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TERMINAISON IVE

TERMINAISONS ITE et ION.

Imagmatéoê, imagination. Négative^ négation; affirmmtiw, affrtnaXion. Correctif, correction,

La terminaison tve se trouve ajoutée à des adjectifs féminins pris substantivement. Or , la terminaison adjective if, ive , dérive du latin vis , force, puissance, faculté. C'est donc aussi ce que doivent signifier les noms en ive , tandis que leurs synonymes en ton marquemnt l'action présente , quelque chose d'actuel.

niAGINATIVE, IHAGINATlOIf. Faculté d'imaginer.

Vimaginative est la fkculté qui a la puissance d'imaginer; V imagination ^ la faculté qui imagine. Dans l'une, la faculté est considérée par rapport à ce qu'elle peut ; dans l'autre , par rapport à ce qu'elle fait , si bien même que par imagination on entend quelquefois la chose imaginée. Ensuite , et conformément encore à la valeur de sa désinence, Vimaginative signifie toujours la faculté dlmaginer, en tant que force ou puissance, en tant qu'elle crée ou invente; Vimaginor tion la désigne aussi comme représentant, embellissant ou grossissant ce qui est , les objets.

L'usage est aujourd'hui de n'employer imaginative que familièrement, pour exprimer le talent des expédients.

J'aihien Joué moi-même un tour des plus adroits.

.... Quand Je veux, j*al Vimaginative

Aussi bonne, en effet, que personne qol vive. Mot.

NÉGATIVE, NÉGATION ; AFFIRMATIVE» AFFIR- MATION. Ces mots rappellent l'idée marquée par le verbe d'où ils dérivent , savoir : les deux premiers, celle de nier (negare)] les deux autres, celle d'affirmer.

La négation est l'action de nier; la négative est une proposition qui a la propriété , la vertu de nier. Une négation est plus ou moins fréquente , une négative plus ou moins forte. Le fait de nier est plus présent , plus direct , plus pur dans le premier de ces mots que dans le second; aussi marque-t-il un acte de l'esprit dont la négative ne présente que le reflet. C'est la négation qui donne à la négative la propriété exprimée par cette dernière. Non , ne , ni , sont également appelées des négations et des négatives : des négations, parce qu'elles représentent un certain acte de l'esprit ; des négatives quand on a égard à leur valeur grammaticale.

Primitivement, négation et affirmation sont des termes de philosophie ou plutôt de psychologie ; négative et affirmative , des termes de logique. Tout jugement se réduit à une affirmation ou à une négation; dans les disputes les unsTOUtiennent V affirmative, les autres la n^(;attï'e; et la logique enseigne aux argumentants dans quels cas ils doivent prendre l'une ou l'autre.

COBRECTIF et CORRECTION, qui tous deux signifient un changement ou un adoucissement à quelque chose de trop grand ou de trop fort , de trop rude , diffèrent de même.

Le dernier donne l'idée d'im remède eu égard à l'effet qu'il produit , et le premier fkit concevoir

PREMIËBE PARTIE :

fet. le résultat, que représente dépeuplement dans cette phrase de Saint-Simon : «Quand un roi a un premier ministre , il ignore les fautes , les choix indignes et ce qui en résulte , la misère et les cris des sujets, la ruine, le dépeuplement. »

Au surplus , il se peut que ces deux mots diffèrent aussi en ce que dépeuplement entre plutôt dans le langage commun , parce que sa terminaison est toute française et qu'il est formé d'un verbe français , dépeupler; tandis que dépopulation a une terminaison toute latine et est formé d'un verbe latin , depopulari.

A propos des mots prosternation et proUemement , l'Académie commet une erreur semblable , et l'on peut faire de ses définitions la même critique, a Un souverain est-il payé de ses peines par toutes les prostertiations des courtisans? » Labb. « Il eut peine à se reconnaître et à se relever de ce prostemement où il était. » S. S.

Les bases verbales auxquelles s'ajoute ment sont toutes françaises, ainsi que cette terminaison elle-même ; et , au contraire , la terminaison ton est d'origine latine et s'ajoute toujours à des radicaux latins. De là résulte une différence souvent importante entre les substantifs en ment et leurs synonymes en ton ; les uns sont du langage commun ou du langage des arts ; les autres ^partiennent au style noble , figuré, ou bien ce sont des termes didactiques, de science ou de spéculation.

Ainsi , repoussement ne se dit qu'en langage ordinaire , d'une arme à feu qui , pour être trop chargée , repousse celui qui la tire ; répulsion est un terme de physique. ^ Isolement est communément usité pour désigner l'état d'une personne isolée , et isolation est un terme de physique qui signifie l'action d'isoler les corps qu'on veut électriser. — Convertissement n'est guère d'usage qu'en matière d'affaires ou de fabrique de monnaie; tandis que conversion s'emploie en jurisprudence , en logique , en médecine , dans la théorie militaire et en matière de religion et de morale. — Fléchissement est plus commun que flexion dans les cas où ils se disent des mêmes choses ; mais , de plus , flexion est un terme d'anatomie. — On dit également, réfléchissement et réflexion de la lumière , de la voix , du son ; mais , en langage de science , en physique , on se servira plutôt de réflexion , qui , d'ailleurs , est seul noble, et s'emploie seul au figuré. — Renouvellement est de tons les styles , même de la conversation ; rénovation ne se dit guère que dans le langage de l'Écriture ou de l'Ëglise , dans le langage du palais ou dans celui de la littérature : la rénovation de l'homme intérieur par la grâce , la rénovation d'un titre. « Dans le public imbu d'une saine littérature , ce ne sera jamais à l'élite des bons esprits que l'on risquera de déplaire par d'heureuses innovations , par des r^not?alion* utiles. » Mark.— Dessèchement exprime , dans le langage commun , ce qu'exprime dessiccation en termes de chimie ou de botanique. — Il en est de même de mouvement à l'égard de motion : ce dernier est un terme didactique. — Enchantement signifie la même chose qu'tncantotion, l'action d'enchanter; seulement , incantation étant tout latin se dit plu-

tôt par dérision , en psilàntde la prétendue science des magiciens , sans compter que ce mot a plus encore de rapport à l'action que son synonyme , et représente les cérémonies et les pratiques faites pour produire l^enchantement.

Il faut que la ressemblance entre ion et ment soit bien grande , car beaucoup de mots à présent terminés en ion Tout été d'abord en ment seulement ou en ment et en ion tout à la fois. Ainsi on a dit pressement (Nicon) avant de dire pression , et c'est un mot dont nous connaissons deux exemples dans Bossuet. Épurement (Boss. , BoFF.) paraît aussi antérieur à épuration. Élèvement s'est dit en même temps qu^élévation ; il s'en trouve des exemples dans Pascal et jusque dans Massillon. — De plus , il arrive quelquefois à nos meilleurs écrivains de terminer en ment les substantif^ dont la désinence ordinaire est ton, soit qu'ils Y soient entraînés par l'analogie seule , soit qu'ils aient le sentiment d'une nuance particulière à tneni et qui n'est point du tout rendue par ton. Ainsi , au lieu de dévastation , Condillac a employé dévastement; et, au lieu de perversion y de subversion et de submersion , Voltaire a dit pcf vertissement , subvertissement et submergement^ qui manquent dans les dictionnaires.

Pour nous , nous pensons que les deux formes devraient être permises et usitées, attendu que chacune modifie l'idée à sa manière. On peut s'en assurer encore par l'examen des exemples qui viennent d'être cités.

La pression cause \e' pressement; le pressement est l'état de la chose qui a snbl la pression. Vous exercez sur cet objet une jWémon trop forte; le pressement éprouvé par cet objet l'a tout endommagé. La pression se considère pendant, et le pressement après. — D'ailleurs, pourquoi pression ne signifierait-il pas , comme renonciation et sensation , une action plus saillante , c'est-à-dire extérieure et physique, tandis que pressement, comme renoncement et sentiment, se dirait d'un acte intérieur , de l'ftme et dé ce qui en dépend? a Notre Dieu entre avec nous en société , s'égale et se mesure avec nous par les tendresses de son amour , par les pressements de sa miséricorde , qui attire & soi notre cœur. » Boss.

Vépuration est une opération par laquelle on donne atix choses la qualité que signifie épure^ ment, Vépmation se fait avec plus ou moins de lenteur; V épurement est plus ou moins parfait Agis, roi de Lacedémooe, entreprit V épuration des mœurs de ses sujets; c'est qu'en effet l'épurement des mœurs pouvait seul faire refleurir sa patrie corrompue. ^ Ensuite, épurement parait mieux convenir aussi , non ^jls au figuré en gé* néral, mais quand on parle de l'Ame et de son perfectionnement. « La croix est la vraie épreuve de la foi, le vrai fondement de l'espérance, le parfait épurement de la charité. » Boss.

Mêmes différences entre élévation et élèvement. On parvient A r^/^iMa£on; on se trouve dans l'^Mvement. L'un montre la personne ou la chose passant par divers degrés; l'autre la fait voir en possession du rang qu'elle occupe. On travaille à Vélévation d'un mur dont Vélèvement me nuira beaucoup , parce qu'il me privera d'air et de lu-

SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL

laière. — P'autre part , élhiment pourrait être {ttrtjcalièrement appliqué à ce qui regarde rftme. Ainsi . Hassillon appelle l'orgueil un élèvement du cœur.

DévoUatûm, d^astement. Lorsque rennemi est dans un pays , la campagne est en proie à la âkûstatiotif et le dévastement est Tétat de la campagne après la retraite de Fennemi. La déwsUiiion cesse et disparaît aussitôt que le dévastateur s'éloigne ; le dév€Utement reste et marque la trace laissée par le passage du dévastateur. QutUe iitattation ! c'est-à-dire , comme on dévaste! arec quelle furie I Quel dévastement I c'està-dire, comme le pays a été dévasté l que de ruines ! Les Athéniens, pendant la guerre du Péloponnèse, voyaient du haut de leurs remparts hdénstation de leurs champs; et, plus d'un siéde après, ils se ressentaient encore du dévas" tmtÈt de leurs champs.

La ptnersion est d'un homme qui va se pervertissant; le pertertissement est d'un homme perverti, et la perversité d'un homme pervers. Les deux premiers , les seuls à considérer ici , désignent un changement de hien en mal; mais pertersÛM le montre se produisant, dans son développement, et pervertissement le représente comme produit ou effectué, comme un résultat. < Prétendre que la secte chrétienne n'est que le ftfxeTtissement de la religion naturelle. > Yolt. « Lldée des sorciers et des possédés est un per" latissemeni de la raison. » In. — Peut-être aussi penertion a-t-il plus de rapport à l'extérieur , aox actions proprement dites , et pervertissement i Finlérieur , à la partie de l'homme dent les actions sont des actes , c'est-à-dire quelque chose qui éclate et qui frappe moins ; en sorte qu'on titrait, en parlant de la conduite d'un libertin : ^ojtz jusqu'à quel point il porte la perversion; et en ayant égard à son caractère seul : On ne saurait rien ajouter ^\i pervertissement de son âme. La siibversion est une espèce de crise dont le avertissement est le résultat. La subversion OKt et le subvertissement montre les choses sens dessus dessous. « Le gouvernement de France était, BOUS Charles IX, parvenu à cet excès de f^ertissement que deux mille soldats du pape étaient un secours utile. » Yolt.

Submersion présente à l'esprit l'image d'une scène : il peint les vagues qui s'approchent , qui iÇ^ent, envahissent et finissent par engloutir. Sémergement est tout abstrait : il signifie le ^t accompli. Dieu voyant le pervertissement des l^nmies , vengea l'abandon de son culte par une nbmersion effroyable : le stibmergement de la terre fut fatale à l'espèce humaine, parce qu'il ï^it la nature moins forte et moins vigoureuse , et qu'il affaiblit la première constitution de l'untrers. la submersion de l'Egypte est due aux iosodations du Nil; et le submergement de ce Pap fait sa fertilité.

On pourrait citer encore d'autres exemples et les distinguer de même. Ainsi on trouve ci>rége- *tti pour abréviation dans la logique de Portail, et Beaumarchais & dît protégement pour protêdûm, annuUment ^omt. annulation f tergi^ ^^ftement pour tergiversation.

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