id. « Au milieu des festins et des fêtes. » Thom. « Célébrer une entrevue d'ambassadeurs par des réjouissances et des festins. » Mass. « Là les repas et la bonne chère devaient nous tomber avec d'autant plus d'abondance, que.... Nous n'imaginions partout que festins et noces. » J. J. « Quand j'écoute parler les voluptueux dans le livre de la Sapience, je ne vois rien de plus agréable ni de plus riant : ils ne parlent que de fleurs, que de festins, que de danses, que de passe-temps. » Boss.

Mille vins différents, sous mille noms divers,

Vont charmer, égayer, consoler l'univers :

Aï brille à leur tête. ...

C'est l'âme du plaisir, le charme du festin. Del.

Le banquet est un repas qui se distingue par le nombre des conviés : il en représente des rangées assises sur des bancs, au lieu que pas un des mots précédents ne suppose, à la rigueur, plus d'une personne à table. Un banquet patriotique; un banquet annuel d'anciens condisciples ; le banquet de la Saint-Charlemagne. Ensuite et par extension banquet se dit d'un repas solennel, somptueux, d'un repas de souverains ou tel que ceux des souverains. « Le samedi il y eut un banquet superbe à l'hôtel de Condé pour M. le duc et Mme la duchesse de Lorraine. M. le duc y avait invité grand nombre de dames, qui toutes furent extrêmement parées. Il y eut beaucoup de tables, toutes magnifiquement servies. » S. S. « Les princes se réservaient comme gibier d'honneur la mauvaise chère du héron qualifiée viande royale, et servie comme un mets de parade dans les banquets. » Buff. « Napoléon ne voulait pas d'abord admettre le roi de Prusse à son banquet de Dresde. » Staël.

On garde le nectar le plus délicieux

Pour la coupe des rois et les banquets des dieux. Del. « L'extravagance des repas qui, modestes au com-

mencement, dégénérèrent bientôt en pyramides de viandes et en banquets somptueux. » Labr. Puis-je voir sans crier un luxe furieux, Ses banquets insulter nos repas de famille? Duc. En général, banquet l'emporte en noblesse sur festin : il annonce, non pas plus de joie ni quelque chose de plus délicieux, mais quelque chose de plus grand. If convient mieux en termes de dévotion, en poésie, au figuré et en parlant d'un repas qui eut lieu, dit-on, entre d'illustres personnages de la Grèce : le banquet des sept sages. a' Le banquet eucharistique. » Boss. « Le sacré banquet de l'eucharistie. » Id. L'assemblée des saints dans le ciel est appelée le banquet céleste (Bourd.). « On portait cet habit magnifique dans le festin nuptial. Le fils de Dieu allègue ici l'habit nuptial pour expliquer les ornements intérieurs qu'il faut apporter à son banquet. » Bgss. « Dieu ordonnait à son peuple de venir au lieu que le Seigneur avait choisi pour y faire bonne chère.... Ces festins et cette joie ont été la cause que la béatitude céleste nous est représentée comme un banquet. » Id.

Au banquet de la vie, infortuné convive,

J'apparus un jour, et je meurs. Gilb.

Anciennement on appelait festin royal un repas de joie ou d'allégresse donné par le roi pour célébrer quelque événement heureux, et banquet royal un repas d'étiquette où le roi lui-même mangeait en public avec toute sa famille et tout le cortège des princes et princesses du sang. — « Tous ceux qui sont entrés aux appartements le jour du mariage, et au festin royal surtout, conviennent qu'ils n'ont jamais vu de coup d'œil aussi miraculeux. » Bach. — « On peut faire également et promptement de cette salle de Versailles une salle de spectacle, une salle de banquet royal et une salle de bal. » Bach.

RÉPRIMER, REFRÉNER. Empêcher ou arrêter l'action, le développement, le progrès de quelque chose. L'Académie les reconnaît pour synonymes, en définissant refréner par réprimer, simplement. Anacharsis était surpris que Solon prétendît réprimer (Fén.) ou refréner (Roll.) par des lois écrites l'injustice et les passions des hommes. Cependant réprimer est d'abord , comme ses analogues comprimer, imprimer, supprimer, opprimer, un des mots les plus usités qu'il y ait en français; au lieu que refréner, latin refrenare, de re,. en arrière, et frenum, frein, mettre un frein, tirer le frein en arrière, est un terme presque sans famille, peu connu, et qu'on n'emploie guère si ce n'est quand on cite quelque chose d'un auteur qui a écrit en latin ou quand ce qu'on dit se rapporte à l'antiquité, à la latine surtout. « La trèssainte Eucharistie fait les vierges, dit saint Bernard, parce qu'elle refrène les appétits sensuels. » Bourd. « Numa estimait que la véritable grandeur consistait à refréner ses désirs, et à les tenir toujours sous l'empire de la raistm. » Roll. « Rome armait son ambition d'une raison céleste, afin d'en refréner la férocité dans ses citoyens. » Bern.

Ensuite, réprimer se dit des personnes aussi bien que des choses, et refréner se dit des choses seulement. « Périclès n'était occupé qu'à arrêter

SUPPLÉMENT

cette ardeur inquiète des Athéniens, et à refréner une ambition qui ne connaissait plus ni bornes ni mesures.... Il trouvait que c'était, beaucoup faire que de réprimer les Lacédémoniens. » Roll.

Mais une différence plus importante consiste en ce que refréner est plus fort que réprimer, après lequel il se met bien pour renchérir, « Le principal but de Lycurgue, dans l'établissement de ses lois, était de réprimer et de refréner l'ambition de ses citoyens. » Roll. Refréner, c'est réprimer en maître, souverainement, comme fait le cavalier à l'égard du cheval qu'il dirige avec le frein. « On réprime les choses lorsqu'on en diminue les effets; on les refrène lorsqu'on en arrête les effets. » Cond.

Et non-seulement l'action de refréner est plus puissante et plus décisive que celle de réprimer, mais encore elle suppose plus de violence dans les choses auxquelles elle s'applique. On réprime des abus, des défauts, des désirs ; on refrène des passions, et des passions emportées, furieuses. « Un peuple ému se soulève : c'est la passion qui l'emporte; c'est elle qu'il faut refréner. » Marm. « De toutes les passions la plus féroce est l'orgueil, et immédiatement après la cupidité.... Ces deux passions sont intérieurement refrénées par la morale et la religion. » Lah.

RÉSISTANCE, DÉFENSE. Ces deux mots donnent l'idée de ce qu'on fait pour empêcher le succès d'une attaque.

Mais la résistance a plus de rapport à celui à qui on résiste, à l'attaquant, au lieu que la défense est plus relative à celui qui est défendu ou qui défend, à l'attaqué ou à son protecteur. La résistance est une opposition, la défense une conservation. Vous faites résistance à quelqu'un, vous prenez la défense de quelqu'un. Qui résiste à la tentation rend impuissants les efforts du tentateur; qui s'en défend s'en garantit, se tire du.péril. Un homme incapable de résistance est à la discrétion des autres qui en font ce qu'ils veulent; un homme sans défense est exposé, dans une position critique ou peu sûre. Quand une ville est assiégée, une longue résistance irrite les assiégeants , et une longue défense fait honneur aux défenseurs de la place. « Cette femme se rend à Leucate, ranime le courage de la garnison, et prépare la plus vigoureuse défense. Les lâches assiégeants, irrités d'une résistance qu'ils devaient admirer, font dresser un gibet.... » Flor.

De cette première différence en dérive une seconde, qui consiste en ce que résistance se prend plutôt en mauvaise part que son synonyme. La résistance est proprement une opposition ei peut être une rébellion, car on s'oppose aussi bien à u»e autorité légitime qu'à une agression violente; mais la défense ne peut guère être que juste, car quoi de plus naturel et de plus juste que de pourvoir à son salut ou à celui des autres? « Jésus- Christ regardait cette résistance, qu'il ' prévoyait qu'on ferait en sa faveur, non comme une défense légitime, mais comme une violence et un attentat manifeste. » Boss. « Jésus-Christ blâme une résistance qui le faisait mettre au rang des méchants, une résistance contre la puissance publique contre laquelle un particulier n'a point de

défense. » Id. a Le roi de Danemark fit sommer la veuve de l'administrateur de lui ouvrir les portes de Stockholm : il lui fit représenter qu'elle s'opiniâtrait à une défense inutile, et que les États d'Upsal l'ayant reconnu pour souverain de la Suède, une plus longue résistance passerait justement pour une rébellion. » Vert.

L'idée de résistance est d'ailleurs plus étroite; elle représente les adversaires uniquement comme étant actuellement aux prises; au lieu que la défense se considère bien aussi avant la lutte : une place de défense, mettre une ville en état de défense, être sans défense. L'idée de résistance est encore moins étendue en ce qu'elle est purement négative. « On ne résiste que d'une manière, c'est-à-dire en arrêtant l'action d'une force contraire; maison se défend soit en arrêtant cette action, soit en attaquant et en détruisant la force qui tend à agir. » Cond. Les assiégés qui résistent se bornent à repousser les attaques quand on en fait; ceux qui se défendent prennent quelquefois l'initiative, font des sorties, et emploient du reste toutes sortes de moyens autres que la force. « Les premières sorties de Piles (assiégé dans Saint-Jéan-d'Angely) firent bien connaître que sa défense serait longue. Dans la première il ruina le faubourg. » Boss. On résiste aux passions en ne cédant pas à leurs entraînements, en se refusant à ce qu'elles veulent; on s'en défend en les combattant, en leur livrant bataille. <c Dieu me donne une grâce de résistance et de défense contre la passion qui me porte au péché : je ne puis correspondre à cette grâce qu'en résistant à ma passion et en la combattant. » Bourd.

RÉSONNER, RETENTIR. Renvoyer et quelquefois produire un son ou des sons.

Ces deux mots commencent par la même particule, re, qui équivaut à rursus, de nouveau, et marque une seconde action ou une réaction ; ils ont d'ailleurs pour racine, savoir : résonner sonus, son, et retentir tinnitus, son clair et aigu des métaux, d'où vient tinter.

Ce qui résonne rend un son qui peut ou être faible ou ne pas se faire entendre loin. Retentir, au contraire, emporte l'idée d'un son éclatant ou d'un- son qui se prolonge dans une grande étendue , longe lateque , comme on disait en latin. « L'oreille a son tambour, ou une peau aussi délicate que bien tendue, qui résonne au mouvement d'un petit marteau que le moindre bruit agite. Elle a dans un os fort dur des cavités pratiquées pour faire retentir la voix de la même sorte qu'elle retentit parmi les rochers et dans les échos. » Boss. « Comme nos coeurs endurcis sont sourds à de tels propos, Dieu fait résonner une voix plus claire, une voix nette et intelligible, qui nous appelle à la pénitence.... Cette parole d'avertissement, qui retentit en ces temps (de carême) dans toutes les chaires, doit servir de préparatif à son jugement redoutable.» In. «Le marteau résonnât'* sur l'enclume qui gémissait sous les coups redoublés ; les montagnes voisines et les rivages de la mer en retentissaient. » Fén. « Hercule poussait des cris horribles, dont le mont Œta résonnait et faisait retentir toutes les profondes vallées. » Id. Après le départ d'Ulysse, la grotte de Calypso ne

résonnait plus de son chant (Fén.) ; Calypso, jalouse d'Eucharis, était semblable à une bacchante qui remplit l'air de ses hurlements, et qui en fait retentir les hautes montagnes de Thrace (Id.). L'air, de tous nos besoins ce bienfaiteur utile, Au gré du souffle humain, de l'archet et des doigts, En accents modulés fai't résonner le bois.... Jubal lui fit une âme ; et ses sons éclatants Dans les murs de Sion retentirent longtemps. Del.

Résonner se dit plutôt par rapport à des sons mesurés, tels que ceux, par exemple, que rendent les voix des hommes, quand ils parlent ou qu'ils chantent, et les instruments de musique. « Souhaitez d'entendre parler Jésus-Christ, et il fera résonner sa voix jusqu'aux oreilles de votre cœur. » Boss. « Un nombre infini d'oiseaux faisaient résonner ces bocages de leur doux chant. » Fén. « L'attraction qui meut les éléments est une lyre harmonieuse qui résonne sous les doigts divins. » Bern.

Faire vivre le marbre et résonner la lyre. S. Lamb. a Les cordes d'un piano-forté résonnent encore lorsqu'on a cessé d'en jouer. » Id. « Ces fifres, ces trompettes, ces hautbois et ces tambours qui résonnent autour de la statue. » Boss. « Les prisons devenaient des temples sacrés, qui résonnaient nuit et jour de pieux cantiques. » Id. — Mais retentir convient mieux quand il est question de cris confus, de clameurs, de bruits de toutes sortes. « C'étaient des éclats de rire, des brouhahas, dont le bruit retentissait jusque dans l'autre salle. » Bach. « Les poursuivants de Pénélope font retentir la salle de leurs clameurs. » Fén. « Les deux glaives se croisent plusieurs fois et portent des coups inutiles sur les armes polies qui en retentissent. » Id. « Ils ont une voix étourdissante, et qu'ils font retentir dans les marchés et dans les boutiques. » Labr. « La loi parle, elle commande, elle tonne, elle retentit aux oreilles d'un ton puissant et impérieux.... Mais tout ce bruit ne fait qu'étourdir le pauvre malade. » Boss. « Quand le tonnerre retentit dans les abîmes. » Staël. Le palais retentit du bruit confus des armes. Volt. Quel bruit sourd et lointain, descendu des montagnes, Fait trembler les forêts, roule sur les campagnes, Redouble, retentit, et des plaines de l'air, Annonce à nos climats les fureurs de l'hiver !

S. Lamb.

RETARD, RETARDEMENT. Délai fâcheux, délai d'une chose qui aurait dû arriver ou être faite sur-le-champ ou plus tôt.

Retard signifie absolument, en soi, comme étant, ce que retardement désigne comme ayant lieu et en rapport avec un sujet qui agit.

Le retard se considère d'une manière passive et relativement à l'effet, qui est d'entraîner tel ou tel inconvénient. Une chose éprouve ou essuie du retard, ne souffre aucun retard. « Le paquet et la lettre ne me sont parvenus qu'à plus de trois semaines de date. Ce retard m'a empêché de faire plus tôt à Votre Majesté (le roi de Prusse) mes très-humbles remercîments. » D'Al. « Par des précautions que les curieux d'ici rendent nécessaires, ma correspondance, en France, est assujettie à quelque retard. » J. J. « Ce qu'elle esti-

mait d'une si grande importance, et qui ne souffrait aucun retard. » Id. « Il m'importe de savoir si ma lettre lui est parvenue et si elle n'a pas essuyé de retard. » Id. « D'où viennent les retards de la plupart de ces marées ? » Bern. Le retard d'une pendule (Acad.).

Retardement exprime un retard qui est le fait d'un agent dont il rappelle la faute ou les tergiversations. « Que signifient donc ces précautions, ces retar déments, ces mystères ? » J. J. « Je ne pus douter qu'il n'y eût du dessein dans ce retardement. » S. S. «Quel est ici le premier et le grand désordre que nous avons à nous reprocher ? Ne sont-ce pas les retardements éternels, les retardements affectés, les retardements téméraires et insensés, que nous apportons tous les jours à l'exécution des ordres de Dieu? » Bourd. a Ils se proposaient, non de conclure, mais de retarder la conclusion, et chacun des deux mettait toute son habileté à ne pas paraître coupable des retardements. » Cond. « Une jeune femme qui épouse un vieillard, dans l'espérance de l'enterrer six mois après, n'est-elle pas en droit de lui demander raison de son retardement ? » Begn. « La lenteur et le retardement des Macédoniens pouvait exciter des chefs de rébellion. » Vaug.

Le retard d'une réponse , du départ d'une lettre, etc., peut être causé par des circonstances fortuites, mais aussi par le retardement des personnes.

RETOURNER, REPARTIR. Aller ou s'éloigner de nouveau.

Retourner a rapport au but : on retourne à Londres, à Rome, en Espagne. Repartir, c'est se remettre en route, abstraction faite de l'idée de l'endroit où on se rend : nous avons eu des hôtes, ils sont repartis. « Il est reparti comme un éclair pour retourner à Paris. » Staël. « Je retournai le soir à ma gargote, et je repartis le surlendemain de mon arrivée sans trop savoir où j'avais dessein d'aller. » J. J.

Mais si repartir n'est pas relatif au but, en revanche il peut l'être et il l'est souvent au point de départ. « Je ne sais si je dois aller en Provence, tant j'ai de crainte d'en repartir. » Sëv. « Je retourne demain à Fontainebleau -, dont je ne repartirai qu'avec le roi. » Boss.

RETRANCHER, SUPPRLMER. Ne pas laisser une chose être, se trouver ou se montrer quelque part.

Retrancher, c'est retirer d'une chose une tranche qu'on en détache , c'est en couper, en séparer un morceau qu'on enlève ; si bien que ce verbe exprime une action partielle. Mais supprimer, du latin supprimera, abaisser une chose en pressant dessus, afin qu'elle ne se produise pas et quion ne la voie pas, signifie une action totale, qui s'étend à toute une chose. On retranche d'une société un membre ou plusieurs; on supprime la société elle-même. « La prudence vous fait une loi d'ensevelir pour toujours cet ouvrage et de tâcher de le supprimer. Quoique vous en ayez retranché tous les vers qui ont fait tant de bruit, je crois qu'il y aurait du danger pour vous à le faire reparaître. » Thom.

Toutefois il arrive assez souvent que retrancher

SUPPLEMENT

prend le sens étendu de supprimer et réciproquement supprimer le sens partiel de retrancher. D'où la nécessité de chercher à mettre entre eux d'autres différences.

Ce qu'on retranche a déjà paru , on le fait proprement disparaître; mais il peut se faire que l'on supprime quelque chose qui n'a point paru encore, et on l'empêche proprement de paraître, en le supprimant. C'est pourquoi retrancher ne veut jamais dire comme supprimer taire une chose, la passer sous silence, s'abstenir d'en parler. La pénitence nous oblige à retrancher tout ce que nous avons dit contre le prochain (Boss.); le silence épargne beaucoup de paroles hautaines et supprime à l'égard du prochain un grand nombre de jugements dangereux (Fén.).

En second lieu , on retranche en coupant , c'està-dire d'une manière violente, et c'est une action qui porte d'ordinaire sur quelque chose de mauvais ou de vicieux. Double caractère étranger à supprimer. « Il vaut mieux supprimer tous ces dialogues d'imagination. 11 ne faut pas les vouloir retrancher par violence ; il suffit de ne vous en occuper point volontairement. » Fén. « Que la propriété (dans le sens mystique du mot) soit une imperfection naturelle, tantôt vicieuse et tantôt exempte de vice , ou qu'elle soit toujours vicieuse, elle n'en est pas moins à retrancher pour la perfection.... Dans la citation de mes paroles vous supprimez des mots essentiels. » Id.

Enfin , retrancher a une origine très-probablement vulgaire, et celle de supprimer est certainement latine. Aussi retrancher appartient-il à la langue commune, au lieu que supprimer s'emploie surtout en termes de jurisprudence. C'est à cause de cela également que le premier convient mieux pour le concret et le second pour l'abstrait. On retranche dans des arbres à fruits le bois inutile (Laf., Fén.); on supprime dans un passage qu'on cite un mot ou plusieurs (Pasc).

Ce qu'ils (ces poëtes) font vous ennuie. Oh ! le plaisant

détour!

Ils ont bien ennuyé le roi, toute la cour, Sans que le moindre édit ait, pour punir leur crime, Retranché les auteurs et supprimé la rime. Boil.

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