‹ Dictionnaire des synonymes de la langue françaiseChapitre 127 sur 444 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

fét, le résultat, que représente dépeuplement dans cette phrase de Saint-Simon : «Qaand un roi a un premier ministre , il ignore les fautes , les choix indignes et ce qui en résulte , la misère et les cris des sujets , la ruine , le dépeuplemerU, »

Au surplus , il se peut que ces deux mots diffèrent aussi en ce que dépeuplement entre plutôt daniT le langage commun , parce que sa terminaison est toute française et qu'il est formé d'un verbe français , dépeupler; tandis que dépopulation a une terminaison toute latine et est formé d'un verbe latin , depopulari.

A propos des mots prostenuaion et prostemement , l'Académie commet une erreur semblable , et l'on peut faire de ses définitions la même critique, a Un souverain est-il payé de ses peines par toutes les prosternations des courtisans? » Labr. c II eut peine à se reconnaître et à se relever de ce prostemement où il était. » S. S.

Les bases verbales auxquelles s'ajoute ment sont toutes françaises, ainsi que cette terminaison elle-même ; et , au contraire , la terminaison ton est d'origine latine et s'ajoute toujours à des radicaux latins. De là résulte une différence souvent importante entre les substantifs en ment et leurs synonymes en ton : les uns sont du langage commun ou du langage des arts ; les autres ^partiennent au style noble, figuré, ou bien ce sont des termes didactiques, de science ou de spéculation.

Ainsi , repoiusement ne se dît qu'en langage ordinaire , d'une arme à feu qui , pour être trop chargée , repousse celui qui la tire ; répulsion est un terme de physique. — Isolement est communément usité pour désigner l'état d'une personne isolée , et isolation est un terme de physique qui signifie l'action d'isoler les corps qu'on veut électriser. — Convertissement n'est guère d'usage qu'en matière d'afi'âires ou de fabrique de monnaie; tandis que conversion s'emploie en jurisprudence , en logique , en médecine , dans la théorie militaire et en matière de religion et de morale. — Fléchissement est plus commun que flexion dans les cas où ils se disent des mêmes choses ; mais , de plus , flexion est un terme d'anatomie. — On dit également, réfléchissement et réflexion de la lumière , de la voix , du son; mais , en langage de science , en physique , on se servira plutôt de réflexion , qui , d'ailleurs , est seul noble, et s'emploie seul au figuré. — JLenowoellement est de tous les styles, même de la conversation; réfîotwlion ne se dit guère que dans le langage de l'Écriture ou de l'Église, dans le langage du palais ou dans celui de la littérature : la rénovation de l'homme intérieur par la grâce , la rénovation d'un titre. « Dans le public imbu d'une saine littérature , ce ne sera jamais à l'élite des bons esprits que l'on risquera de déplaire par d'heureuses innovations, par des rénovation* utiles.» Ma rm.— Dessèchement exprime , dans le langage commun , ce qu'exprime dessiccation en termes de chimie ou de botanique. — Il en est de même de mouvement i l'égard de motion : ce dernier est un terme didactique. — Enchantement signifie la môme chose qu'tncantotton, Faction d'enchanter; seulement, incantation étant tout latin se dit plu-

tôt par dérision , en psrlantde laprétendne scîen' des magiciens , sans compter que ce mot a p! encore de rapport à l'action que son synonyn et représente les cérémonies et les pratiques fa: pour produire ^enchantement.

Il faut que la ressemblance entre ton et m soit bien grande, car beaucoup de mots à p sent terminés en ion l'ont été d'abord en m seulement ou en, ment et en ton tout à la f( Ainsi on a dit pressement (Nicod) avant de d pression , et c'est un mot dont nous connaiss deux exemples dans Bossuet. Épuremefit (Dos BuFF.) parait au&si antérieur à épuration. Èi ment s'est dit en même temps qn'élévation; il s trouve des exemples dans Pascal et jusque ài Massillon. — De plus, il arrive quelquefois à i meilleurs écrivains de terminer en ment les si stantif^ dont la désinence ordinaire est ton, s qu'ils y soient entraînés par l'analogie seule, s qu'ils aient le sentiment d'une nuance particuli à ment et qui n'est point du tout rendue par t Ainsi , au lieu de dévastation , Condillac a e ployé d^astement; et, au lieu de perversion, ^1 subversion et de submersion , Voltaire a ditfh // vertissement , subvertissement et submergema . qui manquent dans les dictionnaires. ^

Pour nous, nous pensons que les deux fonn/' devraient être permises et usitées, attendu qtw chacune modifie l'idée à sa manière. On peut ^j assurer encore par l'examen des exemples q viennent d'être cités. //'

La pression cause lepressem^ent; le pressem ' est l'état de la chose qui a subi la pression. Vo exercez sur cet objet une |>réwton trop forte; pressement éprouvé par cet objet l'a tout endoa mage. La pression se considère pendant, et 1 pressement après. — D'ailleurs, pourquoi pr^'- «ton ne signifierait-il pas , comme renonciation^ sensation , une action plus saillante , c'est4-dirB extérieure et physique , tandis que pressement, comme renoncement et sentiment, se dirait d'un acte intérieur, de l'âme et de ce qui en dépend? a Notre Dieu entre avec nous en société , s'égale et se mesure avec nous par les tendresses de son amour , par les pressements de sa miséricorde, qui attire à soi notre cœur. » Boss.

V épuration est une opération par laquelle on donne aux choses la qualité que signifie épwemtnt. V épuration se fait avec plus ou moins de lenteur; Vépurement est plus ou moins parfait Agis, roi de Lacedémone, entreprit VépuroUon des mœurs de ses sujets; c'est qu'en efiet 1'^^ ment des mœurs pouvait seul faire refleurir » patrie corrompue. — Ensuite , épuremmt p»w» mieux convenir aussi , non ^^s au figuré en général, mai» quand on parle de l'Ame et de son perfectionnement. « La croix est la vraie épreuT* de la foi, le vrai fondement de l'espérance, » parfait épuremmt de la- charité. » Boss.

Mêmes différence» entre élévation et ^'^«'•*5u! On parvient A V élévation; on se trouve dan» 1 éUvement. L'un montre la personne ou la chose passant par divers degré»; l'autre U fait v^r en possession du rang qu'elle occupe. On travaille» Véléxition d'un mur dont Vélèvemmt me nuira beaucoup , parce qu'il me privera d*air et de lu-

SYNONYMES QUI OT«T LE HËHE RADICAL

Ë Vautre part, Hèvement pourrait être ment appliqué à ce qui regarde rftme.

îilloa appelle l'oiguÀ un élèvement du km, dévattemmt. Lorsque rennemi Iui5uiipajs,la campagne est en proie à la Irtaftoii, et le dévastement est Tétat de la fagne iprb la retraite de Fennemi. La dé- 9Êiùn teat et disparait aussitôt que le dévas- * ^« Sr s'ângoe; le dévastement reste et marque toee lassée par le passage du dévastateur. \ ^. lie àéimiteiion ! c'est-à-dire , comme on dé- JH nec quelle furie I Quel dévastement I c'est- ..t ^ tt^ eomme le pays a été dévasté l que de h! les Athéniens, pendant la guerre du. vuèse, voyaient du haut de leurs remparts l" ^ mttation de leurs champs; et, plus d^un S^rès, ils se ressentaient encore du dévas-' \^^pàt leurs champs.

ErersUm est d'un homme qui va se pert; le pertertissement est d'un homme Irti, et la perversité d'un homme pervers. Les f premiers, les seuls à considérer ici, désL- ;" Hun changement de hien en mal; mais per- P ba le montre se produisant , dans son dé- , ^ 'l^CBoa, et pervertissement le représente ^ Bepraduit ou effectué, comme un résultat. f ? keDdie que la secte chrétienne n'est que le ^ ^mis$ment de la religion naturelle. » Volt. Me des sorciers et des possédés est un per^ hemeai de la raison. » In. ^ Peut-être aussi frnoma-t-il plus de rapport à l'extérieur, îsiioos proprement dites , et pervertissement l&riettr , à la partie de l'homme dent les aclont des actes, c'est-à-dire quelque chose , late et qui frappe moins; en sorte qu'on ^rait, en parlant de la conduite d'un libertin : To|a jusqu'à quel point il porte la perversion; etsiafant égard à son caractère seul : On ne semait rien ajouter Si\i pervertissement de son âme. U subversion est une espèce de crise dont le 'étertissement est le résultat. La sulwersion œt 6t le sul>vertissement montre les choses sens éâSTos dessous. <t Le gouvernement de France êtût, sous Charles IX, parvenu à cet excès de '«^«ritjsenienl que deux mille soldats du pape étaient tm secours utile. » Volt.

Submersion présente à l'esprit l'image d'une seèae : ii pemt les vagues qui s'approchent , qui ê^goeot, envahissent et finissent par engloutir. ^imergemeni est tout abstrait : il signifie le ^accompli. Dieu voyant le pervertissement des toQBMs, vengea l'abandon de son culte par une ffàimersion effroyable : le submergement de la tnre fat fatale à l'espèce humaine , parce qu'il nodit la nature moins forte et moins vigoureuse , «t qu'il affaiblit la première constitution de Tu* ^tn,lA submersion de l'Egypte est due aux UKAdatious du Nil; et le submergement de ce PiTShitsafertmté.

^ pourrait citer encore d^autres exemples et ladistiogoer de même. Aiiai on trouve (à>rége- "^ pour abréviation dans la Logique de Port- M^> et Beaumarchais & dit protégement pour f^Mcdion, annuUment pour. annulatton,* tergi^ **K*«t pour tergiversation.

Page 1