‹ Dictionnaire des synonymes de la langue françaiseChapitre 126 sur 444 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

à un certain jour marqué , les lettres de renonciation réciproque. > Boss. « Madame Guyon a souscrit à la condamnation de ses ouvrages : moyennant cela et la renonciation à son directeur , avec quelques autres choses conformes à sa déclaration faite entre mes mains, on Ta reçue aux sacrements. » In. — Mais le renoncement est une vertu intérieure , un détachement de cœur et d'affection. aLa plupart des préceptes de Jésus-Christ ont pour objets des vertus intérieures, l'amour des ennemis , le détachement des biens du monde , le renoncement aux satisfactions humaines. » Nie. « La circoncision du cœur , c'est le retranchement de tout le sensible, et le renoncement entier à soi-même.» Boss. « Ce renoncement de cœur, ce mépris de tout ce qui passe , recommandé à chacun de nous dans . l'Évangile. » Mass. « La vie chrétienne est une vie de renoncement et de sacrifice. 9 lo. a Les poésies qu'Ausone avait faites avant son renoncement aux muses profanes. » Roll

« Le quatrième acte de justice , qui doit être le plus fréquent , est la renonctotton à l'alliance du peuple dont on a à se plaindre, s Momtesq. « L'État subsiste indépendamment de l'amour pour la patrie , du désir de la vraie gloire , du renoncement à soi-même, et de toutes ces vertus héroïques que nous trouvons dans les anciens.» In. — On dit renonciation à une succession (Acad.) , à une province qu'on cède (Boss.), à une couronne (Vbrt.) , etc. ; on dit renoncement aux plaisirs (Acad. , Mal. , CoND.) , aux honneurs et à la vanité (Acad.) , à ses volontés , à ses inclinations naturelles , aux douceurs et à la tranquillité de la vie (BouRD.).

Beauzée propose la même distinction. « Aenoneiation , dit-il , est un terme d'affaires et de jurisprudence; c'est l'abandon volontaire des droits que Ton avait ou que l'on prétendait avoir sur quelque chose. Renoncement est un terme de spiritualité et de morale chrétienne; c'est le détachement des choses de ce monde et de Tamourpropre.»— Toutefois, et quoi qu'en dise Beauzée, la renonciation étant extérieure, peut n'être qu'extérieure , c'est-à-dire , à la différence du renoncement , forcée et non pas volontaire. * Les Colonne prétendaient que la renonciation du pape Célestin Y était nulle , parce qu'elle lui avait été arrachée. » Cohd. Voltaire traite de « renonciation imposée par la force » celle du prince Alexis , fils du czar Pierre I*» ,au trône de Russie.

SENSATION, SENTIMENT. Ces deux mots ex priment une impression faite sur l'âme, qui en modifie l'état en mieux ou en pis et devient un mobile pour sa volonté.

Mais l'un est plus relatif au fait même de l'impression , à la cause qui le produit ; l'autre , à l'état où r&me se trouve à la suite. En agissant sur nos sens , les objets nous causent des sensations agréables ou désagréables; notre âme éprouve alors un sentiment de plaisir ou de peine. Un orateur véhément, parlant sur un sujet terrible, produit sur son auditoire une sensation de frayeur, et chacun des auditeurs éprouve ou conçoit un sentiment de frayeur.

Ou bien le sentirnent , au lieu d'être quelque chose de postérieur, est quelque chose d'antérieur

au fait propre de sentir. « Suivant Descartes , la bêtes sont de pures machines qui ont toujours Im organes du sentiment pour n'éprouver jamais la moindre sensation. > Volt.

D'autre part , sensation signifiant une action s« dira des affections passagères qui ne durent point. On dit bien, produire une sensation de frayeur; on ne dirait point , produire une sensation d'aversion. Une sensation de plaisir, de joie, de douleur , n'est point un sentiment de plaisir , de joie, de douleur. L'une est instantanée, rapide, superficielle , et considérée par rapporta sa cause, à sa production ou à sa vivacité'; l'autre est plas intime et plutôt considérée sous le point de vue de sa durée et de son intensité. On dit bien une sensation de douleur, mais non une sensation de souffrance.

Considéré d'une manière plus générale , le mot sensation , conformément à son sens fondamental et primitif, ne peut se dire que des affections de r&me résultant d'une action réelle. Il est presque exclusivement déterminé à signifier les impressions produites sur nos sens par les objets extérieurs , et qui sont suivies dans notre intelligence d'idées relatives à ces objets. Au contraire , sentiment exprime toutes les affections que l'âme éprouve en tant que raisonnable, dont l'origine est, non pas dans une action réelle et extérieure, mais dans des idées abstraites , et à la suite desquelles nous ne recevons aucune idée. Ainsi, presque toutes nos idées sensibles ont été précédées de sensations. Les plaisirs que nous éprouvons après avoir compris un problème, une énigme, une découverte, ou conçu la moralité d'une action, ou aperçu la beauté d'un objet d'art, sont des sentiments , et ces mouvements de l'ftme ne sont pour nous l'occasion d'aucune connaissance. Kaine de Biran {Rapport du physique et du mral, p. 133), a parfaitement, fait cette distinction, et l'usage de la langue la confirme. On subit des sensations; on conçoit des sentiments. Qn éprouTe, on reçoit des sensations; on a et on entretient des sentimefits. Sur ce point les synonymistes Girard et Roubaud sont arrivés au même résultat.

DISSENSION, DISSENTIMENT. Ils donnent tous deux l'idée d'une différence de sentiments, d'opinions.

Mais la dissension est plus violente que le *'sentiment ; c'est le dissentiment qui se manifeste au dehors, qui éclate; c'est une querelle, ud« émeute. Une ville est en proie à la dissensiof^ quand ses habitants sont divisés en plusieurs factions qui se disputent le pouvoir ou les droits politiques. Il y a dissentiment entre deux savants qui ont sur un point des opinions différentes.

VIOLATION, VIOLEMENT. Ils expriment liû' fraction d'un devoir. .

Violation est un terme nouveau, quoiqu'il soit seul dans Nicod et que nous en connaissionflun exemple de Bossuet: il ne se trouve dans le i"^' tionnairede V Académie qu'à partir de 1762. On a d'abord employé violement seul , et aujourf i»"' nous ne disons plus guère que violation. Fto ment n'a cependant pas disparu et ne doit pas <« paraître tout à fait ; car il a une nuance spécule.

Violation se dit d'une infraction extérieure, qu»

SYNONYSIES QUI ONT LE MÊME RADICAL

se èà sentir au dehors et appelle la répression ; ce sot est relatif aux lois sociales. Le violement cz?pe one infraction intérieure, pour ainsi dn. qui n'est point portée i la connaissance du mfistrat; c'est une n'o^atton de la loi divine ou k la loi morale. Ce, qui est violation au regard de la société est violemerU au regard de Dieu et de la conscience. Yiolation , comme renonciation , est un terme de jurisprudence; et violement, comme remmeement , un terme de morale et surtout de iiioraJe chrétienne. La vioUUion est un délit: Uriûletnent est un péché ou une faute con* tre le dercir. a Des violements de la charité. » Pisc.*U violement des préceptes de TÉglise, le cioiflwsi du sabbat. » Mass. «Saint Pierre vengea pair la nwrt d'Ananias et de Saphira le violement <le Vmié des fidèles. » Boss. « La première révoJte de la créature contre son Dieu a été la traasgression et le violement de la loi. » Bourd. <- Je préférerai mon mal particulier, plutôt que de Um on plus grand mal au genre humain par le riçUment des lois qui en assurent la tranquil- Lté. > D^Ag.

D'antre part, la violation étant tout extérieare, se réduisant au fait, à la manifestation, sans rapport i Tintérieur et aux dispositions, peut très-bien , à la différence du violement , ne pas provenir d'un agent moral. « Si les montagnes étaient snpposées avoir porté des mers , ce serait UDe fiûlation des lois de la gravitation et de Thy- 'ir»totiqne.»VoLT. ».

KÉSOTATIO!!, RENOUVELLEMENT. RéUblisse- BKot d'one chose dans son premier état.

K Bénotaiion marque plus l'action de la cause pi renouvelle; renouvellement, VéXaii de la chose mwttTelée. » CoND.

Os assiste à une rénovation de vœux ; la réno- V9tm des vœux de telle personne s'est faite de ie!k manière , dans telles circonstances. Par le ''^"cireiiemen/ des vœux l'âme reçoit une nouvelle force pour persévérer dans la piété.

^éwwition annonce plutôt une célébration; uae cérémonie, une fête. Il existe de Bossuet ^ tout petit traité ayant pour titre : Rénovation Ce rentrée dans la sainte religion. Il commence par ces mots : « Il faut la célébrer tous les ans dans des transports de joie. »

FOIYDATHUT , FONDEMENT. Action de poser le sontien d'an édifice ou ce qui résulte de cette action.

Condiiiae et Laveaux sont d'accord sur le caracfee actif et subjectif du premier de ces mots , et nr le caractère de passivité et d'objectivité du «cood. « Fondement se dit de la partie d'un mur afermée dans la terre jusqu'au rez-de-chaussée ; fandotio» est l'action de poser les fondements. » L\v. I Le fondement est la masse de pierre qui supporte ou supportera le bâtiment , et la fonda- ^ est le travail nécessaire pour asseoir les fon- ^**<"ti. C'est pourquoi on dit , faire les fon- ^ïïwwelpoeer les fondements. » Cond.

^ ^ se trouve défini par le Dictionnaire de Ucidéniic et les autres d'une manière si distincte, J» chercher, comme l'a fait Beauzée, è le séparer « "«fl'Mwet de violentent serait un soin superflu.

Laveaux ajoute avec l'Académie qu'il est passé en usage d'objectiver aussi les fondations et de les prendre pour les fondements eux-mêmes, a En ce sens , dit-il , fondement est préférable. » Pas toujours : faire les fondations vaut mieux que poser les fondements, quand on veut rappeler tous les travaux qui entrent dans cette opération , comme ceux qui consistent à creuser la terre , A en retirer les déblais , à rassembler et à employer les matériaux ; et c'est à cause de ce rapport spécial à l'action que fondation ne se dit point au figuré comme fondemenl.

Les fondements se considèrent en eux-mêmes tels qu'ils sont ; les fondations rappellent l'action de fonder , le fondateur et son talent, a Un architecte avisé proportionne de telle sorte le fondement avec l'édifice, qu'on mesure et qu'on découvre déjà l'étendue et l'ordre de tout le palais, en voyant la profondeur , les alignements , la solidité des fondations. » Boss. 1a solidité des fondations n'est point du tout celle des fondements : elle résulte de la manière dont on sait bâtir, et non pas de la nature des matériaux , de la largeur ou de la profondeur du mur. « Il s'en faut beaucoup que les fondations de la plupart de nos maisons soient aussi solides ^ue l'étaient les grands chemins dans le voisinage de Rome. » Volt. ^ FRACTION, FRAGMENT; SECTION, SEGMENT.

Primitivement fraction signifie l'action de faire un fragment , et section l'action de faire un segment. Fragment est un morceau de quelque chdse qui a été fracassé (/ra^(u«). Pour avoir un «e^menl dans un cercle , on fait une section , c'est-à-dire qu'on retranche une partie du cercle au moyen de la corde. « Les grains de cette grêle avaient la figure des segments d'une boule divisée en huit parties égales par trois sections qui s'entrecoupent au centre à angles droits, s Desc.

Cette différence se retrouve , d'une manière plus ou moins apparente , dans tous les sens dérivés. Fragment et segment signifient toujours des objets ; fraction et section indiquent des divisions , quelque chose d'idéal et d'abstrait , qui rappelle une opération faite sur des objets. Un livre se compose de fragments , comme qui dirait de segments et il se divise en sections. — De même , prolongation donne l'idée d'une addition à quelque chose d'idéal , le temps ; et prolongement exprime une addition à quelque chose de matériel , comme un chemin, un mur, une galerie.

DÉPOPULATION , DÉPEUPLEMENT. L'Académie définit le premier de ces mots , l'état d'un pays dépeuplé ; et le second , l'action de dépeupler un pays ou l'état d'un pays dépeuplé.

Mais si l'un des deux convient mieux pour exprimer l'action, c'est assurément le premier; de sorte que l'on dirait plutôt prendre part à la dépopulation qu'au dépeuplement d'un pays. Et quand tous deux marqueraient l'état , dépopulor tion serait toujours relatif à l'action qui a produit cet état. « Le czar Pierre a contribué à la dépopulation de ses États. j> Volt. La dépopulation augmente (Volt.), continue (Montesq.) tous les jours, a II plut du sang , dit Lafontaine , et cette image lui paraît encore faible pour exprimer la dépopulation. » Marm. Mais c'est seulement l'ef-

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