RAC
Alors victorieux de tous tes ennemis,... Corn.
« César gagne la bataille Actiaque.... Herode Iduméen est contraint de se donner au vainqueur.... Victorieux par mer et par terre, César ferme le temple de Janus. » Boss. « Pierre le Grand s'assura de la citadelle de Mittau, malgré Levenhaupt, vainqueur, qui n'avait pas assez de troupes pour s'opposer à lui.... A peine était-il à Moscou qu'il apprit que Charles XII, partout victorieiix, s'avançait du côté de Grodno. » Volt.
VANTERIE, JACTANCE. Se donner à soi-même de fausses louanges, est l'idée commune à ces deux mots.
L'Académie semble les croire tout à fait synonymes; car elle définit jactance par vanterie simplement.
Cependant vanterie se dit plutôt des louanges mêmes, et c'est pour cela qu'il s'emploie d'ordinaire au pluriel : jactance, au contraire, n'est d'usage qu'au singulier, et désigne le plus souvent le sentiment qui est le principe des vanteries. Les vanteries sont des discours avantageux d'un homme qui a de la jactance. On fatigue de ses vanteries celui qui veut bien les écouter (Bourd.); tel homme a plus de jactance et d'audace que de talent réel (J. J.). Il se peut même que la jactance incite à autre chose qu'à faire son propre éloge : Montesquieu parle « de la jactance espagnole, uniquement portée à faire des libéralités excessives dans une action d'éclat. »
SUPPLEMENT
Lorsque vanterie se prend, ainsi que jactance, au singulier, et que tous deux signifient une disposition ou un empressement à se louer, ils diffèrent encore. La vanterie est vaine, sans fondement; la jactance est hautaine et emportée. La vanterie tient à la vanité ; c'est quelque chose de vide, ou ce n'est que du vent. « Je remarque si peu de fonds et tant de vanterie dans le fait de ces géomètres, que je serai bien aise de n'avoir plus du tout de communication avec eux. » Desc. La. jactance, du latin se jactare, se jeter, se lancer, avec redoublement d'effort, avec excès, est excessive, arrogante; c'est comme un déchaînement de l'orgueil. Laharpe signale dans les discours prononcés pendant la révolution « un mélange inouï de dépravation monstrueuse et de rhétorique puérile, de jactance emphatique et de grossièreté triviale; la démence s'énonçant par axiomes comme la raison, etc. » Il dit que les tyrans « se renflaient de jactance à leur tribune. » Beaumarchais a aussi fait sentir toute l'énergie de jactance dans ce passage de ses Mémoires : « Bergasse ne garde plus de mesure : ses intentions, ses espérances, la jactance d'un fat enivré de son vin, sa bravade, son juste esprit, tout est versé dans le billet suivant. »
VAPEUR, EXHALAISON, Fluide gazeux; parties subtiles qui s'élèvent dans l'air.
La vapeur, du latin vapor, dont le sens est -le même, se considère comme une chose; Y exhalaison, ce qui résulte de l'action de s'exhaler, rappelle cette action et peut se considérer comme un fait. On dit des vapeurs inflammables, d'épaisses vapeurs; mais on dit des exhalaisons fréquentes (Desc.) ou continuelles (Volt.). « Le docteur Lister est le premier qui ait observé la nature de ces vapeurs.... Les ouvriers des mines savent reconnaître qu'ils sont menacés de cette exhalaison, et qu'elle va s'allumer. » Buff.
De plus, vapeur est absolu, et exhalaison relatif. La vapeur est un corps ; Yexhalaison est un corps venu ou, selon la force étymologique du mot, soufflé d'un autre (ex halatus), c'est une émanation. Vous parlez en général du pouvoir des vapeurs, des vapeurs qui forment les tonnerres et les éclairs, ou de celles dans lesquelles nage notre globe. Mais avec exhalaison on indique d'ordinaire d'où sort la chose, de quoi elle s'est dégagée : suivant Thaïes, les étoiles sont nourries des exhalaisons humides de notre globe (Volt.). «Ici se présente une objection; c'est que le feu est subitement éteint par des vapeurs grossières. Les exhalaisons du vin nouveau éteignent un flambeau dans une cave fermée. » Volt. « Ce n'est pas le ciel matériel que nous voyons (qu'il faut adorer) ; car ce ciel n'est autre chose que l'air, et cet air est composé de toutes les exhalaisons de la terre. Ce serait une folie bien absurde d'adorer des vapeurs. » Id. ce S'il existe de l'air, il faut qu'il nage dans la mer immense des vapeurs qui nous environnent.... Les exhalaisons continuelles du corps des spectateurs et des musiciens, et du parquet, et des fenêtres, et des plafonds, occupent encore ce salon. » Id.
Enfin vapeur se dit surtout de la vapeur d'eau, du fluide gazeux le plus simple, et exhalaison
sert de préférence à désigner les gaz les plus composés, ceux qui contiennent des particules ayant les propriétés primitives des substances minérales, et plutôt encore animales ou végétales d'où ils proviennent. « Les exhalaisons portent avec elles des parties de soufre, de vitriol, d'arsenic, et de toutes les plantes nuisibles.... Allez à Frescati, ce n'est plus le même terrain, ce ne sont plus les mêmes exhalaisons. » Volt. « Pour ce qui est des exhalaisons, elles sont capables de beaucoup plus de diverses qualités que les vapeurs. » Desc. « Le serein ne consiste qu'en certaines exhalaisons subtiles et pénétrantes qui, étant plus fixes que les vapeurs, ne s'élèvent qu'aux pays chauds. Il a diverses qualités en divers pays, selon les différences des terres d'où sortent ces exhalaisons. Ce sont aussi des exhalaisons qui composent la manne et les autres tels sucs qui descendent de l'air pendant la nuit; car pour les vapeurs, elles ne sauraient se changer en autre chose qu'en eau ou en glace. » Id.
VASE, VAISSEAU. Ustensiles destinés à contenir quelque chose.
Ce sont deux mots aussi synonymes que pos ■ sible; ce qui le prouve, c'est que l'un des deux, le second, pris dans le sens général dont il s'agit ici, se dit de moins en moins et tend de jour en jour à céder toute la place au premier. Buffon a dit des vases de cuisine, et J. J. Rousseau des vaisseaux de cuisine. Rollin parle des « vases du temple du Seigneur que Nabuchodonosor avait emportés de Jérusalem, » et Bossuet dit que Balthazar se fit apporter « les vaisseaux sacrés enlevés du temple de Jérusalem. »
Il y a pourtant une différence entre l'un et l'autre.
Vase est évidemment le même mot que le latin vas, vasis. Vaisseau paraît avoir été formé de vascellum, diminutif de vas; mais cette dérivation ne frappe pas les yeux d'abord et vascellum n'a pu devenir vaisseau qu'en subissant des changements qui l'ont pour ainsi dire défiguré.
Par conséquent vase est plus noble, et désigne quelque chose de plus précieux. « Tous ces vaisseaux étaient d'argent. Les vases d'or venaient ensuite. » Roll. — « On fait, dans l'Indostan, des tasses et d'autres vas<es de, jade vert. » Buff. a Les hommes ont très-anciennement employé l'argile cuite en vaisseaux creux pour contenir l'eau et les autres liqueurs. » id. — « Souvent on était obligé de vendre les vases d'or et d'argent dans les églises des monastères pour recevoir les évêques et pour les défrayer dans leurs visites. » Volt. « L'air se dilate par le feu, casse les vaisseaux qui le renferment. » Id. — « Les écrivains de la compagnie de Jésus, qui nous ont donné la vie de leur patriarche, n'ont pas manqué de nous dire qu'il était un vaisseau d'élection; si, au lieu d'écrire l'histoire de ce saint, ils en eussent fait le panégyrique, ils l'auraient appelé sans doute un vase d'élection. » Ler. — Vous direz plutôt un vase d'or (Fén.), et un vaisseau de terre (Mass.).
Malgré l'autorité de Bossuet, l'usage préfère vases sacrés à vaisseaux sacrés. Vaisseaux de-
cuisine (J. J.), est, au contraire, l'expression propre ; en y substituant rases de cuisine, Buffon s1est exprimé d'une manière plus noble, mais moins précise.
Quand il est question d'un objet d'art et d'ornement, d'un objet de grandeur ordinairement médiocre et dont on considère la forme plutôt crue la destination, vase convient seul, vaisseau serait impropre : un vase antique, des vases étrusques, un vase de fleurs; on définirait malune urne en disant que c'est un vaisseau, c'est un vase. Au contraire, on appelle exclusivement vaisseaux certains contenants qu'on ne peut envisager que comme utiles, qu'on ne saurait qualifier d'élégants, de beaux, de jolis, et, par exemple, des bâtiments pour aller sur mer; de petits canaux qui contiennent quelque humeur dans le corps de l'animal; des tonnes, des cuves, des jarres, tous objets faits pour contenir des liqueurs d'un usage commun; et, enfin, les divers instruments de capacité dont on se sert dans les opérations chimiques : « Nos vaisseaux de chimie. » Buff.
Dans la première édition du Dictionnaire de l'Académie, ces deux mots avaient été définis de la manière suivante. Vase : sorte d'ustensile qui est fait ordinairement pour contenir quelque liqueur, mais dont on ne se sert d'ordinaire que pour l'ornement. Vaisseau : on appelle ainsi les divers ustensiles de ménage qui servent à contenir quelque liqueur, comme une cruche, une pinte, une cuve, une tonne, etc.
VÉNAL, VENDABLE. Des choses à vendre sont dites vénales ou vendables.
.Aîindique avec l'idée radicale de vente, venum, un rapport de convenance; et able exprime une simple faculté : la chose vénale se vend, et la chose vendable peut, pourra ou pourrait se vendre ; l'une est de fait ce que l'autre est en puissance, à savoir une marchandise.
D'autre part, al sert à former des qualifications tout extrinsèques, qui ne se rapportent nullement aux qualités propres de la chose ;. au lieu que la terminaison able se trouve à la fin d'adjectifs qui font connaître la nature même de l'objet qualifié. La chose vénale est de débit; la chose vendable est bonne ou propre à être vendue. Vous trouverez au marché la chose vénale; vous pouvez sans crainte mettre en vente la chose vendable. Luther reprochait au pape d'avoir rendu vénales les indulgences qui de leur nature ne sont pas vendables. Et c'est parce que vénal ne désigne que des qualités de fait, et non de nature , que ce mot se prend souvent en mauvaise part en parlant de choses qu'on vend et qu'on ne devrait pas vendre.
D'ailleurs vénal est le latin venalis, et vendable a été formé du français vendre; en latin on ne dit pas vendabilis, mais vendibilis. De là vient à vénal une supériorité de noblesse ; de là vient qu'il se dit, au figuré, des objets moraux, des charges, des dignités, et ensuite des hommes. Vendable, au contraire, n'est usité qu'au propre pour qualifier des objets physiques ou naturels.
VENDRE, DÉBITER, SE DÉFAIRE. Aliéner quelque chose pour un certain prix.
Vendre est le terme général : on vend quoi que ce soit. Débiter, verbe itératif, se dit uniquement des marchandises, et de celles qu'on vend beaucoup, à beaucoup de personnes : un marchand a du débit, quand il vend souvent ; et, à cause de cette idée de fréquence, le mot débiter convient surtout au commerce de détail. «Espion, j'entrais dans le camp ennemi en qualité de marchand; et, en débitant mes denrées, je faisais mes observations. » Dest. Se défaire, c'est se débarrasser par une vente : une marchandise de défaite est telle, qu'on ne doit pas craindre d'en être embarrassé. « Vous êtes orfèvre, monsieur Josse ;. et votre conseil sent son homme qui a envie de se défaire de sa marchandise. Vous vendez des tapisseries, monsieur Guillaume; et vous avez la. mine d'avoir quelque tenture qui vous incommode, » Mol. «M. de Voltaire, qui' se trouvait un riche malaisé, a voulu vendre sa terre de Ferneyr comme d'une défaite plus facile, ou comme celle dont la. vente rendrait davantage. » Bach.
La rente procure de l'argent; le débit répand la chose, la fait parvenir à une multitude d'acheteurs ; la défaite vide les magasins,, et met. hors de peine le marchand ou le propriétaire..
VERGE, BAGUETTE, HOUSSINE. Bâton menu et flexible.
Verge et baguette d'abord diffèrent beaucoup. Verge, tirant évidemment son origine d'un mot latin, virga, dont le sens est le même, a un caractère particulier de noblesse et convient surtout en. parlant de l'antiquité ; au lieu que baguette, ne venant ni du latin ni du grec, au moins d'une' manière apparente et qui frappe au premier coup d'œil, est d'un style inférieur et ne s'emploie bien que par rapport, aux temps modernes. — C'est une distinction observée par Voltaire dans l'article Verge de son Dictionnaire philosophique. Il cite comme ayant eu une verge les théurgites et les anciens sages, Mercure, Zoroastre, Bacchus, Hercule, Pythagore, Abaris, Moïse et Aaron ; mais il représente comme armés d'une baguette les sorciers, les joueurs de gobelets et les hommes qui de nos jours ont la prétention de trouver les sources d'eau au moyen d'une branche de coudrier. Dans l'Odyssée, Minerve touche Ulysse de sa verge d'or pour lui rendre sa première beauté (Fén.); mais c'est une baguette, et non pas une verge, que nous supposons aux fées pour attribut (S. S., Del.). L'Académie donne pour exemple de verge : « IL n'avait qu'une verge à la main. » Si elle entend parler d'un homme de notre temps, elle se trompe, le vrai mot est baguette : « M. du Maine voyait passer un jour sous ses fenêtres M. de Montausier avec une petite baguette qu'il tenait en l'air. » Sév. — Au figuré, pour indiquer un instrument ou un signe de correction, verge se dit dans le grand : « Si le Seigneur vous épargne la verge et la correction, craignez qu'il ne vous réserve au supplice. » Boss. Au contraire, baguette, dans cette même acception, est familier : Mener les gens à la baguette.
Houssine, petite branche de houx (de l'allemand, hulis, hulst), a une signification bien moins étendue. Une houssine est une baguette destinée
à frapper mais doucement, sans faire de mal ; on s'en sert surtout pour faire aller un cheval et pour Lattre les habits. « Pour faire marcher ces chevaux on n'emploie point la houssine et fort rarement l'éperon. » Buff. Battre un habit, un tapis avec une houssine (Acad.). « Ils purent être fâchés de ce petit coup de houssine, mais trop riches pour se soucier des 25 000 livres. » S. S. « J'ai commencé par les croquignoles, je continuerai par les coups de houssine, ensuite viendront les coups de gaule, et je finirai par les coups de bâton. » Volt.
VÉRIDIQUE, SINCÈRE. Qui ne ment pas en parlant, dont les discours sont dignes de foi. On s'en sert aussi pour qualifier les discours mêmes : un récit véridique (J. J.) ou sincère (Acad.).
Véridique est relatif à des faits qu'on rapporte, et sincère a des sentiments qu'on témoigne. On raconte une histoire véridique (Volt.) , on fait des protestations sincères (Acad.). Un récit véridique rend un compte exact de ce qui s'est passé ; un récit sincère découvre ce qu'on a dans le cœur ou dans l'àme. Un pénitent doit être véridique dans l'exposition de ses fautes, et sincère dans l'expression de son repentir. La relation qu'un navigateur donne de ses voyages est plus ou moins véridique; l'aveu d'une personne, interrogée sur ce qu'elle airae, "^eut ou pense; est plus ou moins sincère.
« Tant de miracles rapportés par des auteurs véridiques. » J. J. « La liberté de conscience, comme le remarque Kempfer, ce véridique et savant voyageur, avait toujours été accordée dans le Japon. » Volt. « Le jésuite Charlevoix, qui était un homme tTès-véridique,îa.it assez entendre dans son histoire du Canada que tous les peuples de l'Amérique septentrionale étaient anthropophages. » Id. « Voilà tout ce que les voyageurs les moins crédules et les plus véridiques nous disent de cet animal. » Buff.
Hélas! Montval est mort...,; votre frère l'assure;
Et puisqu'il me l'a dit, la, nouvelle est très-sûre....
Il n'est point ici bas d'homme plus véridique. Dest.
« J'accepterais vos offres avec joie (si j'en avais besoin) ; soyez-en sûr, mon ami, vous savez que je suis sincère. » Btdeff. « Je ne dirai point de vous : Elle m'a trompé en me disant qu'elle m'aimait. Quand vous seriez reine, vous seriez sincère. » Volt. « Je mêle ma voix à toutes celles qui font des vœux pour vous : . elle est sincère, elle part du cœur. » Id. « Christine déclara sa volonté d'abdiquer. Il est naturel d'opposer de la résistance à une pareille proposition. On ne sait jamais si elle est bien sincère, » Cond.
Je veux qu'on soit sincère, et qu'en homme d'honneur
On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur. Mol.
VÉRITÉ, VÉRACITÉ. Qualité d'un homme qui se conforme à la réalité, à ce qui est, qui ne controuve ni 'ne ment.
Vérité le fait connaître en soi, exprime un des traits de son caractère moral; véracité le fait connaître relativement aux autres, comme ne les induisant point en erreur. La vérité rend vrai; la véracité rend véridique et fait faire des récits^ véritables. On estime, on admire l'homme qui a de la vérité ; on ajoute foi au témoignage de
SUPPLÉMENT. 311
celui qui a de la véracité. La vérité est une vertu ; la véracité donne de la créance.
D'autre part, véracité', du latin verax, attaché au vrai, qui y tient fortement, avec une sorte d'obstination, annonce qu'on s'y conforme constamment , malgré tout ce qui tend à en détourner. Montaigne se pique de vérité (J. J.). « Lorsque d'injustes prêtres voudront se faire les arbitres de ma croyance et m'obliger à une rétractation, ils ne me feront point mentir pour être orthodoxe. Que si ma véracité les offense, et qu'ils veuillent me retrancher de l'Église, je craindrai peu cette menace. » Id. « Diogène a été le philosophe de l'antiquité le plus décrié, parce que sa véracité intrépide le rendait le fléau des philosophes mêmes. » D'Al.
VIDER, ÉVACUER. On dit également vider et évacuer un lieu pour signifier le quitter, en sortir.
Mais vider, formé du français vide, dont Tétymologie est incertaine, appartient à la langue commune; au lieu qu'évacuer, pris du latin évacuais, qui a le même sens, est d'une application plus relevée.
Vider se dit bien, en conversation,, par exemple, et même dans la comédie, par rapport à un particulier qui quitte une maison ou le pays. « Ce fut alors qu'Antoine consomma son divorce avec Octavie en lui envoyant ordre de vider sa maison. » Roll. « J'opine que Claude ait à vider l'Olympe en trois jours, et le ciel en un mois. » (Traduction de YApocolokintosis de Sénèque). J. J. « Dès-que le scélérat de Janin sera révoqué, je trouverai bien le moyen de lui faire vider le pays sur-le-champ. » Volt.
Sans mon respect pour lui, cette large fenêtre Serait votre chemin pour vider la maison. Id. Ce n'est rien seulement qu'une sommation, Un ordre de vider d'ici, vous et les vôtres.
M. Loyal, dans le Tartufe. Mol. Vidons, vidons sur l'heure.
Trufaldin, dans VÉtourdi. Id.
Évacuer est spécialement un terme de guerre qu'on emploie quand il est question de troupes qui se retirent d'un pays, d'une ville ou d'une place forte. « Lutatius dicta le traité suivant : Les Carthaginois] évacueront la Sicile,... » Roll. Voltaire écrit à l'impératrice de Russie : ce Je vous crois toujours maîtresse de Navarin et de plusieurs autres places; il n'est pas croyable que vos troupes aient évacué ce pays. » * M. d'Espagnac ne dit pas tout (sur la bataille de Fonternoy) ; il supprime l'ordre donné par le maréchal de Saxe, d'évacuer le poste d'Antoin. » Id. « Pépin passe en Italie. Astolphe promet d'évacuer l'exarchat. » Cond.
S'il s'agit d'un lieu de réunion, évacuer est le mot propre : évacuer, faire évacuer la salle. En pareil cas, vider conviendrait moins parce qu'il est moins noble, ou si l'usage en permet l'emploi, c'est en parlant non pas du local entier, mais d'une partie : vider les bancs, vider le parquet. « On se tint en place pendant que la robe vidait tous ses bancs.... Cela s'exécuta un moment après, et le parquet se vida. » S. S.
VIE, EXISTENCE, JOURS. On dit également
la vie, Y existence et les jours d'une personne qui est au monde, qui respire, qui n'a point encore rendu l'âme.
Mais d'abord la vie et Yexistence ne sont pas absolument la même chose. Le mot vie, exclusivement applicable aux êtres animés et en particulier à l'homme, dit plus, est chargé de plus d'accessoires que le mot existence qui convient en parlant de tout ce qui est, en parlant même des êtres qui ne sentent ni ne se meuvent. Ainsi, à l'idée de la vie se rapportent d'ordinaire des idées de bonheur et de moralité qui sont étrangères à celle d'existence. « Vous ne connaissez pas la vie libre et patriarcale ; c'est une espèce d'existence nouvelle. » Volt. « L'avare, l'égoïste craignent la mort comme s'ils avaient su jouir de la vie... : ils éprouvent une sorte de rage en voyant s'approcher le terme de l'existence. » Staël. Outre cela, existence ne dit pas seulement moins, il dit aussi quelque chose de moindre ou de moins bon, il se prend plus aisément en mauvaise part. Les douceurs de la vie (Acad.) ; les misères de Yexistence (Volt.). Mener une vie irréprochable (Acad.) ; se faire une existence d'égoïsme (Staël) . « Dieu puissant ! ôtez-moi la vie quand il cessera de m'aimer, ôtez-moi le déplorable reste d'existence qui ne me servirait plus qu'à souffrir. » Id. « Quand l'infortune est générale, il n'y a plus de but pour la vie; les plaisirs de la volupté deviennent le seul intérêt d'une existence sans gloire, sans honneur et sans morale. » Id. — Enfin, la vie est quelque chose d'intime, et V existence quelque chose d'extrinsèque. Wai perdu ma fortune, mon existence, je ne sais ce que je deviendrai, et cependant je jouis de la vie comme si je possédais toutes les prospérités de la terre.» Staël. Le rapport d'existence à l'état extérieur se marque quelquefois en ce que ce mot indique la position d'un homme dans la société : une existence indépendante. « Il veut me perdre dans le monde.... Il est dur de m'ôter à présent Yexistence à laquelle j'ai sacrifié toute liaa vie. » Staël.
Quant à jours, par cela seul qu'il ne s'emploie qu'au pluriel dans cette acception, il est multiple et partitif, il présente la chose comme étendue ou dans son étendue, comme composée de parties ou relativement aux parties dont elle est composée. « Faudra-t-il que je traîne jusqu'à la fin de mes jours une vie imparfaite, sans régularité, sans fruit, sans mérite? » Bourd. « Vous flattez-vous de conserver un pouvoir absolu sur ma vie, quand tous mes jours se passent à repousser les plus indignes plaintes? » Staël. « Une sorte d'âpreté d'âme est nécessaire à une existence aussi rude (celle des trappistes)... On remplit chaque instant de leurs jours par la douleur. » Staël.
VIEUX, USÉ. Ces épithètes se donnent à une personne ou à une chose qui ne peut plus être d'un bon service comme si elle était neuve.
Mais ce qui est vieux a perdu de son utilité par l'effet du temps ; et ce qui est usé s'est détérioré par Yusage, à force de servir. Un habit qu'on n'aurait jamais mis se trouverait vieux néanmoins au bout de quelques années, ne fût-ce que parce
qu'il ne serait plus de mode ; mais un habit peut se trouver usé en très-peu de temps par un service trop fréquent ou excessif. « Il avait un habit noir plutôt usé que vieux. » J. J. Vieux se dit de préférence des choses qui périssent de vétusté plutôt que par l'emploi qu'on en fait; et usé de celles dont on use sans ménagement et qui finissent par succomber de fatigue.
Ou tel, abandonné de ses poutres usées, Fond enfin un vieux toit sous ses tuiles brisées. Boil. A quatre-vingts ans, un homme qui n'a jamais porté les armes est trop vieux pour accepter un commandement; un général, quoique de beaucoup plus jeune, ne devrait pas s'en charger davantage, s'il était usé, si dans des guerres précédentes il avait épuisé les forces de son corps et de son esprit. Tout homme vieux est inhabile au plaisir, les ans en sont la cause ; on peut également y être inhabile dès la jeunesse, quand on est usé, quand on a fait abus des jouissances.
VIL, MÉPRISABLE. Ce qu'on qualifie de vil ou de méprisable n'est pas grand'chose , est comme rien.
Mais ce qui est vil se considère en soi-même, et ce qui est méprisable se rapporte au sentiment qu'il inspire ou doit inspirer. La personne ou la chose vile est au dernier degré dans son espèce, sans mérite, sans importance ; celle qui est méprisable excite ou doit exciter le mépris, le dédain, l'aversion, on en fait ou on doit en faire peu de cas. Pour l'ordinaire, c'est parce qu'on est vil qu'on est méprisable, et de là vient que méprisable se met volontiers après vil : vil et méprisable (Bourd., P. R., Mass., J. J.). Toutefois il peut y avoir des personnes et des choses viles qui ne sont point méprisables : sans doute elles manquent d'excellence, elles ne sont pas relevées, mais ce n'est pas une raison pour qu'on les méprise. « Les plus vils animaux sont formés avec un appareil non moins admirable. » Volt. « Qu'on étudie le monde : qu'on descende au dernier détail; qu'on fasse l'anatomie du plus vil animal.... : on y trouvera plus de dessein, de conduite et d'industrie que dans tous les ouvrages de l'art. » Fén. « Si un roi mortel ou un vil père de famille s'attire par sa sagesse l'estime et la confiance de tous ses enfants, on ne *voit à toute heure que les honneurs qui lui sont rendus. Que serait-ce donc, si les hommes étaient possédés de l'amour de Dieu? Leur société serait un culte continuel.» Id. Quoique le plomb soit un vil métal, il n'est pas méprisable, on ne conçoit pas, on ne doit pas concevoir à son égard ce sentiment moral du mépris qui n'est légitimement éprouvé que contre ce qui est honteux.
Que si l'objet vil n'est pas toujours méprisable, il l'est le plus souvent, et, quand il l'est, il l'est beaucoup, il l'est plus que ce qu'on appelle proprement méprisable. En effet, ce qui est vil n'est d'aucune valeur, et ce qui est méprisable n'est d'aucun prix. Or, la valeur tient à la nature des choses, et le prix à l'opinion des hommes; si bien que la chose vile est essentiellement indigne d'estime, détestable, au lieu que la chose méprisable ne l'est qu'aux yeux de certaines personnes et à certains égards. L'homme vil est plutôt odieux, et
le méprisable haïssable. « Un homme dont l'esprit n'est pas vil peut être encore méprisable. Ce qui est avec raison méprisable pour moi peut, avec autant de raison, ne l'être pas pour un autre. Au contraire, tout le monde doit porter le même jugement de ce qui est vil. » Cond. « Si vous considérez la condition de saint Paul, il est pauvre, il est méprisable et réduit à gagner sa vie par l'exercice d'un art mécanique. De là vient qu'il dît aux Corinthiens : J'ai été au milieu de vous avec beaucoup de craintes et d'infirmités : d'où il est aisé de comprendre combien sa personne était méprisable. » Boss. En un mot, méprisable dénote une vileté arbitraire, d'opinion, variable, relative. Vil se dit d'une manière absolue : un vil esclave, un vil courtisan. Mais on n'est méprisable que relativement : Henri III, voulant ménager les huguenots et les catholiques, se rendait méprisable aux uns et aux autres (Fén.). Vil est préférable quand il s'agit des choses et de leur nature; méprisable convient mieux en parlant de la manière dont les choses sont par nous envisagées, exprimées ou traitées : « Les éloges ne sont qu'une déclamation méprisable quand l'objet en est vil. » Thom.
VISAGE, FACE, FIGURE. La partie antérieure de la tête, celle où se trouvent principalement les yeux.
Visage a été formé du latin visu, vue, comme usage de usu, carnage de carne, etc. Mais, la terminaison, âge étant toute française et se joignant le plus souvent à des radicaux tirés de langues vulgaires, visage ne se ressent en rien de son origine savante. Face, au contraire, se distingue par sa noblesse native : c'est le latin faciès, visage, dont on a ôté la terminaison sans la remplacer par- aucune autre qui pût le dégrader.
Visage est donc le mot ordinaire, au lieu que face est un terme ou savant ou noble, et le seul usité au figuré. — En médecine, ce n'est pas visage qu'on emploie proprement, mais face. « Ce geste n'est pas dans les faibles mains des enfants, il est sur leurs visages. Il est étonnant combien ces physionomies mal formées ont déjà d'expression : leurs traits changent d'un instant à l'autre : vous y voyez le sourire, le désir....; à chaque fois vous croyez voir un autre visage. Ils ont les muscles de la face plus mobiles que nous. » J. J. De même dans les autres sciences, en minéralogie, par exemple. « J'ai vu une agate sur laquelle on discernait un arbre chargé de fruits et une face d'homme très-mal dessinée, mais reconnaissable. . . . Il est évident qu'un homme n'a pas laissé son visage sur une agate. » Volt. — Dans le style relevé, face est aussi le seul mot qui convienne : on le dit en parlant de Dieu (Mass., Fén.), de Jésus-Christ (Mass., Bourd.), des anges (Bourd.), d'un prince (J. J.). « Il me reste un seul plaisir dans la vie, celui de voir la face d'un honnête homme. » J. J. « La tête de l'homme regarde le ciel et présente une face auguste sur laquelle est imprimé le caractère de sa dignité; l'image de Fâme y est peinte par la physionomie, l'excellence de sa nature perce à travers les organes matériels et anime d'un feu divin les traits de son visage. » Buff. — Au figuré enfin le mot
face est seul de mise : la face de la terre, la face d'une maison, la face des affaires, les différentes faces d'une question.
Toutefois, comme les extrêmes se touchent, on se sert de face dans le petit, le bas et le familier de même qu'on s'en sert dans le grand. Ce n'en est pas moins par rapport à visage une expression extraordinaire ou l'expression de quelque chose d'extraordinaire. « Une face de carême. » Acad. « Ta chienne de face. » Mol.
Savez-vous bien qu'ici votre face équivoque, Et rare en son espèce, étrangement nous choque?
Regn.
« Je me refis si bien, qu'au bout de quinze jours j'avais déjà une face de bernardin. » Les. « Ces officiers avaient tous des habits magnifiques, mais avec cela des faces si baroques, que.... » Id. « Coulange était un très-petit homme, gros, à face réjouie. » S. S. « Le Livonien Rose est un escroc, un fripon. J'étais un imbécile de m'être laissé séduire par sa face rebondie. » Volt. « César croyait que les visages longs et maigres étaient de vraies faces de conjurés. » Id.
Figure vient du latin figura, qui n'a point du tout le même sens, mais qui signifie, comme primitivement notre mot figure, la forme, la configuration, la délinéation. Figure pour visage est esthétique, a rapport à la beauté et à la laideur; aussi est-ce le mot qu'on emploie le plus en termes de peinture ou de sculpture. « On peut voir dans l'atelier du sieur Pigalle, un petit buste de la tête de M. de Voltaire : rien de plus ressemblant que cette figure, pleine d'esprit et de feu. » Bach. Belle, jolie, agréable, laide figure, une vilaine figure (Mol.). « Le duc de Buckingham pensait que ni les femmes ne devaient résister aux charmes de sa figure, ni les hommes à la supériorité de son caractère. » Volt. « Heudicourt avait une figure hideuse de vilain satyre. » S. S. « Le duc de Veragua était vilain de sa figure. » Id. « Mirabeau était très-laid de figure, mais plein d'esprit. » Chamf. « Ma taille est contrefaite, et ma figure n'a point de grâce. » Staël. « La figure des Patagons n'est ni dure ni désagréable, plusieurs l'ont jolie; leur visage est long et un peu plat. » Buff. « Représente-toi un grand homme pâle et décharné, une figure à servir de modèle pour peindre le bon larron. Tu n'as jamais vu de face si hypocrite. » Les. — On dit très-bien la figure du visage pour exprimer sa manière d'être, gracieuse ou déplaisante. « Je tâche de me consoler dans la pensée que votre joli visage reprend son agréable figure. » SÉv.
Et de ces blonds cheveux de qui la vaste enflure
Des visages humains offusque la figure. MOL.
VISER A, TÂCHER À. L'Académie définit tâcher, suivi de la préposition à, par viser à , simplement. Ils signifient en effet l'un et l'autre se proposer quelque chose pour but.
Mais viser marque une visée, un dessein ; et tâcher, prendre à tâche, annonce une entreprise. Pour viser à faire une chose il suffit d'y penser, de diriger ses vues de ce côté; pour tâcher à la faire, il faut y travailler. Il fut un temps où la maison d'Autriche visait à la monarchie universelle (Fén.), c'était son idée, son projet ou son
rêve; mais quand la sibylle, pleine du dieu qui l'oppresse, tâche à le repousser (Bon,.), elle s'efforce d'y parvenir. Un ouvrage vise à rendre les hommes sages (Labr.), c'est à quoi il tend; l'auteur tâche à plaire au lecteur (Laf.), c'est à quoi il s'applique de tout son pouvoir.
Viser à une chose, c'est seulement l'avoir en vue ou dans l'esprit. Les Égyptiens (Boss.) et les Romains (Roll.) visaient au grand; il y a des ambitieux qui visent à tout (Bourd.); l'épicurien vise à vivre gaiement (Volt.). Mais tâcher à faire une chose, c'est s'en faire une tâche et se mettre ou s'employer à la faire : on tâche à oublier un ingrat (Regn.), à sauver quelqu'un (Corn.), à découvrir un secret (Boss.).
Quand le but auquel on vise est trop élevé, on tâche en vain à y atteindre.
Viser à, uniquement relatif à l'intention, à la tendance ou à la direction des pensées, prend presque toujours pour complément un substantif : viser à un but (Boss.), au beau (Fén.), à un emploi (Acad.). Mais tâcher à, qui se rapporte à la conduite et qui exprime proprement une action ou une suite d'actions, ne veut jamais après lui pour régime qu'un verbe à l'infinitif : tâcher à faire un effort (Mol.), à devenir semblable à Dieu (Boss.) , à séduire quelqu'un (Regn.) ou à lui nuire (Acad.).
VIVANT, EN VIE. On dit également d'une personne qui voit le jour, qui jouit de la lumière, qu'elle est vivante ou en vie.
Mais vivant, participe, tient de l'adjectif, il qualifie en même temps qu'il marque l'existence; et en vie, dans la vie, indicatif d'une simple circonstance, marque l'existence sans qualifier.
En disant qu'une personne est vivante, vous la représentez comme étant et comme étant avec telle manière d'être qui lui est propre ou qui est commune à son espèce. « On- a cru voir ou plutôt on a vu dans M. Talma Othello vivant, avec toute l'énergie africaine, avec tout le charme de son amour, de sa franchise et de sa jeunesse. » Duc. En disant qu'une personne est en vie, vous faites entendre seulement qu'elle n'est pas morte , qu'elle est au monde. « Un roi versa des pleurs en songeant que , dans peu d'années , de tant de milliers d'hommes (qui composaient sa nombreuse' armée) il n'en resterait pas un seul en vie. » J. J.
« On peut rayer Gentil Bernard du tableau des vivants, quoiqu'il soit encore en vie.... Il est tombé dans l'enfance.... Il eut une attaque au mois de juillet dernier , qui vient d'être suivie d'un affaissement total du cerveau. » Grimm.
Le caractère d'adjectif est tellement particulier à vivant relativement à en vie. qu'il se peut qu'on soit plus ou moins vivant, au lieu qu'on ne saurait être plus ou moins en vie. « Le meunier d'ici est trépassé , et madame sa femme est diablement vivante, à ce qu'il me paraît. » Danc.
VIVEMENT, ARDEMMENT. C'est-à-dire fortement, en parlant de l'homme considéré quant au développement de son activité.
Vivement s'emploie bien pour exprimer une manière d'agir extérieure : attaquer, presser, réprimander vivement quelqu'un. Ardemment, au
contraire, ne convient qu'à l'égard de l'âme et de ses facultés : vouloir , désirer, aimer ardemment.
Quand vivement se dit aussi de l'âme et de ce qui se passe en elle, il a spécialement rapport au sentiment, à une disposition passive; au lieu qu'ardemment est relatif à la passion, à une disposition active. On sent vivement, on est vivement touché, blessé, pénétré de certaines paroles, on partage vivement la joie ou la douleur de quelqu'un; on souhaite ardemment quelque chose, ou on y aspire ardemment. « Lorsqu'on vient à penser tout à coup à quelque chose qu'on désire ardemment ou qu'on regrette vivement, on ressent un tressaillement ou un serrement intérieur. » Buff. On montre de la vivacité dans les plaisirs, de Y ardeur dans les passions. « Peut-être le Seigneur n'a permis votre vivacité dans les plaisirs , que pour prévenir votre tiédeur dans une nouvelle vie.... Peut-être à-t-il voulu que vous fissiez un essai funeste de votre ardeur dans les passions, afin que vous ne puissiez plus ignorer combien vous pouviez être ardent dans le bien et dans la vertu. » Mass.
Enfin, qu'il s'agisse proprement d'impressions ou de mouvements de l'âme, ardemment renchérit sur vivement : être vivement épris, aimer viviment, est moins significatif qu'être ardemment épris, qu'aimer ardemment. Ce qui est vif n'est pas mort ou mourant, rien de plus; ce qui est ardent brûle, bouillonne, est plein de feu ou tout en feu. « Plus ces passions sont vives et ardentes, moins nous souffrons qu'on y résiste. » Bourd.
VOL; — LARCIN; — RAPINE, PILLAGE, BRIGANDAGE; — MALVERSATION, PÉCULAT, CONCUSSION, EXACTION; — DÉPRÉDATION.
Chacun de ces mots marque un attentat contre la propriété, l'action de prendre pour soi ce qui est à autrui.
Vol est l'expression la plus usuelle et la plus générale, celle qui représente l'idée commune sans y ajouter aucune nuance accessoire. « Si vous êtes religieux pour le vol, il faut Fêtre pour la médisance. » Bourd. « La tyrannie de mon maître finit par me rendre insupportable le travail que j'aurais aimé, et par me donner des vices que j'aurais haïs, tels que le mensonge, la fainéantise, le vol. » J. J. « La théorie des lois romaines sur le vol était tirée des institutions lacédémoniennes. » Montesq. « Les lois de Lycurgue sur le vol n'avaient point été faites pour les esclaves. » Id. « Les lois grecques et romaines punissaient le receleur du vol comme le voleur. » Id. « Chez les Scythes, le vol était condamné et puni comme un des plus grands crimes. » Roll.
Le larcin est un vol furtif, commis en secret et sans violence. « L'impie Théodore enseigna que le sage pouvait commettre des larcins, des sacrilèges et des adultères, lorsqu'il en trouverait l'occasion favorable. » Fén. « Le temps ne nous dépouille que peu à peu : il nous dérobe si subtilement, que nous ne sentons- pas son larcin. » Boss. « On commet un larcin, en s'ippropriarrt par une criminelle usurpation des aumônes que la charité des fondateurs avait destinées à l'entretien du troupeau de Jésus-Christ. » Bourd. « C'est par l'hydrostatique
SUPPLÉMENT
qn'ArcliiniMa. découvrit le larcin qu'un orfèvre avait fait sur la couronne du roi Hiéron, dans laquelle il avait mêlé d'autre métal avec de l'or..* Roll. — Ensuite larcin, sans être jamais, comme volerie, par exemple, fréquentatif ni familier, signifie quelquefois un vol, non plus inaperçu, mais léger, peu grave, peu criminel, ou le ttoîd'un objet de peu de valeur. « Il est donc vrai qu'il y a eu une de mes lettres de perdue; mais je ne jette les yeux sur personne. Je ne sais qui peut faire ce misérable larcin. » Sév. — Cet. affaiblissement du sens primitif peut être porté au point que le mot larcin n'entraîne plus aucune idée de blâme, ou même qu'il se. prenne en bonne part. Ce n'est pas le vol, mais proprement le larcin (Montesq., J, J., Roll.) qui était permis ou plutôt prescrit aux jeunes Spartiates par les lois de Lycurgue. « Quand un auteur vend les pensées d'un autre pour les siennes, ce larcin s'appelle plagiat.... C'est surtout en poésie qu'on se permet souvent le plagiat, et c'est de tous les larcins le moins dangereux pour la société. » Volt. « Fleur d'Épine baisa le cbevalier.... Elle fut tentée de recommencer; mais la crainte d'être surprise dans cet amoureux larcin par le beau chevalier l'obligea de s'arrêter. » Les. « Les heureux larcins qu'on a faits à Sénèque (le tragique) font voir que, comme poëte, il n'est pas incligne d'attention ni de louange. » Lah.
Les temps sont accomplis, princesse : il faut parler;
Et votre heureux larcin ne se peut plus celer.
(Joad à Josabet, dans Athalie). Rac.
Rapine , %)iUcige et brigandage indiquent, non pas l'action de prendre simplement, mais celle d'enlever de force, c'est-à-dire des vols commis avec violence. Et de ces quatre mots le plus général est celui de' rapine. « Tonnez, ô divin Sauveur, contre les rapines et les violences. » Boss. « Les Francs n'étaient point frappés des injustices et des rapines de leurs rois, parce qu'ils étaient ravisseurs et injustes comme eux. » Montesq. « Les peuples conquérants ont tous été d'abord des sauvages vivant de rapine.... Les antiquités des Turcs ne méritent guère mieux une histoire suivie que les loups et les tigres de leurs pays. » Volt.
D'Amboise est à ses pieds (de Louis XII)....
Tendre ami de son maître, et qui, dans ce haut rang,
Ne souilla point ses mains de rapine et de sang. Volt. — D'ailleurs, la force dont la rapine suppose l'usage peut être morale plutôt que physique,, ou au moins elle peut s'exercer avec la main seule et sans le secours des armes. «TNos cœurs doivent être de glace pour les vains plaisirs, et nos mains immobiles pour les rapines. » Boss. « Le pécheur renonce à tous ces trésors amassés par tant de rapines; les pleurs du pupille ont percé son cœur, il se résout de faire justice à la veuve qu'il a opprimée.» Lu. « L'homme injuste, né dans la boue et dans l'obscurité, et que ses rapines et ses vexations ont tiré de la poussière. » Mass. « La confiscation est-elle autre chose qu'une rapine ? » Volt.
Le pillage est une rapine de soldats ou de gens de guerre, qui saccagent une ville, qui en emportent violemment les biens au milieu du désordre. « Le pape saint Léon se fit respecter
par Attila, et sauva Rome du pillage. » Boss. « Charles IX donna cent mille livres à l'amiral (de Coligny) pour le dédommager du pillage de sa maison durant les guerres. » Id. « Donnez-vous à vos troupes la paye nécessaire pour vivre sans piller? Si vous ne le faites point, vous mettez vos troupes dans une nécessité évidente de commettre les pillages et les violences que vous faites semblant de leur défendre. » Fén. « Les Polonais, après s'être avancés jusqu'à Moscou, et après des pillages, qui étaient les expéditions militaires de ce temps-là, conclurent une trêve. » Volt, « Ces troupes se débandèrent pour piller.... Ce ne furent pas seulement, les campagnes qui se sentirent de ces pillages, il y eut des villes prises et ravagées. » Roll. Tout y est au pillage, dit-on en parlant d'une grande maison où chacun pêche en eau trouble , où les domestiques profitent du désordre pour faire leur main.
Le brigandage est une rapine non pas seulement de gens armés mais de gens qui ne sont armés et réunis en bandes que pour, voler, qui, semblables à des bêtes féroces,, répandent la terreur dans les pays qu'ils infestent. « Il y eut durant les guerres de la Fronde' des villages ruinés, des campagnes dévastées, un brigandage affreux. » Volt. « Les Francs étaient au nombre de. ces peuples affamés et féroces qui couraient au pillage de l'empire. Ils subsistaient de brigandages. » Id. « Ces malheureux (les esclaves), poussés à bout et forcés par la nécessité, se mirent à voler. La Sicile devint un affreux coupe-gorge. Ce métier de brigandage était pour les esclaves un exercice qui les préparait à la guerre. » Roll. « Sans le droit des gens la guerre ne serait plus qu'un brigandage inhumain, qu'une suite perpétuelle de trahisons, d'assassinats, d'abominations et de barbaries. » Fén. « Figurez-vous dans Jérusalem plus de vingt-deux mille hommes de guerre, gens de carnage et de sang, qui s'étaient aguerris par leurs brigandages. » Boss. — On appelle par extension brigandage tout ce qu'il y a de plus énorme en fait de vol, comme on appelle larcin tout ce qu'il y a de plus faible. « Dans les pays où un petit vol domestique est puni par la mort, ce châtiment disproportionné n'est-il pas unej invitation même au larcin? Car s'il arrive qu'un maître livre son serviteur à la justice pour un vol léger, tout le voisinage a ce maître en horreur.... Les maîtres ne voulant pas se couvrir d'opprobre, se contentent de chasser leurs domestiques qui vont voler ailleurs, et qui s'accoutument au brigandage. La peine de mort étant la même pour un petit larcin, que pour un vol considérable, il est évident qu'ils chercheront à voler beaucoup. » Volt. « Ce qui indispose contre les grands, ce sont leurs injustices , leurs violences , leurs concussions, et, si je puis user de ce terme, leurs brigandages. » Boubd.
La malversation, le péculat, la concussion et V exaction sont des vols d'administrateurs ou commis, dans l'administration. Le comte Lally- Tollendal, gouverneur des possessions françaises dans l'Inde, se vit imputer par ses ennemis des malversations, des crimes de péculat, des concussions, des exactions (volt.) .
Malversation n'a pas la précision des mots suivants : il donne ridée d'-une gestion frauduleuse, sans déterminer quelle en est la nature. « De tous côtés Ton portait des plaintes au Sénat contre la dureté, l'injustice et les malversations des magistrats. » roll. « Catoa fit un exemple ou deux sur ceux (des greffiers de questeurs), qui s'étaient rendus coupables de malversations. » idc « Hérode fut le premier qui éprouva le pouvoir et la mauvaise volonté de ce fameux sanhédrin établi par Pompée. On l'accusa devant ce tribunal. On lui imputait des malversations et des meurtres. » volt.
Le péculat est le vol de l'argent de l'Etat, la malversation qu'on commet dans le maniement des finances ou des deniers publics. « Comme les fermiers des revenus publics étaient tirés de l'ordre des chevaliers, leur nouvelle puissance leur donna le moyen d'exercer hardiment le péculat, et de piller la république avec une entière impunité. » roll. « Un accusateur prétendait que Pompeïus Strabo s'était rendu coupable de péculat, et demandait qu'on recherchât dans ses biens ce qu'il s'était approprié des deniers publics. »id.
Les concussions et les exactions sont des malversations qui consistent, non pas, comme le pé culat, à mettre la main dans la caisse du fisc pour y puiser, mais à se faire donner par les particuliers qu'on administre ou qu'on gouverne ce qui n'est pas dû.
Les concussions (de concutere, agiter, secouer, tourmenter, vexer) sont le crime de tout fonctionnaire qui abuse de son autorité pour rançonner ceux qui dépendent de lui, pour en extorquer quelque chose. « Imaginez-vous de quelles vexations, de quelles oppressions, de quelles concussions cette passion (l'avarice), doit être accompagnée. » bourd. « Le Sénat tenait en bride les gouverneurs, et faisait justice aux peuples. Cette compagnie était regardée comme l'asile des oppressés : aussi les concussions et les violences ne furent-elles connues que dans les derniers temps. » boss. « La négligence et le défaut d'économie conduisent les seigneurs à un excès : je veux dire la rapine, l'amour des présents, les concussions. » roll. « Une loi très-sage autorisait les peuples sur qui les gouverneurs de provinces avaient exercé des concussions, à s'adresser aux j uges pour se faire restituer ce qui leur avait été enlevé injustement. » Id. « Une loi fut portée qui défendait aux avocats de recevoir des parties ni argent ni présent. Le motif de cette loi était de délivrer le peuple d'une espèce de concussion qu'exerçait sur lui l'ordre des sénateurs, duquel étaient presque tous ceux qui se chargeaient de plaider. -» Id. — Les exactions (du latin exactio, levée des impôts) ont uniquement rapport aux impôts et consistent à en frapper d'injustes ou d'exorbitants. Les princes ligués contre Louis XI se plaignaient «■ que la noblesse était opprimée, les peuples ruinés par de nouveaux impôts, et enfin tout le royaume accablé. En effet, la France était pleine de mécontents à cause que le roi faisait des exactions extraordinaires. » boss. « Les députés des Allobroges étaient venus pour demander au sénat quelque
diminution des impôts dont ils étaient chargés. » Ils étaient à la veille de voir vendre leurs femmes et leurs enfants pour satisfaire à des exactions si cruelles. » vert. « Louis d'Anjou, l'un des oncles de Charles VI, chargeait le peuple d'exactions. » volt. « Il n'y eut point d'extorsion que l'on n'inventât sous le nom de taxe et d'impôt... Le peuple (en Suède, sous Charles XII), accablé de tant d'exactions, se fût révolté sous tout autre roi. » Id. ce Le mot d'exaction est un terme qui n'a pas un sens bien déterminé. Lalli n'avait jamais imposé une contribution d'un denier ni sur les habitants de Pondichéri, ni sur le conseil. » Id. <* Ce que n'avaient pu ni le denier de saint Pierre, ni les réserves, ni les provisions, ni les annates, ni les collectes, ni cinq cents années d'exactions toujours combattues par les lois des parlements, un amour passager (de Henri VIII pour Anne de Boulen) l'exécuta. » Id. — Un ministre ou un juge, qui, pour être favorable à un particulier, en exige de l'argent, est coupable de concussion; un prince, un gouverneur de province, un général, commet des exactions en foulant les peuples. Déprédation , deprœdatio , de prseda , proie, d'où prœdo, voleur, ne se dit guère que dans le style soutenu, ou en parlant d'un vol considérable par son objet ou par son étendue plutôt que par son énormité ou sa criminalité. « La déprédation des reliquaires et des trésors de l'Église. » Boss. « Une sacrilège déprédation des biens consacrés à Dieu. » Id. « Ces pasteurs infidèles ont laissé cette portion de mon héritage exposée à la déprédation et à la fureur de ses ennemis. » Mass. « Le maréchal d^Estrées lut un mémoire fort détaillé sur la déprédation des bois de la marine de Rochefort. » S. S. « La déprédation des trésors d'Henri IV déposés à la Bastille. » Id. « Les déprédations de Fouquet. » Volt. « Le contrôleur général Émeri, connu par ses déprédations. » Id. « Les prédécesseurs de Charlemagne ne furent illustres que" par des déprédations. » lu. « La France s'épuise et a dépensé 300 millions d'extraordinaire en deux ans : j'ai été témoin des déprédations et du brigandage des finances dans la guerre de 1741. » Id.
VOÛTE, ARCADE. Construction qui s'étend en rond, d'une manière courbe ou concave, au-dessus d'un certain espace.
Voûte, anciennement voulte, italien votta, du latin volutus, participe de volvere, tourner, rouler, représente toute une demi-sphère, une sorte de coupe sans pied renversée. Arcade, ouvrage en forme d'arc , signifie par rapport à voûte quelque chose de partiel, quelque chose qui, au lieu d'envelopper de toutes parts l'espace qui est audessous et de le couvrir, ne l'enveloppe que d'une portion de cercle, et, du reste, le laisse ouvert, susceptible d'être traversé. On est renfermé sous une voûte; on passe sous une arcade. Les cavernes ont des voûtes; les aqueducs et les ponts, des arcades. Dans les prisons, dans les mines et les catacombes, ce sont des voûtes qu'on a au-dessus de soi; il y a dans certaines villes des rues bordées d'arcades à travers lesquelles circulent les passants.
Au milieu d'une forêt, vous vous trouvez sous
SUPPLÉMENT
une voûte de verdure. « Les arbres de cette forêt s'élevaient une fois aussi haut que nos plus grands arbres d'Europe; et formaient au-dessus de nos têtes une voûte de verdure. » Bern. Mais ce sont des arcades de verdure que forment les lianes en s'enlaçant d'un arbre à l'autre, o Des lianes, s'enlaçant d'un arbre à l'autre, forment ici des arcades de fleurs, là de longues courtines de verdure. »
Bern. On dit la voûte du ciel, et Parc-en-ciel, bien qu'il ne soit pas lui-même nommé une arcade, est l'image de tout ce qu'on appelle de ce nom. En anatomie, la voûte du crâne comprend toute la partie supérieure de la boîte osseuse qui contient le cerveau, et on donne le nom d'arcades sourcilières à deux parties du crâne, aux deux saillies de l'os frontal qui correspond aux sourcils.