CLARICE
Léandre est pris ailleurs , et, pour le dégager, Votre application peut-être serait vaine.
VALÈRE
Calmez-vous, je prétends y réussir sans peine.
B.EGN.
SU PPL. S YN. FRANC
Parvenir, venire per, venir à travers, c'est réussir à travers les obstacles, malgré la résistance, à force d'efforts et de peine. « Quelque violence que je me fasse, je ne puis parvenir à douter si ce qui pense en moi existe. » Fén. « A force d'efforts, je parvins enfin à entendre Rameau et à faire quelques petits essais de composition. » J. J. « Il trouva ma résolution si bien prise, qu'il ne put parvenir à l'ébranler. » Id.
Venir à bout, c'est venir au terme ou à la fin; ce qui suppose, non plus quelque chose de difficile, mais quelque chose de long. On vient à tout de ce qui demande de la patience, de ce qui ne peut être exécuté que par une suite d'actions. « La patience vient à bout de tout. » Boss. « Diogène voulait aussi s'accoutumer à manger de la viande crue; mais il n'en put venir à bout. » Fén. « Cyrus sentit bien cet inconvénient (de n'avoir pas de cavalerie), et de loin il prit de sages précautions pour y remédier. Il en vint à bout, et peu, à peu il forma un corps de cavalerie persane. » Roll.
Pour réussir il n'est besoin de rien d'extraordinaire, il suffit quelquefois d'avoir du bonheur; mais on ne parvient pas sans peine, sans courage et sans moyens puissants; et pour venir à bout il faut du temps et de la persévérance.
RIEN, NÉANT. Ces mots signifient le contraire ou la négation de quelque chose.
Mais rien est relatif, et néant absolu.
Rien, provençal ren, vient de rem, chose. On a dit autrefois toutes riens et nulles riens pour toutes choses et nulles choses. C'est pourquoi aujourd'hui encore rien ne s'emploie d'ordinaire qu'avec l'addition de la particule négative ne : je n'ai rien, non habeo rem ; il ne fait rien, en latin non facit rem. Mais néant, de ne ens, le non être, ou, qui n'est pas, nie par lui-même, sans avoir besoin qu'on y joigne la particule ne qu'il contient déjà : tout est néant devant Dieu. « Je ne suis rien; je suis un néant. » Boss. « Les choses qui nous tiennent le plus au cœur ne sont rien le plus souvent. C'est un néant que notre imagination grossit en montagne. » Pasc.
Rien se met quelquefois avec l'article indéfini un, mais jamais avec l'article défini le, ce qui lui donnerait un sens entièrement général, et ce qui ne convient qu'à néant. « Sans la grâce, je ne suis rien; or d'un rien on ne doit rien attendre.... Puisque le pécheur s'est lui-même réduit au néant, l& raison veut qu'il ne trouve que le néant. » Boùrd. L'homme que Dieu a fait à son image n'est-ce qu'un rien (Boss.) ? Dieu a tiré l'homme et toutes choses du néant.
Rien nie moins essentiellement que néant; il équivaut quelquefois, non pas à nulle chose, mais à pas grand'chose : un rien vous offense, il a eu cette maison pour rien; c'est un homme très-sobre, il vit de rien. Rien, suivant la définition de Sosie dans Amphitryon, « veut dire rien, ou peu de chose. » Néant veut dire rien du tout. Des riens sont des bagatelles, des choses -peu importantes. Mais des néants manquent totalement d'être ou d'importance. « Les plus hautes puissances de l'univers ne sont, en présence de la majesté divine, que des atomes et des néants. »
Bourd. « Deux néants d'étendue ne peuvent faire une étendue. » Pasc.
Des gens de rien sont des gens de peu ou d'une naissance médiocre, de petites gens. « On veut s'agrandir à l'infini...; désir surtout condamnable dans des gens de rien, quand, à force de se pousser, devenus plus audacieux, ils ne rougissent point d'aspirer enfin aux degrés les plus éminents. » Bourd. « Ah ! ah ! madame Zénobie (princesse Zénobie), interrompit Sancho, vous avez donc été la servante d'un barbier? Je n'en disconviens pas, repartit Barbe; car les gens de rien ne doivent pas se méconnaître dans la prospérité. » Les.
D'un homme d'un haut rang faire un homme de rien.
Dest.
Mais des gens de néant sont de l'extraction la plus basse, et cette expression est bien plus méprisante que l'autre. « Toute cette multitude, ce sont des têtes de nul prix, et, comme on parle, des gens de néant. » Boss. « Son temple est déshonoré comme un homme de néant. » Id. « Les Juifs font passer Jésus-Christ pour un homme de néant, né dans la boue et dans la plus vile populace. » Mass.
RIGOUREUX, INCLÉMENT, RUDE, ÂPRE- Adjectifs dont on se sert pour qualifier une température excessive, violente, et par conséquent fâcheuse, difficile à supporter.
Rigoureux, qui se dit primitivement des personnes, personnifie la température, l'anime, la fait considérer comme une cause active qui poursuit, qui attaque et qu'on fuit : ce Lorsque le froid est rigoureux, les chardonnerets se cachent dans les buissons fourrés. » Buff. Ou bien encore rigoureux représente la chose comme un châtiment qui est infligé ou qu'on s'inflige : parmi les fléaux il faut compter les hivers rigoureux; « de quelles austérités affligez-vous votre corps ? Quand avez-vous éprouvé la rigueur des saisons, les froids de l'hiver, les ardeurs de l'été? » Bourd.
Inclément ressemble beaucoup à rigoureux; mais il est presque inusité, et pour ce qui regarde inclémence relativement à rigueur, il est moins fort, il indique une température plus supportable. « Voudriez-vous, faquins, que j'exposasse l'embonpoint de mes plumes aux inclémences de la saison pluvieuse? » Mascarille, dans les Précieuses ridicules. Mol. « L'homme a trouvé les moyens de braver X inclémence de l'air. » Buff. « La mauvaise nourriture ni ïinclémence des saisons ne les incommodaient point. » Fen.
Rude et âpre, qui dans leur première acception s'appliquent aux objets, diffèrent des deux mots précédents en ce qu'ils ne donnent point du tout l'idée d'une activité semblable à celle des personnes et quelquefois correctionnelle pour ainsi dire. Quant à la différence qui les sépare l'un de l'autre, elle revient à celle du moins au plus : une rude saison n'est pas douce, une âpre saison est cruelle. — L'hiver incommode simplement quand il est rude. « La Haye est un séjour délicieux l'été, et la liberté y rend les hivers moins rudes.» Volt. <c Mme Denis commence à trouver les hivers rudes à la campagne au milieu des neiges. » Id. — Mais Vâpreté de l'hiver se fait sentir d'une manière bien plus violente et plus fâcheuse.
(c Charles XII aima mieux aller conquérir des rochers au milieu des neiges et des glaces, dans Vâpreté de l'hiver, qui tue les animaux en Suède même. » Volt. « Le froid de la nuit était si âpre que le cocher en perdit la main. » Marm.
RIVIÈRE, FLEUVE. Cours naturel et abondant d'eaux qui coulent dans un lit d'une certaine étendue pour aller se jeter dans la mer soit directement, soit par l'intermédiaire d'un autre cours. « Est-ce que rive et bord ne sont pas des mots synonymes, aussi bien que fleuve et rivière? »Boil.
Rivière paraît venir d'un primitif latin, soit de ripa, rive, dont on aurait fait riparia, comme le veut Ducange, soit de rivus, ruisseau, qui aurait servi, suivant d'autres, à former rivai ici. Mais il est beaucoup plus évident que fleuve a une origine latine, puisqu'il reproduit à peu près exactement un mot latin, fluvius, qui signifie la même chose et qui n'a presque pas changé de forme en passant de la langue des Romains dans la nôtre. De là toute la différence.
Rivière est le mot générique et commun; fleuve est un terme spécial et de distinction au quel on n'a recours que dans un certain nombre de cas faciles à déterminer.
1° Th. Corneille prétendait qu'on ne devait appeler fleures que les rivières dont il est parlé dans jj les écrits des anciens. C'était exagérer. La vérité est que le nom de fleuve convient particulièrement, mais non pas uniquement, à l'égard de ces sortes de rivières : le fleuve Araxe, le fleuve Indus, le fleuve du Gange.
2° En poésie et dans le style soutenu fleuve est le mot propre. On dit figurémentet poétiquement le fleure de la vie : descendre paisiblement le fleuve de la vie. « Les générations des hommes s'écoulent comme les ondes d'un fleuve rapide. » Fen. De même on nomme exclusivement fleuves en mythologie les divinités qui sont supposées présider aux grands cours d'eau.
3° Outre que fleuve est préférable à rivière par rapport à l'antiquité et quand il est besoin de s'exprimer avec noblesse, il signifie quelque chose de plus grand. « Dans l'Océan on ne distingue point le Rhin ni le Danube, ni ces autres fleuves renommés, d'avec les rivières les plus inconnues. » Boss. Le fleure est à la rivière comme celle-ci est au ruisseau. « La source forme le ruisseau, le ruisseau se jette dans la rivière, la rivière dans le fleuve, le fleuve dans la mer. » Bern. Pour l'ordinaire, en effet, les rivières se déchargent dans les fleuves, et les fleuves portent leurs eaux et conservent leurs noms jusqu'à la mer. Aussi chaque fleuve a-t-il des rivières confluentes ou latérales (Bern.). « Le royaume de France devint bientôt ; (sous Louis XI) le plus puissant de l'Europe. C'était un fleuve grossi par vingt rivières. » Volt. « Tous les grands fleuves reçoivent beaucoup de rivières dans toute l'étendue de leur cours; on a compté, par exemple, que le Danube en reçoit plus de deux cents, tant ruisseaux que rivières. Mais, en ne comptant que les rivières assez considérables que les fleuves reçoivent, on trouvera que le Danube en reçoit trente ou trente et une, le Volga en reçoit trente-deux ou trente-trois.... » Buff.
Un fleuve est donc en général une grande ri-
SUPPLÉMENT
vière. Mais pour qu'une grande rivière puisse prendre le nom spécial de fleuve, il faut qu'on ait actuellement l'intention d'en exprimer la grandeur sous le rapport géographique, poétique ou oratoire. Que si on la considère et on la présente sous un autre point de vue, et, par exemple, sous le point de vue commun de Futilité de ses eaux, l'appeler un fleuve serait une faute, on doit s'en tenir ou en revenir pour la désigner au nom commun de rivière. C'est de l'eau de rivière, et non de l'eau de fleuve, que boivent ceux qui se désaltèrent dans le Danube ou dans FEuphrate. La, rivière des Amazones produit telle sorte de poisson, la rivière de Seine telle autre. On dit qu'une rivière, quelles que soient son étendue et son im-
portance, est marchande, et non pas que cîest un fleuve marchand, parce qu'il s'agit ici d'un service à tirer de la masse d'eaux courantes dont il est question. Un médecin, à Paris, à Strasbourg ou à Lyon, prescrit des bains de rivière, et c'est dans la Seine, dans le Rhin ou dans le Rhône qu'il ordonne d'aller se baigner. Ce sont des rivières que les grands cours d'eau naturels, même les plus grands, qui arrosent les campagnes et facilitent le commerce; mais les plus grands seront dits des fleuves quand on les opposera à de plus petits ou qu'on les peindra, par exemple, descendant des hautes montagnes et roulant majestueusement leurs flots jusqu'à la mer dans laquelle ils vont se rendre.
SACRÉ, INVIOLABLE. Qui est tel qu'on ne doit pas y toucher ou y attenter.
Sacré, sacer, saint, divin, céleste, représente la chose ou la personne en soi, quant à son caractère; et inviolable, qui ne doit pas être violé, la fait considérer par rapport à l'obligation où on est envers elle. Ce qui est sacré a quelque chose de Dieu , est d'une nature auguste et plus qu'humaine; ce qui est inviolable commande le respect, veut qu'on se garde d'y porter atteinte. Sacré sert plutôt à qualifier les personnes mêmes ou les choses, et inviolable ce qui y tient ou en dépend. « Les souverains ne voient rien de plus grand que leur sceptre, rien de plus sacré que leur personne, rien de plus inviolable que leur majesté. » Boss.
Et lors d'un sacré nœud Vinviolable étreinte
Tirera notre appui d'où partait notre crainte. Corn. Une chose est sacrée absolument; elle est inviolable pour quelqu'un. « Il n'y a rien de plus inviolable pour ce prince (Condé) que les droits sacrés de l'amitié. » Boss. On dit qu'une chose est sacrée et inviolable (Id., Ma.ss., Volt., Vert.), inviolable ajoutant à l'idée de sacré celle d'une conséquence relative à la conduite que les hommes doivent tenir.
Mais on dit aussi inviolable et sacré, ce qui est i'indice d'une nouvelle différence. « Nos amitiés particulières ne seront jamais plus inviolables ni plus sacrées que lorsque Dieu en sera le médiateur. » Boss. Sacré exprime un motif particulier ou un motif de plus pour nous abstenir de tout attentat. Cela est sacré , comme Bossuet le dit expressément, qu'on tient pour inviolable « par principe de religion et de conscience. » Au point de vue de la loi civile, le serment est inviolable; il est sacré pour l'homme que guide le sentiment moral ou le sentiment religieux. Le droit de propriété est inviolable; le droit d'hospitalité chez les anciens était sacré, on l'observait pour obéir à la loi divine et afin de n'être pas puni par Jupiter protecteur des étrangers.
La parole des rois doit être inviolable.
Elle est toujours sacrée et toujours adorable. Corn-
SAIN, SALUBRE, SALUTAIRE.Bonpour la santé.
Entre salubre et salutaire se trouve d'abord une différence considérable. Les choses salubres sont favorables à la santé constamment , l'entretiennent, l'empêchent de s'affaiblir ou de s'altérer ; au lieu que les choses salutaires sont de celles auxquelles on a recours dans l'occasion, quand on est malade , pour se rétablir ou réchapper, pour se tirer du péril. Un air salubre fait qu'on se porte bien; et un air salutaire, qu'on guérit. De plus , salubre ne s'emploie qu'au propre , et salutaire se dit très-souvent au figuré.
Sain ressemble beaucoup, d'une part à salubre, et d'autre part à salutaire. Car, de même que salubre, il qualifie ce qui exerce sur le corps une action bienfaisante continuelle et préservatrice; et, de même que salutaire, il se prend au figuré aussi bien et aussi fréquemment qu'au propre. Il diffère cependant et de salubre et de salutaire.
Par rapport à salubxe , sain est simplement négatif et signifie innocent, qui ne nuit point, qui n'est ni altéré ni capable d'altérer; tandis que salubre veut dire positivement qui met en santé, qui donne de la santé, salutem ferens. De l'eau saine est pure, non corrompue, on peut en boire impunément; de l'eau salubre est , par exemple, de l'eau minérale qui fortifie l'estomac, aide à la digestion et par suite à la prospérité de la santé. Dans un climat sain et quand on prend une nourriture saine, la santé ne court aucun risque; dans un climat salubre et en prenant une nourriture salubre, on se porte à merveille, on fait provision de santé. La prudence veut qu'on se garde de tout ce qui n'est pas sain; l'hygiène recommande tout ce qui est salubre.
Par rapport à salutaire, c'est-à-dire quand il se prend au figuré, sain se distingue par son caractère de constance. Ce qui est sain l'est toujours, ce qui est salutaire l'est dans un cas particulier : saine philosophie, conseil salutaire. Ajoutez à cela que la chose saine se considère surtout quant à sa nature, et la chose salutaire quant à son effet : une saine doctrine n'est pas corrompue, une doctrine salutaire n'est rien moins
que pernicieuse ; il n'y a rien à reprendre dans l'une, l'autre est d'une grande efficacité, peut exercer, ainsi qu'un remède, une excellente influence.