‹ Dictionnaire des synonymes de la langue françaiseChapitre 107 sur 444 · PRÉFIXE MAL · texte numérisé non relu

PRÉFIXE MAL

Cette particule , originairement adverbe et d*or- Wre employée comme telle , sert à marquer ^ les mots composés où elle entre la manière l'^ir on dont les choses sont faites , une manière 3UTaise, vilaine, défectueuse, imparfaite.

PRfiFIXES MAL bt DE.

loAoaa^, déthonnéU. UalplaisarU, déplaifont. Mal placé , déplacé. Etc.

VALHOKXÂTB, DÉSHONNÉTB. Contraire à

'Viméteté.

Vais nalhennéle signifie une opposition à l'hon- '^tetédes nianières, et déshormête un manque iHiooaèteté dans les mœurs. On dit , des actions , ^manières, des procédés malhonnêtes, parce q<e ce sont choses qu'on peut considérer relati- T«ffient à û Cacon dont on s'y conduit , et cette 7>>lification les'représente comme choquant les ^iienséances, les usages du monde, les lois de la P^lttie, et quelquefois de l'honneur et de la

1- Mme In Deflknd écrit à YolUlre : « Envoyez-moi tovt ee ({De vons faites, tout ce que vous avei fait que ^ M eoDuia pas , et tout ce que vous ferea ; ao jez ■^' qoe je n>a mèsmserai paa ; ma société est fort '^'^^XMCTile, et ce n'est qaVà elle qne je fais part de ^ Icuna, ei de ce qui me vient de vous. »

justice. On dit , des pensées et des paroles dés^ honnêtes^ c'est-à-dire essentiellement et de leur nature contraires à la pureté : c'est un défaut attribué à des choses qu'on considère en ellesmêmes , et sans rapport à la manière de se con* duire.

Ce qui est malhonnête n'est possible que là où il y a lieu de se comporter bien ou mal à l'égard des autres hommes , c'est-à-dire en société : Robinson , dans son île , ne pouvait être malhonnéte ni commettre d'actions malhonnêtes. Mais comme la déshonnêteté n'est pas une qualité de manière, de forme, de procédé, elle peut se produire dans toutes les positions , dans la solitude, comme au milieu du monde. Un livre déshonnête est tel parce qu'il réveille de lui-même des idées sales ou obscènes , et non parce qu'il est le produit d'une mauvaise façon d agir, ou qu'il enseigne de mauvaises façons d'agir.

On dit bien un homme vMlhonnête , et non pas un homme déshonnête : le premier adjectif regardant la manière d'agir se transporte sans peine à l'homme qui la pratique; mais la déshonnêteté est tellement inhérente aux choses mêmes qu'elle ne se dit que des choses mêmes. Suivant les stoïciens , il n'y aurait pas de mots déshonnêtes : dans la logique de Port-Royal se trouve la réfutation de cette doctrine , I'* partie , chap. xiv ; le terme déshonnête y est souvent remplacé par ceux de honteux, infâme, impudent, effronté , contraire à l'honnêteté , à la modestie. Il est aussi presque synonyme de sale et d*obscène. Un lieu déshon* néte est un lieu de prostitution, lupanar (Boss.); une femme de mauvaise vie mène une vie déS' honnête (Mol.); des amours déshonnêtes (Boss.» FÉN.) sont des débauches. D'autre part , c'est uniquement des procédés qu'on dit qu'ils sont malhonnêtes : il est malhonnête de retenir un dépôt (MosTRSQ.), de se haïr pour des syllogismes (Volt.) ; uu Joueur fjripon profite de certaines observations malhonnêtes pour ruiner ses adversaires (Buff.).

Au reste , déshonnête exprimant un défaut essentiel , et non un défaut relatif à la forme comme malhonnête , est plus propre à être employé d'une manière absolue et substantivement : « Se servir de sa raison pour discerner les nuances de l'honnête et du déshonnête, » Volt.

MALPLAISANT, DÉPLAISANT. Incapable de causer du plaisir.

MalplaisatU, qui plaît mal; déplaisant , qui ne plaît pas , qui est privé de la qualité ou du don de plaire. Le premier dit donc moins que le second. Et comme le second exprime déjà une idée faible , celle du simple déplaisir , le premier tombe en désuétude. Lafontaine s'en sert quelquefois.

Nott« vieillard fléUi , chagrin et malplaisant. c Au lieu des vapeurs et de la toux , hôtesses si malplaisantes , elle a retenu la gaieté et les grâces, s De même Voltaire , dans le style badin : Un bourbier noir, d'infecte profondeur, T liait sentir icht-mal plaisante odeur.

De même Scarron : Repris par les jésuites , « Je ne voulus plus obéir à de si v^a^plaisanU maîtres. « Céléno, l'une des harpies, « la «wZptot-

ntEMIÈRE PAUTIG

scmte prophétesse. « « L9l malplaisante Àlecton. » St en parlant de Garon :

Il ne fat Jamais créatnre

De plus malplaisante slmctare.

Il (Polyphéme) s'en Tenait vers le rirage.

Le \Tès-mal plaisant personnage.

Gros, mal MU, taie, felu.

D*où TAcadémie a-t-elle appris que maVplaisant se dit pins ordinairement des choses que des personnes?

Ensuite , l'effet produit par les choses ou les personnes malplaisantes dépend surtout de leur forme , de la manière dont elles sont faites , si bien que ce mot serait déplacé au figuré et en parlant d'abstractions. Jean-Jacques a dit : « Nos sensations nous sont agréables ou déplaisantet. » Bt : « Les occupations déplaisantei ont besoin de délassement. » L'Académie : « Il est déplaisant de toujours perdre au jeu. »Bourdaloue : « Cela me remplit d'idées tristes et déplaûantes. » Saint- Simon : « Des maximes iTès-déplaisanies à la France. » Dans ces phrases et autres semblables malplaisant ne conviendrait pas. Ce qui est d^pkufOfildéplaU; ce mot ne se rapporte qu'au fait abstrait : ce qui est malplaisant est mal bâti , mal conformé, ou se présente mal. — Ifohtaîgne a parfaitement senti et rendu cette opposition dans le passage suivant. « C'est une déplaisante coutume, et injurieuse aux dames, d*avoir à prêter leurs lèvres à quiconque a trois valets à aa suite, pour malplaisant qu'il soit. » — Il parle aflleurs de la a tranquillité et sérénité de rârae, déchargée de toute passion , pensée et occupation tendue ou déplaisante; » -et dans un autre endroit il dit : « Si j'ai un cor qui me presse l'orteil, me voilà renfrogné, malplaisant et inaceessilde. »

MAL PLACÉ, BÉPLACB. Mis dans une place qui ne convient pas, hors de propos.

Mal placé exprime un défaut relatif, et déplacé un défaut absolu : oe qui est déplacé est tout à fait mal placé.

Laharpe examinant la tragédie d'A/jKtre, critique ainsi ce vers :

Rends du minide aujourfl*hui les bornes éclairées.

« Les participes éclairé^ connu, etc., sont mal placés avant le verbe rendre, * Et, à quelques lignes de là, ayant cité une tirade, il ajoute : « Cela est mauvais de tout point, en philosophie comme en poésie, et souverainement d/pfaictf dans la situation d*Alzire. »

On voit aussi par ce double exemple que mol placé indique plutôt un défaut de forme, de syntaxe, grammatical , et déplacé un défaut essentiel, qui a rapport aux idées ou au fond. « Tout au plus trouvera- t-on dans le discours de cet orateur quelque construction peu exacte, quelque chose d'irrégulier, de faible et mal placé, > Fér. Un discours dans lequel il y a quelque chose de déplacé pèche davantage et d'une autre manière , il est tnconvenant.

On distinguerait de même mal régïé et déréglé, moÀ ordonné et désordonné. La chose mal réglée au moi ordonnée laisse quelque chose à désirer dans la manière dont elle est lî^lée t>u ordonnée : la chose déréglée ou désordonnée n'est point du tout réglée ou ordonnée, n'a point du tout de

règle ou d'ordre. La piété mal réglée devient ra* perstition; et déréglée, fanatiarae-

PRÉFIXES VAL ST DfS.

Malfamé , diffamé. Mai^taoieux , àisgraeÊmêK. Malpropaniotmë , disproporHotmé.

MALFAMÉ, DIFFAMÉ. Qui ne jouit pas d'une bonne réputation.

L'homme malfamé n'a pas une bonne réputation ; l'homme diffamé est perdu de réputation. Diffamé est une qualification plus positive , plus directe , plus rigoureuse , plus décidée , plus tranchante ; il y a comme une séparation nette entre la bonne réputation et l'homme diffamé. On évite la société ou l'alliance de l'homme malfamé ; on rougirait d'avoir le moindre rapport avec l'homme diffamé.

Ensuite , à f^alfamé ne correspond point nu verbe comme à diffamé ^ et c'est pourquoi celuilà n'implique point comme celui-ci un fait particulier qui a déshonoré, un éclat qui a perdu tout d'un coup dans l'esprit du public. Celui qui est malfamé est ainsi , a telle manière d'être: on en parle mal; c'est un effet qui a sa cause en lui, dans ses principes ou dans sa conduite. Gdui qui est diffamé a été diffamé; son état résulte â'une diffamation juste ou non méritée.

Et de là le troisième caractère de l'adjectif diffamé. C'est qu'on peut Être diffamé sans cesser d'avoir droit et part à l'estime des hommes; oe qui arrive quand on a été la victime d'une diffamation injuste et calomnieuse. Mais malfamé^ quoique plus faible etj)lus vague, annonce toujours une réputation effectivement mauvaise.

MALGRAG1£UX| .DJSWAQËUX. Qui n'«9t {kas gracieux.

En fait de grâces^ le sMAgradeu/x est mal, laisse beaucoup à désirer, et le disgracieux n'est rien. Celuinsi dit donc plus que celui-là : il énonce directement et positivement ce que le premier ne (fût entendre que par un détour, et en atténuant.

De plus, ce qu'on considère dans l'ol^jet maigracieux y c'est la manière dont il est, sa forme, son air, et l'adjectif ne convient que par rapport aux objets enjfiâagès aou» oe poiot de. vue. La qualité qui fait traiter de disgracieux peut être iotrinséque et abstraite. « Aventure disgracieuse. Cela est bien disgracieux. > Acad. « Douleur et mal i&arquent une aorte de sensation disgraoûuse qui fait souffrir. * Gia.

EUa avait pfis en «et homme un fpovK

Malgracteux, incomBiodeet |aioux. .Lur.

« Votre père, le pUiamal^raeiniff des hommes, m^ chae^é dehors malgré moi , et ]*ai «owni nsque d'értre battu. » Mol. {VAwre. unèoheàCléanle).

KALPROPOKHOriNé , «HSFROPORnOKRÉ. Qui pèche par défaut de proportion.

Le ppemier se dit d^un seul objet dans 4eq«el on «onsidèfliB la Bumiérs tkmt «as ^rtîes soat arrangées, et l'autre «n jiuppose au moins deux (âtc, deux Coia,il»^v«, .deui^ qu'on .con^pare 1^ à l'autre ^et.qH.^ Irauff» «épîarés ^hut jôa ^gmidsi inégalités.

jraJjproporfiofin^sABppUqve 4 '«se jtal» elMie qu'on conaiflère -en iwi «t dans -sa todaUté.^c «n

SYNONYMES HJSl OlïT LE ItHUE RADICAL.

oins, un homme vu^lprùpoirHonné. » Acad. «Bi

:^0!Eme était un quadrupède, toutes ses parties

.«ïCDies eussent fait un animal maïpropùrtionné et

aarehant peu commodément. » J . J. -* 3ispropor-

tKMUtf s'emploie en parlant de plusieurs choses, ou

fïïDt seule relativement à une autre ou à d*au-

tre5-,eeqm&it qu'on dit bien dt«pf oporttonrufd , et

ruta waJipnportionné à. Moratè dtfproportiomi^e

à nge des enlants (J. ï.); exemple dtspropor-

tiom^l notre état (Pasc.); pratique di»propor-

tiOM^inoB mœurs (Boss.); comparaisons dis^

pnptrtioimées à la nature divine (lo.). Conditions

di^npsrtifmnées (Cond.), c'est-à-dîre l'une à

I*»]îre 09 les unes aux autres; un oiseau porte

imbce âuproportioTmé (Bur?,), c'est-à-'âire au

nueàocorpB.

PfifiFnÛSS MAL ST Jf^.

hksnknt, mécontent. Malaise^ métaiÊB. MaltémU, nuMséant, Maloendu^mévendu. Mal intefprétet, méséuiet'préttTm

Ces deux particules changent en mauvaise part le sens des mots devant lesquels elles se mettent , etlevfont exprimer quelque chose de f&cheux. ïais la modification apportée par mal semble moins essentielle, moins intime, moins décidômcat mmQTarâe; elle - s'arrfite , pour ainsi dire, à h ferme, à la superficie.

HALCOinCflT , mÉCONTElVT. Qui ît'est pas satisCût, pour cfui ce qui est ne convient pas ou ne se paae pas comme il le voudrait.

iécantmt ôH quelque chose de j^Ius. -« On est malemtentj dit Koubaud , quand on ne Test gotre, ou qu'on n'est nullement satisfait; et mérantenf, quand, loin d'être "satinait,- on estTlftché et très-fâché. «Suivant Condïïlac, on estm^comtati quand on est malcontent au point de se soutew : le méeont''nts ont pris les armes. Une prenve de la supériorité de Ibtce *i sentiment pénible signifié par mécontent, c'est qu*on fait de ce mot, comme en général âq 4oua ceux qui se distinguent par leur énergie , un usage biep plus frètent que de «on synonyme. D*ailleurs, il s^emploie seul d'une maniiire absolue et sans GompKment, seul il a un substantif correspondant poar dèngner d'une manière nette et positîTe le senfnseet dont il s'agit. Le maltûnitent 6prouve im sentiment d'humear dont son Ame est à ^iieifie dhaite.

Ihéffcse est mà'eoiaente et gronde. 1*v.

&hTîguenr môme, -malcontent uTexchit pas

tout à fait le contentement, mais il ne fait que le

représenter comme incompleft, xomme n'étant

pas sans trouble, sans inquiétude, sans mélange.

^tee que Paseai exprime ti^s bien dans le pas^

^*ge saifant : « La propre volonté ne se satisfe-

*»t jamais, quand elle aurait tout ee qu'elle eou-

^te; unis on est saMkiit dès lM«9tant'qifen7

iVBOBoe. Avec elle tm ne peut 'être "que irtoVoofi-

M; sens elle on ne^eut être que^eontent.-» H en

Wvo tÊi§iM)UÊtiitemtrtt"zoiaiaB -éhr méprit et'fle 'la

'^^OKu;deH moins une négation, une festric-

^ qflîNm'tefllhBent 'positif dontTftmeestoomme

P^trée. c Un *eiprit i^grin eut méomHemî.' »

Sotn. Mtkmtêm ironie h^^nakvment U'idée ac-

cessoire que le sujet est plus proibndément affecté et qu'il éprouve du dépit ou du ressentiment.

En second lieu , et conformément à la première distinction , mécontent suppose de la part du sujet diagrin prononcé et disposition active à réclamer la réparation d'un tort réel, ou prétendu ^ et de la part de la personne qui excite ce seortiment , refus ou violation de ce qui est juste , ou de ee qu'on croit juste; au lieu que malconfenl n'emporte que la privation de ce qu'on espérait, a L'ambassadeur, M. de Laverdin , rendit tous ces gens-là malcontents de ses manières , de sa mauvaise chère , de son peu d'apparat. » Dklap.— Je suis m^oontem d'un domestique qui ne fait pas ce qu'il doit, et malcontent de celui qui ne fait pas ce qu'il doit comme je le voudrais : il y a de la part du premier mauvaise volonté , négligence ou paresse, et de celle du second simplement inexpérience ou incapacité.— On a droit d'être mécontent; on a quelque sujet d'être malcontent, ou bien même on l'est sans trop savoir pourquoi. « Mademoiselle n'allait point à la cour, paroe qu'elle était fort mécontente du roi sur le sujet de M. de Lâuzun. « Bblaf. a Le prince de tfontpenster était malcontent de tout ce qui était arrivé , sans qu'il en pdtdire le sujet. » lo.— Ou encore, on est mécontent pour un motif très-grave, parce qu'on a reçu une injure; et makontent pour une raison légère, pour un manque de complaisance, par exemple. « On exhorta en vain Louis XII à punir quelqh un dont il s\h\i élé mécontent avant que de monter sur le trône. » Holl. « Bayard, voyant qae son refus affligeait son hôtesse, et ne voulant pas la laisser nuUcontente de lui , consentit à recevoir son présent, v In.

Toutes les fois qu'il y a une injustice 'de com< mise, passe -droit, inexécution volontaire d'une obligation, on ne peut être que mécontent. On est moleofif ent 'de son état, de sa fortune, du tour que prennent les affarres, quand ib ne sont pas comme on désirerait qu'its fussent. «Les gens du monde , avec tous leurs biens, tous leurs plaisirs, sont presque toujours mcAeontentt et se plaignent de leur sort.* Bouan.

"MALAISE , MÉSAfSE. Us désignent un état ou ^ne situation légèrement pénible.

Ildkiwe exprime phztôt l'état oiî I'\on -se trouve, et jnétaise le ■sentiment qu'on éprouve. Dans le mafaiife on ti*est pas'coramodément ; t'àme est dés- Bgi^éaMemeirt affectée dans le ntégaite.

Oe que malaiise exprime de fâcheux se rapporte à rextérienr, i la positidh, ou aux entours : le imitorte sefait sentir à -une personne qui est mat à Taise , mal assise, maftoouchèe, ou gênée dans ses rapports avec les autres. « Les premiers mobiles du monde furent le besoin , Tinquiêtude du "malaise^ et l'espérance d'un meilleur sort. » HiyMi. « On «entait la «ontrainto du *dac de fionrgogne avec Meneeigaflar, encore plus avec Mlle Chein, etie maèmise avec tout cet intérieur de Meudoa. » S. S.

fiO 'mot mésmse, jHus partitnilièrement stib-

jeetif, Indique un ^ttft général de déplaisir

dans -lequel un désire vaguement d'être mieux.

« Le plaisir est notre but; car qui écouterait

' celai qui, poar sa fin, éliblirart notre peine et

{•m^tdèff^ » MeirraitRB. « Le^éstr est mwespèee de

iU

PREMIERS PARTIE

mésaisê que le goût du bien met en nous. » Vauv. c Notre mal est la vaine curiosité de notre esprit qui ne peut ni sortir de son ignorance ni la supporter; c'est ce mésaise et cette rêverie de malade que nous appelons une noble recherche de la vérité. > FâN.

MALSÉANT, MESS&ANT. Contraire à la bienséance.

Mais l'un signifie une inconvenance de forme , l'autre une inconvenance intrinsèque , essentielle* C'est apparemment à quoi se réduit la distinction suivante de Condillac. « Il me semble que le premier se dit des choses qui ne conviennent pas à l'état , à r&ge ou à la profession d'une personne , et que le second se dit de tout ce qui ne sied pas. >

Une barbe d'artiste terminant la figure d'un prêtre ou d'un magistrat serait malséante; il est messéarU que la femme commande au mari et que le valet en remontre à son maître. L'air dissipé est malséant , et l'inattention est messéante pour un magistrat. Une posture malséante ne messied qu'eu égard aux usages tout extérieurs et formels de la civilité; une posture messéanU messied réellement , blesse l'honnêteté , va jusqu'à l'indécence.

« On doit donner largement aux femmes de quoi maintenir leur état, d'autant que l'indigence est beaucoup plus malséante et malaisée à supporter à elles qu'aux mAles. » Montaign. c Les petits verres sont les miens ûtvoris , et me plaît de les vider , ce que d'autres évitent comme chose malséante. 9 Id.^c Aux canonnades , il est messéant de s'ébranler pour la menace du coup.» lo. « Le vice de mentir apparaît toujours trèsmesséant à un homme bien né, quelque visage qu'on lui donne. » Id.

MALVBNDU , MÉVENDU. Qui n'a pas été bien vendu.

Le premier de ces mots implique un blftme relativement à la manière dont la vente s'est faite. Quand on a vendu par petites portions , au lieu de vendre par parties considérables , & crédit et non comptant, ou bien à des débiteurs peu solides , dans ces différents cas on a mal i^endu , ou la marchandise a été mai vendue. Mais & mévendu s'attache l'idée d'une faute moins relative 4 la forme qu'au fond, au mode de la vente qu'au dommage éprouvé en conséquence d'une vente désavantageuse : on mévend ce qu on vend audessous de son prix réel. On emploie bien aussi mal vendre ou vendre mal dans ce sens; mais alors on parle avec moins de précision , et on a tort de ne pas préférer une expression qui dit la même chose d'une manière toute spéciale at exclusive.

Une observation bien simple sert à prouver que mé l'emporte sur mal , dans le sens dé&vorable où ils se prennent l'un et l'autre. C'est que mal vendre ou vendre mal signifie quelquefois vendre peu: cette marchandise s'est mal vendue sur tel marché , se vend mal dans telle saison. Au lieu que le substantif mévente signifie non^vente , cessation de vente. En allemand , Uébelihat , mot à mot, un mcUfaity désigne une mauvaise action sous le rapport tout extérieur du mal qu'elle cause à autrui, et Missethai, méfait ^ une mau-

vaise action considérée intrinsèquement comme violant une loi , et en elle-même digne de punition. D'ailleurs, ou plutôt en conséquence, le malfait es^ un simple délit , et le méfait un crime.

Jean- Jacques écrit à Diderot : « Vous avez un malheureux penchant à mésinterpréter les discours et les actions de vos amis. » Voilà un mot excellent , qui n'est pas usité , au moins à en croire l'Académie, et qui mériterait de Têtre, concurremment avec mal interpréter; car ces deux verbes ne signifient pas tout à fkit la même chose. Mal interpréter , c'est seulement supposer un sens qui n'est pas le véritable , attribuer une intention qu'on n'a pas eue , une intention mauvaise , mais rien de plus. Mésinterpréter, c'est imputer une intention criminelle , des desseins noirs et funestes , partant d'un fonds de méchanceté , et , comme le dit Jean- Jacques lui-même dans l'endroit cité , des horreurs.

PRÉFIXE m.

Cette particule est primitivement une préposition latine , traduite en français par en , et qui a deux significations différentes. Elle marque le plus souvent un rapport de contenance , elle exprime qu'une chose est ou va dans une autre; alors elle répond au grec <v, sic; d'autres fois elle peut se rendre par à, vers, sur, contre, et rappelle le grec &và. Mais dans les mots composés dont elle forme la syllabe initiale , outre ces deux idées , elle en désigne fréquemment une troisième, celle de négation ou d'absence , auquel cas elle reproduit tout à fait r& privatif des Grecs. Les autres particules de, dtf , mal, employées quelquefois dans le sens négatif, ne sont pas aussi spécialement destinées à nier, ne nient pas d'une manière aussi complète et absolue , ou elles ajoutent chacune à cette idée un accessoire, particulier.

PRÉFIXES IN vt RE.

Improuver, réprouver»

IVPRQUVER, RÉPROUVER. Faire le contraire d'approuver : trouver mauvais et le dire.

Dans le premier de ces mots in est agressif, il signifie contre , il marque opposition : improuver , c'est être contre , blâmer. Dans le second ré est adversatif et répubif ; il marque une opposition violente, par laquelle on rejette, on fait reculer loin de soi , sans pitié , ni rémission : réprouver , c'est s'élever contre , proscrire avec hostilité et mépris.

« On improuM ce qu'on trouve mauvais , répréhensible , vicieux ; on r^^rouve ce qu'on juge odieux , détestable , intolérable. On improuve une opinion dangereuse, une action blàQud>le; Oiea réprouve les méchants , les infidèles. On improuve par des discours , des raisonnements , des impugnations , des attaques ; on réprouve par le décri , les condamnations , la proscription. La raison tinprouve , elle a droit d'éclairer ; l'autorité ré^>rtmoe« elle a droit de proscrire. » Rqob.

c II y a déjà longtemps, dit Labruyère, que

SYNONYMES QUI ONT LE HÊHE RADICAL

rao^oiir^ les médecins et que Ton s'en sert, s QEie garderait de les employer, si on les réfm»it. c La religion des Juifs consistait seuleest 01 l'amour de Dieu , et Dieu réprotwait svtes les autres choses. > Pàsc. « Il est prédit ^ lies Juifs réprouveraient Jésus-Christ et qu'ils xmsBX fifrouvés de Dieu. » In. a On est sûr de pbirc au peuple par des sentiments que la morale gfoue-, on est sûr de le choquer par ceux qu'elle réprow^-iXosTESQ. «Les armées ne regardèrent ces députés du sénat envoyés par Tibère que caBUDe les plus lâches esclates d'un maître qv'iileimieDt déjà réprouvé. > lo.

Page 1